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STEADY STATE 2 : stabiliser la population

Stabiliser la population ? On touche ici à un tabou, mais l’objectif de Frappes Chirurgicales n’est pas de faire dans le consensus mou et le politiquement correct mais de débattre de ce qui doit être débattu.

1.Stabiliser la taille de la population, pourquoi ?

A) Stabiliser notre empreinte écologique

La consommation de ressources de notre espèce est directement fonction de la taille de la population et de la consommation par habitant. Dès lors, pour stabiliser la taille de notre économie, il n’importe pas seulement de stabiliser la consommation individuelle mais aussi la taille de la population.

L’équation « IPAT » d’Ehrlich montre très bien ceci. Elle indique que l’impact environnemental (I)  de l’activité économique est le produit de la taille de la population (P) multiplié par le niveau des salaires (A) et l’intensité technologique (T) de la production (output).

Soit, (1) I = P*A*T

Avec A qui est une mesure du PIB, c’est-à-dire de la taille de l’économie, et T qui est une mesure de l’intensité de l’économie. Un exemple sera plus parlant : Tim Jackson indique dans son rapport « Prosperity without growth » (2009, p. 54) que les émissions totales de dioxyde de carbone provenant de la combustion de matériaux fossiles (C) (soit, l’impact environnemental (I)) sont données par le produit de la population (P) fois le niveau de salaire (mesuré en terme de PIB/personne (en $)), multiplié par l’intensité de l’activité économique (mesurée en gCO2/$).

Soit, (2)  C = P*$/personne * gCO2/$

En utilisant les données de l’année 2007, lorsque la population était de 6.6 milliards d’habitants, le niveau de revenu moyen en dollars constant était de 5900$ et l’intensité carbone de 760 gCO2/$. Dès lors, les émissions totales d’oxyde de carbone C étaient de :

(3) 6.6 * 5.9*0,77 = 30 milliards de tonnes de CO2.

Stabiliser l’impact environnemental absolu (I) de l’activité économique dans un contexte de croissance de la population et du PIB (la réalité actuelle) requiert une diminution en intensité induite par le progrès technologique compensant l’impact environnemental provoqué par la croissance de ces deux premiers paramètres. Le rapport Jackson (p. 54) démontre que ceci est loin d’être le cas. L’intensité carbone de l’économie a diminué de 0.7% depuis 1990 (grâce au gain d’efficacité induits par le progrès technologique), mais la population a augmenté de 1.3% et le PIB/habitant de 1.4% chaque année (chiffres agrégés pour toute la planète). Donc en fait, si on fait le calcul, les émissions de carbone ont augmenté en moyenne de 1.3 – 1.4 – 0.7 = 2%/an, ce qui sur 17 ans (l’année 1997 est l’année de référence) nous donne une augmentation absolue de 40% d’émissions par rapport à 1990, la date d’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto. Conclusion : le progrès technologique n’a depuis 17 ans, pas été en mesure de contrebalancer la moitié de l’impact environnemental induit par la croissance du PIB ou de la population.

En outre, Le rapport Jackson démontre avec beaucoup de discernement que les réductions en intensité requises sur base de scénarios réalistes de croissance du PIB et de la population sont utopiques. Le progrès technologique à lui seul ne peut nous sauver. Ou pour le dire en termes économiques : s’il existe des preuves tangibles d’un découplage relatif entre la croissance et son intensité, il n’existe aucune preuve d’un découplage absolu, c’est-à-dire d’une diminution/stabilisation de notre impact écologique accompagnée d’une croissance de l’économie. L’impact environnemental absolu de notre économie n’a cessé de croître.

Dès lors, stabiliser la population et changer les comportements de consommation est nécessaire.

B) Une question de Justice sociale

Dans un monde fini, aux ressources limitées, un accroissement de la population exacerbe les tensions touchant à la juste répartition des ressources. Les tenants de la théorie de la transition démographique prédisent une stabilisation naturelle de la population aux alentours de 9 milliards d’être humains à l’horizon 2050. Outre le fait que je ne sois pas d’accord avec les hypothèses sous-jacentes de cette théorie (voir mon article : « An inconvenient truth II »), on peut douter du fait qu’avec une population de 9 milliards chaque être humain puisse vivre dans des conditions décentes. Aujourd’hui déjà, 2 milliards d’être humains vivent avec moins de 2$ par jour. Une croissance de la population ne fera qu’exacerber les inégalités et les tensions entre les peuples provoquée par la course à « l’accaparation » des ressources. Sans oublier que notre agriculture est très largement mécanisée, ce qui a permis de multiplier les rendements agricoles et donc de dégager les surplus nécessaires à la croissance de la population. Etant donné qu’il existe une corrélation très forte en croissance de la population et croissance de notre exploitation d’énergie, on peut se demander si dans le contexte de descente énergétique qui s’annonce (voir mes articles sur le Pic pétrolier), nous pourrons continuer à produire suffisamment de nourriture pour nourrir chacun (Etopia organise une conférence le 27 avril à l’ULB sur le thème de l’agriculture sans pétrole, j’espère y recueillir des éléments de réponse à cette question). Par conséquent, pour limiter les inégalités, il faut non seulement consommer moins, mais aussi moins de consommateurs. Ou, selon la formule consacrée: «  we need smaller footprints but we need also fewer feets ».

2. Stabiliser la taille de la population, comment ?

Le rapport de la première conférence sur l’économie stationnaire suggère quelques pistes de réflexions. Le point de départ est qu’il faut mener des politiques natalistes de prévention et mettre en place des incitants pour stabiliser la population. Le recours a des politiques coercitives, voir totalitaristes, telles que pratiquées en Chine (politique de l’enfant unique) ou en Inde (stérilisation) sont à bannir. Le rapport suggère d’axer les efforts de prévention  sur l’éducation, le contrôle des naissances et l’égalité des droits pour les femmes. En effet, on estime que 40% des grossesses dans le monde sont involontaires. Chaque année, il y a 80 millions de grossesses non planifiées dans le monde, presque l’équivalent de la croissance annuelle de la population mondiale. Sur le volet incitant, l’Etat peut mettre en place des incitants fiscaux à limiter le nombre d’enfants à deux par famille.

Mais en vérité, il faut reconnaître que le problème est asymétrique puisque les pays industrialisés connaissent pour la plupart une décroissance de leur population alors que des pays en voie de développement ou du tiers monde connaissent une forte croissance démographique. C’est l’immigration qui permet de maintenir une croissance démographique dans les pays riches qui connaissent un taux de fécondité inférieur à 2/femme. Partant de cette observation, Peter Victor se concentre sur des politiques spécifiques aux pays riches dans son livre Managing without growth (2008 ; il s’intéresse en particulier au cas du Canada). Il suggère de maintenir un solde migratoire net nul dans ces pays (et d’augmenter la coopération au développement en parallèle).

Cette question est politiquement très délicate, sans oublier que beaucoup de pays riches, les Etats européens à l’exception notoire de la France, connaissent un vieillissement de leur population qui pose sérieux problème pour le financement des pensions et de la sécurité sociale. Ce problème est selon moi très mal appréhendé par les « policy-makers » en totale incapacité de penser autrement (l’introduction d’une monnaie complémentaires pourrait très largement contribuer à réduire les coûts du vieillissement et ce gratuitement (en terme de flux monétaires classiques du moins, mais soit, ceci n’est pas l’objet de cet article). Il est très clair que sur ce point, le business as usual nous mène déjà droit au mur (voir mon article : « Coût du vieillissement démographique : éviter le clash des générations »), donc en soit ce n’est pas le maintien d’un solde migratoire net nul qui va y changer quelque chose.

Reste qu’il faut oser dire les choses : ce sont les pays industrialisés qui sont responsables de la majeure partie des dégâts environnementaux : l’empreinte écologique d’un américain et d’un européen est largement supérieur à celle d’un africain, inutile d’illustrer ce propos avec des chiffres. Or, ce sont ces mêmes pays qui connaissent une stabilisation de leur population. Dès lors, il faut éviter le piège de l’hypocrisie en invitant les pays pauvres à stabiliser la taille de leur population afin que nous puissions continuer à vivre sans modifier nos modes de consommation. De ce point de vue, le célèbre « le problème de l’Afrique, c’est la bite des noirs » de Pascal Sevran est totalement déplacé. Donc, on le voit, la solution doit nécessairement être systémique car si les pays pauvres consentent à faire des efforts pour maîtriser leur démographie, il faudra que les pays riches consentent en contrepartie à remettre en cause leurs habitudes de consommation.

En fin de compte, il faut bien souligner que le premier paramètre sur lequel on peut influer pour stabiliser la population est de briser le tabou à ce propos et d’amener le débat sur la place publique. Chacun semble conscient que l’augmentation de la population est un problème, beaucoup souhaitent que celle-ci se stabilise, mais au niveau individuel, personne ne semble être prêt à « s’auto-limiter ».

Le débat est délicat mais il ne peut être éludé.

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An Inconvenient Truth II

Le grand public a pu découvrir avec Al Gore, candidat démocrate aux présidentielles de 1999 déchu de la fonction suprême dans des conditions bien occultes, avec une acuité toute particulière, la problématique du réchauffement climatique. Son film, « An Inconvenient Truth », lui vaudra de remporter le prix Nobel de la paix (2007).

Le mérite d’Al Gore est d’avoir placé la problématique climatique à l’avant-plan de l’agenda politique international. Reste qu’un élément central de la discussion n’a pas été abordé : l’explosion démographique, un tabou aujourd’hui encore à peine évoqué dans les cénacles de l’Organisation des Nations Unies (ONU). La faute aux démographes dont la thèse dominante est que les pays industriels ont stabilisé leur population, là où les pays en voie de développement connaissent aujourd’hui une phase de transition. Ainsi, par extrapolation, les pays en voie de développement connaîtront la même évolution future et la population mondiale devrait se stabiliser aux alentours de 9 milliards en 2050.

Premièrement, il convient de noter que cette thèse repose sur le constat que les pays industrialisés ont connu plusieurs « phases », la dernière étant la stabilisation. Ensuite, elle est subordonnée au développement (assimilé à la croissance économique) des pays pauvres. C’est pourquoi elle nous place dans une impasse. En effet, on peut souvent lire que si chaque homme accédait au niveau de vie à l’occidental qu’il nous faudrait de quatre à cinq planètes pour satisfaire à nos besoins (voir le rapport « Planète vivante » du World Wildlife Fund (WWF), 2010).

L’observateur attentif sera avisé de noter qu’une vision bioéconomique sous-tend ce raisonnement : la capacité de l’environnement à accueillir une espèce est limitée (« carrying capacity »). Les écologistes utilisent une courbe de croissance logistique (voir graphe 1) pour décrire le phénomène d’expansion démographique d’une espèce. Selon cette perspective, la croissance démographique d’une espèce dépend de la densité de sa population. Au début, la population croît de façon exponentielle. Ensuite, son taux de croissance tend vers zéro à mesure que la population avoisine la capacité maximale de l’environnement.

Les questions qu’appelle cette observation est de savoir si (1) la population humaine actuelle excède la capacité de l’environnement et (2) si tel est le cas, ce que le futur nous réserve.

Quant à la première interrogation, le rapport Planète vivante 2010 du WWF indique très clairement que l’humanité possède actuellement une dette écologique, c’est-à-dire que nous consommons et produisons chaque année davantage de ressources et de déchets que ce que la biosphère produit et assimile chaque année. Le rapport note que selon les données de 2007, les dernières disponibles, l’Empreinte écologique de la population mondiale excède de 50 % la biocapacité de la Terre, c’est-à-dire la surface actuellement disponible pour produire les ressources renouvelables et absorber le CO2 (on ne parle ici que des ressources renouvelables).

Pour répondre à la seconde question, il nous faut repenser aux travaux de Malthus (1766-1834), le premier économiste (classique) à théoriser l’avenir de l’espèce humaine prise dans sa globalité.  Il prédit que la population augmente de façon exponentielle ou géométrique (par exemple : 1, 2, 4, 8, 16, 32, …) tandis que les ressources croissent de façon arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, …). Ainsi, la croissance d’une espèce serait limitée par la productivité des terres agricoles, par conséquent la famine agit comme un mécanisme d’autorégulation lorsque cette limite est dépassée. A noter que le WWF nous parle de limite de capacité de la biosphère, mais le raisonnement est le même : il introduit l’idée de limite à l’expansion de l’activité économique.

Les économistes néoclassiques ont discrédité les thèses pessimistes de Malthus en s’appuyant sur l’observation que les pays industrialisés ont connu une croissance démographique soutenue depuis la révolution industrielle : alors que la terre était un facteur de production considéré par les  classiques (Ricardo par exemple), les néoclassiques ont fini par ne plus considérer que le capital technique (K) et le travail (L) comme facteurs de production. L’argument dominant pour invoquer la caducité des thèses des classiques est que ceux-ci ont omis de prendre en compte le progrès technique. En effet, celui-ci a permis de multiplier le rendement agricole par un facteur important. D’où cette idée, centrale dans les thèses néoclassiques, que le progrès technologique induit par la croissance permet virtuellement de repousser à l’infini la limite naturelle de la productivité des terres et donc la limite à la croissance démographique.

Qu’en est-il ?

Premièrement, les néoclassiques oublient un élément important dans la discussion : le fait que les pays industrialisés ont appuyé (c’est toujours le cas) leur développement sur la colonisation d’autres terres agricoles. La France, la Grande Bretagne par exemple, étaient des empires coloniaux. Par conséquent, la croissance démographique en Europe ne s’est pas faite ceteris paribus, c’est-à-dire avec une quantité fixe de terres exploitables. Le manque de prise en compte du progrès technologique ne peut donc à lui seul discréditer les thèses de Malthus. Ensuite, les néoclassiques oublient une nouvelle fois que si l’histoire semble démontrer une corrélation très forte entre croissance démographique et progrès technologique, que cette relation coïncide avec l’exploitation des ressources fossiles (charbon et pétrole) non renouvelables. En effet, le graphe de l’évolution mondiale de la population depuis les confins de l’humanité (voir graphe 2) montre deux choses : (1) la croissance démographique exponentielle de l’espèce humaine est un phénomène récent ; (2) ce phénomène coïncide avec la révolution industrielle, soit le début de l’ère du Progrès et de la croissance certes, mais aussi et surtout de l’exploitation de ressources fossiles non-renouvelables.

La conclusion qui s’impose: la croissance démographique est fonction de notre capacité à exploiter de l’énergie. L’humanité a connu trois phases jusqu’ici (voir graphe 2) (Common et Stagl 2005). La première, la plus longue (99pc), est celle du chasseur-cueilleur. Durant cette phase, l’homme est nomade, il utilise des objets rudimentaires lui permettant d’accroître sa puissance, son exploitation d’énergie. C’est ce qui nous distingue des animaux : alors que ceux-ci usent uniquement d’énergie endosomatique, c’est-à-dire produite  avec leur corps à travers la consommation de nourriture, nous sommes capables d’exploiter de l’énergie exosomatique, c’est-à-dire produite à l’extérieur de nos membres (le feu par exemple). Dans cette perspective, le progrès technique est le prolongement de nos membres. Durant cette première phase, l’homme n’utilisait qu’un Equivalent d’Energie Humaine (EEH), une mesure équivalente à la quantité d’énergie somatique requise pour faire fonctionner un métabolisme humain quotidiennement (10Mj/jour en moyenne). La seconde phase est amorcée par la révolution agricole : l’homme se sédentarise, il devient alors capable d’exploiter 2-3 EEH en plus chaque jour. Ainsi, l’énergie par humain a presque doublé durant cette phase (2-3 EEH +  1EEH = 4EEH), ce qui s’est accompagné par une croissance démographique importante (multiplication par le facteur 200 environ.) Enfin, la troisième phase est amorcée par le révolution industrielle qui se caractérise par l’exploitation de ressources située dans la lithosphère, soit sous la surface de la terre. Avec l’exploitation du pétrole et du charbon, l’homme devient alors capable d’exploiter jusqu’à 93 HEE par individu (USA, 1997). Toutefois, les variations entre les pays sont énormes puisque le Bangladesh exploite à cette époque 4 EEH en moyenne par habitant. Toujours est-il que la population mondiale augmente de 0.9 milliards en 1800 à plus de 6milliards maintenant. On peut parler d’explosion démographique donc, un phénomène récent. D’ailleurs, il est intéressant de noter que tenant compte de la population globale, chaque humain utilise 20HEE (il s’agit d’une moyenne ne tenant pas compte des disparités socio-économiques), soit plus ou moins un cinquième de la consommation des Etats-Unis. Ainsi, pour produire uniquement avec des humains ce que nous produisons actuellement avec des machines, il faudrait que la population mondiale soit multipliée par 20 ! Soit, 120 milliards d’humains en plus.

Nous sommes donc accro à l’énergie et la croissance démographique semble dépendre de notre capacité à augmenter l’exploitation d’énergie exosomatique. Dès lors que cette relation se vérifierait, une conclusion s’impose dans la discussion : l’explosion démographique que le monde connait depuis 1800 est rendue possible par l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables. On peut s’attendre à ce que la croissance démographique cesse lorsque le stock de ces ressources entrera en déplétion dès lors que nous serions incapables de continuer à augmenter notre exploitation d’énergie exosomatique. Plus grave, la relation s’inversera si l’exploitation de cette énergie diminue, une hypothèse plus que réaliste. En effet, le stock de ressources pétrolières entre en déplétion. Le charbon, le nucléaire et le gaz pourront remplacer le pétrole, mais pour combien de temps et à quel prix? Sachant qu’il est traditionnellement établi que trois facteurs régulent une population, à savoir, la famine, la guerre et la maladie, – J’ajouterais les catastrophes écologiques induites par la pollution. En effet, remarquons qu’une exploitation grandissante d’énergie (avec l’exploitation du charbon) se fera au prix d’une augmentation de la pollution – la perspective n’est guère très réjouissante.

Malthus n’a jamais été autant d’actualité, de même que le rapport Meadows et Al. (1972) (ou rapport du club de Rome, le seul modèle connu à ce jour envisageant l’économie dans sa globalité et ayant cette particularité de définir la croissance démographique comme paramètre endogène (c’est-dire comme variable dépendante)).

Il est grand temps de procéder à trois changements radicaux :

1. Stabiliser la population mondiale

2. Investir massivement dans les énergies renouvelables

3. Diminuer notre consommation ABSOLUE d’énergie

J’entends déjà le lecteur murmurer : « oui, mais la fusion nucléaire va nous sauver ». Oui bon, en attendant le miracle, jetez un coup d’œil aux prévisions de croissance de la demande mondiale d’énergie …

Et si les énergies fossiles nous permettaient de maintenir une croissance démographique artificielle?

Source :

M., Common, S., Stagl (2005). Ecological Economics. An introduction: cambridge university press , 560p.

Réussir la transition écologique : au cœur des enjeux de la Révolution Verte.

Une force politique monte partout en Europe : les verts. Après la révolution industrielle, la révolution sociale, la révolution écologique est en marche. Et pourtant, est-ce vraiment le cas ?

Partout, on entend parler de croissance, de croissance « verte » parfois, certes, mais de croissance néanmoins. Et ce n’est pas la crise économique qui vient démentir ce constat, on ne parle que de « relance par la croissance ».

Le terme « révolution » à une connotation radicale car il suppose des changements en profondeur d’un système, une rupture. Ici, c’est notre modèle économique qui est l’épicentre de la tourmente verte. Le constat est là, irrévocable : la communauté scientifique est presque unanime, si l’humanité poursuit en ce sens, elle va à sa perte. Pour la première fois donc, se pose la condition de notre survie. Ce constat qui nous affecte tous recèle une puissance fédératrice inédite: le problème écologique concerne l’humanité toute entière.

La dimension métaphysique du défi écologique recèle probablement la difficulté extrême de son acceptation. Fait inédit de l’ère moderne, nous sommes appelés à penser la finitude du monde : les ressources naturelles ne sont pas extensibles. Or, tout le paradigme économique actuel qui se base sur l’idée de croissance repose sur un déni de la nature humaine : il procède de l’idée que le monde ne connaîtrait point de limites, conception elle-même ancrée dans la croyance que l’esprit humain est infini. Cette conviction donne sa légitimité à l’idée typiquement occidentale que l’homme, à la différence des animaux, serait en dehors de la nature. L’homme serait alors la main de Dieu, l’outil du divin désigné pour mettre de l’ordre dans les affaires du monde. Le constat que nous sommes au sommet de la pyramide alimentaire renforce cette impression : le seul loup pour l’homme est l’homme.

Pourtant, il nous faut convenir que le constat écologique rend ce mode de raisonnement obsolète, inadapté, car il introduit un paradoxe : si la faculté d’autoréflexivité ne connaît pas de limites, est élastique à l’infini, le monde matériel lui, semble fini. L’essence de la révolution verte serait alors qu’il existe une discontinuité entre le monde matériel et immatériel : la croissance de l’esprit se heurterait aux limites du monde fini. L’accepter c’est condamner un modèle économique basé sur une consommation extensible de ressources matérielles finies.

Or, la mouvance écologique dominante qui prône actuellement une croissance verte via la « verdurisation » du capitalisme n’est que l’avocate du paradigme actuel : la relance de l’économie par la croissance verte basée sur les nouvelles technologies. Le raisonnement est celui-là : chaque problème possède sa solution. La recherche et l’innovation technologique vont nous permettre de trouver cette solution. Notre modèle actuel se base donc sur une logique cyclique (problèmes-solutions) extensible à l’infini. Il postule que la crise écologique  (les changements climatiques et la destruction de la biodiversité) sera résolue sans changement de paradigme économique, au même titre que les autres.

L’absurdité de ce qu’il convient à réduire à une croyance (donc irrationnelle) est flagrante tant elle récuse le constat de base des scientifiques qui dans son essence postule que les ressources du monde sont non-extensibles. A ce rythme de croissance économique, il nous faudrait bientôt plusieurs planètes pour que chaque être humain ait accès au niveau de vie des pays riches. D’où ce constat péremptoire : seul un modèle intégrant l’idée de finitude du monde matériel est durable et donc à même de réussir la transition écologique.

La propriété première d’un tel modèle serait de renverser notre rapport à la nature et par là-même deux mille ans de tradition philosophique occidentale en considérant que l’homme n’est pas en dehors de la nature mais au contraire tout en dedans. Au même titre que les animaux, l’homme serait alors soumis aux lois de la nature : sa prétention à être souverain de sa propre existence basée sur le refus de toute loi transcendantale, de toute loi qui lui serait extérieure, s’effondrerait. Ironie, ce contre-mouvement signerait le retour de Dieu par la grande porte : la survie de l’humanité serait subordonnée au respect de la loi naturelle, transcendantale.

Très bien, mais concrètement, comment intégrer cette idée de finitude ?

Le sujet est complexe, il s’articule selon moi autour de deux questions fondamentales : (1) le stock de ressources naturelles se déprécie t-il ?; (2) quel est le degré de substitution entre le capital humain (immatériel) et physique (matériel)?

Cette première interrogation pose la question de l’existence de déchets, dans l’absolu. La notion de « déchet absolu », par opposition à celle de « déchet relatif » est qu’aucun organisme vivant ne serait capable de le recycler, ce qui signifierait que l’adage de Lavoisier « rien ne se perd tout se transforme » se vérifierait mais à cette nuance près qu’une part de la matière transformée contribuerait à diminuer le stock de matière première i.e. le stock de matière utilisable dans un processus biologique ou industriel. Comme exemple, je pense en particulier aux déchets nucléaires. Le cas échéant, de la troisième propriété de Lavoisier « rien ne se crée » découlerait que notre stock organique de matières premières diminue : notre cycle économique fabriquerait des déchets qui ne sont recyclés par aucun organisme vivant.

C’est à ce point précis que la question du degré de substitution entre le capital physique et humain prend toute sa dimension. En effet, s’il y a substitution parfaite (une courbe d’indifférence qui prendre la forme d’une droite avec une pente de 1 pour les économistes), le stock de capital composé du capital humain (immatériel) et physique (matériel) demeure inchangé au cours d’un processus de croissance produisant des déchets. Simplement, la proportion entre ces deux types de ressources se modifie : le capital humain se substitue (nos connaissances) au capital physique (les ressources naturelles).

Cette hypothèse est absurde car si on la pousse à fond, elle signifie que l’immatériel est substituable au matériel alors même que la condition d’existence de l’immatériel, d’un savoir, est subordonnée à celle du matériel. Pour être concret, il nous faut manger pour produire des idées. On le voit, l’hypothèse d’une substitution parfaite du capital humain et physique est biaisée par la conception occidentale qui traditionnellement sépare le corps de l’esprit.

La conséquence d’une substitution imparfaite entre le capital humain et physique, ce qui d’après moi est une évidence, est que la croissance du capital humain n’est pas une parade à la régression du stock de capital physique par la création de déchets. D’où la conclusion qui s’impose : un modèle économique produisant des déchets n’est pas viable à long terme, le long-terme étant ici l’horizon infini. D’où cet enseignement fondamental : il nous faut créer un modèle économique qui ne produise aucun déchet. En effet, si on admet la définition du développement durable (sans entrer dans la polémique sur la traduction controversée du terme « sustainable ». Beaucoup préfèrent la traduction plus littérale de développement « soutenable ») qui est  « un développement qui répond « aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (rapport Bruntland 1987), la seule façon de ne pas hypothéquer les besoins matériels des générations futures est de leur transmettre un patrimoine matériel quantitativement équivalent (pas qualitativement car nous transformons des ressources via nos processus industriels, l’enjeux est de pouvoir recycler tous les bien utilisés), ce qui implique une production de déchets absolus nulle (j’insiste sur le terme absolu, désignant un déchet ne pouvant être recyclé par aucun organisme). On le voit, le cœur du concept de développement durable est l’équité intergénérationnelle. Il pose pour impératif moral que nous devons être solidaires envers les générations futures. Mais plus fondamentalement, le développement durable pose la condition de la pérennité de l’espèce humaine.

On le devine, à ce point de la réflexion se dessine les contours d’une question épineuse : qu’est-ce qu’un déchet absolu ? Car un déchet considéré comme absolu au temps t ne le sera peut-être plus en t+1 justement à cause de l’innovation technologique ! Par exemple, il est possible que les déchets nucléaires puissent fournir la matière première d’un processus industriel futur. Dans ce cas, le paradigme actuel est viable, tout ne serait que question de temps. Certes, mais n’est-ce pas un jouer à un jeu dangereux que de tout miser sur l’avenir ? Quid si une catastrophe majeure se produit et que nous ne disposons toujours pas des outils technologiques pour la contrôler, voir l’anticiper ?

Dans la même veine coule un autre débat : les organismes que l’ont qualifie de « naturels », créant de fait l’exclusion de l’espèce humaine de cette catégorie, produisent t-ils des déchets absolus ? J’observe que c’est une croyance très répandue du grand public que de croire que la nature est inoffensive et qu’en quelque sorte, seul l’être humain soit capable de mettre la pérennité de la vie en danger ce qui n’est qu’une version redondante de la conception occidentale de « l’être humain seul  être en dehors de la nature ». Dans cette perspective, les plantes, les animaux, à la différence des humains seraient résilients et ne produiraient pas de déchets non-recyclables pour une autre espèce ; sans l’homme, dame Nature connaîtrait équilibre et harmonie, seule notre espèce serait capable de tout foutre en bordel. Je n’ai pas la réponse à cette question, biologistes et économistes doivent travailler main dans la main pour y apporter réponse. Néanmoins, permettez que je vous interpelle: les vaches ne rejettent-elles pas du méthane au même tire que les plantes rejettent du dioxyde de carbone ?

Dans le cas où végétaux et animaux ne joueraient pas en permanence avec leur survie, il ne nous resterait qu’à adopter leur mode de fonctionnement pour redéfinir notre paradigme économique et assurer notre survie, notre salut. Dans le doute, et vu les enjeux, une application saine du principe de précaution ne réclamerait-elle pas que la volonté politique s’oriente vers des politiques de suppression des déchets dans chaque processus économique ? Le problème, on le voit, est que la démocratie est un système qui subit trop facilement la dictature du court terme. Il hypothèque l’émergence d’une volonté politique sur le long terme. Réussir la transition écologique exige de réformer notre système  institutionnel pour que le politique dispose d’incitant rationnels forts à orienter les marchés vers l’économie durable. Je ne vois qu’un moyen d’y parvenir : soumettre le politique à une chartre de responsabilité écologique soumise à l’assentiment populaire. Autre solution : légitimer des politiques impopulaire en se référent à la volonté politique contraignante d’un organisme supranational ( l’Europe par exemple…). D’autre part, à moins de nous en retourner dans nos cavernes (ce que prône à peu de chose près la mouvance écologique radicale), la transition écologique passe forcément par l’innovation technologique car je vois mal sur quel autre mécanisme nous pourrions nous appuyer pour verduriser nos processus industriels.

Enfin, et surtout, je me demande si tout n’est pas question de mesure. Si 200 vaches rejettent du méthane dans l’atmosphère, je suis convaincu que la résilience de la biosphère est suffisante. En revanche, je ne suis pas persuadé que ce constat s’applique à 6 MILLIARDS de vaches. Voyez-vous où je veux en venir ? L’humanité est en demeure de se poser cette question : ne sommes-nous pas trop nombreux sur cette terre ? Difficile de faire plus explosif. il est grand temps que le débat soit mis sur la table à l’ONU. Les occidentaux qui ont pillés toutes les ressources de la planète et qui sont responsable de trois-quarts des émissions historique des gaz à effet de serre, mais aussi de la destruction des écosystèmes (pêche industrielle par exemple), seront bien en mal de refuser à l’Afrique qui connaît une explosion démographique et économique dans certaine des ses régions et à l’Asie, d’accéder au même niveau de vie qu’eux. La solution au problème démographique, et donc écologique, est nécessairement globale. Sa gestion pacifique ne peut qu’impliquer un new deal Nord-Sud : une répartition plus équitable des richesses en contrepartie d’une politique de natalité contraignante. Enfin, et çà me désole de conclure sur une note aussi pessimiste : qu’adviendra t-il si la raréfaction des ressources naturelles, conséquences accélérée d’une mauvaise prise en compte du défi écologique, aboutissait à une guerre d’hégémonie ?

La crise est multiple : écologique (destruction des écosystèmes), démographique (surpopulation), technologique (technologies vertes), politique (déficit de gouvernance), économique (banques), sociale (problème nord-sud). Chacune de ses dimensions est une composante de l’équation dont il nous faut trouver la solution.

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