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Et pourquoi pas le confédéralisme ?

dans la série « Saga Belgica »

L’interview de Bart De Wever dans la Libre de ce week-end en a choqué plus d’un : scission de la sécu, Bruxelles sous financée et confédéralisme sont les trois ingrédients du nouveau Belgium à la sauce De Wever. Je m’étonne qu’on puisse être surpris de ces déclarations, le président de la NVA ne fait que remâcher une énième fois son discours. La surprise serait du côté côté de l’Open Vld, plus radical qu’à l’accoutumée nous dit on. Et le CD&V qui met en garde les francophones qui seraient tenté de bloquer la réforme de l’Etat : « rien n’a changé dans les ambitions communautaires du CD&V » commande Marianne Thyssen (La Libre du 25 mai). Olivier Maingain qualifie  dans une sortie fracassante le confédéralisme de « piège à cons » (Le soir online du 25 mai). « Alexander De Croo et Bart De Wever veulent nous faire cocus » lâche t-il en substance. Didier Reynders réaffirme le droit au respect des francophones dans les futures négociations communautaires (match télévisé Di-Rupo-Reynders) . Le PS réclame avec force un refinancement de la capitale. Le CDH Benoît Cerexhe répond avec force aux déclarations incendiaires de De Wever que « si la Flandre veut le séparatisme, ce sera sans Bruxelles » (la Libre du 25 mai). Et pendant ce temps, Ecolo caracole dans les sondages en répétant à l’envi qu’ils sont les seuls à former un groupe parlementaire commun avec leur parti frère. Renforcés par Gilles Vandenburre, président de B+, une association qui (attention !) «  ne revendique pas la Belgique à papa ni le séparatisme mais bien une troisième voie, un fédéralisme plus moderne » (interview de Gilles Vandenburre sur le site de la RTBF) ils clament leur volonté de dialogue avec la Flandre. Les petits partis quant à eux se plaignent du peu d’attention des médias télévisés à leur égard. Décidément, Paul Henri Gendebien, président du RWF, a le goût de la formule : il a comparé le CDH à « une femme battue qui en demande plus » ! (la Libre du 25 mai).

Ca en fait de la musculation sur le plan communautaire ! Et pourtant, les choses sont-elles si compliquées ?! Rien n’est moins sûr, l’agenda de la Flandre est clair, et ce depuis le vote en 1999, à l’unanimité à l’exception des députés verts, de cinq résolutions visant à davantage d’autonomie, par le  parlement flamand . Le mot confédéralisme n’y apparaît pas explicitement, toutefois, le texte mentionne clairement le principe de subsidiarité : « les compétences doivent être exercées au niveau le plus proche du citoyen » (La Libre online du 3/9/2007). Le principe de cogestion de Bruxelles y figure également de manière feutrée puisque la Résolution mentionne que L’Etat fédéral doit être basé sur le principe de « deux Régions, avec un statut spécifique pour Bruxelles et la Communauté germanophone ». Deux régions donc, pas trois. Enfin, il y est aussi question de raboter la solidarité en la  subordonnant à « des mécanismes objectifs, clairs et transparents ».  Dès lors, pourquoi s’offusquer de la ligne politique qu’affiche la Flandre qui fait preuve d’une belle opiniâtreté dans ses opinions ! De Wever n’est pas le poil à gratter nationaliste de la Flandre, il ne fait que revendiquer ce que la Flandre, presque unanimement, exige depuis plus d’une décennie : « l’impôt des personnes physiques, la politique familiale, les soins de santé, les télécoms, les chemins de fer et la Justice restent du ressort unique du fédéral, alors que leur transfert aux entités fédérées était demandé dans les résolutions. Et la politique de l’emploi est en outre venue s’inviter à la table, devenant même la priorité principale, sinon unique, du SP.A. On en est là… » (extrait de La Libre online du 3/9/2007).

La vérité est cruelle pour les francophones, mais c’est ainsi. Des slogans tels que « l’union fait la force » ou un plaidoyer flamboyant pour une « ex-nouvelle-Belgique-à-papa-modernisée » n’y changeront rien, en matière communautaire, la Flandre donne le ton. La seule question qui vaille d’être posée est celle-ci : sommes nous prêts a évoluer vers un Etat confédéral au sens flamand du terme, oui on non ?  (lisez entre les lignes : « oui », les Ecolos sont naïfs)

Sur ce point, mon opinion personnelle est la même que celle d’Olivier Maingain : le confédéralisme à la sauce flamande, ce sont les avantages de la Belgique pour la Flandre (Bruxelles et la marque « Belgium ») sans ses désavantages (le « sac de pierre » wallon). Seul un confédéralisme à trois (quatre) Régions autonomes sur un pied d’égalité, couplée à une mise en connectivité territoriale de Bruxelles et de la Wallonie est acceptable. A ces conditions, je rejoints Johan Vande Lanotte qui déclare que « si la Belgique devient confédérale je n’en serai pas malade » dans une interview du Vif (du 21 au 27 mai 2010) ou il annonce « observer avec dédain les passions flamingantes ou belgicaines. « Les institutions ne sont que des outils pour maximiser le bien-être du citoyen » clame t-il.

Et si la Flandre refuse tout compromis sur l’avenir de Bruxelles ?

Séparons-nous.

A ceux qui disent qu’une séparation signifierait la fin de l’Europe, je répondrai ceci : c’est précisément l’Europe qui aujourd’hui rend une scission possible. Ira-t-on jusque là ? Je n’en sais rien, en tout cas il est très clair que les politiques francophone sous-estiment la dynamique flamande. Bon nombre d’entre eux font preuve d’une méconnaissance profonde de l’histoire et de la culture de la plus grande communauté de notre pays.  Or, l’Histoire, précisément, est en marche.

« L’union fait la force » : l’opportunisme de Milquet.

Disons le tout net : j’éprouve un dégoût profond pour le positionnement de campagne qu’a choisi Mme Milquet. Surfer sur le sentiment belgicain des francophones, qui s’explique  par leur faiblesse sur le plan économique, est non seulement opportuniste mais aussi indigne d’une femme d’Etat appelée à prendre ses responsabilités face à l’Histoire.

« La Belgique a Papa », unitaire, fut enterrée en 1970. Ce temps là est révolu, à jamais.  Quarante ans plus tard, les mentalités n’ont toujours pas évoluées. Les francophones refusent de voir la réalité : la Flandre s’est construite par opposition à la Belgique. En se basant sur un projet communautariste, elle a mis la main sur tous les leviers du pouvoir économique et politique. Aujourd’hui, la Flandre est un Etat dans l’Etat. C’est un fait, irrécusable.

On ne peut revenir en arrière. Le Nord, à l’unanimité, souhaite évoluer vers davantage d’autonomie. En contestant cette aspiration de la majorité, Milquet ne rend pas service aux francophones et contribue à raidir un peu plus l’opinion flamande.

Dès lors, il presse que les politiques francophones prennent leurs responsabilités. Négocier une énième réforme de l’Etat, en sachant que le confédéralisme n’est peut-être que l’antichambre du séparatisme, ou se préparer au divorce. Il n’est point d’autre alternative.

Les francophones doivent apprendre à ne compter que sur eux-mêmes pour aborder l’avenir avec confiance. A commencer par voter pour d’autres partis que ceux affichant une ligne belgicaine par pur opportunisme.

Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.

Winston Churchill

Extrait d’un discours à la Chambre des Communes – Mai 1944.

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