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Pic pétrolier : traduction en mots d’un sentiment d’urgence.

 Lorsque j’évoque la question du pic pétrolier, dont je suis devenu, par la force des choses, un spécialiste, je me heurte à trois convictions biens ancrées dans l’imaginaire collectif qui tiennent du fantasme. Premièrement, l’idée que le problème est bien compris, « qu’on sait ». Deuxièmement, l’idée « qu’on trouvera bien une solution ». Troisièmement, l’idée que « l’urgence n’est pas là », que « nous avons le temps ». Ces trois croyances sont fausses, et donc dangereuses.

Comprendre l’enjeu du Pic dans toute sa dimension requiert une approche systémique et des connaissances transdisciplinaires, ce qui n’est pas l’apanage de notre système éducatif. Ce papier vise à exposer les trois points suivant : (1) la nature du problème, (2) son caractère insoluble au sens où on l’entend traditionnellement, (3) son caractère urgent.

Une compréhension systémique du problème :

Le raisonnement trouve son point d’ancrage in abstracto dans la théorie des systèmes et de la complexité. Un système est un ensemble constitué d’éléments en interaction. Par exemple, des atomes, des molécules, des organes, des êtres humains, des entreprises, des Etats, etc. Il est appelé complexe lorsque son évolution et son comportement ne peut être prédit à l’avance.

La physique nous apprend qu’un élément en mouvement a besoin d’énergie. Les éléments d’un système nécessitent de l’énergie pour être en interaction. On sait que tout organisme vivant, une plante, un animal, un humain, une économie, est un système qui se maintient en vie en puisant de l’énergie et de la matière dans son environnement, c’est un système thermodynamique ouvert. Sans cet afflux d’énergie, un organisme meurt, il tend vers ce qu’on appelle l’équilibre thermodynamique. L’afflux d’énergie dans le système doit être renouvelé en permanence car l’énergie se dégrade lorsqu’elle est utilisée.

On sait qu’un système peut croître en complexité si l’afflux d’énergie dans le système augmente. La complexité se mesure par trois facteurs : l’interconnectivité des composants du système, la vitesse de leurs interactions et leur interdépendance. Lorsque le système croit en complexité, il s’éloigne de l’équilibre thermodynamique, ce qui nécessite un afflux plus important d’énergie. En d’autres termes, le coût métabolique de maintenance du système augmente.

Enfin, on sait que lorsque le système croît en complexité il se transforme qualitativement. Ceci explique pourquoi, lorsque l’afflux d’énergie dans le système diminue, celui-ci s’effondre, plutôt que de se contracter pour revenir à l’état de complexité inférieur.

A présent, visualisons comment on peut appliquer ces concepts à l’économie. L’économie est un système thermodynamique ouvert. Elle puise de l’énergie et de la matière dans son environnement. Avec cette énergie, elle transforme de la matière pour en faire des biens de consommation et du capital productif. Au plus elle puise de l’énergie dans son environnement, au plus elle peut augmenter le nombre d’interactions entre ses composantes (les entreprises par exemple) ainsi que la diversité et le nombre des biens fabriqués. En d’autre termes, elle croît en complexité. Par exemple, de nouveaux métiers et marchés apparaissent.

Toute civilisation croît en complexité grâce au surplus d’énergie qu’elle puise dans son environnement. Toute civilisation complexe avant la nôtre (l’empire romain par exemple) a pu croître en complexité en extrayant un surplus énergétique à partir de l’exploitation agricole de la terre. Les plantes  produisent ce surplus. Elles captent les rayons solaires, un flux d’énergie, au travers du mécanisme de la photosynthèse. On les appelle les producteurs primaires car sans elles la vie sur Terre serait impossible. En effet, les herbivores se nourrissent des plantes et les carnivores se nourissent d’herbivores. Chacun d’eux est un système thermodynamique ouvert qui se maintien loin de l’équilibre thermodynamique (la mort) en extrayant le surplus énergétique nécessaire à sa survie dans son environnement. Les animaux sont des producteurs dits « secondaires ». 

Les hommes, producteurs secondaires,  ont appris a exploiter au mieux le revenu énergétique tiré de la terre. En domestiquant les plantes et des animaux, ils ont peu à peu réussi à maximiser le surplus alimentaire tiré de l’exploitation des terres. Ce surplus alimentaire a permis à notre espèce de se multiplier et de dégager des ressources pour permettre à une partie de la population de se consacrer à d’autres activités que l’extraction du surplus alimentaire. En accroissant leur degré de spécialisation et leur nombre, les hommes ont réussi à produire plus, l’économie des hommes s’est peu a peu éloignée de l’équilibre thermodynamique, elle a crû en complexité.

A mesure qu’une civilisation croît en complexité, les coûts de maintenance du système augmentent car, comme déjà précisé, la croissance a un coût métabolique. Dit autrement, il faut plus d’énergie pour croître, ce qui signifiait pour les civilisations avant la nôtre qu’il fallait soit augmenter le rendement thermodynamique des terres, avec la technologie ou en travaillant plus, soit mettre de nouvelles terres en jachère.

La civilisation industrielle est beaucoup plus complexe que la plus complexe des civilisations agricole, l’Empire romain. Au regard de la longue histoire humaine, c’est une anomalie. Son degré de complexité, la civilisation industrielle le doit à la découverte d’un subside énergétique et à la découverte de la façon de l’exploiter. Avec le moteur à vapeur et puis plus tard à explosion, les hommes ont trouvé le moyen d’exploiter les réserves d’hydrocarbures stockées dans la lithosphère. Le pétrole, le charbon et le gaz sont des ressources stocks que la nature a mis des milliards d’années à synthétiser. Ce stock est fini et non renouvelable car l’énergie se dégrade une fois qu’elle est utilisée pour produire du travail. Dit autrement, « les ressources fossiles, c’est du one shot ». Leur exploitation à donné aux hommes l’accès à une ère d’abondance sans précédent,l’âge de l’opulence énergétique.

Le surplus énergétique que nous procurent les ressources fossiles nous a permis de nous affranchir, pour la majeure partie d’entre nous, de la « contrainte » de l’exploitation directe de la terre, à laquelle notre survie fut, de tout temps, chevillée. La population humaine a été multipliée par 700 grâce à l’existence de ce surplus énergétique, une mesure de son succès biologique, mais qui est artificielle. L’exploitation des ressources fossiles a ouvert la voie de percées dans tous les domaines des sciences car nous avions les ressources nécessaires pour permettre à des gens d’étudier et puis de penser et d’expérimenter durant de longues années en vue de rendre intelligible le monde qui nous entoure. L’exploitation des ressources fossiles a permis à l’humanité d’effectuer de gigantesques percées technologiques en même temps qu’elle nous a donné cette illusion d’une toute puissance infinie. Le mythe prométhéen du Progrès infini est une affreuse méprise.

La société industrielle a pu croître à un rythme et un degré de complexité effrayant par comparaison aux autres civilisations. Cette croissance est le fait de l’exploitation à un rythme toujours plus accéléré d’un surplus d’énergie stocks. Le changement climatique, l’érosion des terres, la destruction des écosystèmes, sont la traduction de l’impact du pouvoir de transformation sur leur environnement que les hommes ont hérité de l’exploitation du stock d’hydrocarbure. Les hommes sont non seulement en train de dilapider leurs ressources les plus précieuses à un rythme effréné, mais en plus, la taille de l’économie des hommes par rapport à son environnement est devenu trop importante pour que celui-ci puisse se maintenir dans un état stable. C’est un problème car notre survie dépend de la qualité de l’eau que nous buvons, de l’air que nous respirons, des terres que nous exploitons, de la stabilité du climat.

A présent, j’espère que la nature du problème auquel nous faisons face apparaît clairement : à cause du pic pétrolier, l’afflux d’énergie dans le système thermo-industriel va diminuer, la civilisation industrielle va s’effondrer. Un effondrement au sens physique du terme signifie que le système change brutalement d’état qualitatif. Les coûts de maintenance du système étant trop élevés, le système doit se réorganiser pour réduire sa complexité.

Le caractère insoluble du problème

La masse des gens pense qu’une alternative au pétrole existe, c’est faux. D’une part, le pétrole possède des propriétés qualitatives inégalables : il est (était en fait) facilement extractible, liquide et donc facilement transportable, et il contient une énergie très concentrée. D’autre part, il intervient dans la fabrication de presque tous les objets du métabolisme industriel. Enfin, la mondialisation, qui n’est autre qu’une spécialisation des tâches à l’échelle du monde, est possible grâce au pétrole. Aucun substitut au pétrole n’existe. Vous pensez peut-être que cette affirmation est fausse, je vous invite à faire vos recherches. Il est probablement indispensable de préciser que la technologie n’est pas de l’énergie, elle permet éventuellement d’exploiter celle-ci plus efficacement, mais ce n’est pas de l’énergie.

L’histoire nous apprend qu’une transition énergétique prend plusieurs décennies. Nous ne sommes pas passés du bois au charbon et puis du charbon au pétrole en un claquement de doigt. Il faut que l’appareil de production se réorganise qualitativement pour devenir adaptif aux caractéristiques (stock vs flux, continu vs intermittent, rendement thermodynamique, coût, etc..) de la nouvelle source d’énergie utilisée. Le coût d’une transition est très important, et l’échelle (le monde) de cette transition donne le tournis. Mais surtout, pour être parfaitement honnête, parler de transition dans ce contexte est inapproprié puisqu’aucun substitut n’existe. En pareille circonstance, le changement ne peut être qu’adaptif ou maladaptif.

 Le fait qu’une solution traditionnelle au problème n’existe pas s’explique assez logiquement par la nature du problème. En fait, le Pic pétrolier n’est pas un « problème » au sens où il existerait une solution pour le résoudre. Un problème peut être résolu en accroissant le degré de complexité d’un système. La résolution d’un problème à un coût métabolique, cela requiert de l’énergie. Par exemple, les civilisations agricoles avaient des problèmes d’irrigation de leurs terres. Elles ont résolu ces problèmes en développant un système d’irrigation très performant. L’administration de ce système avait un coût métabolique puisqu’il fallait payer des fonctionnaires et des gens pour entretenir les canaux d’irrigation. Ici, c’est justement le contraire qui doit être fait : diminuer le degré de complexité du système de façon adaptive.

 En d’autres termes, le pic pétrolier signifie que l’afflux d’énergie dans le système va diminuer. Celui-ci va être forcé de se déplacer d’un état thermodynamique A vers un état thermodynamique B qualitativement différent. Au plus le système essaie de prolonger le statu quo, au plus la rapidité des changements sera violente et imprévisible. Il se pourrait même que le système s’effondre complètement si le choc PERMANENT (la production va diminuer continuellement) ne s’accompagne pas de changements adaptifs de TOUTES les composantes du système.

Nous avons aujourd’hui un système économique et des institutions, la démocratie représentative, le marché, le système financier, qui sont adaptifs à la croissance. Par exemple, le remboursement de la dette avec intérêts exige de la croissance.Le maintien des acquis sociaux de l’Etat-Providence exige de la croissance. Ces institutions vont essayer de maintenir le statu quo dont dépend leur survie le plus longtemps possible. Ceci est normal mais ne signifie en rien qu’elles ne devront pas pour autant s’adapter à la nouvelle réalité physique du monde ou disparaître. Ainsi, le système financier actuel basé sur la croissance exponentielle de la dette exige que l’activité économique croisse pour que la dette soit remboursée avec intérêts. Si la taille de l’économie se contracte physiquement, ces dettes ne pourront jamais être remboursées. Il faudra soit que le système financier implose (déflation) ou explose (hyperinflation). Le coût métabolique de la démocratie et de son armée de fonctionnaires sera trop grand, il faudra que l’Etat diminue de taille et décentralise ses niveaux de gouvernance ou alors ce sera la dictature. La dictature permet à court terme de réduire les coûts de transactions de la démocratie et donc de regagner une marge adaptive. A plus long terme, un régime dictatorial est très instable puisqu’il nourrit l’instabilité sociale du fait de son manque de légitimité. Les marchés devront être réencastrés dans le contexte social pour recréer de la confiance entre les gens, confiance indispensable au commerce.

Enfin, il est évident qu’une démographie galopante est un facteur aggravant. Un autre facteur aggravant est le fait que les élites essaient à tout prix de prolonger un statu quo intenable. L’analyse suggère qu’à long terme elles mettent leur survie en danger car le système ne peut survivre sans se réorganiser, c’est physiquement impossible. On ne négocie pas avec les Lois de la physique.

Le caractère urgent du problème

La production de pétrole stagne depuis 2004. Nous sommes sur un plateau de production. Ceci est dû à deux facteurs : premièrement, la destruction de la demande dûe à la récession économique qui frappe le monde. Deuxièmement, le fait que la production de pétrole conventionnel, environ 76millions de barils par jour sur un total de 86 millions, est en phase de déplétion à concurrence de 4 millions de barils par an. Il faut donc, chaque année, rien que pour maintenir le niveau de production constant, développer l’équivalent de 4 millions de baril par an de nouvelles capacités. Pour l’instant, la mise en production de pétrole non -conventionnel (sables bitumineux, off-shore, gas to liquid, coal to liquid, etc) parvient à compenser la déplétion des champs traditionnels, mais, sans entrer dans les détails, cette production finira aussi par plafonner. A ce moment là, nous entrerons en phase de déplétion. Il y aura, chaque année, de moins en moins de pétrole à consommer. Comme le monde ne peut importer du pétrole, la question de la répartition de ce surplus reste en suspend. Il faut s’attendre à des guerres de ressources, très probablement, et à un rationnement imposé par les gouvernements. En d’autres termes, une fois qu’on passera le point critique de la phase de déplétion, il est très improbable que le marché continue à allouer l’offre pétrolière via le mécanisme des prix, mais la question reste en suspend.

Il est impossible de faire un pronostic sur l’avenir bien qu’il est certain que nous entrons dans une phase qualifiée de « révolutionnaire », si on regarde les choses d’un point de vue social. Si on regarde les choses d’un point de vue physique, on peut dire que le système entre dans une phase chaotique prélude à sa réorganisation. Il évolue depuis deux siècles dans des bandes de fluctuation relativement stables. Les récessions ou les périodes de surchauffe que l’économie a connue depuis deux siècles n’ont pas entamé irréversiblement la capacité d’absorption des chocs par le système, ce qui l’aurait forcé à transformer qualitativement sa dynamique de fonctionnement. Le pic pétrolier va obliger le système à sortir des bandes de fluctuations dans lesquelles il peut survivre. Demain est un autre monde.

Voici ce que je pense : à court et moyen terme, nous allons assister à la fin de la croissance physique. Je ne parle pas ici de certaines zones du globe mais de l’économie globale. On devrait assister à une montée progressive du chômage due à la pression démographique et à une destruction de la dette (déflation dûe au deleveraging). L’inflation devrait rester relativement basse à court moyen terme, mais les gouvernements vont faire tourner la planche à billets pour refinancer leur dette et contrer la pression déflationniste exercée par la destruction d’activité. A long terme, nous aurons une hyperinflation lorsque l’économie commencera à se contracter physiquement à cause du fait qu’on entre en phase de déplétion. En effet, il y aura chaque année de moins en moins de biens produits par rapport aux liquidités en circulation.

Une fois entré en phase de déplétion, le système va s’effondrer. Ceci signifie que des métiers vont disparaître (déspécialisation), ce qui provoquera des mouvements migratoires. Nous assisterons également à des actes de violence, dont le nombre et la gravité sera fonction des caractéristiques socio-démographiques des populations. Une population ayant érigé la compétition et l’individualisme au rang de ses valeurs cardinales a beaucoup moins de chances de s’en tirer par le haut qu’une population mettant prioritairement l’accent sur le sens de la communauté et de la coopération.

La rapidité et l’ampleur de l’effondrement sont impossibles à évaluer puisque le rythme de déplétion est inconnu. Il est par exemple tout à fait envisageable qu’un pays sécurise militairement son approvisionnement au détriment d’autres pays. Dans ce cas, l’effondrement serait extrêmement brutal dans certaines zones là ou d’autres pays pourraient juste avoir à réorganiser leur appareil de production pour recommencer à produire des biens jadis importés. Ce faisant, ces pays parviendraient à relancer leur l’appareil productif et donc à surmonter les tensions sociales inhérentes à la destruction d’activité. Il est également possible que le monde se mette d’accord pour répartir de façon démocratique le surplus pétrolier. Dans ce cas, le scénario d’avenir serait tout à fait différent.

En maximisant le pourcentage de la population éduqué à la pensée systémique et à la problématique énergétique, on maximise la capacité adaptive d’une société puisque les gens ne peuvent prendre les bonnes décisions de façon décentralisée que s’ils ont les bonnes clés d’interprétation des faits. En l’absence d’une bonne compréhension de la nouvelle réalité économique, les gens préféreront voter pour l’ordre au sacrifice d’une partie de leur liberté. L’enjeu n’est pas trivial.

Pic pétrolier et transition énergétique : petit manuel optimiste à l’usage du citoyen actif.

Après toutes mes lectures, j’ai eu l’idée de cet article pour exposer, brièvement, les enjeux et les conséquences pratiques du débat sur le Pic pétrolier (Peak Oil)

Avant d’aller plus loin, il me faut préciser trois choses :

  1. je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, mais réaliste. Je décris ce que je lis, et pas ce que je souhaiterais lire ;
  2. Ma méthode est le doute méthodique. Ma démarche s’apparente donc à celle du philosophe, celui qui cherche la Vérité en sachant qu’il ne la trouvera jamais. La grandeur d’un homme est fonction du nombre d’incertitudes qu’il est capable de supporter ;
  3. j’utilise la dialectique couplée à la méthode cartésienne (réductionnisme scientifique) et à la théorie de la complexité (transdisciplinarité). Ceci signifie concrètement que je vois les choses au macroscope et au microscope.

Prophètes de la Terreur, optimistes, réalistes : Comment y voir clair ?

Bon, sans aller plus dans les détails, résumons l’enjeu du débat sur le Pic pétrolier. J’ai lu beaucoup sur le sujet. Du côté des certitudes, voici ce que je peux avancer :

  1. On distingue deux camps. D’un côté, les scientifiques, géologues en particulier, plutôt pessimistes. De l’autre, on distingue les économistes, plutôt optimistes.
  2. La thèse des « Peakistes » (ndlr : les théoriciens du Pic) : nous aurions atteint le Pic en 2007. La hausse du baril de 20$ en 2000 jusque 147$ en juin 2008 a déclenché la crise financière de 2007, bien que les mécanismes de celle-ci fussent déjà en place. En gros, la hausse du baril est la goutte qui aurait fait déborder le vase. Le pétrole est une ressource non substituable et la production conventionnelle a atteint son maximum de production. Dans un contexte de forte croissance de la demande d’énergie (pays émergents), l’inertie du système économique est telle que la hausse des prix provoquée par la déplétion du stock de pétrole conventionnel ne pourra être compensée par un gain d’efficacité technologique, une réorganisation complète de l’appareil de production, et le développement de nouvelles sources de pétrole non conventionnel (sables bitumineux, biocarburants, gas to liquid, …). En somme, les peakistes disent que nous avons atteint les limites de la croissance économique et que, vu l’endettement et la complexité de l’économie mondiale, celle-ci va s’effondrer sur elle-même (rapidement ou progressivement, la question est en suspend). Pour eux, le Pic serait donc le point critique qui provoquerait l’effondrement de la civilisation industrielle.
  3. Les autres : ils pensent que nous entrons en effet dans l’ère de l’énergie chère mais que la théorie de l’effondrement est incorrecte. Ils pensent que le marché, seul (quelques uns), ou moyennant le recours à des instruments de politique économique tels la taxe carbone ou le marché des quotas de CO2 (pour la plupart d’entre eux), parviendra à résoudre le problème de la rareté. Premièrement, ils pensent que le marché va développer de nouvelles sources d’énergie (substitution et progrès technologique). Deuxièmement, ils pensent que la demande va s’ajuster pour éviter une trop forte tension sur les prix. Par exemple, les gens vont faire attention à leur dépense d’énergie, isoler leur maison, se déplacer moins, pour compenser la hausse du coût de l’énergie.

Question : entre  Prophètes de la Terreur et les autres, qui a raison ?

Première observation : les premiers tiennent comptent des arguments des autres, ce qui n’est pas nécessairement réciproque. Ma réponse est que le timing est crucial.

Quatre scénarios :

1. Effondrement brutal

Si la hausse du coût du baril est brutale, il est clair que l’économie va plonger. Les Etats-Unis et l’Europe sont surendettés, ils ne pourront encaisser un choc pétrolier. Dans une économie mondialisée, le risque d’un crash systémique est réel. Aux Etats-Unis, le risque d’effondrement est amplifié  pour plusieurs raisons clés :

–         des inégalités qui peuvent vite devenir insoutenable et dégénérer sur des actes de violence

–         une économie très vulnérable à un choc pétrolier : beaucoup de banlieues, grosses cylindrées, régime carnivore, surconsommation d’énergie, transports en commun peu développés, dette colossale, propension à la surconsommation qui s’est développée en addiction

–         un pouvoir oligarchique (lobby pétrolier et Wall Street)

2. Effondrement progressif

Si la hausse du coût de l’énergie est progressive et qu’on ne diminue pas l’intensité énergétique absolue de l’économie (quantité absolue) pour compenser cette hausse, une part toujours plus importante des ressources de l’économie devra être mobilisée pour produire cette énergie. Si le rythme de reconversion et les gains de productivité ne parviennent pas à compenser la hausse du coût de l’énergie, on assistera à une augmentation progressive du chômage qui débouchera sur une augmentation des prestations sociales, un endettement accru de l’Etat et, in fine, une hausse des taux d’intérêts payés sur la dette menant à l’éclatement du système financier global/ d’une zone monétaire/l’expulsion d’un ou plusieurs Etat(s) hors d’une zone monétaire (dévaluation compétitive) enclenchant des effets domino. Ce petit jeu peut durer longtemps avant que le système n’atteigne un point critique et bascule brutalement en zone chaotique.

3. Transition progressive

Le marché et les pouvoirs publics développent des synergies efficaces pour décarboniser progressivement l’économie. La société engage une course contre le temps et déclare la guerre aux gaspillages énergétiques. Elle comprend progressivement que l’économie est un gros moteur qui transforme de la matière et de l’énergie en biens et services mais que ce moteur est en train de se gripper (rendement thermodynamique décroissant). Toutes les forces de la société sont mobilisées pour investir dans les « négawatts ». Ceci signifie qu’on investi massivement dans les gains d’efficacité énergétiques, ce qui permet de libérer des ressources pour enclencher un cercle de reconversion vertueux et rembourser la dette. Le rythme de reconversion provoque des remous sociaux mais la vision et l’objectif triomphe des résistances au changement et de l’inertie générale qui s’est développée au cœur du système.

4. Transition rapide :

En plus des gains d’efficacité, les gens acceptent de remettre leur confort en question et deviennent des citoyens acteurs plutôt que des consommateurs passifs (sobriété énergétique). Ceci donne une base de légitimité au gouvernement pour agir et essayer d’accélérer la transition, en implémentant des politiques de soutien. La diminution de l’empreinte carbone devient un projet de société, les gens agissent et sont prêt à surmonter collectivement et solidairement les coups durs. La cohésion de la société s’en sort renforcée et on en sort tous par le haut : monde meilleur, plus juste, moins égoïste.

Question : Sur base d’une distribution de probabilité subjective, lequel de ces quatre scénarios est le plus plausible ?  

Les 3e et 4e sont, actuellement, fort improbables, car l’opinion publique est relativement peu sensibilisée à la question énergétique. Peu de gens ont une vision globale des choses, même ceux qui disposent d’une formation scientifique. La question énergétique recouvre bien davantage que les simples aspects techniques. Les aspects économiques, politiques, géopolitiques, sociologiques et anthropologiques de la question ne peuvent être éludés. Le dire n’est pas une forme d’arrogance, simplement la réalité.

Le second scénario est, actuellement, le plus probable. In fine, c’est une version édulcorée du premier scénario. Certains dominos tomberont après d’autres, mais on parle d’un jeu à somme négative.

Reste qu’il est impossible d’anticiper l’avenir. Un exemple devrait permettre de comprendre ceci:

Le prix de l’énergie augmente progressivement suite à quoi une part toujours plus importante de la population laisse sa voiture au garage pour se rendre à son boulot. Cette tendance fait chuter drastiquement la production de voitures. L’industrie automobile se trouve en faillite et la mobilité sur le marché de l’emploi est faible. Les tensions sociales sont telles que les pouvoirs publics doivent sauver une industrie condamnée avec de l’argent qu’ils n’ont pas, ce qui accroît encore un peu plus le fardeau de la dette. Le problème à long terme s’est amplifié.

A l’inverse, on pourrait imaginer que l’industrie automobile prend le pari de gagner la course contre le temps et met tout en œuvre pour créer des voitures moins gourmandes en énergie et compétitives (prix). Ceci libère des ressources pouvant être affectées à la production d’autres biens, ce qui enclenche un feedback positif. Le timing et la question des coûts sont cruciaux.

Autre scénario : la demande de voiture diminue mais la reconversion s’opère progressivement dans d’autres domaines tels l’isolation des bâtiments, les infrastructures de transports en commun, etc. Le taux d’emploi reste stable et l’efficacité de l’économie s’améliore, ce qui permet de libérer de nouvelles ressources pour investir dans la transition et rembourser progressivement la dette.

Question : que faire d’un point de vue individuel ?

  1. Sensibiliser les gens à la question. N’essayez pas de convaincre quelqu’un qui ne veut pas vous entendre, vous perdez votre temps. Essayez de toucher en priorité les gens qui ont du leadership pour provoquer un « effet levier » sur l’opinion.
  2. Optimisez votre contrainte financière en fonction de la hausse du coût de l’énergie : si vous changez vos ampoules par exemple, vous stimulez le marché des ampoules d’une part. D’autre part, votre investissement s’auto-remboursera sur le long terme, ce qui libérera des ressources dans votre portefeuille que vous devez réinvestir pour diminuer un peu plus votre empreinte énergétique. Si vous investissez cet argent sans faire attention (biens importés de chines par exemple), vous amplifiez votre consommation d’énergie et augmentez la fuite de ressources vers un pays extérieur (si on importe plus que ce qu’on exporte notre déficit commercial se creuse et par là-même notre dette). Donc, consommez local (UE), n’achetez pas des ampoules made in China, même si c’est moins cher. A long terme, ceci équivaut à nous torpiller collectivement.
  3. Si vous êtes ambitieux, lancez-vous dans la permaculture. Il s’agit d’une technique qui permet de produire beaucoup de nourriture moyennant peu d’efforts et avec une surface réduite (mais une fois qu’on possède l’expérience). La production de cette nourriture va soulager la hausse du coût de l’énergie, voir vous permettre de dégager des ressources financières pour investir, à un niveau individuel, dans les négawatts. Et, inutile de dire que ces techniques peuvent vous sauver la vie si la situation dégénère. Elles ont permis à Cuba de survivre à une chute de 30% de son approvisionnement pétrolier.
  4. Développez votre résilience. Apprenez à penser autrement, à vous voir comme une partie immergé dans un tout dans lequel tout est interconnecté : vivant, non-vivant, humain, non-humain. Vous pouvez faire déjà énormément de choses au niveau individuel.

Vous commencez à douter ? Vous êtes sur le bon chemin !

Sur la transition, quelques auteurs importants :

Pessimistes :

–         Michaël Ruppert : film « Collapse » sur youtube

–         Richard Heinberg : livre « The end of growth. Adapting to our new economic reality » (août 2011)

–   Dmitry Orlov (fr): voir conférence sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xcoiah_1-6-dimitri-orlov-survivre-a-l-effo_news?ralg=meta2-only&fb_source=message#from=embed-playreloff

–         Piero San Giorgio (fr): livre « Survivre à l’effondrement économique: manuel pratique » (octobre 2011). Voir: site « piero.com ».

–         Dennis Meadows: livre « limits to growth. The 30 year update »

–         Jared Diamond (fr): livre « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie »  (2010)

–         Joseph Tainter: livre « the collapse of complex societies » (1988)

–         Eustace Mullins: livre « les secrets de la réserve fédérale » (2010)

–         Jacques Généreux: livre « La Grande Régression » (2011)

Optimistes :

–      Amaury Lovins: livre « reinventing fire. Bold business solutions for the new energy era » (septembre 2011)

–         Leonardo Maugeri: livre « Beyond the age of oil. The Myths, Realities and Future of fossil fuels and their alternatives » (2010)

Réalistes (physiciens et scientifiques):

–         Jean-Marc Jancovici (fr): « Changer le monde. Tout un programme! » (2011)

–         Robert Ayres: « crossing the energy divide. Moving from fossil fuel dependence to a clean energy future » (2010)

–         R. Kümmel: « the second law of economics. Energy, entropy, and the origins of wealth » (2011)

–         Vaclav Smil: « Energy myths and realities. Bringing SCIENCE to the energy policy debate » (2010)

–         Claude Lorius (fr): « voyage dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes le héro. » (2010)

–         Thomas P. Wallace: « Wealth, energy and human values: the dynamics of decaying civilizations from ancient Greece to America » (2009)

Pour apercevoir une vision positive de l’avenir, un but vers lequel tendre collectivement:

–         Michaël Greer: « the ecotechnic future » (2009)

–         Herman Daly: « Beyond growth. The economics of sustainable development » (1997)

–         Tim Jackson (fr): « prospérité sans croissance. La transition vers uen économie durable » (2010)

Prophétie Maya, fin du monde et effondrement de la civilisation: la réalité face aux Mythes

Assistons nous à la fin du Monde? Chacun se souvient de la funeste prévision du calendrier Maya qui prévoit un effondrement en 2012. L’idée d’un fin du Monde est aussi vieille…que le monde. Et pourtant, l’Histoire montre que les civilisations naissent, grandissent, stagnent et meurent. Jared Diamond  dans son livre « Collapse » (effondrement en français) et Joseph Tainter dans son livre « The Collapse of complex societies » s’intéressent à ces phénomènes historiques. Ils ont revisité l’histoire pour identifier des facteurs à l’origine du déclin des civilisations. Aujourd’hui, en ces temps incertains, ces deux auteurs bénéficient d’une assise importante.

Pour ma part, voici un moment que je cible mes lectures sur les rapports entre énergie-entropie-dette-croissance et monnaie. J’ai été amené a m’intéresser à des auteurs tels le britannique Frederick Soddy (1877-1956), prix Nobel de chimie en 1921, l’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950),  l’économiste-mathématicien roumain Nicholas Georgescu-Roegen (1904-1996) et l’économiste américain Herman Daly (1938- ). Il existe une filiation évidente entre ces quatre auteurs. Aujourd’hui, le physicien Reiner Kümmel et le physicien-économiste Robert Ayres peuvent être considéré comme les deux grands héritiers de l’héritage intellectuel de ces quatre auteurs.

En substance, que nous disent-ils?

Premièrement, on peut affirmer que leur pensée à posé les jalons d’un nouveau paradigme en sciences économique: la bioéconomie ou l’économie écologique. Le consensus de ces auteurs est que la sciences économique, la science des choix en situation de rareté, doit être fondée sur la théorie scientifique. Historiquement, les sciences exactes ont connu trois Révolution: Newton, Darwin et Carnot. Newton introduit la mécanique classique. Sans aller dans les détails, cette branche de la physique permet de calculer et de prédire à tout instant « t » la position dans l’espace d’un objet, son accélération, et le temps requis pour qu’il touche le sol. Darwin introduit l’évolutionnisme et la notion de spéciation. Enfin, Carnot introduit la thermodynamique et ses phénomènes irréversibles. La thermodynamique est la science de la transformation des flux d’énergie et des stocks de matière.

La science économique, dans sa tentative de devenir une science prédictive, fut fondée sur le paradigme de la physique mécanique, elle n’a jamais connu de « révolution paradigmique » depuis. Or, tous les phénomènes économiques s’apparentent bien d’avantage à des phénomènes thermodynamiques que mécaniques. L’objectif du processus économique est de transformer un stock de matières premières pour le rendre valorisable au yeux des consommateurs ( valeur évaluée subjectivement par celui-ci). Tous les êtres vivants obéissent aux lois de la thermodynamique. Ils « avalent » de l’énergie (sous forme de nourriture) pour fonctionner  et rejettent des déchets (des excréments) en fin de processus. De même,  l’économie s’apparente à un être vivant, un métabolisme qui transforme de la matière et rejette des déchets dans l’environnement en fin de processus.

Quelles sont les implications révolutionnaires de cette nouvelle conception de l’économie, et en quoi peut-elle nous apporter un éclairage scientifique par rapport au phénomène d’effondrement des sociétés au terme d’un long processus de maturation?

La thermodynamique est une science complexe, mais chacun à déjà entendu l’expression des ses deux lois. La première loi, appelée loi de conservation, indique que « rien ne se crée, rien ne se perd ». En d’autres termes, le stock d’énergie-matière contenu dans l’univers est constant. La seconde loi, née du mémoire du polytechnicien français Sadi Carnot en 1824, nous apprend que « tout se transforme ». Donc, si on combine les deux lois, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

La première loi ne remet pas en cause les principes de la mécanique, mais la seconde loi les complètent. La seconde loi introduit la notion d’entropie, toujours mal comprise et controversée.

Lorsque de l’énergie est convertie en travail mécanique pour faire fonctionner une machine, une partie de cette énergie est dissipée en chaleur. Ce processus est irréversible. La loi de l’entropie est une mesure du désordre physique. Elle nous apprend qu’à chaque transformation physique, le désordre dans le système augmente. Tous les organismes vivants luttent contre le désordre en absorbant de la matière-énergie de basse entropie. Ceci leur permet de lutter contre le désordre mais se fait au prix de l’augmentation du désordre dans le système dans lequel ils évoluent, c’est-à-dire l’univers. Le rendement marginal de cette lutte contre le désordre est décroissant puisqu’un jour chaque être vivant meure. Un homme naît, grandi, vieilli et meure.

La Terre est un système thermodynamique fermé, ce qui signifie qu’elle échange de l’énergie (la lumière solaire) avec l’univers. L’économie peut-être modélisée comme un sous-système du « Système Terre ». En clair, l’économie se développe physiquement dans l’environnent de la Terre, elle est prisonnière du ‘Vaisseau Terre ». Elle est ce qu’on appelle un système thermodynamique ouvert. Il s’agit d’un système qui échange de l’énergie et de la matière avec l’environnent. En clair, les hommes puisent de la matière-énergie dans leur environnement pour la transformer au cœur du processus économique. Une fois le bien usagé, il est rejeté dans l’environnement. Il existe donc bien des échanges de matière-énergie entre l’économie et l’environnement.

A mesure qu’une civilisation croît, elle devient dépendante d’un flux d’énergie de plus en plus important. Une augmentation du flux entropique qui la traverse signifie que davantage de molécules sont en mouvement au cœur du système. Dès lors, comme pour un organisme vivant, sa longévité dépend de l’efficacité avec laquelle elle lutte contre l’augmentation de cette  complexité, contre l’entropie.

La société est obligée d’innover dans tous les domaines pour gérer cette complexité sans quoi elle finit par s’écrouler progressivement sur elle même. Elle a recours à l’innovation technique (technologies), sociales (structures socio-institutionnelles), juridique (nouvelles normes). Si son taux d’innovation est décroissant elle doit consacrer une part toujours plus importante de ces ressources pour gérer sa complexité, et donc elle finit par stagner puis par s’effondrer. Des études sérieuses du physiciens Ayres montrent que le progrès technologique possède un rendement marginal décroissant. Par exemple, nous pensions il y a 20 ans qu’au début du siècle les voitures voleraient, on en est loin.

C’est là un premier élément de réponse à la question posée. Voici un second élément: à mesure qu’une société augmente sa complexité, et donc croît, se développe, elle augmente sa dépendance au flux énergétique qui permet de la « maintenir en vie ». Aujourd’hui, 85% de l’énergie primaire (i.e. découverte à l’état naturel dans la nature, sans transformation de l’homme) qui alimente notre économie, est issue de l’exploitation des fossiles (gaz, charbon, pétrole). Cette énergie est non-renouvelable et rejette massivement du CO2 dans l’atmosphère, ce qui est doublement problématique à long terme.  A court terme, l’économie est confrontée au problème des rendements marginaux décroissants des sources d’énergie exploitée d’une part, et de la technologie dont elle dépend pour assurer l’accès à sa nourriture vitale d’autre part. La prospective énergétique s’apparente au principe de la cueillette des fruits d’un arbre fruitier. On commence par récolter les fruits facilement accessible et puis on doit progressivement utiliser une échelle et faire des acrobatie toujours plus périlleuses pour accéder à l’énergie vitale contenue dans les pommes.

La recherche de pétrole suit les même principe. Depuis 1970, nous découvrons chaque année moins d’énergie que nous en consommons (3 barils consommés pour 1 découvert) alors que la demande agrégée d’énergie de toutes les économies du monde ne cesse de croître. Historiquement, nous sommes passés du bois, au charbon, au pétrole, au gaz et enfin, au nucléaire. Certaines de ses énergies sont plus compétitives que d’autres, ce qui explique pourquoi elles ont pris le devant de la scène. Reste que le pétrole possède toutes caractéristiques d’une énergie « parfaite »: il présente le triple avantage d’être liquide, facilement extractible, et de posséder un rendement thermodynamique intéressant.

Aujourd’hui, le retour net sur l’énergie investie, c’est-à-dire la quantité d’énergie investie pour extraire une quantité standard d’énergie (un baril de pétrole par exemple), ne cesse de diminuer. Ceci signifie que dans le contexte de hausse de la demande induite par l’industrialisation des pays « émergeants » (Chine, Inde, Brésil), le « système monde » doit consacrer une part toujours plus importante de ses ressources pour maintenir le flux entropique qui le traverse.

Si l’offre énergétique plafonne et que la part de richesse consacrée à la découverte, l’extraction, et l’acheminement de cette énergie est supérieure à la progression du taux d’efficacité avec laquelle la matière-énergie est utilisée pour produire des biens et services, l’économie est condamnée à se contracter progressivement.

Cette contraction produit du chômage, chômage qui se traduit par une hausse des prestations sociales et in fine , par un accroissement de l’endettement public. Le problème est qu’une dette est l’anticipation d’un droit sur une production physique future. Un individu s’endette, une société s’endette, un Etat s’endette, car il pense que ses revenus futurs lui permettront de rembourser le capital emprunté avec intérêt. Ceci suppose donc, dans le monde matériel, une croissance de la production physique des biens et services. Si la dette augmente plus vite que la croissance réelle de la production matérielle, elle constitue une véritable pyramide de Ponzi, condamnée a s’écrouler le jour où la production se contracte. Concrètement, ceci doit se traduire par une explosion du système financier (hyperinflation) ou par son implosion (déflation).

Des auteurs jouent les Cassandre, disant que l’économie mondiale a atteint ce point critique de non retour. Leur argument est que nous aurions  atteint le Pic pétrolier (« Peak oil » en anglais) en juin 2008, lorsque le prix du baril a culminé à 147$ le baril. Je ne développerai pas cette théorie dans le cadre de cette contribution mais ce qui est certain c’est que si l’offre d’énergie venait à plafonner, l’économie ne peut que se contracter à moins que le degré d’efficacité avec lequel nous transformons de l’énergie en bien et services (« Progrès thermodynamique » ou intensité énergétique) augmente plus vite que la hausse du prix de l’énergie. De telle sorte, les ressources supplémentaires devant être consacrées à l’extraction de l’énergie sont compensées par une faculté à produire autant (auquel cas l’économie stagne) ou PLUS (auquel cas l’économie peut continuer à croître avec les ressources non consacrées à cette extraction. Dans le cas contraire, je le répète, l’économie ne peut que se contracter progressivement. On peut alors commencer à parler d’effondrement.

Tout porte à croire que nous sommes entré avec la crise de 2007 dans l’ère de l’énergie chère. Il est IMPERATIF que nos sociétés réévaluent leur rapport à l’énergie et amorcent une descente énergétique. Dans cette optique, la relocalisation de la production, la promotion des transports en commun, l’isolation des bâtiments sont des priorités. La taxe carbone est le meilleur moyen de réorienter l’économie et les choix des consommateurs vers la « sobriété énergétique ».

A long terme, Pic pétrolier ou pas, le risque d’effondrement est bien réel car la contrainte climatique s’imposera à nous. L’Agence Internationale de l’Energie nous donne 5 ans pour agir afin de rester dans la zone d’une augmentation maximale de 2°C, considérée comme sûre par les scientifiques (en réalité, ce débat est très compliqué tant l’incertitude est patente). Donc, si nous souhaitons surfer entre les contraintes du Pic pétrolier, d’un effondrement du système financier et du changement climatique (qui n’est, soi dit en passant, que la partie émergée de l’Iceberg), il faut agir MAINTENANT.

Bienvenue dans le meilleur des mondes!

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