les idées qui font des petits!

Archives de avril, 2010

« L’union fait la force » : l’opportunisme de Milquet.

Disons le tout net : j’éprouve un dégoût profond pour le positionnement de campagne qu’a choisi Mme Milquet. Surfer sur le sentiment belgicain des francophones, qui s’explique  par leur faiblesse sur le plan économique, est non seulement opportuniste mais aussi indigne d’une femme d’Etat appelée à prendre ses responsabilités face à l’Histoire.

« La Belgique a Papa », unitaire, fut enterrée en 1970. Ce temps là est révolu, à jamais.  Quarante ans plus tard, les mentalités n’ont toujours pas évoluées. Les francophones refusent de voir la réalité : la Flandre s’est construite par opposition à la Belgique. En se basant sur un projet communautariste, elle a mis la main sur tous les leviers du pouvoir économique et politique. Aujourd’hui, la Flandre est un Etat dans l’Etat. C’est un fait, irrécusable.

On ne peut revenir en arrière. Le Nord, à l’unanimité, souhaite évoluer vers davantage d’autonomie. En contestant cette aspiration de la majorité, Milquet ne rend pas service aux francophones et contribue à raidir un peu plus l’opinion flamande.

Dès lors, il presse que les politiques francophones prennent leurs responsabilités. Négocier une énième réforme de l’Etat, en sachant que le confédéralisme n’est peut-être que l’antichambre du séparatisme, ou se préparer au divorce. Il n’est point d’autre alternative.

Les francophones doivent apprendre à ne compter que sur eux-mêmes pour aborder l’avenir avec confiance. A commencer par voter pour d’autres partis que ceux affichant une ligne belgicaine par pur opportunisme.

Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.

Winston Churchill

Extrait d’un discours à la Chambre des Communes – Mai 1944.

J’ai résolu BHV ! Attention, ceci est une fiction…

Quand Dlamot joue les plombiers…

Lorsqu’on envisage des solutions sur l’épineux dossier BHV, on se trouve vite dans l’impasse. En effet, partant d’une part du postulat que BHV est un problème territorial lié à l’enclavement de Bruxelles et d’autre part que l’arrondissement sera un jour scindé, la solution passe inévitablement par un élargissement visant à assurer le lien territorial avec la Wallonie. Or, si les francophones ne plient pas, se serait aux flamands à accorder l’inconcevable. On comprend alors qu’on se  dirige vers un cul-de-sac car céder une parcelle de territoire serait très lourd de symbolique pour la Flandre. Il faut y avoir vécu un temps et revisiter l’histoire de notre pays pour acquérir l’empathie nécessaire à la compréhension de l’autre communauté qui aujourd’hui nous fait défaut.

Bien. Dans ce cas, si aucune des parties ne cède, il va falloir sortir de la crise par le haut. Redéfinir les contours de notre pays, tel est l’enjeu, il demande davantage que cinq minutes de courage politique. Le contexte requiert l’émergence d’hommes d’Etat capables de transcender les clivages partisans et linguistiques qui minent notre pays. Si quelqu’un doit sortir du bois, ce sera la Providence qui nous l’envoi car aucun politique n’a, dans la configuration institutionnelle actuelle, des incentifs suffisants à se poser en défenseur du foyer commun.

Si on veut repartir d’une page blanche, les concessions de mise, en particulier pour la Flandre, seront bien plus lourdes que les compensations exigées sur BHV. La Flandre en proie au démon nationaliste possède la main. Car si les francophone se cabrent aujourd’hui c’est par appréhension que leur partenaire possède un agenda caché. Donc, une autre Belgique n’est possible qu’à la condition que la Flandre renonce, à jamais, avec force, à son projet de former un Etat-Nation, ce qui exige qu’elle inscrive son futur en  rupture complète avec son passé. De cette condition découle la plaine reconnaissance de Bruxelles comme région autonome.

Côté francophones, de lourdes concessions seront également de mise. S’ils désirent toujours se poser en belges, ils devront accepter que leur langue et leur culture soient mise sur un pied d’égalité avec la culture flamande et la langue de Vondel. Fin de l’arrogance et de l’impérialisme ethnico-culturel francophone donc. Les francophones devront apprendre le néerlandais.

Enfin, troisième concession, la structure du pays devra ignorer le concept de majorité démographique au profit de celui de parité. Actuellement, le gouvernement n’est qu’à mi- chemin de ce principe puisque les flamands squattent le poste de premier tribun depuis quarante ans.

Je ne doute pas qu’à ce stade la pilule soit déjà très difficile à avaler. Mais soit, poursuivons.

Une saine logique voudrait que la taille d’une circonscription coïncide avec celle des enjeux du scrutin. Le découpement en Provinces (à l’exception notable de BHV) lors des élections de la Chambre participe à cultiver l’esprit de clocher des belges. Une circonscription fédérale lors des scrutins nationaux, en plus de désamorcer la bombe BHV,  favoriserait l’émergence de poids lourds, des champions nationaux, capables de porter les enjeux du pays. De plus, ils posséderaient une légitimité nationale, coïncidant avec les intérêts d’une communauté, belge, de destin commun. Sans oublier que les vieux réflexes sous-régionalistes seraient lourdement sanctionnés. Le principe est simple : dessiner le système institutionnel de façon à ce que les politiques aient les bons incentifs à défendre l’intérêt national.

Dans cette optique, on doit garder le découpage administratif en régions. Le principe de territorialité, tel que nous le connaissons aujourd’hui, y serait d’application et ce afin d’éviter qu’une communauté puisse se sentir sous la menace d’une colonisation (comme c’est actuellement le cas en périphérie bruxelloise). Plus encore, l’établissement d’une personne dans une région serait subordonnée à l’exigence qu’elle connaisse la langue de celle-ci. Exit « l’olievlek » donc.

En revanche, seuls deux niveaux de gouvernance subsisteraient : le pouvoir central et celui de proximité. Soit : les communes et le fédéral. Exit les gouvernements des provinces, régions et communautés. Sans oublier que Bruxelles, la capitale, serait gérée par un unique conseil communal paritaire. Ainsi, les 19 communes actuelles seraient fusionnées en une « méga-commune ». Le même principe, sans gestion paritaire il va de soi,  s’appliquerait à toutes les grandes villes. Enfin, chaque commune serait sous tutelle du pouvoir central exclusivement pour les aspects touchant à l’intérêt national.

Il va de soi que tous les partis seraient nationaux avec une aile linguistique francophone et l’autre flamande. Toujours en vertu du principe de parité, la présidence de chaque parti respecterait une alternance linguistique. Les listes seraient également paritaires. De même, au niveau national, toujours dans ce souci de respecter l’équilibre linguistique, seraient élus les 75 premiers candidats francophones et les 75 premiers candidats néerlandophones par ordre des scores en terme de voix de préférences. Exit le Sénat et les votes ethniques communauté contre communauté.

Dans ces conditions, je n’ai aucune objection à ce que le mode de scrutin reste proportionnel et que le droit de vote reste obligatoire. A noter qu’avec un tel système le premier ministre serait libéral. Le grand perdant serait sans aucuns doutes le PS. Les socialistes sont certes surpuissants en Wallonie mais pas en Flandre. Toutefois, dans tous les cas, le scrutin serait à deux tours : les citoyens se prononceraient sur la coalition à mettre place. Exit les accords préélectoraux et l’Etat-PS donc.

Le premier ministre serait issu de la plus importante famille politique. Toujours en respect du principe de parité, il serait une fois francophone et l’autre fois néerlandophone. Idem pour le bourgmestre de Bruxelles. Le gouvernement et le conseil communal Bruxellois seraient bien sûr paritaires. Exit la mainmise flamande sur le poste de premier.

Dépassement de la logique des rapports de force et du communautarisme. Exit les partis nationalistes et 180 ans d’histoire « déchirée »

Vous vouliez une réforme de l’Etat ? Vous l’avez.

Attention, ceci est une fiction.

Je le répète, ceci est une fiction. Francophones, la Belgique à papa c’est terminé. Mettez-vous bien çà dans le ciboulot.

tableau de René Magritte: la Folie des Grandeurs.

Diversité linguistique et franco-universalisme: Une autre Belgique est-elle possible ?

Depuis la fin de la Belgique à papa et le début du fédéralisme des années septante, notre pays est victime de crises communautaires à répétition traduites par des réformes qui graduellement ont vidées le noyau central de toute substance. Il est de notre devoir de nous interroger sur les raisons de ces remous successifs, ce qui exige une réflexion profonde sur la nature des relations communautaires de notre pays.

Après 23 années d’existence sur notre chère planète, j’observe qu’une loi, universelle, transcende tous les comportements humains : celle du plus fort. Depuis l’âge de pierre, rien n’a changé et malgré les tentatives de transcender notre condition, la part de babouin en nous domine toujours. Certes, l’humanité a engrangé de menus progrès, difficile de réfuter le constat que le 21ème siècle est plus « humain » que les précédents. Par exemple, la distinction formelle aristocrate-peuple, qui se fonde sur une logique de différentiation primaire, animale, a disparue. Le processus d’émancipation de la femme, maintenue dans l’indigence par son homologue plus viril, donc plus fort,  marque également un grand pas vers « plus d’humanité ».

Sortir d’une logique de rapports de forces, telle est peut-être l’étoile, inaccessible, de l’humanité. En attendant, la réalité nous confronte en permanence au paradoxe de notre identité à mi-chemin entre humain et babouin. Le cas Belgique fournit une figure d’illustration d’exception de ce propos.

Un revirement fondamental dans l’histoire des relations communautaires en Belgique est que les francophones, jadis dominants dans les faits, sont aujourd’hui minoritaires. Sur l’axe du temps, je prends le 7 novembre 2007, date à laquelle les flamands ont usé de leur majorité numérique pour voter la scission unilatérale de BHV en commission comme référence marquant le point d’inflexion du rapport de force en Belgique. Mais de façon plus large, le fédéralisme qui déboucha sur des vagues de chaos successives, marque la fin de « la Belgique à Papa », sous-entendu francophone. Remarquez que je n’use pas du terme « wallon » mais bien « francophone ».

Pour comprendre la portée de ce renversement, essentiel, que les francophones n’ont toujours pas intégré, il faut se replonger dans notre histoire. Ce n’est qu’au terme d’une longue lutte d’émancipation que les flamands ont pu traduire leur majorité démographique, historique, par une domination dans les faits i.e. sur les plans économiques et politiques. Auparavant, les élites francophones, tant au nord qu’au sud du pays imposaient leur agenda, une situation rendue possible par une confiscation des pouvoirs économique et politique. Par exemple, le Sénat était jadis composé de trois-quarts de nobles (francophones).

Charles Rogier déclara après la révolution que « la Belgique serait latine ou ne serait pas ». Aujourd’hui, il faut constater l’échec du projet de faire de la Belgique une Nation (francisée). Ce n’est pas moi qui le regretterai. D’ailleurs, mon film préféré est Braveheart, c’est donc dire l’empathie et le respect que j’éprouve pour la lutte d’émancipation flamande…

Si le projet initial a échoué, il convient donc de se demander si « une autre Belgique est possible ? ».

Y apporter réponse exige qu’on s’interroge sur la nature du paradoxe auquel nous expose ce revirement historique : le constat que la culture dominante (française) est celle de la minorité (francophone) (contrairement à jadis ou la minorité était majoritaire dans les faits).

Je précise ne pas aimer le terme « dominant », mais il s’impose car reflète cette logique de rapports de forces (d’ailleurs, comment nier que la culture anglo-saxonne domine les autres ? Je ne fais ici que mettre des mots sur la réalité). Ce paradoxe s’illustre dans l’observation sociologique qu’un francophone se sent agressé, voir discriminé, lorsqu’il est forcé d’apprendre le néerlandais. A l’inverse, un flamand revendique le bilinguisme comme l’expression de l’égalité entre citoyens d’un même pays. La logique et le ressenti de chaque groupe sont donc différents. Autre exemple frappant : jusqu’il n’y a pas si longtemps, un flamand se montrait très surpris, voir gêné, dès lors qu’un francophone faisait l’effort de lui parler dans sa langue. Aujourd’hui, la situation s’est inversée : les flamands trouvent de plus en plus anormal qu’un francophone ne parle pas sa langue. Je précise que cette remarque ne s’applique qu’aux seuls francophones de Belgique. Le rapport (de force) avec le français par exemple demeure inchangé.

Ainsi, envisager un futur pour la Belgique pose cette question : les francophones, minoritaires dans le cadre institutionnel belge, mais majoritaire en dehors de celui-ci, accepteront-ils de le rester, ce qui suppose qu’ils apprennent le néerlandais ? En clair : les francophones sont-ils prêts à vivre dans une Belgique dominée par la Flandre ? Formulée de façon plus abstraite, la question s’énonce en ces termes : un cadre « contre-nature » peut-il se substituer durablement à la loi, naturelle, qui régit les relations humaines ? La Belgique actuelle serait-elle capable de transcender la logique du rapport de force?

Rien n’est moins sûr. Je suis convaincu que ce que j’appellerai le « paradoxe belge » hypothèque un avenir commun. A préciser que j’emploie le terme « commun » en référence à un véritable projet de vie, un contrat social organisant la Cité des Hommes. A contrario, une Belgique confédérale ne participe donc pas de cette logique. Pour le dire platement : je suis persuadé que les francophones ne se convertiront jamais en masse au néerlandais, un mouvement qu’ils ressentiraient comme « contre-naturel». A noter que le Québec connaît une situation juste inverse à celle de la Belgique (la minorité francophone y est minoritaire), toute tentative de comparaison serait donc contre-indiquée.

Le débat mérite d’être extrapolé au contexte de la globalisation. Aujourd’hui, quatre-vingt pour cent du patrimoine linguistique culturel est menacé d’extinction à plus ou moyen long terme. Ce mouvement est pour moi naturel, dans le sens ou il participe toujours de cette même logique de rapports de force. J’y vois une évolution naturelle après l’étape ou les langues prirent le pas sur les dialectes. Par exemple, je doute que les peuples de France auraient accepté le français, le dialecte du centre, autrement que par un processus d’imposition par la force (violent ou non). Autre exemple : le français, jadis lingua franca, régresse au profit de l’anglais. Chaque culture est donc confrontée à ses propres démons. La problématique communautaire belge s’énonce alors en ces termes : les francophones doivent t-ils accepter que le français dans les faits soit sur un pied d’égalité avec le néerlandais ? On peut opérer un parallèle avec l’Union européenne qui a fait de « l’unité dans la diversité » sa devise. Placer l’anglais à égalité avec les autres langues est illusoire et contre-nature. En droit ce doit être le cas, cependant dans les faits l’anglais s’impose partout.

Est-ce donc à dire que la logique « naturelle » voudrait que l’anglais devienne le vecteur de communication entre les communautés composant la Belgique ? Ce serait renoncer à l’exception culturelle française et aux privilèges hérités de la position jadis universelle de notre langue, mais probablement que l’avenir du pays est subordonné à cette concession. Toutefois, paradoxalement, sa validation équivaudrait à tuer le dernier élément qui fait encore de nous un pays : la capacité à se comprendre et à s’exprimer dans la langue d’autrui. Dans ce cas, il ne subsisterait guère de différence dans les faits dans les rapports francophone-flamand vs francophone-hollandais.Pourrait-on alors toujours parler d’un même pays ?

Notre avenir exige un débat sur le franco-universalisme, j’en suis convaincu. A méditer.

Bye, Bye Belgium?

Pour la cinquième fois, Leterme plie : le chaos. Il était écrit que les flamands ne parviendraient pas à scinder le MR en renvoyant la patate chaude à Didier Reynders. L’histoire se souviendra peut-être de ce lundi 26 avril comme le commencement de la fin. Car sombre s’annonce l’avenir. Je doute que le SPa, seul parti flamand modéré actuellement sur la touche, daigne remettre à flot le navire que l’Open Vld vient de torpiller. Reste donc aux chambres à prononcer leur dissolution afin que s’ouvre la voie des urnes, sans issue. Je distingue trois scénarios :

Première option : les assemblées ne sont pas dissoutes d’ici la plénière de jeudi. Dans ce cas, les flamands pourraient mettre BHV à l’agenda  et passer au vote fin de semaine. Les francophones pourront-ils alors actionner la sonnette d’alarme alors que le gouvernement est en affaire courante ? Rien n’est moins sûr. Quoi qu’il arrive, sans gouvernement pour sanctionner la dite loi, la scission ne sera jamais actée.

Seconde option : admettons qu’un nouveau gouvernement puisse se constituer suite à des élections. Les radicaux de tous bords auraient beau jeu de torpiller les actes législatifs du nouveau parlement fraîchement émoulu en invoquant leur anticonstitutionnalité s’appuyant sur le fait que cette assemblée se serait constituée en violation des articles 10 et 11 de la Constitution. Le pouvoir judiciaire pourrait alors trancher le nœud « gordélien » par l’entremise d’une question préjudicielle. En effet, il suffirait qu’un électeur de BHV saisisse un juge en invoquant la violation des dit articles et que ce dernier pose une question préjudicielle à la Cour constitutionnelle pour que celle-ci, qui jusque ici avait épuisé sa juridiction, puisse se prononcer à nouveau et, cette fois, imposer une solution au législateur. C’est une possibilité.

Troisième option : les élections font le jeu de la NVA qui devient incontournable, les carottes sont cuites. Mais de façon plus simple et évidente, quel parti flamand, hormis le CD&V, peut-être, accepterait de monter dans un nouveau gouvernement avec BHV non résolu?

Bon, autant le dire clairement, le risque d’un éclatement de la Belgique est réel. Les francophones viennent d’infirmer le seul doute qu’il me restait : ils ne fléchiront pas. En effet, la question, quoique le lecteur dépassionné en pense, est cruciale si on se projette dans un avenir post-Belgique. BHV est un problème territorial, géopolitique. Il pose le problème des futures frontières d’Etat dans la perspective d’un éclatement du pays. Je m’en explique. En droit international, le principe de l’uti possidetis iuris (« tu posséderas ce que tu as possédé ») est d’application pour fixer les frontières des nouvelles entités : les frontières externes sont calquées sur celles du défunt Etat, logique.

Malheureusement, l’Union européenne qui, inévitablement, se saisirait du dossier en cas d’éclatement, a étendu ce principe aux frontières administratives internes qui, par définition, ne sont pas déterminées par le droit international (voir : Rapport Commission Badinter, 1992). D’où l’importance décisive de BHV, arrondissement bilingue situé à cheval sur deux territoires administratifs : la région flamande unilingue et la région de Bruxelles-capitale bilingue. En effet, là, l’application du principe est floue, ce qui laisse à penser que les populations concernées seraient consultées. Or, des communes de BHV possèdent une majorité de francophone, ce qui laisse à penser qu’elles voteraient leur rattachement à Bruxelles en cas de referendum.Vous suivez le raisonnement ? Le désenclavement de la capitale, voilà l’enjeu du contentieux. Plutôt costaud, n’est-ce pas (1)?

Bien, à présent que l’idée d’un éclatement est acquise, il reste à l’éprouver. Je dispose de peu d’informations sur le sujet, mais tout de même assez que pour souligner que ce serait l’aventure.

« Tout commence et finit par la finance » diront certains. Autant le dire d’emblée, la répartition de la dette pose un sérieux problème. A ce sujet, les propos de Jacques Lenain (haut fonctionnaire français) dans le cahier n°2 du GeWif, le groupe de travail pour la Wallonie rattachée à la France, sont interpellant. Il défend la thèse que la Wallobrux, ou à défaut une Wallonie indépendante, ne serait pas en mesure d’assumer ses dettes. Bien sûr, son avis sera qualifié de partisan, mais il mérite d’être lu. Ensuite, et là, les choses semblent aussi être compliquées, se pose la question de la succession d’Etats. Dans ce domaine, le droit international est rarement appliqué, les négociations résultent souvent d’un rapport de force. En tout état de cause, la succession d’États est régie par la Convention ONU sur la succession d’États aux traités de 1978 et par la Convention ONU sur la succession d’États en matière de biens, d’archives et de dettes d’État de 1983 (voir 1). L’article 35 de la convention de 1978 stipule que « Lorsque, après séparation de tout ou partie d’un territoire d’Un État, l’État prédécesseur continue d’exister, tout traité qui, à la date de la succession d’État, était en vigueur à l’égard de l’État prédécesseur reste en vigueur à l’égard du reste de son territoire ».

Or, la Belgique ayant signé mais pas ratifié la convention de 1978 et ayant voté contre la convention de 1983, se serait alors la règle coutumière de la « table rase » qui serait d’application. Cette règle établit que l’Etat nouveau-né est vierge de tout traité et de droit et d’obligation en découlant. La règle est donc l’intransmissibilité des Traités internationaux, ce qui veut dire concrètement que les Etats successeurs devraient réintroduire une demande d’adhésion à l’ONU, L’OTAN et L’UE. Si les deux premières requêtes seraient acceptées sans difficultés, l’adhésion à l’UE poserait en revanche de sérieux problèmes. Je pense en particulier à la Zone euro et aux critères de convergence de Maastricht. Mais les malins argueront qu’il suffirait d’adopter la monnaie unique, même si nous étions en dehors de la Zone Euro, ou d’établir une parité avec celle-ci. Reste que le spread des taux d’emprunts du nouveau couple Wallo-Bruxellois serait probablement élevé en raison d’un surendettement  et du contexte géopolitique instable . Vu la fragilité actuelle de l’eurozone, une telle situation augmenterait le risque de contagion aux Pigs et au système tout entier. 

Il est également utile de rappeler le symbole qu’est la Belgique pour l’Union européenne, en proie à un risque de balkanisation. Je pense actuellement particulièrement aux événements qui se déroulent en Italie avec la Liga du Nord, au Pays Basque et à la Catalogne. La crise belge pourrait déclencher un effet systémique dans l’Union qui donne froid dans le dos.

A l’heure où j’écris ces lignes, je me pose donc trois questions :

1. Les flamands préféreront t-ils trouver un compromis sur BHV qui, j’en suis plus sûr que jamais, exigera d’établir un lien territorial avec la Wallonie, ou préféreront t-ils déclarer leur indépendance ?

2. Dans le cas d’un éclatement, serons nous, wallons, bientôt français, par la force des choses ?

3. Que choisiront les bruxellois ?

Dès lors que BHV n’est pas scindé, les flamands n’ont pas l’assurance d’emporter Bruxelles dans leurs valises. Dans ce cas, je ne peux imaginer que la Flandre se lance dans l’aventure, le prix à payer serait trop grand. Mais avec Bart De Wever qui déclare qu’il est prêt à lâcher Bruxelles, l’hypothèse devient réelle.

(1) Certains invoquent l’argument que les populations concernées seraient consultées pour réfuter l’application de l’uti possidetis iuris. A ce propos, il est intéressant de relire l’intervention de Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel à l’Ulg, dans le Soir du 30 avril 2008 :

C’est l’un des trois arguments parfois mis en avant – erronément à mon sens- dans le but de contrer l’application de l’uti possidetis, même si les arrondissements électoraux de BHV et l’arrondissement judiciaire de Bruxelles étaient scindés. Le premier argument consiste à dire que l’application de l’uti possidetis serait à exclure car il mènerait à la création d’enclaves : Fourons, Comines-Warneton et, le cas échéant, Bruxelles. Cet argument est inopérant : lors de l’éclatement de l’URSS, la Russie a conservé la souveraineté sur l’enclave de Kaliningrad, qui n’a pas été intégrée à la Lituanie. Selon un deuxième argument, également invoqué à tort, la présence de minorités linguistiques empêcherait l’alignement d’éventuelles frontières d’États sur les frontières régionales. Mais il ne tient pas. Le cas de la Crimée l’illustre très bien. Cette péninsule est peuplée par une majorité russophone mais faisait partie, du temps de l’URSS, de la république soviétique d’Ukraine. Après l’éclatement de l’URSS, la Russie a revendiqué la Crimée sur base de cet argument linguistique. Or, le Conseil de sécurité des nations Unies a rejeté cette prétention : la Crimée fait donc définitivement partie de l’Ukraine. Troisième argument invoqué la consultation des populations concernées. Ici aussi, il convient d’arrêter de rêver : le droit international est pour l’essentiel parfaitement insensible à ce genre de techniques.

Au Christian Behrendt de préciser encore à propos du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » :

Ce principe a une portée extrêmement réduite et vise essentiellement des situations d’oppressions violentes ou l’aspiration à la décolonisation. Il ne serait en aucun cas applicable à la périphérie. Par ailleurs, il existe en matière de consultation populaire, un précédent belge, très défavorable à l’idée de consultations : la consultation populaire des habitants de Fourons menée par le conseil provincial de Liège en 1962, deux semaines avant la promulgation de la loi qui transférait les Fourons à la Flandre. À 93 %, les habitants de Fourons ont exprimé leur volonté de rester à Liège. Mais la loi a tout de même été promulguée. En cas d’éclatement du pays, la communauté internationale serait sans doute très attentive à ce précédent belge. Il pourrait à bon droit être invoqué par l’État flamand pour ne tenir aucun compte du résultat d’une consultation populaire organisée en périphérie ou ailleurs.

Source : Groupe d’Etudes pour la Wallonie rattachée à la France (Mai 2010). Cahier n°2.

Une sortie au sommet avec les héros de Liège-Bastogne-Liège!

Laissez-moi vous compter un épisode magique de ma vie, comme il en existe peu dans celle d’un homme. Ce vendredi 23 avril 2010, j’avais rendez-vous avec mon meilleur ami sur les routes de la Doyenne, la plus ancienne et probablement plus difficile course cycliste au monde. Traditionnellement, les équipes de coureurs font une reconnaissance du parcours l’avant-veille de la course, nous avions choisi de nous poster de très bonne heure dans la côte de Maquisart, la nouvelle venue de cette 96ème édition. Nous la grimperons par deux fois car semble t-il, les coureurs sans moins matinaux qu’à l’habitude. En vain, nous prolongerons donc avec un coup de pédale souple successivement dans le Mont Theux, un mur situé dans l’infâme grand route de Theux, et la mythique Redoute. A son sommet, nous décidons de marquer une pause afin d’attendre les héros du jour. Après un temps de latence, la Lampre de Damiano Cunego pointe le bout du nez. S’ensuit ensuite un long défilé, avec une mention spéciale pour Joachim Rodriguez qui passe comme une bombe.

A un moment, un peloton composé des coureurs de plusieurs équipes nous fait hésiter. Prendre la roue ou attendre encore un peu que les équipes des ténors arrivent ? Nous choisissons la seconde option, rarement un choix n’aura été aussi heureux. Quelques minutes plus tard, je lance à Renaud, « un Saxo arrive » ! On enfile nos destriers pour aussitôt prendre sa roue, mais le doute s’insinue en nous, « est-ce vraiment un pro », le type à l’allure mais il porte un maillot blanc, alors que celui de cette année est à dominante noire. On coupe notre effort, mais aussitôt, Renaud s’esclaffe : « j’ai le maillot rouge d’Andy dans le rétroviseur ! ». On remet doucement en route, histoire de se faire cueillir par le peloton. Second coup dans le rétroviseur, surprise, Bjarn Riis à vélo est derrière nous ! On se laisse dépasser par les coureurs, emmenés par Andy et on s’aperçoit vite que les Lotto sont là aussi. Direction le Hornay donc, Renaud profite de cette première difficulté pour provoquer Jens Voigt. Celui-ci sur un ton enjoué nous demande dans un anglais teinté de son accent si caractéristique si nous venons du Kazakhstan. Andy lâche un « Alberto », il faut dire que nous sommes tous deux déguisés en Pistolero…

Renaud attaque, les aiguilles de son compteur s’affolent à 28, il remonte même sur les BMC, tout seul…Perso, je choisis de me préserver pour la Roche et monte au train. Regroupement des BMC, Saxo et Lotto en haut du Hornay, calé dans la roue de Philippe,  on amorce la descente de Dolembreux. A un moment, je me trouve enfermé, mais Bjarne Riis se hisse à ma hauteur pour m’inviter à me mettre en queue de peloton. Je prends l’injonction avec sourire, conscient du danger éventuel que je présente pour des coureurs professionnels.

S’amorce bientôt la redoutable côte de la Roche aux Faucons, juge de paix des deux dernières éditions de Liège-Bastogne –Liège. Les coureurs de Saxo, Andy en particulier, ont des fourmis dans les jambes, ce qui provoque un éclatement du peloton. A défaut d’être en pointe, je suis plutôt bien placé lorsqu’on aborde le second pallier. Je souffle, mon voisin, lui, converse tranquillement dans un allemand mélodieux avec un équipier…Arrivé au premier sommet, je ne parviens pas a accrocher la roue des trois Saxo un petit peu à la traîne qui partent comme des fusées dans ce cours répit que nous offre une micro-descente avant la montée finale. Mon compteur ne fonctionne pas, dommage.

Renaud parvient à accrocher une roue et a revenir à ma hauteur, mais je reprends l’avantage dans le faut plat avant le sommet. Là, voyant que les Saxos m’ont pris 200m,  j’en garde un peu sous la pédale et en profite pour récupérer. Cette décision est une nouvelle fois la bonne car j’espère pouvoir refaire mon retard dans la descente de Saint-Nicolas. Pari gagnant ! Riis esquisse un petit sourire en me voyant. C’est ici que la journée, déjà inoubliable, devient mythique. Alors que le stade du Standard est en vue, je me retourne, Alberto Contador et toute son équipe est dans ma roue ! Apparemment, le double vainqueur du tour de France a fait la montée, qu’il ne connaissait pas, à bloc.

J’aborde donc la côte de Saint-Nicolas, seul en compagnie des teams Saxo et Astana, et fait la montée au train avec eux. Les sensations sont bien meilleures que dans la Roche, où les jambes avaient du mal à se remettre dans le rythme après notre longue pause d’attente. Au sommet, je décide de poursuivre jusqu’à l’arrivée à Ans, tant qu’à faire. D’autres cyclos profitent du terrain propice pour se joindre à nous et bientôt nous amorçons la rampe de lancement vers la victoire finale, la côte d’Ans. Je monte au train avec à ma droite Alberto qui discute avec Andy. Ce dernier est décidément d’humeur badine, les deux hommes plaisantent à propos du café qu’ils auraient dû avaler à leur petit déjeuner. C’est de ce moment dont profite Alberto pour me tendre spontanément son bidon, je suis surpris et à la fois comblé de cette marque d’attention d’un si grand champion.

Arrivé au final, je m’en retournerai sur mes pas dans la roue des Astana, sans leur leader, pour une traversée folle et sans concessions aux automobilistes ni aux feux rouges, à travers notre fière Citée Ardente. La tête pleine d’étoiles, je rejoins aussitôt la maison de Renaud pour lui compter mon aventure. Lui, alors qu’il me suivait de près, renonça à lancer la chasse dans la descente de Saint-Nicolas et rentra chez lui via les routes du Sart-Tilman. Une journée exceptionnelle de mon existence s’achève donc. Demain, je cours avec mes amis du Team Leodium, l’équipe que nous avons mise sur pied avec les copains, et du Peloton Profou, des gars d’Embourg qui partagent notre passion, la terrible Classique amateur Philippe Gilbert. Et dimanche, place au petit écran. Phil, on est tous avec toi !

Le cyclisme est un sport merveilleux, théâtre de toutes les passions. Il n’existe nul autre sport où côtoyer ses acteurs en toute simplicité, dans un esprit de communion, de partage et de simplicité  soit possible. Life is passion.

BHV, quelle mouche a piqué les libéraux flamands ? Décodage.

« On doit trouver une solution pour BHV avant Pâques car sinon il sera impossible d’avancer sur les dossiers socio-économiques d’ici les élections de 2011. Avec la présidence de l’Union qui débute en juin, le communautaire sera remis au frigo durant six mois pour revenir sur la table juste avant les élections fédérales. Mon parti, l’Open Vld, déjà au plus mal dans les sondages, ne peut prendre le risque que les élections se déroulent sur le terrain communautaire,  bien plus propice aux partis nationalistes. D’autre part, on va assister à partir de juin au « grote CD&V show » durant la présidence avec le quatuor Van Rompuy-Leterme-Vanackere-Peeters. Celui-ci, en monopolisant l’espace médiatique en 2011 nous permettra difficilement de tirer notre épingle du jeu. Donc, une solution sur BHV est un préalable absolu pour qu’on puisse avancer sur les vrais sujets, ceux sur lesquels nous somme susceptibles de marquer des points ».

C’est à peu près ce langage que tint Alexander De Croo, président de l’Open Vld, lors de sa visite à Liège le jeudi 4 mars 2010. Ce jeudi 22 avril, M. De Croo joint la parole à l’acte en annonçant que son parti retire son soutient au gouvernement, de ce fait,  précipitant la chute de ce dernier. Préalablement, les libéraux flamands avaient posé un ultimatum. L’éditorialiste F. Van de Woestyne (la Libre) dénonce les jeux politiques et le fait que les Bleus flamands fassent passer l’intérêt du parti avant celui de l’Etat, ce qui est vrai mais pas surprenant en vérité, chaque parti en fait autant. L’Open Vld se fiche pas mal d’être relégué sur les bancs de l’opposition un temps, à l’image du CD&V, il entend s’y refaire une virginité.

Et pourtant, la tactique des libéraux flamands est plus subtile qu’il n’y paraît. Dès lors que la procédure en conflit d’intérêt lancée par la communauté germanophone touche à son terme, ils ont anticipé le refus momentané du Roi d’accepter la démission de Leterme II et entendent mettre ce délai à profit pour mettre BHV à l’agenda de la plénière de jeudi prochain. En effet, on peut lire dans la presse qu’un rapport des services juridiques de la Chambre confirme qu’une réponse du Comité de Concertation n’est pas nécessaire pour que la scission soit mise à l’agenda dès la semaine prochaine.

Après le passage en force du 7 novembre 2007 en commission de l’Intérieur, c’est donc le même scénario d’un vote unilatéral communauté contre communauté, un vote ethnique, osons dire les choses, qui menace de se reproduire jeudi prochain en plénière à la Chambre. Comme je l’ai déjà précisé, avec 86 sièges sur 150, les flamands ont besoin des votes du CD&V pour acter la scission. Un tel vote équivaudrait à une crucifixion du premier ministre Yves Leterme par son parti. Que fera le CD&V ?

Cette question ne se pose pas car les francophones ne permettront pas que ce scénario se reproduise. Ils activeront la procédure de la sonnette d’alarme, une disposition introduite dans notre Constitution (article 54) au profit de la minorité francophone symbolisant le Pactes des Belges, c’est-à-dire le principe de base qui fonde les conditions du vivre ensemble entre flamands et francophones et qui stipule implicitement que la plus grande communauté du pays n’use de sa majorité démographique à la Chambre pour voter des lois. La sonnette d’alarme est une procédure permettant à un groupe linguistique d’interrompre la procédure parlementaire pour provoquer une phase de négociations gouvernementale lorsque ce groupe estime ses droits légitimes gravement lésés par les actes d’une autre communauté. Dans ce cas, le gouvernement dispose d’un mois, un délai très court, pour trouver une solution. Précisons que cette procédure n’a jamais été activée –à  l’exception d’un cas mineure – , tout simplement car elle n’est pas supposée l’être. L’activer, c’est enclencher le processus d’euthanasie de la Belgique, soyons clair.

Les libéraux flamands ont probablement poussé la charrette jusque là. Ils font probablement le raisonnement que la seule façon de trouver une solution pour BHV est de mettre les francophones au pied du mur. En quelque sorte, ils pourraient spéculer sur le fait que les francophones en proie au dilemme de provoquer l’implosion de la Belgique ou de passer sous les fourches caudines flamandes choisissent la seconde option.  Un calcul dangereux.  De toute façon, je reste persuadé qu’il n’y a pas de solution win-win sur ce dossier. Soit une des parties s’écrase, soit c’est le chaos.

Toutefois, des petits malins objecteront que si aucun compromis ne se dégage au terme de la procédure de la sonnette d’alarme que le gouvernement tombera, sans plus. Et bien, cette option confirme la thèse de « l’écrasement ou du chaos », simplement, le processus sera un peu plus long. On peut extrapoler le raisonnement à l’infini, la conclusion reste la même. Sans oublier que les nationalistes risquent entretemps d’obtenir une majorité côté flamand, ce qui provoquerait les choses.

Considérant l’impasse dans laquelle nous sommes, peut-on reprocher aux libéraux flamands de vouloir accélérer le cours des événements ?

Port d’Anvers sur le déclin ? La solution est européenne, Liège a une belle carte à jouer.

J’ai eu l’occasion de me rendre à Anvers dans le cadre de la troisième édition des Benelibérales, grand bal annuel des jeunesses libérales du Bénélux. Vous êtes-vous déjà rendu dans cette ville ? Si votre réponse est négative, il est impératif que vous y passiez un week-end. Elue deux années consécutives ville belge de la mode devant Bruxelles, Anvers se positionne comme LA ville « hype » du pays. Le centre, à commencer par la gare, est majestueux. On devine aisément que nos compatriotes du nord ont concentré leurs moyens à Anvers plutôt que dans « leur » capitale…

Le port bien sûr, cinquième acteur mondial et second sur le plan européen, est le moteur de la production de cette richesse. Antwerp Port, c’est 150 000 emplois (directs et indirects) et 10% du PIB flamand, sa position concurrentielle revêt donc une importance stratégique pour le maintient du « miracle économique flamand ». Nous avons visité le port en bus, des kilomètres d’industries (Anvers abrite le second centre pétrochimique mondial et premier européen) à perte de vue, très impressionnant.

Or, cette position privilégiée est selon moi menacée. Ceux qui suivent attentivement l’actualité ne seront pas surpris d’apprendre que le tirant d’eau du Westerschelde est insuffisant pour accueillir les plus gros tonnages. De ce fait, la croissance d’Anvers est inférieure à celle du marché, ce qui signifie qu’elle perd des parts au profit de Rotterdam –situé en eau profonde et premier port européen (double de tonnage par rapport à Anvers) – et de Hambourg. Autre gros problème : la congestion du réseau routier, chaque seconde passée dans un embouteillage est une perte d’argent pour les armateurs, le timing est donc crucial pour qu’un port puisse préserver sa position concurrentielle.

Si les ports belges ont chacun leur domaine de spécialisation, ce qui limite les effets dévastateurs d’une concurrence débridée, ceux du delta du Rhin et de l’Escaut se livrent en revanche une lutte acharnée. On se souviendra des Pays-Bas bloquant le dragage d’un estuaire de l’Escaut situé sur son territoire indispensable à l’accès au port d’Anvers.  Autre conflit ouvert : la réouverture de l’Ijzeren Rijn, l’ancienne ligne de chemin de fer entre Anvers et le bassin de la Ruhr. Pourtant, cette ceinture de ports ne forme aux yeux des armateurs étrangers, Chinois par exemple, qu’un même tout.

La réponse à ces problèmes doit être européenne. Pour commencer, il est évident qu’Anvers et Rotterdam profiteraient d’une répartition du trafic maritime : les gros cargos à Rotterdam, les plus petits à Anvers. Ensuite, la Flandre ne peut imposer une vignette autoroutière qui pourtant permettrait de décongestionner son réseau autoroutier et de répartir une partie des coûts sociaux sur les utilisateurs sans perdre en part de marché. Donc, ici encore, la réponse doit être européenne. Enfin, la compétitivité d’un port dépend fortement de ses possibilités inter-modales. Actuellement,  a Anvers, 60% du trafic par conteneurs est acheminé par transport routier, 32% par les eaux intérieures et seulement 8% par rail. On doit pouvoir faire mieux en augmentant la part du réseau ferroviaire et fluvial ce qui exige de développer un réseau européen car les marchandises sont souvent acheminées au-delà des frontières nationales (75% du trafic dans un rayon de 300km pour Anvers).

Et c’est ici que je conclus en pointant le rôle central de Liège dans ce réseau européen et donc le formidable potentiel de croissance pour le bassin économique liégeois qu’il représente. Le port autonome de Liège est le troisième acteur intérieur européen derrière Duisburg et Paris. Il représente pas moins de 12000 emplois directs et 16000 indirects et contribue pour 15% au PIB de la Province de Liège. Son hinterland économique, l’euro région, concentre  une grosse partie du pouvoir d’achat européen. Situé à 14h de navigation d’Anvers via le canal Albert, 24h de Zeebrugge et 24h de Rotterdam via le canal Juliana et la Meuse, il occupe une importance stratégique dans l’espace européen. Notons également qu’une liaison avec Dunkerque (48h), vient d’être ouverte. Le problème actuel de Liège est que son activité économique dépend fortement de la sidérurgie du bassin liégeois dont les activités ne cessent de ralentir.

La ville de liège et la région wallonne –chacune actionnaire pour moitié du port– n’ont cette fois pas attendu qu’il soit trop tard pour lancer un nouveau projet qui à terme devrait assurer la pérennité et la croissance des activités portuaires liégeoises : la nouvelle plate-forme trimodale baptisée « Trilogiport » (voir carte) regroupant les réseaux ferroviaires, aériens (avec l’aéroport de fret de Bierset) et routiers (il faudra se mettre d’accord avec les flamands pour le retaper). Liège est bien côté et attractif pour les investisseur étrangers car il y de l’espace et les autorités sont plutôt complaisantes et flexibles avec les investisseurs potentiels. Sans oublier qu’une partie importante (500 millions) des fonds du Plan Marshall est consacrée à l’assainissement des anciennes friches industrielles le long de la Meuse –de nouveaux terrains bon marché à proximité du port –, un bel avantage compétitif !

L’avenir est en marche, flamands et wallons ont beaucoup a gagner d’une coopération renforcée: Liège peut contribuer à renforcer la position concurrentielle d’Anvers, là ou ce dernier peut placer les liégeois sur orbite comme plate-forme logistique intérieure.

Sources :

(1)   Un déplacement sur place et des conférences

(2)   Lloyd, Yearbook Liege Port Authority. Special report 2009-2010.

(3)   L. Coene (janvier 2007). Les ports belges. Forward. 32-36.

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :