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La Laïcité sous l’angle socio-économique : analyse macrosociologique.

Ce samedi 30 octobre, l’hémicycle de la communauté française de Belgique était convié à une séance-débat pour fêter les 15 ans du parlement jeunesse (PJ). A cette occasion, il était prévu que les versions édulcorées de deux décrets qui avaient marqués les annales du PJ soient remis, l’espace de deux heures, sur le métier, l’un portant sur l’encadrement de la prostitution volontaire, l’autre sur la laïcité.

En tant que membre de la commission laïcité je possède, parmi d’autres, ce plaisir de connaître l’histoire parlementaire du décret ainsi que le cheminement intellectuel qui l’accompagne. Un recul qui n’a fait que me conforter un peu plus dans mes frustrations lorsqu’il me fut donné l’occasion, en trois petites minutes seulement, d’exposer à l’hémicycle mon point de vue sur le décret. Trois petites minutes pour expliquer un cheminement intellectuel de plusieurs semaines, la tâche était impossible, trop à l’étroit dans mon costume étriqué de député, j’ai cafouillé. D’ailleurs, j’ai déçu mes camarades qui travaillèrent avec moi en commission.

Mais la plénière est davantage le terrain des sophistes, un lieu de théâtre, qu’une Agora, un temple de la Vérité. Chacun cherchant à faire mouche de sa petite personne, les gens ne prennent pas le temps de s’écouter, de réfuter ou mettre en perspective les arguments des uns et des autres afin de construire le débat. La forme des échanges y est pour beaucoup, d’ailleurs il ne faudrait pas que certains se donnent l’illusion que le débat démocratique se fait en plénière. En réalité, c’est dans les méandres du parlement, durant des contacts informels et en commission et surtout dans les cabinets ministériels que se fait le gros du travail législatif.

Reste que j’observe que les mêmes arguments éculés furent mis en débat. Par conséquent, le ministre, en la personne de Martin Dethier, ne fut jamais véritablement mis en difficulté. Je l’ai déjà souligné par le passé, je le répète : chacun entrevoit les enjeux d’un débat à travers le prisme de sa formation, une forme de biais intellectuel dès lors que l’hémicycle serait majoritairement composé de gens issus d’un même horizon académique. Celui-ci étant en majeure partie constitué de politologue ou autres droïdes, c’est le plus souvent sous l’angle juridico-juridique qu’un débat est appréhendé.

Concernant la laïcité, le biais intellectuel dont le débat fut, pour la seconde fois, prisonnier, est une approche qualitative, par opposition à quantitative. Le juriste aborde toujours la problématique du port de signe religieux sous l’angle de l’individu. Par conséquent, le débat se focalise sur le respect de droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et la liberté de culte et se cristallise systématiquement sur des mesures restrictives à ces droits induites par le respect du principe de laïcité.

J’observe que lesdites mesures sont très difficiles, si pas impossibles,  à justifier sous cet angle d’approche tant elles semblent rogner sur les droits et libertés fondamentales, en particuliers eu égard à l’Islam qui se caractérise par le port de signes religieux ostentatoires. Dans ce cas, la laïcité ne peut qu’être vécue que comme l’expression d’une loi d’exception à l’égard de cette religion, une discrimination institutionnalisée.

En réalité il n’en est rien. Dans l’esprit de la loi française de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, la laïcité est un principe philosophique qui organise et garantit l’égalité de traitement entre les différentes religions et autres  convictions dites  « philosophiques ». La laïcité ne saurait être fermée ou ouverte, tolérante ou intolérante, elle se suffit à elle-même. Elle se justifie pour au moins deux raisons et exige d’être confortée à l’heure où la « multiculturalité », à défaut de « l’interculturalité » est une situation de fait dans certaines métropoles européennes, Bruxelles notamment.

D’une part, elle garantit la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, des affaires de l’Etat et de celles de l’Eglise, une valeur typiquement occidentale. En effet, le combat initié depuis les lumières contre l’obscurantisme religieux a abouti à raboter la religion, catholique, à sa dimension spirituelle. Mais ce serait oublier un peu vite que la vocation première d’une religion est institutionnelle. Longtemps, l’Eglise fut une institution qui régis la société, les rapports entre les hommes. Elle établit des normes, sous la forme d’un corpus de loi transcendantales, par opposition à immanentes.

Cette prétention à structurer le débat public est incompatible avec la démocratie, la loi des hommes, soit, selon la formule bien connue d’Abraham Lincoln « le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ». De ce point de vue, il est très clair que le fait religieux est subordonné à la loi des hommes, par conséquent, la liberté de culte ne saurait être inconditionnelle. En clair : la justice des hommes s’est substituée à celle de Dieu, d’où, peut-être, le célèbre « Dieu est mort » de Nietzsche. La laïcité est donc une forme de verrou sur les affaires de l’Etat, sur le domaine public, universel, qui par définition, appartient à tous les citoyens sans préjudice de leurs particularismes. Mais ce serait oublier qu’elle garantit aussi que l’Etat ne s’immisce dans la sphère religieuse, ce qui relève de particularismes, de certains individus.

Ensuite, si on se place d’un point de vue macrosociologique, on peut aborder le débat sous l’angle quantitatif. A cet égard, les lunettes d’économiste ou d’anthropologue sont précieuses. Partant du modèle de concurrence parfaite posant l’atomicité de la réalité sociologique du corps social comme hypothèse, la laïcité entrevue comme un principe structurant l’équilibre macrosociologique entre différents groupes , et non individus, il s’agit là d’un raisonnement agrégé, ne se justifierait pas. En effet, si 10 millions de belges arboraient 6 millions de symboles religieux différents, aucun de ces symboles ne serait en mesure de s’imposer « sur le marché de la réalité sociologique » plutôt qu’un autre. Dans ce cas, on voit mal comment le fait religieux, dont le port de symbole est l’expression la plus visible, provoquerait des tensions.

Si on se place dans le contexte d’une concurrence monopolistique, l’équilibre est aussi stable puisque le plus fort impose sa loi. Problème : les « petits » souffrent. Dans ce cas, la laïcité comme principe régulateur revêt la forme d’une  mesure antitrust et donne un espace de liberté, une bouffée d’air, aux individus issus d’une confession religieuse ou philosophique marginale. Inutile de préciser qu’en Belgique, c’est l’Eglise catholique qui occupe actuellement cette situation de monopole.

Enfin, la concurrence oligopolistique donne l’image de quelques grosses « enseignes » en proie à une lutte au coude à coude pour s’approprier un marché. Ce qu’il est crucial de noter, c’est que le débat sur la laïcité se pose aujourd’hui, plus d’un siècle après le vote de la loi de 1905, avec une acuité particulière, dans le contexte d’une société pluriethnique. Ce changement de réalité sociologique matérialise une remise en question du statu quo dans lequel l’église catholique est en situation de monopole au profit d’une dynamique oligopolistique. La montée de l’Islam y est pour beaucoup.

Or, dans cette situation ou des groupes portant des revendications identitaires sont en quelque sorte en compétition pour augmenter leur emprise ou à tout le moins la diffusion de leur idées dans la société, la laïcité agit une nouvelle fois comme un principe régulateur dont le mérite ultime, je le répète,  est de garantir que des particularismes ne s’approprient la sphère publique.

Si on applique ces principes, on doit comprendre qu’une distinction doit être faite entre une situation où beaucoup de fonctionnaires porteraient un signe religieux relevant d’une même confession de celle où quelques fonctionnaires porteraient un tel signe. Dans le premier cas, le principe de laïcité prenant l’expression de la neutralité de l’Etat se justifierait beaucoup plus que dans le second. Ou pour le dire autrement, l’arbitrage entre particularismes et universalisme  devrait être tranché en faveur du premier dans le premier cas, soit  les droits d’individus, à savoir la liberté de culte, et en faveur du second, la neutralité du secteur public dans le second cas. Où est la limite me direz-vous ? Eh bien, c’est assez simple, dès lors que le débat est porté sur la place publique, ce qui reflète le fait que le phénomène a pris une certaine ampleur. Tel est le cas. Je précise qu’il s’agit là d’une perception subjective. En fait, la dynamique des rapports de forces est sous-sous-jacente à ce raisonnement.

Enfin, vous m’aurez compris, je me méfie des revendications identitaires  lorsqu’elles cherchent à perfuser, dominer l’espace public, qui appartient à tout le monde. C’est pourquoi je me pose en ardent opposant du communautarisme, qui, pour moi, préside à une balkanisation de la société. C’est la forme que prend l’enseignement qui, selon moi, doit arbitrer le choix entre communautarisme et universalisme républicain, entre particularisme et universalisme.

Le premier choix justifiera que l’enseignement prenne une forme privée et que par conséquent il reflète les particularismes de chacun. En d’autres termes, les cathos iront dans une école catholique, les musulmans dans une école islamique, les juifs dans une école juive, etc. Par opposition, le second choix optera pour l’universel : dans cette conception, l’enseignement est un lieu de savoir, un lieu où l’individu est en construction, en devenir. Par conséquent, il est exclu qu’il y affiche ses déterminismes sociaux avant de les avoir mis en perspective. En quelque sorte, ce type d’enseignement, le modèle républicain à la française, vise à répliquer les conditions d’un modèle de concurrence parfaite, c’est-à-dire à produire une réalité sociologique atomistique : chaque individu est unique, certes il possède des particularismes, mais il est invité à s’en détacher, les mettre en relief, ce qui est indispensable si on veut entrer sereinement en contact avec l’autre.

Le modèle universaliste pose l’existence d’un socle commun de valeurs, universelles, comme un préalable à la viabilité d’une société multiculturelle. Le modèle communautarise ne pose pas cette condition. En fait, il postule qu’un panel hétéroclite de réalités sociologiques se côtoyant voir se juxtaposant les unes aux autres est capable de s’autoréguler en quelque sorte. Au nom du relativisme il prône une la tolérance absolue et le respect des convictions de chacun. En réalité il exacerbe ce qui nous divise plutôt que ce qui nous rassemble en enfermant un individu dans ses particularismes.

Aujourd’hui, le statu quo n’est plus possible en Belgique car se pose la question de la place de l’Islam. Un choix entre universalisme et particularisme devra être fait et c’est dans l’enseignement qu’il se matérialisera. J’ai des doutes quant au fait que la réalité institutionnelle évolue vers un enseignement républicain, le communautarisme est le choix de la facilité, mais c’est le piège à éviter. Il est crucial de créer des ponts entre les différentes cultures, un langage commun, un espace de dialogue, afin d’éviter un mini « clash des civilisations » dans les zones urbaines à la réalité sociologique fortement contrastée.

Saga Belgica : le point sur le psychodrame belge.

Chers lecteurs, chères lectrices (quoi que plus rares !), vous m’obligez en sollicitant fréquemment de nouvelles analyses sur Frappes Chirurgicales. Il est vrai que ma plume s’est faite molle ces derniers temps, mais les vacances touchent à leur fin.

Un point sur la situation politique s’impose, et ce même si de ma propre confession rien de nouveau sous le ciel ombragé et tumultueux de notre petite Belgique. J+77 après les élections, le gouvernement est toujours en phase de préformation. A la vérité, le périmètre des négociations n’est pas encore dessiné que s’annonce le plat de résistance, trois lettres, un fantôme : BHV.

Certes, un tabou vient de tomber puisque les négociateurs ont entériné un accord sur la révision de la loi de financement, clé de voûte de la structure institutionnelle actuelle. Néanmoins, l’accord est (volontairement) vague de telle sorte que chacun puisse crier victoire : la solidarité sera maintenue  et les régions seront davantage responsabilisées sur le plan fiscal.

Reste que j’ai la ferme impression que les discussions butent sans cesse sur la même pierre d’achoppement dont BHV, au fond, n’est que le symbole : l’avenir de la capitale.  On discute plus grande autonomie, certes, sur ce point l’accord des deux protagonistes est acquis. Pourtant, sur le fond subsiste un désaccord qui ne peut qu’éclater un peu plus au grand jour : de quelle future structure institutionnelle débattons-nous ?

Car c’est un secret de polichinelle, les flamands appellent de leurs vœux une structure communautariste, binaire, dans le cadre de laquelle Bruxelles ne serait que l’enfant bâtard sous tutelle financière de ses géniteurs. Les francophones quant à eux, la sémantique « flamand vs francophones » l’exprime très bien, souhaitent une structure institutionnelle s’arc-boutant sur les trois régions. Et ce, sur un pied d’égalité.

Donc, pour être clair, l’enjeu côté francophone est de remettre à Bruxelles les clés de son destin. L’objectif flamand est exactement symétrique…Si on accepte cette réalité, on doit comprendre pourquoi BHV, le cordon ombilical entre la Wallonie et Bruxelles, cristallise toutes les passions.

En outre, les francophones ne peuvent accepter le modèle confédéral flamand qui introduirait de facto des sous-nationalités à Bruxelles. Par exemples, les étudiants dans les écoles flamandes de la capitale bénéficieraient d’un meilleur financement, de transports en communs gratuits ou d’allocations familiales plus importantes, au contraire de leurs homologues inscrits dans une école de la communauté française.

Une autre ornière est la forme que prendra la nouvelle solidarité interpersonnelle. Là aussi les vues sont diamétralement opposées et révélatrices : les flamands plaident pour un mécanisme horizontal, c’est-à-dire un transfert de région à région alors que les francophones revendiquent une structure verticale, c’est-à-dire un transfert du fédéral aux entités fédérées (« Etats fédérés » dans la sémantique flamande). La nuance est plus que de taille car dans la perspective flamande se profile le spectre d’une aide conditionnelle. L’argent, plus que jamais, est le nerf de la guerre. Toutefois, comme le précise un article du Vif (1) de cette semaine, il est possible que nous évoluions vers un système à l’allemande combinant solidarité verticale et horizontale.

Enfin, un autre piège grossier est celui d’une régionalisation de l’impôt sur les personnes physiques (IPP) qui en exposant Bruxelles à une concurrence fiscale de la Flandre ne ferait qu’accélérer un peu plus l’exode des plus riches, diminuer ses recettes fiscales et renforcer la paupérisation. C’est pourquoi une régionalisation, même partielle, de l’IPP exigera que les navetteurs paient une partie de leurs impôts à la capitale.

Pour terminer, j’avoue être écœuré lorsque je constate que le refinancement de Bruxelles semble être une priorité exclusivement francophone. Pourquoi aurions-nous à mendier pour renflouer les caisses du bien le plus précieux à tous les belges? Les flamands, une fois de plus, usent d’un chantage financier pour obtenir des concessions sur d’autres dossiers. Franchement, je trouve la question symptomatique, ce pays est à genou. Car si nous étions dans une logique de coopération plutôt que d’affrontement se dégagerait au minimum un double consensus sur Bruxelles : (1) elle souffre d’un sous financement ; (2) sa structure institutionnelle la paralyse.

Mais soit, arrêtons de regarder par le petit bout de la lorgnette et prenons un peu de hauteur voulez-vous. Le mieux est l’ennemi du bien, vouloir dépasser le statu quo actuel me semble être une entreprise vouée à l’échec. L’ère du compromis win-win touche à sa fin car évoluer vers une structure confédérale exige de privilégier un des modèles – appelons les régionaliste et communautariste – dont la Belgique fédérale et BHV, il convient de le souligner, sont la parfaite synthèse.

Serait-ce le début de la chute ? Pendant que les négociateurs batifolent, la FEB (2) se demande comment nous allons trouver 25 milliards d’euros pour arriver à l’équilibre budgétaire…

(1) Le Vif l’Express (vendredi 27 aout 2010). Toutes les clés pour comprendre la loi de financement. Disponible sur :  http://levif.rnews.be/fr/news/actualite/belgique/toutes-les-cles-pour-comprendre-la-loi-de-financement/article-1194805527546.htm

(2) R. THomaes (FEB). Entretien dans la Libre du samedi 28 et dimanche 29 août 2010.

Quelle politique d’immigration ?

Le débat n’est pas encore sur la place publique mais il couve dans l’opinion depuis un moment (çà risque de changer avec le meurtre cette semaine à Bruxelles d’un juge de paix) . La question de l’immigration, en particulier à Bruxelles, commence à réclamer des prises de position claires des partis.

A ce propos, Didier Reynders précisait ses vues dans la Libre de ce jeudi 3 juin. Son discours s’articule en trois points : (1) le droit d’asile (ndlr : lorsqu’un être humain est persécuté dans son pays) est inconditionnel, (2) on ne peut accueillir toute la misère du monde, il nous faut être réaliste et donc veiller à ne pas donner un signal trompeur, (3) chacun, belge ou immigré est tenu de respecter nos valeurs : les droits de l’homme (à commencer par l’égalité homme-femme), la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la démocratie et l’Etat de droit. Ces positions convergent à 100% avec celles prisent par Alexander De Croo lors de son récent passage à Liège (voir : « Alexander De Croo : les libéraux sont avant tout des réformateurs »).

Bien, je suis d’accord, mais j’ajouterai un volet : pour trouver le juste équilibre entre devoirs et droits, il faut donner des outils. C’est la démarche qu’a adopté la Flandre en subordonnant l’octroi d’un logement social par exemple à sa politique d’inburgering. Un étranger qui souhaite avoir un accès à ce type de logement (= effort de la collectivité) doit en contrepartie apprendre le néerlandais (= effort de l’individu ET de la collectivité car les cours sont payés par celle-ci). On ne demande pas à un immigré de se défaire, se déposséder de son identité –il peut toujours converser dans sa langue en privé – mais parler la langue du pays d’accueil est la condition sine qua non d’une intégration réussie. A noter que cette démarche doit être volontaire, car c’est cette dimension qui fonde la réciprocité entre les droits et les obligations mutuels des deux parties : un contrat lie la société et l’immigré.

Cette notion de contrat est fondamentale, car ce n’est que si une des parties rempli sa part du contrat et pas l’autre qu’on peut légitimement parler de rupture, ce qui dans les faits peut se traduire par une expulsion. La société doit par exemple lutter activement contre la discrimination à l’embauche et la formation de ghettos dans les écoles et les quartiers. En contrepartie, les incivilités et agressions répétées ne sauraient être tolérées. Il en va de même pour la remise en question ouverte de nos valeurs : le polygamisme et l’appel au boycott de la démocratie par exemple. Si la société n’est pas exemplaire sur les points cités –d’où la nécessité d’un dialogue permanent – , qu’elle cesse de feigner de s’étonner si les étrangers ne remplissent pas leur part du contrat.

Donc, une politique d’immigration efficace réclame des mesures en amont et en aval. Le volet prévention doit s’accompagner d’un volet sanction. Les deux vont de pair, ils sont inséparables. Sur ce dossier, une fois n’est pas coutume, seule la synthèse des sensibilités de droite et de gauche est synonyme d’un mieux pour tous. Car l’immigration est un contrat win-win, on a un peu trop tendance à l’oublier : notre démographie est en berne. Sans oublier que ce sont toujours les immigrés de la dernière génération qui font toutes les merdes qu’on ne veut pas faire nous même. Le Respect est synonyme de réciprocité, c’est une valeur à double sens.

Aujourd’hui, il est temps de lutter en amont contre la ghettoïsation de la société à Bruxelles et en aval sur le volet sanction (application des peines et respect de nos valeurs fondamentales). Sans vouloir tomber dans l’amalgame, la poussée insécuritaire démontre probablement une chose : notre modèle d’intégration n’est pas un succès.  Il faut corriger le tir. A ceux trop enclin à me taxer de populisme, je dis « stop au politiquement correct »: il y a un lien de corrélation entre la poussée de violence à Bruxelles et notre modèle d’intégration, c’est très clair. Les immigrés sont souvent les plus précarisés, cette précarisation débouche sur des violences sociales. Attention toutefois: je n’ai pas dis que tous les immigrés étaient des délinquants, simplement, c’est cette tranche sociale (et non ethnique) qui est la plus exposée à la précarisation. Or, il y a un lien de corrélation fort entre précarisation sociale et délinquance. Refuser de poser ce constat, c’est faire l’autruche, se conforter dans le rôle du bien-pensant.

« ouverture et fermeté » donc.

La laïcité « à la française » : un idéal émancipateur pour tous.

Cet article propose (au risque d’être parfois approximatif) d’exposer ce en quoi la vision républicaine dont se réclament nos voisins français peut constituer un modèle fédérateur d’ethnies multiples et par la même contribuer à réhabiliter le vivre ensemble dans un contexte social aux identités multiples. Je conclus en opérant le lien avec la question de la place de l’Islam qui conditionne le vivre ensemble bruxellois.

Mes réflexions se basent sur un article de Dominique Schnapper (1)  mais de façon plus large elles sont un condensé de  mes lectures issues du dossier « la laïcité, le communautarisme et les principes républicains » compilé par l’Observatoire du Communautarisme (2).

L’idéal républicain

En un mot, la vision républicaine de la Nation est un concept permettant d’articuler les particularismes autour d’un socle de valeurs universelles. La république est un corps politique dont les constituants sont les citoyens. Chacun de ceux-ci possèdent une partie de la souveraineté de la Nation et sont égaux en droit devant la Loi. Ceci justifie la pratique politique qui considère qu’un Député ne représente pas un groupe particulier mais le corps politique  en excluant l’idée que des « communautés politiques » ou des « groupes ethniques » particuliers puissent être reconnus en tant que tel dans l’espace public. La maxime « la République est une et indivisible » synthétise bien l’essence de ce corpus philosophique. Bien évidement, l’idéal républicain repose sur une distinction entre ce qui relève du domaine public, et donc par essence concerne tous les citoyens, de ce qui relève de la sphère privée qui elle concerne des individus. L’individu, par opposition au citoyen, est concret, il s’identifie à des communautés, à des particularismes.

Le pari de l’idéal républicain est que le corps politique, universel, doit primer sur les communautés, qui ne reflètent que des particularismes. Cette condition est essentielle pour se prémunir d’une balkanisation de la société et d’une appropriation de l’espace public, de ce qui relève de l’universel, de tous, par quelques-uns.

La laïcité et « l’école du citoyen » comme principes organisant le vivre ensemble

La laïcité est l’instrument par lequel l’idéal républicain prend corps et réalise son objectif émancipateur pour chaque individu, sans préjudice de sa couleur de peau, son sexe, ses convictions philosophiques ou religieuse. Elle se pose en un principe d’intégration en considérant que dans l’espace public, les hommes sont des citoyens libres et égaux. Ainsi, l’Etat, qui est l’émanation des citoyens formant la Nation est par définition concerné par les matières relevant du domaine public. En ce, il ne peut reconnaître ni financer aucune religion (voir loi de 1905) ou conviction philosophique (athéisme, déisme,…) qui par définition ne concerne que les seuls fidèles et par la même relève du domaine privé. C’est ce qui fonde la laïcité. En refusant de reconnaître une religion ou une forme de conviction philosophique plutôt qu’une autre, la laïcité organise l’égalité, le respect des particularismes de chacun.

Dans l’optique républicaine, l’école relève du domaine public. Elle est le lieu où la rencontre des citoyens  rend l’intégration possible. Toute personne, quelle que fût son origine où ses croyances, est susceptible d’être intégrée dans la société politique si elle reçoit l’éducation nationale par laquelle des individus issus de tous horizons deviennent des citoyens. Ceci implique, vous l’aurez compris, que l’école est organisée sur des bases universelles et de ce fait ignore volontairement les particularismes, soit : le sexe, les origines et les convictions religieuses de chacun. Ce raisonnement justifie le bannissement du port de signes convictionnels dans le cadre scolaire. Une méprise courante est de penser que les lois qui organisent cette interdiction relèvent d’un cas d’exception visant l’Islam, le foulard islamique en particulier. Il n’en est rien, car tous les signes convictionnels (religieux ou philosophiques) sont bannis. La laïcité s’organise donc bien autour du principe d’égalité. L’école est alors considérée comme le lieu de savoir, ou chaque individu est invité à prendre une certaine distance par rapports à ses origines, à s’inscrire dans une démarche auto-réflexive. C’est ainsi que la République entend former des citoyens critiques et responsables, elle peut alors légitimement se réclamer d’une logique d’intégration émancipatrice pour chacun.

Critique

La vision républicaine possède bien entendu ses détracteurs. Les penseurs communautariens s’appuient sur la critique Marxiste pour justifier leur doctrine communautariste: en traitant également des personnes inégales, le prétendu universel républicain légitimerait les discriminations réelles. Cette critique évoque le plus souvent la situation des Afro-américains et des filles voilées pour qui une interdiction du port du voile dans l’espace public constitue un préjudice important puisqu’elle les exclus de la gestion des affaires de l’Etat, de la fonction publique.

Cette critique fait sens. Elle s’expose néanmoins au  contre-argument qu’il faut « comparer le prix » des autres politiques possibles. Et là, vous le devenez, la critique à l’égard du communautarisme, de politiques particularistes (prenant la forme de discriminations positives), est virulente. Elle s’articule principalement autour de trois points. Pour commencer, ces politiques enferment l’individu dans ses particularismes, en ce qu’elles confortent l’idée qu’un individu ne naît pas comme un être avec une identité à construire, mais avec une identité donnée. Ensuite, elles ne facilitent pas l’intégration sociale en organisant un repli identitaire qui débouche sur une forme de balkanisation de la société. Enfin, elles rendent caduc le principe d’égalité entre des groupes. En effet, comment assurer l’égalité de divers groupes si on leur donne des droits différents (nldr : c’est la logique des accommodements raisonnables) ?

L’Etat providence :

Habituellement, les politiques sociales doivent corriger les défauts de l’universalisme républicain et assurer réellement l’égalité des chances. L’Etat doit intervenir en faveur des plus faibles. Dans cette optique, l’échec de l’intégration n’est pas imputé à un disfonctionnement du modèle républicain mais aux politiques sociales, la différence entre celles-ci et les politiques communautaristes, est que les premières sont destinées à tous, pas à une ethnie en particulier. L’Etat Providence rencontre donc les aspirations de la critique marxiste qui prône une égalité réelle et pas simplement formelle. Toutefois, les politiques sociales étant dans la pratique souvent orientée vers des groupes particuliers, elles constituent une forme de discrimination positive tendant à leur « ethnicisation ». Dans ce cas, on passe du formel à l’individuel, de l’universel au singulier. On peut donc dire qu’en pratique chaque politique sociale est une forme de discrimination positive.

Sortir d’une logique de rapports de forces :

Au final, la laïcité est davantage un concept philosophique qu’une spécificité française. Son grand mérite est de proposer une logique qui se soustrait à celle des rapports de forces en créant un espace qui est la condition de coexistence des libertés. Le communautarisme au contraire procède d’une logique tribale qui expose au risque que chaque groupe essaye de maximiser son emprise sur l’Etat, de s’approprier l’espace public. Au contraire, le républicanisme civique garantit qu’aucun groupe ne puisse s’approprier cet espace, la Nation.

Cette conclusion pèse de tout son poids lorsqu’on envisage la question de la place de l’Islam en Europe (qui dans le cas qui nous intéresse, se pose avec une acuité particulière à Bruxelles). La question est moins celle du voile que celle d’une peur d’un retour à une forme d’obscurantisme découlant des revendications d’un Islam politique. Car soyons clair, la laïcité en établissant une césure stricte entre le pouvoir temporel et spirituel entérine définitivement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La Laïcité, en ce qu’elle réduit la religion à ses aspects cultuels implique que celle-ci doit renoncer à sa prétention à l’organisation institutionnelle d’une société, ce qui très clairement signifie qu’il est exclut qu’une religion revendique un quelconque projet politique.

On dit souvent de l’Islam que c’est une religion d’Etat, sa spécificité est d’instaurer un véritable système juridique. Contrairement à Jésus, Mahomet a établit son propre Etat islamique dans la ville de Médine. Or, toutes les revendications idéologiques visant à faire adopter par l’Etat les principes de l’Islam portent les germes d’une profonde incompatibilité avec le modèle occidental dont, je le répète, une des spécificités est la séparation des pouvoirs temporels et religieux.

Le modèle belge s’écarte sur bien de ses aspects du modèle républicain. Il sera intéressant d’en analyser les principes dans un premier temps afin peut-être d’en tirer des enseignements ou d’en souligner les contradictions. Au terme de cette démarche, j’espère peut-être aboutir à des propositions critiques claires afin d’envisager la question d’une société multiculturelle plus sereinement. Suite au prochain épisode.

(1)   Cet article D., Schnapper (juin 2000). L’universel républicain revisité. VEI enjeux, 121.

(2) Voir : http://www.communautarisme.net/Laicite-communautarisme-et-principes-republicains_r40.html

Société multiculturelle : la tentation et les dangers du communautarisme

Avec le débat sur l’identité nationale, la question du vivre ensemble pluriethnique fait l’objet d’un débat très vif chez nos voisins français. Cet article propose de réviser les principes d’une doctrine visant à fonder une société multiculturelle : le communautarisme. Il commence par en définir les contours et en proposer une définition. Ensuite, il en dénonce les dérives et les dangers afin d’en cadrer les enjeux au sein de la société belge, la capitale en particulier.

1. Définition

Le terme « communautarisme » est un néologisme fréquemment utilisé en langue française depuis les années 1980. Pierre-André Taguieff (1) en pose les contours.

Extraits du texte « Vous avez dit communautarisme ? » de Pierre-André Taguieff paru dans Le Figaro le 17 juillet 2003.

« Le terme «communautarisme» [désigne], avec une intention critique, toute forme d’ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit «postmoderne» où l’«ouverture», et plus particulièrement l’«ouverture à l’autre», est fortement valorisée […]. Par ailleurs, le «communautarisme» est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d’un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe (telle «communauté»), bref à contrôler les opinions et les comportements de tous ceux qui appartiennent en principe à ladite «communauté». »

« Autre traduction possible, en éthique de l’authenticité : «Sois ce que tu es», le sous-entendu étant que mon «être» m’est donné par l’ensemble de mes appartenances. «Communautarisme» s’oppose donc à la fois à «individualisme» et à «cosmopolitisme». Mais le terme «communautarisme» désigne aussi une idéologie dont la fonction est de légitimer la reconstruction […] des «communautés», dans le cadre des États-nations modernes fondés sur le principe normatif de l’homogénéité culturelle et ethnique […]. […] La «communautarisation» constitue une contestation interne de la construction nationale. »

Taguieff distingue quatre définitions à partir de ces contours assez flous:

1. Mode d’auto-organisation d’un groupe social, fondé sur une «parenté ethnique» objet de croyance, dans une perspective ethnocentrique plus ou moins idéologisée, sur le modèle «nous versus les autres». «Communautarisme» devient synonyme de «tribalisme».

2. Vision essentialiste des groupes humains, chacun étant doté d’une identité essentielle dont on suppose qu’elle est partagée par tous ses membres ou représentants. L’individu est réduit à n’être qu’un représentant plus ou moins typique de ce qu’on imagine être le groupe dans sa nature abstraite ou son essence. L’imaginaire «communautariste» partage cette vision essentialiste avec la pensée raciste ou l’idéologie nationaliste.

3. Politique en faveur des identités de groupe, culturelles ou ethniques, fondée sur la reconnaissance de la valeur intrinsèque et du caractère irréductiblement multiple de ces identités au sein d’une même société, toutes étant supposées également dignes de respect, donc jugées libres de s’affirmer dans l’espace social (mais non pas, à strictement parler, dans l’espace public, qui suppose l’existence d’un champ d’interactions transcendant les «communautés»). Telle est la vision angélique du «multiculturalisme», celle qu’en donnent ses partisans déclarés.

4. Mais le «communautarisme» peut aussi désigner l’usage politique d’un mythe identitaire fondé sur l’absolutisation d’une identité collective. Ou encore caractériser une politique fondée sur le «droit à la différence» suivi dans toutes ses implications et radicalisé en obligation, pour chaque individu, de maintenir avant tout «sa différence», c’est-à-dire l’appartenance de groupe qu’il privilégie (disons, une «culture» d’origine, religieuse le plus souvent, naturalisée). En ce sens, le «communautarisme» apparaît comme une forme de néo-racisme cuturel et différentialiste.

2. Une approche différentialiste de la société multiculturelle

Le communautarisme inspire les doctrines politiques de la société « multiculturelle » ou « pluriethnique ». Toujours selon Taguieff (mais rassurerez-vous, je le rejoints à 100% sur ce point), il implique « une conception de la société désirable comme un ensemble de «communautés» ou de «minorités» juxtaposées, chacune vivant selon ses valeurs et ses normes propres, au nom d’une conception de la tolérance fondée sur le relativisme culturel radical. Mais la tolérance exigée va au-delà de la simple non interdiction, qui revient à reléguer l’expression des identités dans la sphère privée : elle tend à se confondre avec une revendication de reconnaissance positive dans l’espace public. Tolérer ne signifie pas ici supporter ce qui est jugé difficilement supportable, mais respecter inconditionnellement les manières d’être et de penser d’un groupe, en évitant de dévaloriser son autoreprésentation et d’affecter l’estime de soi de ses membres. C’est pourquoi le recours au langage «politiquement correct» dérive nécessairement de la politique de la reconnaissance : l’impératif non discutable est qu’il faut éviter de porter atteinte à l’image ou à la dignité de tout groupe social «minoritaire». Dans cette perspective, le modèle de l’assimilation est récusé en ce qu’il ferait violence aux spécificités ou aux particularismes jugés intrinsèquement et également respectables.«  »

3. Un risque d’éclatement du corps social

Le danger principal du communautarisme est qu’il préside à l’éclatement du corps social. André Bellon (2), l’explique très clairement dans son allocution au Sénat français lors du colloque « La République face aux communautarismes » (24 novembre 2006). Extrait choisis à propos de la discrimination positive (3) (gras ajouté).

« Au fond, que veut-on traiter lorsqu’on veut utiliser de telles méthodes (ndlr : des politique de soutien à un groupe possédant des caractéristiques ethniques particulières)? Un problème social ? Est-ce à dire que tout descendant d’immigré est en situation difficile ? Que le statut social des autres est bon ? Doit-on traiter sa situation sociale en considérant le descendant d’immigré comme un être à part ? En fait, la discrimination dite positive tend à globaliser le problème non pas dans ses caractéristiques sociales, mais dans sa particularité communautaire. (…) Qui plus est, de telles méthodes tendent à dire que les catégories ethniques, religieuses ou sexistes, ont des intérêts différents entre elles. Le corps social n’existe alors plus ; l’intérêt général disparaît. La collectivité nationale s’émiette en catégories relevant de traitements différents : par exemple, la substitution du principe de parité (ndlr : sur les listes électorales) au principe d’égalité signifie l’égalité de deux « groupes » et non plus l’égalité des individus ; ces deux catégories (hommes/femmes) auraient donc par nature des intérêts différents qui nécessitent qu’on les représente « en tant que ». »

Et de conclure par ces mots : « Ces évolutions ne sont, en fait, que le reflet des incapacités de notre société, de l’absence de vrai politique sociale ; la discrimination dite positive n’est pas un progrès, mais l’alibi cherchant à masquer les échecs, en particulier celui d’une politique syncrétique. Elle n’est, finalement, que la conséquence naturelle de l’oubli des principes républicains. Loin de vouloir les sauver, on crée des faux semblants ».

4. La tentation du communautarisme en Belgique :

Pourquoi aborder ce sujet si ce n’est pour en cadrer les enjeux pratiques ? Je l’ai écris dans mon billet précédent « Justice et insécurité à Bruxelles : remonter à la racine du « Mal Sécuritaire », la réalité sociologique métissée de la capitale exige d’y redéfinir les jalons du vivre ensemble, de définir un modèle de cohabitation interculturelle. Or, lorsque j’observe qu’Ecolo, le PS et le CDH sont partisan des accommodements raisonnables, je constate que la tentation communautariste nous guette. Plus crucialement, le débat sur la place de l’Islam à Bruxelles, qui –nous dit on- pourrait devenir la première religion dans la capitale d’ici vingt ans, comporte des enjeux et des dangers qui doivent absolument être balisés et faire l’objet d’un débat en profondeur. En passant, j’épinglerai les positions communautaristes de Mme Milquet et M. Moureaux qui pour moi se justifient pour des raisons bassement électoralistes.

Je suis pour ma part convaincu que l’enjeu du vivre ensemble multiethnique passe par une réflexion sur l’universalisme, l’existence d’un socle commun de valeurs, qui s’impose à tous. Le communautariste est une dérive qui repose sur une vision naïve de la société multiculturelle.

Suite au prochain épisode.

(1)     Philosophe, directeur de recherche au CNRS, auteur entre autres de La Nouvelle Judéophobie (Editions des Mille et une nuits), de L’Illusion populiste (Berg international) et de Du progrès (Librio).

(2)     Ancien Président de la Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée nationale.

(3)     Voir : A., Bellon (24 novemmbre 2006). La discrimination « positive » : un instrument contre la République. Disponible sur : http://www.communautarisme.net/La-discrimination-positive-un-instrument-contre-la-Republique_a869.html

Justice et insécurité à Bruxelles : réformer le modèle bruxellois.

Le sujet de l’insécurité dans la capitale est omniprésent dans les médias, il faisait le gros titre du Vif de la semaine du 12 février. Les slogans qualifiés de populistes du type « tolérance zéro » sont partout ; le débat sur la fusion des six arrondissements de police  vire à l’empoignade communautaire ; les juges crient au manque de moyens, le sentiment d’impunité n’a jamais été aussi grand ; la note de réforme de l’application des peines du Ministre De Clerck (CD&V) est sous le feu de la critique. Bref, l’institution judiciaire est en crise.

Ce mercredi 10 mars, Armand De Decker (MR), président du Sénat, faisait une sortie dans la Libre. Il y dénonçait la montée de la violence à Bruxelles et le climat d’impunité qui règne et proposait d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires. Cette intervention musclée sur la justice et la sécurité à Bruxelles intervint après un assassinat violent  à Uccle. Réactions choquée de tous les partis francophones, y compris au MR.

Je me rappelle d’une statistique dans un article de la Libre qui doit marquer les esprits au fer rouge (malheur, j’ai perdu la référence du dit l’article). Il y aurait actuellement plus de 100.000 demandeurs d’emplois à Bruxelles dont 60.000 n’ont pas leur diplôme du secondaire. Les statistiques d’Actiris du mois de février indiquaient quelques 6000 offres d’emploi. D’où la conclusion de l’auteur de l’article : la racine de la crise sécuritaire à Bruxelles est l’insécurité socio-économique. Celle-ci dégénère en violence urbaine. Dans ce cas, comme le dénonce Michaël Dantinne, criminologue et pénologue (Ulg) dans un article du Vif du 12 février, vouloir placer la charge du problème sur l’individu est très confortable pour l’Etat.

En effet, l’échec est collectif. Sans vouloir verser dans la polémique ou les caricatures xénophobes,  les chances sont grandes –je ne dispose pas des chiffres – pour que la population des sans emplois soit en majorité composée d’immigrés. Ce postulat demande confirmation mais observons néanoins qu’il implique ce constat : notre modèle d’intégration est un échec. A ce sujet, je me rappelle d’un édito de la Libre : « non, Bruxelles n’est pas le nouveau Chicago sur Seine ». Et pourtant, lorsqu’on se balade rue de la Loi, le cœur de nos institutions démocratiques, en direction du Jardin Botanique, le contraste une fois dépassé celui-ci est saisissant. J’avoue avoir été choqué. Comment cela est-il possible à  un kilomètre de distance? Vous passez d’un quartier chic, propre, aseptisé, au ghetto en un clin d’œil. Osons dire les choses. Le sentiment est plutôt bizarre pour un liégeois, la Cité Ardente a une réputation sulfureuse sur ce plan.

Le politique n’a une fois de plus pas anticipé le problème. Comment alors ne pas avaliser le constat flamand que Bruxelles est mal gérée ? Ce serait trop facile, les flamands dénoncent une réalité rendue possible par un jeu institutionnel impraticable qu’ils imposent. En effet, comment ne pas dénoncer l’hypocrisie du jeu institutionnel bruxellois lorsqu’on sait que le poste de gouverneur de Bruxelles, qui possède les pouvoirs de coordination en matière de police, est vide depuis le 1er janvier 2009 et qu’il  faut une loi à majorité spéciale, recueillant la majorité dans les deux groupes linguistiques, pour transférer ces compétences vers la région (1) ?

Le modèle institutionnel bruxellois me semble définitivement avoir atteint ses limites. Il est temps de le réformer.

(1) le Vif, 12 février 2010, p.26.

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