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Que signifie l’expression « développement durable » ?

Je vais l’asséner sans ambages, d’une façon un peu bête et méchante : « pas grand chose ». A mon sens, c’est une expression assez aléatoire, probablement idéologique, forgée dans l’arène politique suite à des conférences environnementales. Ceci ne signifie pas qu’elle soit dénuée de toute utilité puisqu’elle a permis d’enclencher de nombreuses réflexions sur des questions cruciales. Je ne vais pas exposer la genèse du concept, je me contenterai dans le cadre de cette contribution uniquement de citer la définition standard communément retenue dans la littérature, mais l’expression est loin d’être univoque.

Si je reprends les mots du Rapport Brundtland « our common future » (1987), la définition communément admise est la suivante : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans corrompre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ».

Tout d’abord, le terme « besoin » n’est pas objectif. Celui-ci est fonction du niveau de richesse d’une société. En Europe rouler en Lada est une misère, en Afrique cela signifie avoir un certain niveau de vie. La voiture a remplacé le cheval…La notion de « besoin » est fonction du niveau de complexité d’une société. Dans l’absolu, posséder un portable ou une voiture n’est pas un besoin. Pourtant, il est difficile d’évoluer à l’aise dans les sociétés modernes sans ces deux outils. Notion relative donc. Certes, nous devons nous nourrir et avoir un toit me rétorquera-t-on. Très bien, mais où ces besoins s’arrêtent-ils et où commencent-ils ? …

Ensuite, le terme « durable » ou « soutenable », traduit de l’anglais « sustainable » est tout simplement en contradiction avec le Réel, ce qui est. Rien n’est durable, la Vie n’est pas durable, du moins pas si ce terme est synonyme d’éternité, de roc, de certitudes. Tout est impermanent, cela les philosophies orientales l’ont compris depuis la nuit des temps. D’un point de vue physique, la fixité est synonyme d’équilibre thermodynamique, c’est-à-dire de mort entropique. L’équilibre, c’est la mort. La Vie est flux, processus, impermanence foncière de toute chose. Le rocher, l’arbre, le lac, le sol, vivent ! La Vie crée de l’ordre au prix d’une augmentation du désordre extérieur. Elle se nourrit d’un flux d’énergie qu’elle extrait de son environnement et modifie celui-ci en retour, irréversiblement.

On pourrait alors parler de mesure : « c’est la dose qui fait le poison » dit le dicton. Un développement dit « durable » correspondrait alors, d’un point de vue physique, à un système thermodynamique ouvert (une économie en est un) qui se nourrit d’un flux entropique qui dégrade l’environnement en dessous du seuil au-delà duquel celui-ci est irréversiblement transformé (« effet de seuil »). Très bien, mais on retombe alors dans le travers, typiquement occidental, qui est de considérer que l’environnement, çàd la Nature, est figée, ce qui est totalement faux, comme je viens de l’expliquer. D’autre part, il est impossible de déterminer a priori les points critiques, çàd les point de basculement d’un système complexe. La Vie se complexifie par palliers, avec des effets de seuils…

Il faudrait alors plutôt parler de « co-évolution » entre l’homme et son milieu. Un développement « durable » serait alors, selon cette définition, « un développement harmonieux entre l’Homme et son milieu ». Que nous voilà bien avancé…

Mettons de côté les aspects techniques et allons au cœur du problème, dont les racines sont philosophiques. Il faudrait considérablement allonger cette contribution pour expliquer que le terme « développement durable » émerge d’une vision du monde anthropocentrée. Prenons un raccourci et contentons-nous de dénoncer la grande et horrifiante illusion : « l’humanité, l’homme (petit « h »), n’est pas la mesure de l’Univers ». L’homme, l’humanité, n’est rien. Ce n’est qu’un grain de poussière dans un Univers en expansion constante. La biosphère, pas plus que la Vie, n’est à notre service. Nous ne maîtrisons pas la Vie, la Nature. Et d’ailleurs, nous ne sommes pas en dehors d’elle, nous sommes elle, nous émanons d’elle. La Terre n’est pas un objet qui se plie à nos désirs. On voit là bien l’héritage de la métaphore du jardin d’Eden dont l’homme serait le gardien.

Cette plongée abyssale dans le non-être nous laisse encore un peu plus perplexe, j’en conviens. Car comment donner une direction à notre existence, faire sens face à ce qui nous arrive. Dieu et le diable sont une seule et même personne, il ne nous a pas fourni le mode d’emploi. Nous voici donc renvoyé face à face à notre angoisse existentielle. La « crise écologique » nous rappelle à notre finitude, à notre mortalité. Nous sommes tentés de penser que nous avons une importance, que la Vie se soucie de notre Avenir. Nous nous fourvoyons, la Vie n’en a cure de notre espèce, elle réussira bien à se perpétuer, quel terrible orgueil que de croire que nous la maîtrisons, lui importons, pouvons la détruire, en disposer à notre guise…

Pour répondre à la question posée, à savoir, qu’est-ce qu’un « développement durable », il va donc nous falloir ravaler tous nos orgueils. Car ne nous trompons pas de débat, ce n’est pas la planète qui est sur le grill, c’est notre espèce. La question juste, plus pragmatique, est donc : comment allons-nous survivre à ce siècle ? Avons-nous la capacité d’infléchir notre trajectoire, un libre arbitre, etc. On en revient aux questions fondamentales…

L’idée est de tuer tous les idéalismes, sans quoi on se condamne à réagir plutôt qu’à agir. Mais surtout, l’idée est de comprendre qu’il n’y a pas « Une Vérité », mais « deS Vérités ». Il n’y a pas « un chemin », il y a « des chemins ». Il importe donc de nous interroger sur notre projet, sur la finalité de ce que ce que nous faisons. Il faudrait, ultimement, remettre du sens au cœur du processus « humanité ». Durer pour durer n’a aucun sens. Il faut savoir pourquoi nous sommes là. C’est à chaque homme qu’il revient de trouver sa vérité. Alors peut-être aurons-nous un développement « durable ».

Car, quelles que soient les défis auxquels nous sommes confrontés, la question demeure identique : « qu’est-ce qu’une bonne vie » ? Une bonne vie n’est pas durable, elle est au service de la Vie, elle participe à elle, et c’est probablement tout ce qui importe.

Au final, c’est bien à une réflexion sur notre finitude, et donc sur la mort, que nous invite à réfléchir l’impasse entropique. La mort n’est peut-être qu’une illusion, qu’il nous faut transcender. Peut-être aussi que la crise actuelle est le ferment d’une nouvelle émergence, un processus touche à sa fin et amorce quelque chose de nouveau. L’Histoire ne rampe pas, elle progresse par bond, selon la vision de certains historiens.

J’espère juste avoir démontré dans le cadre de cette humble contribution que personne ne sait à l’heure actuelle ce que signifie le terme « développement durable ». Peut-être sommes-nous tout simplement sur une fausse piste, à la recherche de fausses certitudes. Peut-être…l’incertitude est la norme, la certitude l’exception, commençons par reconnaître cela.

Le management stratégique, cette discipline périmée…

Voilà plus de trois ans que je fais des recherches dans le domaine de la systémique, de la pensée chinoise et de la physique complexe. Je regrouperais ce domaine qui semble a priori ésotérique sous le vocable de « sciences de la complexité », la nouvelle science de ce début du XXIe siècle. L’entreprise n’est plus conçue comme une horloge qu’il serait possible de régler à l’aide d’un agent externe (le consultant…) mais comme un organisme vivant intégré dans un écosystème dans lequel se créent des liens d’interdépendance. La relation traditionnelle sujet-objet qui fonde la pensée stratégique orthodoxe est périmée. On ne peut penser une stratégie et essayer de la formaliser sous la forme d’un plan pour la bonne et simple raison que le management ne contrôle pas un système complexe. C’est un composant du système. Tout ce qu’il peut faire, au mieux, ici et maintenant, c’est utiliser des points de leviers systémiques pour orienter, accompagner le changement. Et cette dynamique doit toujours se faire en accord avec l’environnement externe et les autres composants du système.

De plus, les multiples interrelations des composants induisent des non-linéarités dans la dynamique de changement qui font que celui-ci est chaotique, c’est-à-dire imprédictible. Dès lors, la gestion de l’incertitude devient la norme et les certitudes l’exception. Exit le paradigme de l’illusion du contrôle. Aujourd’hui, plus que jamais, il s’agit d’apprendre à surfer si on souhaite survivre dans un environnement hypercomplexe et très compétitif! Pour y parvenir il faut abandonner tous les réductionnismes qui sont la marque de l’héritage intellectuel de Descartes et qui aboutissent à une pensée objectuelle et opérer un saut quantique vers une pensée processuelle. Rien n’est, tout devient. Le bon manager doit apprendre à se couler dans le mouvement, à faire un avec ce qui est, plutôt qu’à fonctionner sur la base de l’illusion du contrôle et de la stratégie « think and act ». L’entreprise doit rester à l’écoute de son marché pour identifier les opportunités et les niches qui émergent spontanément, tout un art. Un art dont les chinois se sont rendus maître…

L’intérêt de cette démarche est assez simple: « il n’y a qu’une seule chose qui ne change pas, la pluie ne mouille pas le poisson« . (Marc Halévy)

Pourquoi le Pic pétrolier doit-il être considéré comme une opportunité ?

Profitons d’un souffle pour faire le point sur le débat qui m’anime depuis 2 ans : le Pic pétrolier.

Ces quelques réflexions et enseignements sont le fruit des débats contradictoires et des questionnements qui m’accompagne dans ma vie de tous les jours. Ce sont des ébauches,  nécessairement lacunaires, aucune référence scientifique n’est mentionnée.

Alors que je commence tout juste à y voir plus clair, voici quelques éléments qui reviennent souvent dans les débats qui me semblent pertinents pour porter la question dans la sphère publique.

  1. Le Pic pétrolier, est-ce la fin du pétrole ? La réponse est clairement non. Le Pic désigne le point dans le temps où le flux d’extraction commence à diminuer. Le Pic est donc un problème de flux et non de stocks. Dans l’absolu, il y a encore énormément de pétrole, là n’est pas la question. Ce qui importe, c’est le rythme auquel on peut l’extraire, le prix de cette extraction et l’énergie nette retirée du processus.

A ce propos, on sait que :

  1. Le coût marginal d’extraction augmente rapidement car les champs de pétrole conventionnel sont entrés en déplétion en 2006. Le non-conventionnel est beaucoup plus coûteux à extraire (intensif en capitaux).
  2. L’énergie nette retirée de l’extraction chute rapidement. Lors de la découverte des premiers champs de pétrole aux Etats-Unis, on estime qu’il fallait environ investir une joule dans le processus d’extraction pour en retirer 100. Le gain net était donc de 99, plutôt pas mal. Aujourd’hui, on estime que ce rapport pour le non-conventionnel est entre 3 et 5. Il faut donc investir toujours plus d’énergie et de capitaux pour extraire une même quantité d’énergie. Ce sont autant de capitaux qui ne pourront pas être affectés à d’autres secteurs.
  3. L’économie ne peut supporter un prix de baril trop élevé sans entrer en récession. Les économies moins efficientes (e.g. les pays émergents) peuvent supporter un coût du baril plus élevé que les économies occidentales. Il y a discussion à propos de ce prix, on parle de 120-130$ le baril. Sachant qu’on estime que le coût marginal du baril de pétrole non-conventionnel avoisine les 100$, on doit en retirer deux choses. Premièrement, en temps normal, le pétrole doit minimum avoir un prix avoisinant les 100$. Si le prix augmente trop, l’économie entre en récession. Il y a destruction de demande (et donc d’activité), c’est le mécanisme par lequel le système s’autorégule. Si les prix chutent en dessous du coût marginal du non-conventionnel, celui-ci n’est plus rentable et donc il faut reporter de précieux investissements pour le futur. Ceci amplifie d’autant la récession suivante.

Ensuite, on sait qu’il y a une corrélation (bien que corrélation ne soit pas cause) quasiment parfaite entre demande d’énergie et croissance de l’économie. Autrement dit, plus de croissance, c’est plus d’énergie, et donc plus de pétrole puisque celui contribue à hauteur de 40% dans la demande d’énergie primaire mondiale D’un point de vue strictement physique, ce résultat est intuitif : l’énergie est un pouvoir de transformation, toute transformation du monde suppose l’utilisation d’énergie. L’économie est un organisme vivant, elle ne peut croître en taille sans utiliser plus d’énergie. Ceci ne signifie pas qu’à flux d’énergie constant il n’y ait pas un espace pour la réorganisation des processus via un mécanisme de « destruction créatrice » (des activités non compétitives disparaissent au profit de nouvelles activités, les faillites sont un moyen pour le système économique de rester sain en éliminant les activités non rentables) et l’optimisation. Il faudra dans tous les cas que les nouvelles activités soient moins intensives en énergie pour qu’il y ait croissance quantitative (i.e. produire plus avec moins).

Un autre élément est qu’il n’existe actuellement aucun substitut au pétrole, du moins pas à l’échelle ni dans les temps requis. Le pétrole est un carburant liquide, il a presque le monopole d’un usage  particulier : le transport. Du point de vue de ses caractéristiques physiques, il est inégalé. Du point de vue économique, il demeure imbattable (d’où le surnom « King Oil »). Néanmoins, à mesure que les coûts d’extraction augmentent, la recherche d’alternatives devient mécaniquement plus rentables. En quelques sortes, le pire ennemi de l’économie est le pétrole bon marché, car il décourage la recherche d’alternatives, or, on l’a vu, le pétrole peu cher n’est  désormais possible que dans une situation de récession.

Nous sommes depuis 2004 sur un plateau de production. Dans l’absolu, le grand changement par rapport à la situation économique antérieure est que l’ère de l’énergie bon marché est révolue. Si l’activité économique est trop intense, le prix du baril monte, jusqu’au point où l’économie entre en récession, le système s’autorégule. On peut parler de pic pétrolier économique. Dans cette situation, il semble que la seule façon de relancer la croissance soit d’augmenter l’efficacité thermodynamique du moteur. L’économie est un gros moteur qui transforme de l’énergie et de la matière en biens de consommation. Pour produire plus avec la même quantité d’énergie, il faut éliminer les activités non efficientes sur le plan thermodynamique et optimiser les processus. Sans mobilité du facteur travail et flexibilité de la main d’œuvre (phénomène de lock-in dû à l’inadéquation de l’offre et de la demande de travail), ce processus d’ajustement mène à une augmentation du chômage qui peut se transformer en chômage structurel si le rythme de reconversion de la main d’œuvre est trop lent. Il y a alors un risque de voir les prestations sociales augmenter, ce qui peut se traduire par un endettement  ou des prélèvements supplémentaires. Ainsi donc, le pic a un effet systémique sur l’économie : celle-ci s’enfonce lentement mais sûrement dans le marécage de la récession. Un risque supplémentaire est que la montée du chômage et de l’exclusion mène à un vote extrême d’une frange toujours plus importante de la population, le Pic présente un problème pour la cohésion sociale.

Ca c’est pour la situation à court-moyen terme. A plus long terme on doit se demander ce qui se passera si le flux entrant d’énergie dans le système économique commence à se tarir. Là, on parle d’une situation dans laquelle la production absolue de pétrole commencerait à décliner, une situation de rareté physique absolue. On peut utiliser le terme de pic pétrolier géologique. On quitte le cadre économique, on fait face à une situation inédite. On ne raisonne plus en termes de prix mais de volume. Chaque année, il y a de moins en moins de pétrole, le flux entrant qui nourri l’activité économique se tari. Je soutiens que la théorie économique n’est d’aucun secours pour appréhender cette situation, les marchés sont capables de gérer la rareté relative mais pas la rareté absolue. Le pétrole étant une ressource finie, il est mathématiquement impossible que cette situation ne se matérialise jamais, la seule question est « quand ? ». Il y a un faisceau de données qui laissent penser que cette situation pourrait se produire entre 2015-2020, autant dire demain. Les conséquences seraient probablement catastrophiques.

Il est à mon avis raisonnable de penser que les gouvernements prendraient le relai des marchés pour imposer des mesures de rationnement. On peut aussi imaginer un renchérissement constant des prix à la  pompe, c’est-à-dire un rationnement par les prix. Ce renchérissement va éroder le pouvoir d’achat des ménages, plonger certains d’entre eux dans la misère et donc, in fine, approfondir encore un peu plus la récession. On peut aussi imaginer l’attribution de quotas, solution plus juste mais qui aurait un impact destructeur sur toute l’économie. Tout est possible, des guerres de ressources sont très probables. On doit s’attendre a une crise économique d’une violence inouïe dans les nations industrialisées. Puisque toutes l’activité économique dépend du pétrole, on est en droit d’imaginer le pire : des ruptures de chaînes d’approvisionnement, des émeutes, une destruction d’activité sans précédent, voir des famines.

Toute la question semble donc de savoir à quel rythme le non-conventionnel pourra se développer. Aussi longtemps que son rythme de développement parviendra à compenser le taux de déplétion du non-conventionnel, on peut s’imaginer que la situation économique actuelle se prolongera. Si cette situation se prolonge suffisamment longtemps, on peut imaginer que le renchérissement graduel du prix du pétrole permettra de diminuer sa consommation et d’opérer la reconversion vers des palliatifs, à défaut de réels substituts. Il faudra néanmoins investir dans des alternatives dans un contexte économique difficile.

C’est ainsi qu’on est, au terme de cette analyse, avisé de formuler un certain nombre d’observations sur les mesures à prendre pour éviter le pire. Comme dit le dicton et un principe qui fait autorité dans le monde de la finance : « ce qui est certain d’arriver n’arrive jamais ». Quelque part, il faut donc faire de la pédagogie des catastrophes pour éviter celles-ci. Si celles-ci sont évitées, on pourra alors rétorquer rétrospectivement aux « Prophètes de la Terreur » qu’ils avaient tort…tâche ingrate que celle de jouer les Cassandres. Ce qui est certain, c’est que l’inaction n’est pas la stratégie optimale. Face au risque potentiel, une simple analyse-coût bénéfice sous incertitude devrait nous faire comprendre que le choix de l’inaction est irrationnel. Partant du point de vue que l’incertitude ne doit pas justifier l’inaction, voici quelques mesures qui pourraient aider à surmonter la crise en utilisant celle-ci comme une opportunité pour résorber le chômage.

On sait que nous avons hérité notre pouvoir de transformation de l’énergie fossile. A moyen terme, le maintien de notre niveau de vie en utilisant moins d’énergie va exiger trois choses : 1) plus de travail humain, 2) une utilisation plus intelligente de celle-ci, 3) la réorientation des comportements vers la sobriété énergétique.

Afin d’assurer cette transition dans des conditions optimales, le gouvernement devrait en priorité garantir l’accès à nos besoins de base : la nourriture, le logement, la mobilité, un emploi. Cet axe de propositions implique de 1) soutenir une agriculture sans pétrole, 2) isoler massivement les logements, 3) développer une agriculture sans pétrole, 4) taxer l’énergie et établir des normes de consommation plus strictes.

La première priorité suppose de subventionner des programmes de recherche fondamentale ainsi que les nouveaux agriculteurs, qui ne seront à moyen terme pas compétitifs face aux agriculteurs de l’ancien paradigme. La seconde priorité suppose de baisser drastiquement les charges pesant sur le travail dans le secteur du bâtiment et de subventionner les travaux d’isolation. La troisième priorité suppose d’investir dans un réseau de transports en commun performant. La quatrième priorité devrait inviter le gouvernement à taxer progressivement l’énergie. Il serait juste d’appliquer une taxation différenciée afin d’assurer la cohésion sociale. C’est un exercice d’équilibre. Le produit de cette taxation permettrait de financer la transition vers d’autres types d’énergies. Le gouvernement pourrait avoir recours à des normes invitant à la sobriété. On peut imaginer une consommation maximale pour les véhicules, par exemple.

Les fonds alloués à l’agriculture conventionnelle, au transport routier (l’entretien des routes devrait être privatisé par exemple) et aux allocations de chômage (budget formation pour reconvertir la main d’œuvre nécessaire) devraient être réalloués en faveur de ces trois prmeières priorités.

Il s’agit d’une liste de résolutions pragmatiques. A long terme, le défi est de passer d’une économie de la quantité à une économie de la qualité car il est probable que nous soyons forcé à l’avenir à utiliser de moins en moins d’énergie. Lorsque l’énergie devient rare dans un milieu, on observe que les organismes qui y vivent doivent coopérer. La coopération est la stratégie dominante. Au contraire, lorsque le flux d’énergie ne cesse d’augmenter, on observe que la stratégie dominante est la compétition. Les comportements et les normes sociales vont donc probablement être bouleversés. On doit aussi s’attendre à ce que la production de masse fasse faillite. L’intelligence injectée dans les produits sera plus importante car nous serons forcé de concevoir des produits destinés à durer et répondant à un besoin fonctionnel. La valeur d’usage est appelée à prendre le pas sur la valeur marchande. En règle générale, on peut s’imaginer qu’on doive se réorienter vers une économie de l’être et du savoir plutôt que de l’avoir.

Le Pic pétrolier est donc l’opportunité d’un changement réel. Les résistances au changement sont énormes et profondes, notamment à cause des routines comportementales et des  schémas mentaux hérités de l’ère du pétrole bon marché. Le risque est grand que le pic pétrolier soit au contraire entrevu comme une menace et que tout soit fait pour entretenir le statu quo, en exploitant tout le pétrole conventionnel, par exemple, et en opérant une reconversion vers le charbon. Il faut savoir que c’est le comportement typique de tout organisme : assurer sa survie à court terme. Le problème est que le statu quo (i.e. notre modèle de croissance basé sur l’exploitation de l’énergie fossile) n’est pas une option, à cause, justement, d’un autre « problème » de très long terme : le changement climatique. Si nous n’utilisons pas le pic pétrolier comme une opportunité pour décarboniser nos économies et nous réorienter vers la sobriété énergétique, ce qui suppose une mutation de nos comportements et de nos modes de vie, je ne pense pas me tromper en disant que l’espèce humaine pourrait disparaître d’ici la fin de ce siècle. Les scientifiques parlent d’une augmentation de température de 6 degrés si nous poursuivons le business as usual. Je ne puis me prononcer sur la question, je pense (ceci est un avis) que les incertitudes sont majeures et qu’un risque d’emballement du climat n’est pas à écarter. Néanmoins, j’ai cette certitude, si la température augmente de 6 degrés d’ici la fin de ce siècle, je ne pense pas que beaucoup de nos (petits)-enfants survivront à ce qu’il serait juste, le cas échéant, d’appeler « désastre ».

Sachant que c’est l’exploitation intensive des énergies fossiles qui est à l’origine du changement climatique, je vous pose cette question : aurons-nous la sagesse collective d’anticiper les changements plutôt que de les subir ? Le politique n’agira pas tant que les gens ne revendiqueront pas le changement. Le changement implique des sacrifices à court terme, probablement une baisse du pouvoir d’achat. Rien n’est couru d’avance, la dynamique de changement collectif sera nécessairement chaotique. Aujourd’hui le pic pétrolier est un problème encore trop méconnu pour que les gouvernements agissent, l’heure est à la Révolution des Consciences.

Make your own reality ?

C’est fou comme il n’y a pas de certitudes dans ce monde, en tout cas pas pour l’esprit qui pratique le doute méthodique.

Alors que je philosophais à mon humble niveau, une question simple m’est venue à l’esprit : ta perception sur la marche du monde est négative, est-ce là une réalité objective ou une fabrication mentale ?

En principe, je devrais dire que cette conception négative est objective puisque ma vision se fonde sur une étude minutieuse de la littérature scientifique. Or, la méthode scientifique doit nous permettre de connaître la réalité du monde, ou à défaut l’objectiver.

Mais qu’est-ce qui nous dit que cette méthode n’est pas une méthode parmi d’autres, avec ses propres postulat et hypothèses formulées par des humains ? La réalité n’est peut-être que le reflet de nos schémas mentaux. Je n’ai pas lu la littérature philosophique à ce sujet mais l’idée me paraît subversive.

A mon avis, il faut être plus nuancé que cela. Un fait est un fait. Par exemple, si mon père se fait mettre en prison, difficile de prétendre qu’il borde ma mère chaque soir !

Par contre, ma perception de ce fait, je peux la fabriquer. Or, c’est bien cette perception qui va déterminer mon état d’esprit : Est-ce que je vis positivement ou non le fait que mon père soit mis en prison ?

Ainsi, il ne resterait plus qu’à déterminer l’état d’esprit que je souhaite afficher pour que ma perception s’aligne sur cet état d’esprit.

Or, ce qui est important dans la vie, c’est d’afficher l’état d’esprit qui m’apportera le plus de confort. En ce qui me concerne, c’est la multiplicité des expériences et des rencontres, c’est ce que j’appelle jouir de la vie.

La réalité est plus complexe. En pratique, il ne suffit pas d’adopter un état d’esprit pour parvenir à ses fins. Le mythe du libre arbitre fondateur de la pensée occidentale est bien vivant. La réalité est que chacun est pris dans une chaîne d’interdépendances, et donc de contraintes. On ne vit pas seul.

Dès lors, là question est d’évaluer la marge de manœuvre dont on dispose pour aligner ses actions sur son état d’esprit, défini de manière libre et autonome.

Bien souvent, elle sera très limitée. La vie moderne nous offre beaucoup de petits choix, mais les grands choix nous sont imposés. Par exemple, faire des études, aller à l’école, etc. La question des limites est donc essentielle pour vivre bien avec soi et avec les autres.

Il faut renoncer à cette vision typiquement moderne de l’infini qui ne fait que nourrir la frustration et retrouver le sens des limites si on souhaite être en paix avec soi.

Etre heureux en temps de crise?

Je lis les statistiques, elles ne sont pas jolies. La part de la population qui déprime et qui souffre, souvent en silence, est affolante. Signe que cette société est malade, pour moi la preuve est évidente. Si vous espérez des jours meilleurs pour retrouver le moral, je vous le dis tout de suite: vous venez de gagner un ticket pour la déprime.

Alors, comment, dans ces circonstances, trouver les ressources internes pour rayonner et redonner un peu de baume au cœur à ses semblables, par ricochet ?

Premièrement, il me semble évident que la recherche de la sécurité, le réflexe de la peur, ne peut que nourrir l’anxiété. Si vous croyez que le contexte actuel est volatile, vous n’avez encore rien vu ! Rien ne sert de chercher la sécurité donc. Ce temps là est révolu.

Deuxièment, il faut oser affronter ses peurs, au quotidien. Ce n’est pas facile car ça demande de s’ouvrir aux autres, et de partager, en toute convivialité, vos doutes. Un peu de coopération, d’honnêteté et de partage donc. Mettez vous bien dans le crâne que celui qui écrase les autres ne se forge pas vraiment un avantage compétitif, au contraire, il s’isole. En situation de crise, la seule sécurité, c’est votre réseau, les gens sur qui vous savez que vous pouvez vraiment compter. Faites le compte sur vos doigts, si vous n’êtes pas minimum à dix (ce qui est très peu), il est temps de vous bouger !

Troisièmement, une fois que vous avez affronté vos peurs, il est temps d’être mobile et proactif. Vous devez acquérir des compétences qui ont une valeur pour la communauté maintenant, et vous ajuster continuellement à l’évolution des besoins, ce qui demande une certaine flexibilité. Soyez multiple, mais ne vous dispersez pas. Rien ne sert par exemple de s’hyperspécialiser dans un domaine, mieux vaut acquérir des compétences génériques valorisables dans divers domaines. Ouvrez un maximum de portes et gardez-les ouvertes.

Quatrièmement, reconnectez avec vous-même et avec la nature. Allez mettre vos mains dans la terre, vous verrez, ça vous rendra plus conscient et vous aidera à reconnecter avec la réalité (« mon Dieu, que  la nature est lente »…).

Lorsque vous avez fait ça, posez-vous des questions, et trouvez les réponses en vous-même. Ensuite, agissez. Faites quelque chose, un pas, deux pas, petit ou grand, mais agissez. La suite suivra.

Lorsque vous avez fait tout cela, appliquez la méthode coué : encouragez-vous, fêtez vos petites victoires, essayez de sourire, riez un bon coup, relativisez, encouragez les autres, faite leur des compliments, partagez vous trouvailles, profitez d’un rayon de soleil et des choses simples qui font que la vie mérite d’être vécue.

Enfin, mon arme secrète : dites-vous que chaque problème est une opportunité. Vous tombez, relevez-vous. Si quelqu’un tombe, aidez-le à se relever. Une espèce que ne coopère pas est vouée à l’extinction. Nous ne sommes pas seul, la survie de chacun est interdépendante de la bonne santé des autres. Croire qu’on va mieux s’en sortir que les autres alors que les conditions de vie en société se dégradent est une illusion, une crise systémique ne préserve personne, à l’exception des plus riches, mais ceci n’est que temporaire, sauf pour celui qui est capable de s’ajuster en permanence au nouveau contexte économique.

La peur

D’être impuissant ;

D’être puissant ;

D’être homme ;

D’être femme ;

De plaire ;

De déplaire ;

De ne pas trouver un boulot ;

De perdre son emploi ;

D’être mort

D’être vivant;

De tomber malade ;

D’être malade ;

D’être normal ;

D’être anormal ;

D’être rejeté ;

D’être accepté ;

De ne pas s’aimer ;

De ne pas être aimé ;

De ne pas aimer ;

D’être seul ;

D’être ensemble ;

D’être malheureux ;

D’être heureux ;

D’être libre ;

D’être enchaîné ;

D’être compris ;

D’être incompris ;

« La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même. » Roosevelt, discours d’Investiture, 1933.

Le capitalisme peut-il survivre à la crise actuelle?

Cet article est une ébauche, il pose davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Le raisonnement est strictement qualitatif, ce qui reflète une volonté de l’auteur de dégager des pistes de réflexion qualitatives. Les commentaires sont les bienvenus. Précision utile: je ne me place pas sur le terrain idéologique (i.e. « le capitalisme est-il bon ou mauvais? »), je cherche à comprendre les choses.

Le capitalisme est un modèle économique qui repose sur l’accumulation. Sa finalité est le profit. Selon la théorie orthodoxe, le capitaliste est propriétaire des moyens de productions, le travail et le capital. Il verse un salaire au travailleur en contrepartie du travail de celui-ci. Le capitaliste engrange les profits car il supporte le risque inhérent à l’exercice d’une activité économique.

Dans ce modèle, le travail, et donc le travailleur, représente un coût qu’il convient de minimiser pour maximiser le profit. Sur un marché concurrentiel, le capitalisme a donc un incitant à exploiter le travail au maximum du possible pour en retirer un avantage concurrentiel. A salaires identiques, si la productivité des travailleurs de l’entreprise A est supérieure à celle de l’entreprise B, l’entreprise A peut vendre une même quantité que B moins cher ou une plus grande quantité au même coût. L’argument est systémique, il est ancré dans la dynamique du système.

Tout ceci ne nous renseigne pas sur la question de base qui est de savoir si le capitalisme peut survivre à la crise actuelle. En fait, pour poser les jalons d’une réponse à cette question, il nous faut nous demander si l’accumulation infinie de profit est inhérente au capitalisme et, si c’est le cas, si cette accumulation possède des limites. Dans le cas d’une réponse positive, le capitalisme possède en lui les germes de son autodestruction.

L’accumulation infinie est-elle le moteur du capitalisme ?

Il nous faut trouver un argument systémique pour répondre par l’affirmative.

Théoriquement, il est possible d’exercer une activité rentable sans chercher à augmenter les profits continuellement. Ceci implique que le coût des facteurs de production reste constant. Autrement dit, la stagnation des salaires. Ce raisonnement s’applique a une entreprise seule sur un marché mais la réalité est plus complexe puisqu’une entreprise est rarement en situation monopolistique. En situation concurrentielle, un état dynamique, les règles du jeu débouchent-elle sur l’enclenchement d’une logique du toujours plus (boucle de rétroaction positive) ?

Imaginons que mon voisin possède la même structure de coût que moi. Je vends plus que lui mais nous sommes tous les deux rentable et gagnons suffisamment notre vie. Dans ce cas, pas de problème, personne n’a un incitant à modifier sa structure de coût. Le problème arrive lorsqu’un des joueurs sur le marché cherche à « manger » des parts de marché à ses concurrents (en jouant sur les prix et donc en maximisant sa structure de coût) ou à faire croître la demande (en maximisant la quantité vendue) pour accumuler plus de profit. La première solution détruit de l’emploi, ce qui débouche sur une instabilité systémique, la seconde créée de l’emploi.

La question centrale est donc de savoir si la croissance est dans la dynamique du capitalisme?

A mon avis, il est naturel de chercher à croître dès lors que c’est possible. Il me semble assez logique pour un entrepreneur d’investir pour chercher à augmenter les profits de son entreprise. L’investissement, le moteur d’accumulation du capitalisme, exige de la croissance puisque la valeur actualisée nette de celui-ci doit être positive pour être économiquement rentable. Il en résulte que la croissance est à mon avis une condition nécessaire du capitalisme.

La question qui découle de cette conclusion est donc de savoir si la croissance infinie est possible ?

A mon avis « non ». La raison n’est pas économique, elle est thermodynamique. Pour croître, il faut de l’énergie. Donc, qui dit plus de croissance, dit une demande accrue en énergie. Or, l’énergie n’est pas illimitée. Au contraire, l’énergie est le facteur de production le plus rare. Sans énergie, on ne peut rien produire. L’économie, c’est un moteur qui dissipe de l’énergie en chaleur et en travail. Plus la cylindrée est grosse plus il faut de carburant pour faire tourner le moteur.

Je l’ai déjà écrit en longueur dans mes billets précédents : le Mythe de la croissance infinie s’est bâti sur la découverte d’un subside énergétique fini et non renouvelable découvert dans la lithosphère à l’aube de la Révolution industrielle. Or, avec le Pic pétrolier, l’ère de l’opulence énergétique touche à sa fin. L’économie a pu évoluer depuis 250 ans en dehors de toute contrainte thermodynamique, mais cette situation touche à sa fin.

Si le coût de production du surplus énergétique augmente plus vite que l’amélioration du taux d’efficacité avec lequel l’économie dissipe de l’énergie, la croissance ne peut que s’arrêter. Or, si la croissance s’arrête, la rentabilité du capital chute. On entre alors dans une situation win-loose dans laquelle les entreprises doivent se livrer une concurrence farouche pour restaurer leur marge. Dans cette compétition, le travail est une des variables d’ajustement. Il faut être compétitif, produire plus au même coût ou abaisser les salaires. Bref, avoir une structure de coût plus intéressante que celle de son voisin.

D’une part, cette guerre ouverte du tous contre tous ne peut que déboucher sur une augmentation du chômage, ce qui nourri l’instabilité systémique. D’autre part, il faut compenser la baisse des salaires des travailleurs par une augmentation de l’endettement privé afin d’éviter une crise de surproduction. Jusqu’au jour ou cette dette privée devient insoutenable, l’ultime artefact du système est alors de socialiser les dettes.

Le serpent se mord la queue, il génère une dette qui ne peut être remboursée que par la croissance alors que l’origine de cette dette est justement l’impossibilité de croître davantage, impossibilité découlant de la contrainte thermodynamique.

N’en sommes nous pas là ?

Si tel est bien le cas, nous assistons en direct à la fin du capitalisme. La première phase serait marquée par la question du remboursement de la dette. Confrontés au spectre d’une déflation les gouvernements n’auraient d’autre choix que de faire tourner la planche à billets. Dans un second temps, lorsque le surplus énergétique se contractera (lorsque nous entrerons une phase de déplétion), la contrainte thermodynamique deviendrait le facteur dominant puisqu’il nous serait alors impossible de « nourrir » toutes nos machines, notre capital productif. Ce serait alors la dépression permanente, le marché gère très bien la rareté mais il gère très mal l’abondance (surcapacité).

Aurions-nous pu anticiper cette contradiction ?

Par exemple, si les économistes avaient reconnu l’importance de l’énergie comme facteur de production, n’aurions-nous pas pu éviter que la contrainte thermodynamique génère une limite sociale (matérialisée par l’apparition d’une dette) insurmontable ?

Si nous avions taxé l’énergie plutôt que le travail, nous aurions pu éviter l’apparition du chômage puisque le travail serait progressivement redevenu plus compétitif que la machine. L’obligation de croître générée par le cycle d’investissement aurait pu être éliminée puisque l’accumulation de capital productif aurait été naturellement stoppée.

Conclusion, le pêché originel des économistes n’est-il pas d’avoir fondé leur théorie sur le paradigme d’une énergie illimitée dans un monde fini ?

De toute fàçon, la variable déterminante est le surplus énergétique à mon avis. Si celui-ci se contracte, c’est l’effondrement. L’Homme se serait-il condamné depuis le début en essayant de défier les Lois de la physique? Si tel est bien le cas, reconnaissons que nous avons vécu de belles années folles! No regret.

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