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Chinamérique : pourquoi le système financier mondial va t’il s’écrouler ?

tous les graphes proviennent de l’adresse suivante, ils ne sont là qu’à titre illustratif: http://beaugency.over-blog.com/article-les-dettes-fran-aises-et-americaines-comparees–43250165.html

Les Etats-Unis sont devenus les maîtres du monde au sortir de la guerre. Cette position dominante a très vite consacré le dollar comme la monnaie de référence pour le commerce international. C’est là un avantage énorme pour les Etats-Unis puisqu’ils ont le privilège de payer les marchandises qu’ils importent dan leur monnaie nationale. En outre, une grosse partie de la production de pétrole est libellée en dollars, donc tous les pays du globe ont besoin de dollars pour leurs approvisionnements énergétiques. En un mot : les Etats-Unis possèdent le pouvoir monétaire.

On observe aujourd’hui que le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis, en particuliers avec la Chine,  est tout simplement vertigineux. La dette nationale américaine gonfle depuis quelques années à un rythme inquiétant et avec elle, les intérêts sur celle-ci. (voir graphe1). Le niveau d’endettement est tel qu’il faut aujourd’hui se demander quand les Etats-Unis feront défaut sur leur dette. Il faut douter de la volonté de la Maison Blanche d’imposer la rigueur budgétaire pour rétablir le déficit de la balance commerciale et payer la charge d’intérêts sur la dette. Ce type de politique serait beaucoup trop impopulaire, insoutenable. Dès lors, que font les Etats-Unis pour échapper à l’austérité ?

La réponse est simple : ils abusent de leur pouvoir de création monétaire. Pour financer la dette, ils font fonctionner la planche à billet. En clair : il créée de l’argent à partir de rien, ce qui fait augmenter encore et toujours plus leur dette. Mais pourquoi la valeur du dollar ne s’écroule t’elle pas ? Pourquoi ceci ne provoque t-il pas une inflation gigantesque qui devrait inévitablement déboucher sur une crise de confiance des acteurs du commerce international dans le dollar? Autrement dit : pourquoi la valeur du dollar reste-elle relativement stable ?!

En fait, la réponse est éminemment simple. Le cours d’une monnaie est déterminé par l’offre et la demande de cette monnaie. A offre égale, le cours d’une monnaie augmentera si la demande pour cette devise augmente ; et vice-versa. Donc, si le cours du dollar reste stable alors que l’offre de dollar ne cesse d’augmenter pour financer la dette us, c’est qu’il existe une demande pour « absorber » ces dollars qui « inondent » le reste du monde. D’où vient-elle ?

La réponse est double. D’une part, de la hausse des cours du pétrole, qui ne pourra que se poursuivre encore longtemps, puisque la probabilité imminente d’un choc pétrolier n’est pas négligeable. Les révolutions arabes en Egypte et en Libye, deux acteurs importants du marché pétrolier, confirment ce diagnostic : le cours du baril n’a jamais été aussi haut, il a récemment dépassé le record de juin 2008. D’autre part, de la Chine. Celle-ci inonde de ses produits le marché américain. Les américains achètent cette marchandise à crédit, marchandise qu’ils paient en dollars créés à partir de rien. La Chine place aussitôt tous ces dollars dans ses coffres et les place en Bons du Trésor américains pour financer le déficit américain. C’est ainsi qu’elle possède des réserves gigantesques de dollars, et qu’elle est devenue le premier créancier des Etats-Unis (voir graphe 2 & 3).

Quel cynisme de la part des chinois me direz-vous. Certes, mais il faut ici aussi nous demander pourquoi la Chine agit de la sorte. Pourquoi la Chine produit-elle gratuitement pour les Etats-Unis et acceptent-elle de refinancer en permanence le déficit américain ?

Ici, la réponse est moins évidente. Je note trois raisons. Premièrement, si la Chine convertissait systématiquement les dollars acquis par son commerce international en yuan et réinvestissait cet argent dans son économie, l’économie chinoise connaîtrait très vite une surchauffe provoquée par l’injection massive de liquidités dont la conséquence serait une hyperinflation. Deuxièmement, cette injection massive de liquidité augmenterait très vite le pouvoir d’achat des chinois. Ceux-ci pourraient alors acheter une partie toujours plus importante de leur production, l’économie chinoise se « recentrerait » sur marché intérieur. Ce mouvement est souhaitable, mais s’il n’est pas graduel, la hausse soudaine du pouvoir d’achat va favoriser l’émergence d’une classe moyenne qui, inévitablement, cherchera à convertir son pouvoir économique en pouvoir politique. En d’autre terme, ce recentrage favoriserait les conditions d’émergence d’une révolution sociale. Troisièmement, le yuan s’apprécierait, ce qui dégraderait la position compétitive à l’exportation de la Chine. Or, c’est justement sur cette dynamique extérieure que s’appuie la Chine pour se développer.

Ces trois éléments ne sont toujours pas convaincants. En fait, ils donnent l’impression que la Chinamérique est un « équilibre de la mort », ou chacun des deux acteurs a besoin de l’autre pour survivre. Est-ce le cas ? Ma réponse : à court terme « oui », pas à long terme. A court terme, la Chine doit soutenir artificiellement le cours du dollar pour garantir l’expansion de son commerce. A court terme, les Chinois produisent gratuitement pour les américains, donc la situation leur est défavorable ; Mais à long terme, toutes les capacités de productions réelles sont déplacées en Chine. Les Etats-Unis sont en train de se désindustrialiser massivement !!!

Qu’est-ce qui sonnera le glas de cet équilibre de la mort entre la Chine et les Etats-Unis ? J’identifie trois possibilités : (1) le reste du monde perd sa confiance dans le dollar, ce qui provoque l’écroulement de sa valeur ainsi que celui de tout le système financier. Ceci est très improbable, surtout que le cours du dollar va encore longtemps être soutenu massivement par la hausse des cours pétroliers. (2) Les Etats-Unis font défaut sur leur dette. Dans ce cas, le système financier va également s’écrouler puisqu’une part importante des dollars actuellement en circulation deviendra du papier à musique. (3) Une fois la majorité des capacités de production transférées en Chine, celle-ci refuse petit à petit de refinancer la dette américaine à mesure qu’elle se reconcentre sur son marché intérieur. Les Etats-Unis finiront par faire défaut et les immenses réserves de change Chinoise seront réduites en poussière. Le système financier mondial s’écroule et avec lui la puissance des Etats-Unis. La Chine déclarera alors qu’elle prend le pouvoir monétaire.

Dans tous les cas de figure on remarque deux choses : (1) le système financier va finir par s’écrouler ; (2) les Etats-Unis vont faire défaut. La question à deux dollars : quand  ?

 

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Crise de la dette souveraine : l’Occident au bord de la faillite ?

Le souverain au bord du gouffre :

« Comment réagirait un investisseur privé à qui l’on demanderait d’investir dans une entreprise dont la dette représenterait plus de cinq années du chiffre d’affaires, dont les pertes annuelles seraient supérieures à la moitié du chiffre d’affaire, et dont les emprunts annuels dépasseraient le chiffre d’affaire ? Il fuirait. Telles sont pourtant les caractéristiques de la France d’aujourd’hui ».

Ce passage fracassant tiré du livre de Jacques Attali « Tous Ruiné dans dix ans. Dette publique: dernière chance » (ed. Fayard, p. 169, 2010) illustre bien le péril qui menace l’Occident : la faillite. Loin d’être un cas à part, la situation française illustre bien l’acuité de la crise de la dette souveraine récemment accélérée par le sauvetage des banques suite à la crise financière des crédits subprimes.

Quelques statistiques « choc » tirées de ce livre illustreront ce propos :

–          En 2010, le ratio de la dette publique des pays développés par rapport à leur PIB est en moyenne de 80% pour les pays les plus riches du G20, alors qu’il n’est que de 40% pour les pays émergents membres du même club (p.139) ;

–          En 2010, la dette publique américaine atteint 11 trillions de dollars, soit 54% du PIB et 674% des revenus fiscaux ; Les emprunts annuels représenteront 248% des revenus fiscaux ; le Trésor américain doit refinancer chaque année plus de la moitié de sa dette ; il le fait pour moitié avec des capitaux venus de l’étranger, dont la moitié en provenance du Japon et de la Chine. En 2009, les intérêts sur les bons du Trésor américain représentaient déjà 34% de la charge de la dette, avec un taux d’intérêt moyen de 3,3% (p.109)

–          La dette publique européenne représente 80% du PIB ; Grande Bretagne : 100% ; Grèce : 135% dont les deux tiers à l’étranger ; France : 83%, 535% des revenus fiscaux, les emprunts annuels représentent 137% des revenus fiscaux (p.109-10).

–          En moins de deux ans, -situation inédite- de 2009 à 2010, la dette publique en Europe a augmenté de 14,5 points de PIB. En Grande-Bretagne et Irlande la dette a augmenté de 30 points (p.105).

Entre les marchés et le souverain, autant dire que c’est à celui qui dégainera le premier. Pour l’instant, la dette publique est supportable du fait de l’effondrement des taux d’intérêt mais cette situation n’est que provisoire : les créancier exigeront un rendement supérieur dès que les premières difficultés à rembourser la dette souveraine se manifesteront. Dès lors, la tentation d’un recours à la planche à billets, on le voit avec la décision de la réserve fédérale américaine (Fed) de racheter des bons du Trésor américain pour 600 milliards de dollars, est réelle, de même que la risque d’un retour à l’inflation ; la guerre des monnaies a commencé. Mais surtout, quelle étrange situation que celle où les « pauvres » financent les riches : entre la Chine et l’Amérique, c’est « l’équilibre de la terreur ».

A la lecture de ces événements, difficile de ne pas penser que nous sommes aujourd’hui à la veille d’un nouveau retour de l’Histoire. On peut craindre un moratoire sur la dette comme l’indique Jacques Attali (la Grèce par exemple) qui se traduira par d’immenses pertes des banques ayant souscrits aux émissions du Trésor de ces pays (p. 111). Des pertes qui en dernier recours se répercuteront sur les créanciers de base, soit, les consommateurs. Tout alors devient possible, y compris le pire.

Le scénario du pire

Dans son livre, Jacques Attali décris avec un réalisme saisissant ce qui attend le monde si l’Occident ne parvient pas à rétablir la santé de ses comptes : la ruine de tous. En effet, la mondialisation de la finance a renforcé l’interdépendance des économies du globe ce qui accroit le potentiel de dégâts d’un risque systémique ainsi que l’imprévisibilité de ce type de risque. Jacques Attali imagine un « scénario du pire » en quatre étapes :

1)      Le surendettement souverain s’alourdit sous l’effet combiné des plans de relance, de la baisse des recettes fiscales, de l’allongement de la durée de vie couplée à une baisse de natalité et au vieillissement de la population (hausse des dépenses de soins de santé et des pensions ; cette thématique fera l’objet de mon prochain article) ; Par exemple, la dette publique du Japon devrait passer de 204% à 245% du PIB en 2014 et à 300% en 2020 (p.140).

2)      L’euro fait faillite et l’économie s’enfonce dans la dépression mondiale ;

3)      Faillite du dollar et retour de l’inflation mondiale ;

4)      Dépression et effondrement de l’Asie.

Mais d’autres scénarios sont possibles, par exemple le cas où les pays émergents décideraient de couper le robinet de crédit : les taux augmenteraient ce qui accroitrait le risque de défaut, un risque qui aurait très vite des répercussions systémiques…

Dans la fin de son essai, Jacques Attali envisage les réformes à implémenter pour trouver une solution « par le haut » au problème de la dette souveraine. Dans l’ensemble, il préconise des ajustements structurels drastiques (difficile de ne pas y voir la marque de son passage comme président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) au début des années 90) : (1) des coupes dans les « mauvaises dépenses » qui génèrent la « mauvaise dette » i.e. qui ne génèrent pas de la croissance (doubles emplois et gaspillage dans la fonction publique) ; (2) une augmentation des impôts (TVA, suppression des niches fiscales, tranche d’impôt sur les revenus supplémentaire,etc) ; (3) des investissements dans des actifs générateurs de croissance à long terme (enseignement, énergies renouvelables, …).

La partie immergée de l’Iceberg

Personnellement, je retiens deux éléments de la lecture de ce bouquin : (1) l’histoire de la dette souveraine est jalonnée de cas de défaut du souverain (la France a déjà fait défaut à six reprises ; p.169), une situation coïncidant avec le point d’inflexion dans les rapports de force entre le créancier et son débiteur –la montée de la Chine pour être concret ou le remplacement du « Consensus de Washington » par celui de Pékin –; (2) même s’il n’existe pas de théorie économique de la dette optimale – des Etats font défaut avec une dette de 20% là ou d’autres se portent (relativement) bien avec une dette de 250% du PIB (Japon) –, la situation présente laisse à penser que la probabilité d’un défaut de l’Occident est réelle.

Les plans d’austérité fleurissent un peu partout en Europe (Espagne, Grande-Bretagne, Portugal, Grèce,…), ce qui confirme la pertinence des propos de Jacques Attali.Néanmoins, ce serait trop simple d’arrêter la réflexion ici. Il mentionne à deux reprises dans son livre qu’il faut à tout prix éviter de céder à l’illusion de la décroissance et de poursuivre: « A terme comme par le passé, la seule vraie solution au problème de la dette sera la croissance des richesses. Elle devra être durable, c’est-à-dire ne pas créer de nouvelles créances sur l’environnement » (p.221). Ce passage trahit un raisonnement linéaire :

(1)    La croissance dans son acceptation normative actuelle, c’est-à-dire l’augmentation du PIB, a toujours  été synonyme d’une dégradation accrue de l’environnement. A ce jour, il n’existe aucune preuve empirique d’un découplage entre la croissance du PIB et son impact sur l’environnement. Que du contraire, les émissions de C02 ont augmenté de 40% par rapport à 1990, date de signature du protocole de Kyoto (voir Rapport « Prosperity without Growth » de Tim Jackson (2009)). A ce stade, la croissance « verte » qu’évoque implicitement cet extrait –« ne pas créer de nouvelles créances sur l’environnement » – est un mythe (voir mon article : « Croissance verte : nouveau Mythe ? »).

(2)     La probabilité que nous entrions dans une nouvelle ère de croissance est nulle. La situation économique actuelle est préoccupante, nous faisons face à un quadruple défi : (1) l’urgence écologique : climat (cf. rapport Stern pour le coût du réchauffement climatique), écosystèmes (à ce propos, voir mes articles sur la biodiversité et le rapport Sukhdev pour le coût de la perte de la biodiversité), pollution des nappes phréatiques, acidification des océans, érosion des terres agricoles ; (2) l’urgence éco-énergétique : les estimations les plus pessimistes du Pic Pétrolier sont pour 2010 alors que la demande énergétique mondiale ne cesse d’augmenter (cf. prévision Chine et Inde).(à ce propos, voir mes articles sur la transition éco-énergétique et la fin du pétrole (bon marché)) ; (3) L’urgence démographique : surpopulation au niveau mondial (voir article : « An inconvenient truth II »), vieillissement de la population européenne (à l’exception notoire de la France) ; (4) crise de la dette souveraine et système financier international délabré (l’acceptation des directives Bâle III par le G20 réuni à Séoul édulcore à peine ce constat).

Par conséquent, Jacques Attali ne s’attaque qu’à la partie émergée de l’iceberg, et c’est un euphémisme. En fait, bien que l’auteur ne se trompe pas sur le diagnostic, il refuse d’en voir les conséquences et table une nouvelle fois sur les vieilles recettes (austérité et politique de relance keynesienne) pour renouer avec la croissance. En effet, p.146 il écrit que « Pour rétablir en Europe, en 2060, un niveau d’endettement public raisonnable, voisin de 60% du PIB, il faudrait passer d’un déficit structurel de 3,5% en 2010 à un excédent structurel de 4,5% en 2020, et le conserver jusqu’en 2030 ! Cela supposerait de réduire les dépenses publiques de 8% du PIB, soit 20 à 25% du budget. Cela exigerait de réaliser de l’ordre de 300 milliards d’euros d’économie ou à augmenter d’autant les impôts. (…) Perspective quasi impossible ».Ce passage admet explicitement que l’austérité est « impayable » car elle provoquerait beaucoup trop de remous sociaux et renforcerait la spirale dépressive à laquelle nos économies cherchent péniblement à échapper (pour mieux comprendre ce phénomène, voir mon article : « Le dilemme de la croissance »). Par conséquent, il nous faut renouer avec la croissance. Problème : comme je viens  de l’expliquer, la probabilité que nous entrions dans une nouvelle ère de grande prospérité est nulle. D’ailleurs, l’OCDE reconnaît explicitement dans ses prévisions que la croissance économique des trois prochaines décennies sera de 30% inférieure à celle des trois dernières décennies (The Economist, 25/06/2009). Conclusion : nous sommes dans un cul de sac. Voilà deux décennies que l’Occident finance la croissance à crédit, à présent il risque de payer ses frasques au prix fort.

Une lueur d’espoir

En fait, Jacques Attali évoque dans un passage très éphémère (p.30) le cœur du problème de la dette souveraine : « le remboursement d’un intérêt (…) implique une croissance réelle de l’économie », c’est la base même d’une économie capitaliste. Donc, à la vérité, nous sommes aujourd’hui les otages de la croissance avec laquelle, il me semble avoir assez insisté sur ce point, nous ne sommes pas prêts de renouer. Si on applique un raisonnement par l’absurde, nous entrons dans une phase de décroissance ou à tous le moins de stagnation synonyme d’écroulement du système financier mondial puisque la croissance est nécessaire pour financer la dette souveraine, An Inconvenient Truth III.

En réalité ceci n’est pas tout à fait exact car il subsiste une alternative à cette vision apocalyptique. A l’heure de la globalisation, tout le potentiel de croissance forte se situe en Asie. Il faudrait que le flux asymétrique d’échanges commerciaux entre la Chine et l’Occident s’inverse , que la Chine se concentre sur son marché intérieur, pour que nous puissions sortir de la crise sans dégâts, ce qui implique que la Chine laisse sa monnaie s’apprécier, ce qui diminuerait sa compétitivité et aurait un impact négatif sur ses exportations, donc un impact positif sur la balance commerciale de l’Europe et des Etats-Unis,  mais en revanche accroitrait le pouvoir d’achat de ses citoyens. Un pouvoir d’achat synonyme de davantage d’importations et donc de croissance pour les pays occidentaux. Donc, à défaut d’être endogène, la source de croissance doit-être exogène.

Ce sont les déséquilibres marcoéconomiques gigantesques entre les Etats-Unis et la Chine qui sont la cause première de la crise financière et donc de la crise souveraine (voir article: « Crise financière: qui doit payer« ). Pékin est accusé par les américains d’empêcher artificiellement le yuan de s’apprécier pour favoriser ses exportations, une accusation qui ne manque pas de fondements. Les Chinois ont jusqu’ici refusé de laisser leur monnaie s’apprécier et ont dénoncé toute tentative de protectionnisme larvé de l’Europe et surtout des Etats-Unis, qui menacent de taxer les produits chinois. La guerre des monnaies est ouvertement déclarée, la Fed a injecté 600 milliards de dollars dans le circuit monétaire pour procéder à une dévaluation compétitive du dollars. Résultat des courses, le sort de l’euro est entre les mains de la Chine et des Etats-Unis, le « G2 », la « Chinamérique ». Mais si l’Europe s’enfonce à nouveau dans la crise, la Chine, et surtout les Etats-Unis qui auront mis tant de cœur à saper l’autorité de l’euro, paieront une partie des pots cassés.

Par conséquent, il faut éviter une guerre des monnaies destructrice et accroître la coopération internationale. Sur ce terrain, le G20 réunis à Séoul a enregistré quelques menus progrès dans sa déclaration d’intention bien que chinois et américains aient campé sur leur position. On peut y lire que les pays du G20 s’engagent à « aller vers des systèmes de taux de change déterminés par le marché« ; Ils le feront en « augmentant la flexibilité des taux de change pour refléter les fondamentaux économiques sous-jacents et en s’abstenant de dévaluations compétitives de leurs monnaies » (La Libre Belgique, samedi 13 et dimanche 14 novembre, p. 28). Gageons que la volonté politique y sera.

Toutefois, je tiens à ne pas occulter un élément crucial dans la discussion: même dans l’hypothèse où la Chine se reconcentrerait sur son marché intérieur, la menace imminente d’une crise pétrolière n’est pas écartée. Pour rappel, le prix du baril a culminé à 144$ le baril en juin 2008 pour s’écrouler à 34$ le baril à l’horizon du mois de novembre de la même année en raison d’une chute drastique de la demande  conséquence directe de la crise financière. Depuis, le cours du dollars a atteint son plus haut niveau (87 dollars/baril). Certes, la spéculation y est pour quelque chose (la Fed annonce un programme de relance de la consommation avec ses mesures « d’assouplissement quantitatif ») mais surtout, la demande croissante d’énergie de la Chine et de l’Inde alimente cette tendance à la hausse. Une tendance qui d’après moi ne s’inversera pas, que du contraire. A moins que la production ne touche un plafond, c’est à dire que nous atteignions le fameux Pic pétrolier, auquel cas les prix s’envoleront, précipitant de fait l’économie dans une récession et chutant en même temps que la demande s’écroule, etc. Par conséquent, même dans l’hypothèse où la croissance chinoise permettrait à l’économie mondiale d’éviter une nouvelle crise financière, l’hypothèse d’une crise de l’énergie à contre-rebours n’est pas à écarter.

Plus que jamais, toutes les forces productives doivent s’orienter vers la transition éco-énergétique.

Dans mon prochain article, j’aborderai la problématique –évoquée subrepticement dans cet article– du vieillissement démographique en Europe, mais plus particulièrement, en Belgique.

La Fin du Pétrole

Et si on oubliait un peu la cuisine interne pour parler des vrais problèmes ? En tête du hit parade des missiles atomiques contemporains, loin devant BHV, M. Pétrole. J’avoue contracter un rictus cynique à chaque fois que je pense au bordel que çà va être à l’horizon 2015, lorsque le monde va devoir complètement se réinventer. Franchement, mai 68 c’était de la gnognotte comparé à l’ouragan de folie qui va bientôt défricher nos convictions les plus profondes. Le changement sera brusque et violent, nous ne sommes en rien préparé, ni psychologiquement, ni techniquement à la fin du pétrole. Petit pamphlet  en l’honneur d’une révolution…

Bon, commençons par faire un point sur la situation après quoi nous détricoterons certains mythes populaires. J’ai lu La face cachée du pétrole d’Eric Laurent, l’auteur de la guerre des Bush, une référence dans ce domaine. Qu’est-ce que j’en retiens ? Tout d’abord, une certitude : il n’y en a plus pour quarante ans. Le fameux Pic de production de Hubbert i.e le point dans le temps où la production de pétrole atteint son maximum, est probablement en passe d’être atteint ou a déjà été atteint (voir graphe) dans la plupart des zones de productions : Etats-Unis, Norvège, Mer du Nord, Mexique, notamment. Je n’avancerai aucune statistique ici du fait qu’il est impossible de trouver des sources fiables du fait de leur caractère éminemment politique. Les grandes sociétés pétrolières qui détiennent à peu près 20% des concessions mondiales dévisseraient aussitôt sur le marché boursier si elles annonçaient que leurs réserves diminuent (une situation déjà vécue par Total). Les 80% des réserves restantes sont détenues par des Etats, essentiellement au Moyen-Orient. Or, leurs quotas de production, et donc leur richesse nationale, dépendent des réserves annoncées. Comme le précise Eric Laurent dans un passage clé de son livre (p.222), « les réserves totales des pays de l’Opep ont connu une croissance vertigineuse de plus de 65 %, passant de 467,3 milliards de barils en 1982 à 771,9 milliards de barils en 1991. Sans qu’aucune découverte d’importance ne justifie cette hausse de plus de 300 milliards de barils. Cette augmentation coïncide avec un nouveau système de quotas mis en application en 1986 par l’Opep ». En effet, cela fait près de 30 ans qu’on n’a plus découvert de gisement très important et la plupart des experts semblent s’accorder pour dire que la majorité du globe a été prospectée.

Une certitude donc, l’offre va plafonner et puis régresser progressivement. Quand précisément, c’est impossible à dire, les dires des uns et des autres sont trop contradictoires, mais je penche pour l’urgence. De 1990 à 2000, le prix du baril a oscillé aux alentours des 20$, pour ensuite constamment grimper en flèche et culminer à 144$ en juillet 2008 (Le Monde Diplomatique. Atlas 2010, p. 97). En décembre 2008, il chutait brutalement à 34$ le baril suite au début de la crise financière. Depuis, les prix ont effectué une lente remontée et oscillent autour des 74$ le baril. Sachant qu’à l’horizon 2030 les demandes de la Chine et de l’Inde seront respectivement multipliées par 7 et 5 (Le Monde Diplomatique. Atlas 2010, p. 97) la logique impose – et ce même si ce ne sont que des chiffres- que les prix et certaines régions du globe politiquement géostratégiques ne tarderont pas à s’enflammer (je pense en particulier à la bataille d’intérêts qui se déroule actuellement en Mer Caspienne ainsi qu’au pôle nord). D’ailleurs, pour les naïfs, il convient de préciser que l’Irak, bien sûr, fut envahi pour son or noir. L’administration Bush, en particulier son vice-président Dick Cheney ainsi que sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice  (ainsi que Bush père) entretiennent des liens étroits –le terme consanguins est des plus approprié – avec le sérail pétrolier. On pourrait résumer l’affaire ainsi : l’administration américaine a armé Saddam Hussein dans sa croisade contre l’Iran. Celui-ci en est sorti vainqueur, il disposait alors de la quatrième puissance militaire mondiale, mais revers de la médaille, ses finances publiques étaient exsangues. Entretemps, le Koweït était devenu l’Etat le plus riche de la planète (proportionnellement à sa population) grâce aux pétrodollars. Une solution naturelle s’imposait donc à Saddam : envahir le Koweït. C’est ainsi que les troupes irakiennes se trouvèrent –d’après les révélations d’Eric Laurent, environ 6 mois avant les attentats du 11 septembre – à la frontière de l’Arabie Saoudite. Face à l’effroyable perspective d’une prise de contrôle de l’Arabie Saoudite par Saddam –qui lui aurait assuré le contrôle des prix du pétrole sur le marché mondial – l’administration Bush s’est faite un devoir de limoger son ex-partenaire, devenu tyran. De là à dire que les attentats ont servi comme prétexte à envahir l’Irak, il n’y a qu’un pas, à chacun de se faire sa propre opinion. Cette brève digression –non sans intérêt – pour soutenir la thèse que nous sommes au crépuscule d’un choc pétrolier majeur.

Bien, passons à présent à la phase de détricotage de quelques mythes tenaces. Disons le sans détour (entendez le sarcasme dans ma voix), la plupart des économistes sont convaincus que nous sommes ici face à un faux problème. La thèse dominante, empruntée à la religion du sacro-saint marché, peut se résumer ainsi : la demande va excéder l’offre ainsi les prix vont augmenter et la demande s’ajuster. En outre, la hausse des prix en augmentant la rentabilité du coût du baril va permettre aux sociétés pétrolières de forer dans des gisements jusqu’alors inaccessibles, ce qui va permettre de stabiliser l’offre. Dès lors, c’est tout en douceur que nous sortirons de l’ère du pétrole, la hausse des prix graduelle du pétrole stimulant l’innovation technologique et donc la recherche de nouvelles formes d’énergie.

Des conneries. La Loi du marché est incapable de résoudre le problème de la rareté, c’est un mythe. Elle ignore les flux physiques, or c’est précisément cette dimension qui est pertinente lorsqu’on envisage ce problème. Dans la vision des économistes orthodoxes, l’économie « crée des richesses » or rien n’est plus faux, en réalité elle ne fait que transformer les matières premières, un stock de basse entropie, en bien de consommation, un stock de haute entropie. Le processus économique en contribuant à augmenter l’entropie du système ne fait que produire des déchets, au sens physique du terme. C’est là le lourd héritage de Nicholas Georegescu-Roegen. En fait, le raisonnement correct est celui-ci: pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin d’énergie, et donc de pétrole. En d’autres termes, il arrive un moment où l’extraction n’est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S’il faut brûler un baril pour en récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril (Ekopedia. Voir sur : http://fr.ekopedia.org/La_fin_du_p%C3%A9trole ). Conclusion : de nombreuses réserves d’hydrocarbure sont hors de portée.

Tout ceci pour émettre un constat en vérité assez simple : le stock de pétrole est fini.

La critique dira, avec justesse, qu’il existe un continuum de ressources en hydrocarbures qui n’est pas limité aux ressources pétrolières (à ce sujet, lire (1)). Par exemple, il est possible de fabriquer du pétrole à partir de charbon. Cette alternative est un cul de sac car le charbon –dont en passant les stocks sont encore très importants et la consommation mondiale ne cesse d’augmenter (2)– produits encore davantage de CO2 que le pétrole. Le recours au pétrole à défaut d’être limité par la contrainte de la raréfaction risque donc d’être limité par celle des gaz à effet de serre.

Il sera intéressant d’envisager dans un prochain article les conséquences pratiques de la fin du pétrole ainsi que les défis d’une transition réussie. To be continued.

(1)   D., Babusiaux, Bauquis, P.R. (janvier 2005). Anticiper la fin du pétrole. Le Monde Diplomatique.

Selon les prévisions du US Energy Information Administration (outlook 2008), la consommation devrait passer de 1,7 millards de tonnes équivalent pétrole à 4,7 millards de tonnes à l’horizon 2030. Source : Atlas du Monde Diplomatique 2010, p.

« Free Tibet »?!?

La semaine dernière, j’ai eu l’honneur d’assister à une réunion au Parlement avec des représentants (tibétains) de la cause tibétaine. J’en ai retenu une chose : ils revendiquent l’autonomie et non l’indépendance. Comment départager ces deux concepts ?! C’est un autre débat.  Ensuite, j’ai repensé aux jeux olympiques de Pékin et aux remous diplomatiques provoqués par la visite du Dalaï Lama à la Maison Blanche.

Un premier point intéressant dans la discussion est de savoir pourquoi  les Occidentaux qui de prime abord « n’en ont rien à foutre du Tibet » portent un intérêt soudain pour la cause tibétaine ? La réponse, je l’ai déjà évoquée dans un de mes billets précédents. En négociant l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les occidentaux espéraient « noyauter » le régime communiste chinois de l’intérieur. L’idée était qu’en ralliant l’Empire du Milieu aux préceptes d’une économie capitaliste, que la démocratie et le respect des droits fondamentaux suivraient. En quelque sorte, les Occidentaux ont fait le pari que démocratie et capitalisme sont étroitement liés.

Or, c’est la désillusion. On ne peut pas dire que des progrès substantiels en matière de respect des droits fondamentaux aient été enregistrés depuis. Les Occidentaux paniquent : face à l’inexorable montée en puissance du dragon chinois ils se sentent désemparés et menacés. Car « que nous restera t-il » si la Chine devenue première puissance mondiale ne respecte pas les valeurs que nous revendiquons comme universelles ???

Une première observation donc: les Occidentaux ont un intérêt dans la cause tibétaine. Appuyer les revendications tibétaines n’est qu’un moyen d’essayer de faire pression sur la Chine pour qu’elle respecte nos valeurs.

Et tout ceci m’a inspiré une réflexion, courte certes, mais qui à la mérite de recadrer la discussion. Faire pression sur la Chine en se servant du cas tibétain pour encourager le respect des droits fondamentaux est une chose, militer pour l’indépendance du Tibet en est une autre (cf. « Free Tibet »). Les personnes militant en faveur du Tibet libre font preuve d’une méconnaissance de la géopolitique. En effet, la Chine ne lâchera jamais le Tibet car il représente sa réserve en eau la plus importante.

La bataille de l’Or Bleu a commencé.

Philosophie des rapports de forces

Du Déclin de l’Occident

Ce soir, je suis dans ma chambre, attablé à mon bureau. Il est trop petit pour que mes jambes se glissent dessous mais j’y suis attaché. Vingt ans plus tôt, il s’offrait à mon père comme support de travail.

Je suis pris dans la nébuleuse du temps. Ce matin, j’ai passé mon dernier examen. Un examen que je redoutais tellement que je l’ai ajourné deux années durant. C’est un petit peu l’ultime roc à gravir avant d’atteindre le sommet d’une montagne. Une montagne que j’ai commencé a escalader pas à pas, chaque jour de mon existence, depuis très précisément deux ans et demi.

L’air est connu, c’est un de mes favoris. The Fletcher Memorial Home des mythiques Pink Floyd.

Là-haut, la vue s’offre à moi. Le gouffre de mon existence. Un regard vers le bas. Un regard vers le haut. Je glisse dans une douce torpeur. Un jour, l’homme est seul, face à lui-même. Ce soir, je suis face à moi-même.

Depuis le premier jour, notre existence est aliénée de contraintes. Aller à l’école, obéir à ses parents, étudier, manger, dormir. Bien évidemment, ces contraintes sont nécessaires, elles permettent d’organiser la vie en société. D’ailleurs, l’économiste qui sommeille en moi est tout prêt à reconnaître que leurs bénéfices excèdent leur coût social.

Dans un cadre donné, les rapports humains s’établissent. La plupart d’entre nous ignorent qui définit les contours de ces cadres. Ils sont partout. La famille, les amis, l’école, les mouvements de jeunesse, votre profession.

Certaines personnes trouvent leur bonheur en interagissant dans ces cadres, tels les variables d’un modèle mathématique. D’autres comprennent un jour que ces cadres sont définis par d’autres. Petit à petit, ils cherchent donc à se hisser en dehors afin d’en définir la structure et les paramètres.

De ce point de vue, toutes les guerres sont des guerres d’hégémonie. Elles surviennent lorsque le cadre établis est remis en question. Deux exemples. Commençons par une analyse microsociologique et extrapolons ensuite. Il n’y a pas si longtemps, le mariage était la règle et le divorce l’exception. La femme était incapable juridiquement. Elle ne conduisait et ne travaillait pas. Un rapport de force au sein du couple était établi ; une forme d’équilibre. Dès lors qu’aucun « choc » ne le remettait en question, le couple tenait bon. Aujourd’hui, les femmes travaillent. Elles gagnent (presque) autant que leur homologues masculins. Dès lors, le rapport de force au sein du couple est beaucoup moins stable. Il est évident que d’un point de vue individuel, accéder à l’autonomie financière fut un moyen pour la femme de récupérer une partie de sa souveraineté. Ceci suppose bien sûr une remise en question de l’équilibre, et donc une phase chaotique en attendant qu’un nouveau point d’équilibre se matérialise.

Le raisonnement peu être reproduit à l’infini. Il suppose simplement une dynamique de groupe. La Chine par exemple se contente aujourd’hui d’interagir dans le cadre défini par les Etats-Unis. Un jour, lorsqu’elle aura acquise assez d’influence, elle cherchera à définir les règles du jeu, ce qui passera par une nécessaire remise en question du cadre actuel. L’aspiration à recouvrir une partie de sa souveraineté est à la source de toute ambition. Elle suppose une forme de contrôle sur autrui.

Le constat est donc celui-là : des rapports de forces s’établissent. Lorsqu’un des protagonistes obtient suffisamment de pouvoir, ceux-ci se fixent. Un cadre est défini à l’intérieur duquel les agents interagissent. On pourrait donc arguer que ces rapports sont pacifiant. Au sein du cadre défini, certains agents vont chercher à maximiser leur influence, motivés par une pulsion d’autonomie. A un point particulier, ces agents seront en mesures de remettre l’équilibre qui prévaut. On passe par une phase de chaos, jusqu’à ce qu’un nouvel ordre soit établi.

Ainsi, l’idée typiquement occidentale qui postule l’émergence d’un monde multipolaire est une illusion. Au début du 19ème siècle, les européens représentaient encore 20% de la population. A l’horizon 2050, leur poids démographique sera de 7%. Un homme sur quatre vit en Chine. Pour l’instant, la Chine se conforme aux règles du jeu telles que définies par les Etats-Unis. L’illusion occidentale est de croire qu’elle partagera le monopole de son influence lorsqu’elle sera devenue la première puissance mondiale. La question s’énonce donc en ces termes: assistons-nous à l’émergence d’un monde multipolaire ou à la prise de pouvoir graduelle d’un nouvel acteur hégémonique qui imposera un Nouvel Ordre mondial ?

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