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« Massacre » de Liège, qui est responsable ?

Cette opinion est strictement personnelle, elle n’engage que son auteur.

Liège a connu un traumatisme avec le « massacre » (pour reprendre le terme éloquent du « Soir ») commis Place Saint-Lambert ce mardi 13 décembre par un « tueur » isolé. Pas besoin d’exposer les faits, vous les connaissez si vous me lisez.

Une fois la pression médiatique et émotionnelle retombée, il va falloir entamer un deuil, et se poser les bonnes questions, pour éviter que de telles atrocités ne se reproduisent à l’avenir.

Et ici, difficile d’éviter une question clé : qui est responsable ?

Avant d’aborder cette question, il me semble pertinent de faire deux observations :

Premièrement,  une société produit des interactions d’une nature chaotique. Nous ne vivons pas dans un monde de bisounours, le meilleur et le moins bon se côtoie au quotidien, pour le meilleur ET pour le pire. Le risque zéro n’existe pas, et il est certain que vu la complexité de nos sociétés, certains de ses individus connaîtrons une évolution pathologique de leur personnalité.

Deuxièmement, l’individu autonome est un mythe. Nous savons qu’un être humain naît dans l’hétéronomie la plus complète. Il possède certes un patrimoine génétique qui va lui donner des prédispositions, mais rien n’est écrit à l’avance. L’individu est le produit d’une CO-évolution entre son milieu, le culturel, et son patrimoine génétique. Par conséquent, les pathologies développées par un individu sont toujours, au moins en partie, le fruit de son vécu.

A présent, essayons de répondre à cette question : qui est responsable du massacre de Liège ?

Préalablement à une réponse à cette question, demandons-nous ce qui fondrait une responsabilité. Si le fait est le produit du hasard, on ne peut parler de responsabilité. Peut-on parler ici de hasard, cette question est déterminante.

A mon avis, non. L’acte de tuerie peut sembler irrationnel, en réalité, il ne l’est pas. Le tueur a dû préméditer de longue date ce qui passe pour une préparation fine et méthodique d’un acte de violence extrême. On n’en arrive pas là du jour au lendemain. Il est à prévoir que le tueur a démontré au travers de son comportement une escalade de signes pathologiques.

Ainsi, le politique a qui le peuple a donné délégation d’organiser le monopole du jugement des actes de violence, devra répondre du fait qu’un tel individu ait pu librement se balader en liberté en même temps qu’il acquérait du matériel militaire. La Justice devra démontrer que, sur la base objective des informations qu’elle détenait, qu’elle ne pouvait  raisonnablement préjuger des dégénérescences pathologiques du tueur. Dans le cas contraire, la Justice a commis une faute.

Si cette faute est avérée, et je ne préjuge ici en rien du résultat de l’enquête, il faudra en tirer les conséquences car ce n’est pas la première fois que l’appareil juridique exposerait de (flagrants) dysfonctionnements . L’affaire Dutroux est dans toutes les mémoires.

D’autre part, d’éventuelles  responsabilités peuvent également être invoquées dans le chef de ceux qui avaient connaissance de l’intention du tueur, voire plus, qui ont été directement ou indirectement impliqué, de près ou de loin, dans la perpétration du massacre. Ici aussi, les règles du droit pénal existent. Elles devront être appliquées, et, éventuellement, renforcées ou adaptées.

In fine, c’est une condition nécessaire de la démocratie et du renforcement de sa crédibilité aux yeux des citoyens que, lorsqu’une de ses institutions est prise en défaut, elle amorce une remise en question. Cette réflexion est nécessaire au maintien et à l’approfondissement de la démocratie, notre bien le plus précieux. La réponse est donc plus de démocratie.

Le politique à la main sur l’appareil judiciaire, c’est à lui qu’incombe la responsabilité de remettre de l’ordre dans la maison démocratique. La convocation d’une commission parlementaire serait légitime, à condition que celle-ci possède le pouvoir réel, et non potiche, d’identifier les éventuels disfonctionnements structurels et de proposer des solutions traduites concrètement dans une réorganisation plus effective de l’appareil judiciaire.

Soyons bien conscient que le temps de la démocratie est long, donnons-lui le temps, mais il est sain que les citoyens demandent des comptes aux gouvernants et veillent au grain.

Valeureux liégeois, réaffirmons ce que nous sommes : des vainqueurs!

Liège va mieux. Par exemple, on peut constater une amélioration substantielle de la propreté de la ville. La nouvelle gare et les victoires du Standard ont donné un coup de boost au moral des valeureux liégeois. Reste à trouver un projet fédérateur pour la ville. On est passé à côté de Liège 2015, espérons que la ville gagnera le concours pour accueillir l’exposition internationale de 2017 sur le site de Coronmeuse (1).

Toutefois, on a l’impression de ne pas être dans le coup. Le renouveau wallon s’effectue sur l’axe Bruxelles-Namur-Luxembourg. Nous n’y figurons pas. Liège, pourtant, possède un autre atout dû à sa position géographique particulière : l’Euregio, le triangle Liège-Maastricht-Aachen. Le redéploiement économique liégeois doit s’appuyer sur ces deux partenaires privilégiés. Le déclin liégeois a commencé après la guerre, lorsque nous avons coupé les ponts avec notre partenaire commercial privilégié, l’Allemagne. Il est temps de renouer les liens et de réapprendre l’allemand.

Construire le campus universitaire en dehors de la ville fut une erreur stratégique fatale. Les autorités liégeoises ont pêché par orgueil en voulant créer un campus à l’américaine. Objectif raté : l’université n’accueille que des provinciaux, pour ne pas dire que des liégeois au sens restrictif du terme. Les autres vont à Louvain-la-Neuve. D’autre part, le centre-ville compte en majorité des gens du troisième âge et des mendiants. Si on veut que Liège puisse compter sur la scène européenne, il est temps de se bouger. C’est pourquoi il est urgent que les autorités publiques mettent en place des politiques de recentralisation de l’Université en ville. Ceci dans le but de revitaliser la population de la ville d’une part, et de renforcer l’attractivité de celle-ci d’autre part.

Comment faire ? « On casse tout chef » ? Certainement pas. Ce qui marche au Sart-Tilman, ce sont les centres de recherche. Ils peuvent être excentrés de la ville sans que çà pose le moindre problème (comme à Leuven par exemple). Utilisons les locaux issus des politiques de recentralisation pour attirer les laboratoires de firmes à haute valeur ajoutée, créons une Sart-Tilman Valley. Évidemment, il faudrait veiller à ce que ces firmes se spécialisent dans des activités de redéploiement économique de la région ce qui exige un partenariat public-privé (je pense en particulier aux spin-offs de l’université) renforcé et une vision stratégique à long-terme.

Se pose bien sûr la question de l’espace de relocalisation disponible en ville. Tout d’abord, j’observe que les locaux du Val-Benoît sont en décrépitude, un exemple magistral de mauvaise gestion. La faculté d’ingénieurs y avait établis jadis ses quartiers. Ensuite, on a construit Belle-île en dehors de la ville pour aussitôt recentraliser les activités commerciales en construisant le mont Saint-Michel et les Galeries Saint-Lambert. Je n’ai pas les chiffres, mais il me semble que Belle-Ile et les Galeries marchent plutôt bien. En revanche, le Mont Saint-Michel n’est pas indispensable (sans compter la Médiacité, un centre commercial de plus), il constitue un complexe facultaire idéal. Troisièmement, le musée des Sciences (haut dessus de l’Aquarium) sucks. N’hésitons pas à le remplacer par les quartiers généraux d’une faculté (comme ce fut jadis également le cas.) Enfin, je pense aux locaux de Lambert-Lombard rue Saint-Gilles. La faculté de médecine quant à elle peut rester à proximité du CHU. L’hôpital militaire de Saint-Laurent me semble également être un bâtiment idéal.  Ce sont quelques exemples. Avec un peu de bonne volonté on peut certainement trouver un lieu pour un complexe facultaire  en Outre-Meuse.  Les bâtiments de l’université ont juste besoin d’être centralisés par facultés. En plus de cela, il convient de trouver des bâtiments situés dans le cœur de la ville pour l’administration générale. Le Vingt Août peut faire l’affaire à la condition expresse que la place Cockerill soit rénovée.

Je ne vais pas m’arrêter là. Il y a actuellement un projet pour faire revenir le tram à Liège. Continuons dans cette logique à l’extérieur et l’intérieur de la ville, ce qui exige une politique de mobilité à long-terme. Pensons efficacité et inter modalité. A patte dans l’espace Saint-Lambert-Cathédrale, en vélo pour les courtes distances, en tram pour les déplacements à moyenne distance au cœur de la ville, en bus pour les déplacements depuis les faux-bourgs, en train pour les longues distances. Idéalement, une société devrait gérer tout le réseau (sauf le réseau ferroviaire, bien entendu). Enfin, la gratuité des transports en communs pour les étudiants (comme à Leuven) s’impose. Changement de paradigme donc : je n’ai pas mentionné la voiture.

Ce n’est pas tout. Les autorités ne font rien pour promouvoir les espaces estudiantins. L’université devrait récupérer les cafés dans le Carré et les convertir en bars de facultés tenus par les cercles facultaires. On peut penser à un contrat de gestion pour éviter les dérapages. Il faudrait aussi faire une promotion intégrée des différents lieux de sortie qui du reste ne manquent pas.

La ville doit également mener une politique de logements à long-terme. Soumettre la location de kot à des conditions (salubrité, assurance gaz et incendie, etc.) strictes est un premier point. Ensuite, l’université doit imposer un contrat  de location standard (10 mois de location par défaut) en contrepartie de quoi les propriétaires pourraient publier leur offre de logement dans une base de données online tenue par l’université. Il faudrait aussi construire des kots à projet, des espaces de logement pour les erasmus ainsi que construire et/ou réserver des résidences subsidiées (étudiants défavorisés).

Enfin, la police à un rôle essentiel à jouer. Elle doit établir des normes strictes (et les faire respecter) pour que la cohabitation entre les jeunes et vieilles générations soit possible. Je pense particulièrement au tapage de nuit, aux jeunes qui pissent/gerbent en pleine ville et au trafic urbain. Idéalement, un organe de concertation représentatif regroupant les étudiants, les travailleurs, les retraités et les autorités publiques serait un instrument pour promouvoir un vivre ensemble constructif et pacifique. Ici s’achève la mission de l’Etat. Le marché est capable de faire le reste.

Pour terminer, l’université de Liège doit envisager une fusion ou à tout le moins un partenariat renforcé avec les universités de Maastricht et Aachen. On peut gagner en efficacité en réalisant des synergies entre les programmes, en organisant une mobilité interne pour les chercheurs, en se concertant sur les horaires, en organisant une campagne marketing commune, et en fusionnant les publications. Le trilinguisme français-allemand-anglais du staff de l’université affecté au relation extérieures est une priorité.

On le voit, de telles politiques s’inscrivent sur le long-terme. Elles exigent que l’Etat se mette au-dessus de la mêlée, dans l’intérêt général. A l’issue de la guerre, la Belgique était la seconde puissance économique mondiale. Liège qui fut la première ville du continent à amorcer la révolution industrielle était alors le poumon économique du pays. Valeureux liégeois, réaffirmons ce que nous sommes : des vainqueurs.

(1) Le Soir online, mercredi 10 mars 2010. Disponible sur :   http://www.lesoir.be/regions/liege/2010-03-10/un-consensus-pour-liege-2017-757917.shtml

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