les idées qui font des petits!

Archives de juin, 2010

Après 13 juin : la NVa est-elle indispensable ?

Ma réponse est « oui ». Pour rappel, il faut une majorité dans chaque groupe linguistique et une majorité des deux-tiers au total pour la réforme de l’Etat. Partant de ce postulat, ma démonstration s’articule en trois points :

(1)   la Nva est-elle indispensable ?

(2)   Le PS est-il indispensable ?

(3)   Conclusions

De Standaard propose un simulateur sur son site (voir : http://www.standaard.be/extra/verkiezingen/2010/coalitiekiezer ), je l’ai utilisé pour répondre à mes questions.

1) la Nva est-elle mathématiquement indispensable  pour réunir les conditions nécessaires à une réforme de l’Etat?

La réponse est « non », mais étant donné le cordon sanitaire, seule une union des trois partis traditionnels (Open Vld, SPa, CD&V) et des écologistes (Groen !) recueille une majorité côté flamand  sans la Nva.

Dans ce cas, côté francophone, plusieurs coalitions sont possibles pour assurer la majorité des deux-tiers à la réforme de l’Etat :

(1)   les trois partis traditionnels (PS, MR, CDH)

(2)   les trois partis traditionnels plus Ecolo

Conclusion : si on souhaite se passer de la NVa, et tenant compte du cordon sanitaire, les trois partis traditionnels flamands (Open-Vld, Spa, CD&V)  plus Groen ! et les trois partis traditionnels francophones sont indispensables (PS, MR, CDH). Seul Ecolo n’est pas indispensable .Sans NVa : Vld-Spa-CD&V-Groen vs. PS-MR-CDH

2) Le PS est-il mathématiquement indispensable  pour réunir les conditions nécessaires à une réforme de l’Etat?

La réponse est « non ». MR-ECOLO-CDH ont la majorité simple côté francophone. Dans cette hypothèse, la NVa est indispensable. En tenant compte du cordon sanitaire, les coalitions côté flamand sont :

(1)   NVA-Open Vld-Spa-CD&V

(2)   NVA-Open Vld-Spa-CD&V-Groen!

Conclusion: si on souhaite se passer du PS, et tenant compte du cordon sanitaire, la Nva est indispensable ainsi que les trois partis traditionnels flamands (Open Vld-Spa-CD&V) et l’axe MR-CDH-Ecolo. Seul Groen ! n’est pas indispensable. Sans PS : NVa-Vld-Spa-CD&V vs MR-CDH-Ecolo.

3) Conclusions

Etant donné mon article précédent (voir : élections du 13 juin : quelle coalition ?), on obtient ces trois résultats :

(1)   Les majorités régionales. Soit : Nva-CD&V-Spa vs PS-CDH-Ecolo (voir article précédent)

(2)   Scénario sans NVa : Vld-Spa-CD&V-Groen vs. PS-MR-CDH

(3)   Scénario sans Ps : NVa-Vld-Spa-CD&V vs MR-CDH-Ecolo.

Observons que les scénarios 2 et 3 sont politiquement impensables car ils excluent un des deux grands vainqueurs (le PS au sud, la Nva au nord). Le scénario 1 est donc certains pour ce premier round de négociations (peut-être avec Groen ! en plus). Si les négociations échouent, une exclusion de la Nva est plus probable que celle du PS. Mais dans ce cas, que ceux trop enclin à crier victoire ravalent leur salive : la Nva est indispensable au gouvernement flamand. Traduction : si le second scénario se met en place, la NVa fera sauter le gouvernement flamand. Dans ce cas, des élections seraient organisées et la NVa, inévitablement, gonflerait encore un peu plus son score, ce qui rendrait son maintien dans l’opposition au fédéral politiquement insoutenable.

Par conséquent il faut négocier aujourd’hui avec la Nva, les francophones n’ont pas le choix. De là à dire que c’est la fin de la Belgique…

Question:

Les francophones opteront-ils pour une union « nationale » ( !) côté francophone ? Au vu des enjeux, il apparaît délicat d’évincer le MR, troisième parti de Belgique et premier parti bruxellois.

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Elections fédérales juin 2010: Quelle coalition?

bon, I did my math. Il  faut une majorité simple dans chaque groupe linguistique de chaque chambre (soit 44 sièges fl, 31 fr pr la Chambre) + 1 majorité 2/3 au total (soit 101 sièges pr la Chambre) (art. 4 & 195 Constitution).

NVA (27)+CD&V (17) (=44sièges dc majorité fl). PS (26) + CDH (10) (=36 sièges dc majorité côté fr).

Manque 21 sièges pr avoir 2/3. La logique veut qu’on ajoute le SPa (13 sièges) + Ecolos (8sièges) : 13+8 = pile 21.

conclusion: le MR va se faire virer sauf si union nat. Il est très probable que les majorités régionales soient reproduites: un olivier côté fr et NVA-SPA-CD&V côté fl.

Dernière précision: le SPa et Ecolo vont chercher à embarquer Groen! dans la manœuvre. L’un pour contrer la NVa au sein de la majorité et l’autre pour disposer de son partenaire au gouvernement.

Bedankt Alexander…

Le principe d’entropie : comprendre l’hérésie de Georgescu-Roegen.

Il me semble, sans toutefois pouvoir retrouver la citation exacte, que l’économiste britannique Sir John Maynard Keynes (1883-1946), encore aujourd’hui le plus cité et le plus influent parmi ses pairs, eu à peu près ces mots : « lorsque l’humanité aura résolu le problème de la rareté, elle pourra s’adonner aux disciplines de l’âme que sont les arts ».

Cette sentence n’a jamais sonné autant faux qu’aujourd’hui. Le constat est là : la science économique a négligé l’origine même de la rareté en omettant de prendre en compte la « Terre » comme facteur de production.

En nous livrant cet enseignement, Georgescu-Roegen  donne une leçon d’humilité à l’humanité qui jusqu’ici a eu l’orgueil de se penser en dehors de la nature. Sa lecture m’a bouleversé, car il rompt avec le paradigme newtonien sur lequel la science économique actuelle est fondée.

Pour faire simple, la vision mécaniste newtonienne postule que notre développement suit le mouvement d’un pendule : si vous partez d’un point, vous pouvez y retourner infiniment, le temps est réversible. La formule « rien se perd, rien ne se crée » résume bien la portée abstraite de ce principe : il implique que lorsque l’économie connaît un choc, elle finit toujours en bout de course à revenir à son point d’équilibre antérieur. Cette conception doit être familière à ceux d’entre vous qui ont fait un peu de macroéconomie.

Cette vision est aujourd’hui dépassée car elle ne tient pas compte de la découverte du second principe de la thermodynamique, l’entropie, à propos duquel Einstein disait qu’il est à ses yeux la loi la plus importante de la physique. L’entropie fonde la conception évolutionniste de l’univers selon laquelle la vie évolue de l’ordre vers le chaos, de la vie vers la mort.

Fondamentalement, le principe d’entropie complète l’adage dit « de la mécanique céleste » : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette précision implique que l’image du pendule devient fausse, le principe d’entropie signifie dans son essence que le temps est irréversible : lorsque partant d’un point on atteint un nouveau point, le contre-mouvement n’est plus possible.

Les écosystèmes sont des systèmes complexes non-mécaniques.  Ils ont une certaine capacité de résilience écologique, c’est-à-dire  une capacité à retrouver un fonctionnement et un développement normal après avoir subi une perturbation importante. Or, si on va au-delà de ce potentiel de résistance au changement appelé « seuil » (« tipping point » en anglais), le système se déplace tout entier vers un nouvel équilibre de façon irréversible.  Par exemple, actuellement, le climat est en équilibre au point X. Demain, si on dépasse le potentiel de résistance de la biosphère, le système va évoluer vers le point Y, sans possibilité de retour.

Le principe d’entropie peut en gros s’exprimer ainsi : toute transformation d’un matériau augmente son entropie, soit la part d’énergie non-disponible qu’il contient. Par exemple, si on brûle un morceau de charbon, il va produire de la chaleur seulement pendant un temps car une partie de celle-ci va se dissiper, jusqu’à la dissipation complète : une partie de la chaleur va produire un travail et une autre se communiquer à ce qui est plus froid autour d’elle. Au terme du processus, le charbon ne produit plus de travail du tout, la matière a atteint un nouveau point d’équilibre irréversible.

L’enseignement de Georgescu-Roegen, peut se résumer par ce passage de son ouvrage « The Entropy Law and the Economic Process » (toujours largement inconnu) qui est à mes yeux l’ouvrage le plus révolutionnaire de la pensée occidentale depuis celui de Copernic  et de Darwin (16ème siècle) : « tout Progrès technique est anti-économique, il produit des déchets car il augmente l’entropie du système tout entier. « Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche. Autrement dit, chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d’une baisse du nombre de vies humaines à venir.« 

Lourd héritage que celui de ce grand mathématicien-économiste (disciple du grand Schumpeter, brillant professeur), mort en 1970 dans l’ignorance la plus complète. A l’heure du défi écologique, son hérésie n’a jamais été autant d’actualité. Il nous faut, dès à présent, intégrer et dépasser la pensée de cet homme, c’est une question d’équité inter-générationnelle.Cette vaste tâche commence probablement par l’acceptation de cette double vérité:  (1) la définition de l’écologie est : « l’économie de la nature » ; (2) nous ne sommes pas en dehors de la nature, notre espèce est aussi soumise à ses lois.

Croissance & Mythe du Progrès Eternel: le dévellopement durable n’est-il qu’un leurre?

Attention aux âmes sensibles, cet article développe une thèse révolutionnaire (bien que déjà largement développée par des économistes hétérodoxes) , il condamne la pertinence de notre paradigme économique basé sur la croissance, le Mythe du Progrès Eternel, ainsi que la développement durable tel qu’on l’entend aujourd’hui. J’ai essayé de clarifier ma démarche un maximum pour que les non-économistes puissent comprendre mon message. N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques critiques en cliquant sur le bouton « commentaire ».

  1. Fonctions de la croissance

Traditionnellement, la croissance est exprimée comme fonction de trois paramètres : le travail (le capital humain), les machines et les biens produits (le capital technique) et les ressources naturelles non renouvelables (le capital naturel). En effet, les ressources naturelles se divisent essentiellement en deux classes : les ressources renouvelables (le stock de poissons dans l’océan, les forêts, …) et non-renouvelables (le pétrole, l’uranium, le cadmium,…).

Double remarque : (1) le stock de ressources renouvelables peut se déprécier si on le gère mal, ce qui est le cas aujourd’hui. (Cf. Forêt amazonienne, surpêche, etc.) ; (2) à très long terme, des stocks de matière non-renouvelable se recomposent (le pétrole par exemple)

Proposition 1. Q = aKh * bKt * cKn avec a + b + c = 1 (Solow/Stiglitz) 

Avec Q, la quantité produite ; Kh le capital humain ; Kt le capital technique et Kn les ressources naturelles non-renouvelables.

Le capital humain est composé de deux éléments : la matière (le corps humain) et sa source d’énergie (l’eau et la nourriture). Ces deux éléments combinés fournissent le stock de travail. Ils sont tous deux renouvelables (si on les préserve !). Un développement basé exclusivement sur l’homme, immatériel donc, est durable.

Proposition 1.1. Kh=Humain+Nourriture (= travail)= matière (humain) + énergie (nourriture+eau) renouvelables : durable

Le capital technique est le fruit d’un processus de production usant du capital humain (travail) et des ressources non-renouvelables. Il utilise donc des humains et des ressources non-renouvelables comme matière et de l’eau et de la nourriture comme énergie. Vu qu’il use de matière non-renouvelable (le capital naturel), se pose la question de la durabilité de ce processus.

Proposition 1.2. Kt= matières premières non-renouvelables + travail = matière (humain et ressource non-renouvelable) + énergie (nourriture+eau) : matière en partie non-renouvelable et énergie renouvelable = durable ?  

  1. Problème 1:

Le processus de croissance consomme du capital naturel (Kn), par conséquent son stock tend vers zéro. Par exemple, nos ressources de pétrole diminuent. Quand Kn = 0, la fonction de croissance devient :

Proposition 2 : Q = aKh * bKt avec a + b = 1

Que faire ?

  1. Hypothèse: substitution parfaite entre Kt et Kn

Exemple : on veut fabriquer une batterie de gsm. La fonction de croissance selon la proposition 1 est : Batterie = travail*machine*cadmium. Or, à priori, ces trois composantes sont complémentaires. Sans cadmium, impossible de produire une batterie. Au contraire, l’hypothèse d’une substitution parfaite postule que lorsque le capital naturel sera épuisé (Kt = 0), qu’on pourra toujours fabriquer des portables à base du capital technique (Kt) (les vieux gsm’s par exemple) et du travail (Kh) . D’après moi, cette hypothèse est absurde, sauf si on arrive à reconstituer le stock initial Kn via le recyclage, i.e. à inverser le processus de production.

  1. Recyclage et innovation technologique

Comme précisé dans le point 3, l’hypothèse d’une substitution parfaite entre le capital technique (Kt) et naturel (Kn) implique que le recyclage pour « redécomposer » un bien périmé dans ses matériaux de base soit possible. Par exemple : récupérer le cadmium dans tous les gsm’s usagés, ou redécomposer un ordinateur en cuivre, or, plastique, etc.

C’est ici que l’innovation technologique est censée nous sauver.

  1. Problème 2

Problème 2.1.

L’innovation technologique demande de former du capital humain qui va avoir besoin de capital technique et de nourriture pour pouvoir se former (un ingénieur par exemple). Or, le capital technique exigera de l’énergie pour fonctionner. Vu que Kn = 0, il nous faut trouver une nouvelle source d’énergie renouvelable cette fois;

Trouver une nouvelle source d’énergie renouvelable est possible. Je vois cinq possibilités :

  1. Vent : éoliennes
  2. Vagues : voir http://www.planete-energies.com/contenu/energies-renouvelables/voies-du-futur/energie-courant-ocean/vagues.html
  3. Soleil : énergie solaire
  4. Terre : géothermie http://www.soultz.net/fr/rapports/fete_science2003.pdf

+ l’hydrogène.

Problème 2.2.

L’innovation technologique est elle-même une nouvelle formation de capital technique nécessitant du capital humain et naturel.

Si le capital naturel est épuisé (Kn = 0) et que la substitution entre celui-ci et le capital technique est imparfaite, notre modèle économique ne peut dans l’absolu se passer de matières premières non-renouvelables !

Dans ce cas, notre potentiel de croissance converge vers 0 : si Kn = 0 et que Kt n’est pas totalement substituable à Kn, notre potentiel de croissance ne peut que décroître.

Problème 2.3.

Le recyclage risque de produire des déchets. Notre développement mise une fois de plus sur l’innovation technologique pour éliminer ces déchets. En T=0 le processus économique produit des déchets. En T = 1,… on suppose pouvoir recycler ces déchets.

  1. Conclusion :

Ma conclusion est donc que se basant sur l’hypothèse que le capital technique n’est pas un substitut parfait du capital naturel, mais au contraire que ces deux types de ressources sont complémentaires, que le paradigme de la croissance (à moins de coloniser d’autres planètes) n’est pas durable à cause du caractère irréversible de notre système production : l’innovation technologique est incapable de recycler le stock de ressources naturelles. Notre processus de développement économique est irréversible. Nous ne pouvons faire et défaire ce que nous avons produit.

  1. La fin du Mythe du Progrès

Cette constatation condamne l’idée d’une croissance matérielle infinie, le Mythe du Progrès infini. Pour rappel, l’Occident est rentré avec Rousseau dans ce qu’on appelle l’Histoire avec un grand « H », c’est-à-dire le temps linéaire. Jadis, les sociétés vivaient dans un temps circulaire, l’idée de Progrès, de Marche de l’Histoire est quelque chose de relativement nouveau. La Décroissance, c’est çà. Elle condamne la possibilité d’une croissance infinie et donc aussi l’idée de développement durable, tel qu’on le conçoit aujourd’hui. Les Ecolos néomarxistes, les vrais, ne prônent pas le « green capitalism », c’est-à-dire une verdurisation de nos processus, mais la fin d’une  croissance matérielle effrénée car  destructrice.

  1. Le principe d’entropie en physique, une explication rationnelle

J’ai accouché de ce raisonnement tout seul (mais j’ai eu des cours d’économie du milieu , fait un mémoire sur le principe de précaution et été mis sur la voie en lisant Christian Arnsperger (Ucl)) mais la paternité en revient à Nicholas Georgescu-Roegen, le père de la bioéconomie.

Selon cet éminent économiste, le Progrès éternel est un mythe car la dynamique économique sur laquelle il se base contredit le second principe de la thermodynamique, la loi de l’entropie. Je poursuivrais volontiers mon exposé, mais j’ai trouvé un texte qui développe de façon intelligible et concise cette thèse. Voir : http://www.ecosociosystemes.fr/decroissance_soutenable.html

Dans sa quête de l’universel, la science économique à oublié le facteur ressource naturelle (la Terre) comme facteur de production. Traditionnellement, seul le travail et le capital son pris en compte dans ce processus. A lire et relire, ce n’est rien de moins qu’une révolution de notre paradigme économique qui est évoquée ici ! Pour les amateurs du genre, je vous invite à lire l’ouvrage du maître himself (que je vais m’empresser de lire à mon tour pour contempler toute sa puissance subversive): http://home.scarlet.be/~mp060204/site/sources/La%20d%E9croissance%20-%20Nicholas%20Georgescu-Roetgen.pdf

Quelle alternative au Mondialisme?

Dans la série  « Réussir la transition écologique ». Aucun passage de cet article ne peut être reproduit sans l’accord de son auteur ou une citation adéquate

« Think out of the box » disent les anglos-saxons, à l’heure où le capitalisme règne sans partage sur les affaires du monde, l’exercice n’a jamais été aussi pressant. Je m’attaque ici au plus grand chantier de la pensée postmoderne, rien de moins. La réflexion sera probablement aussi féconde que décousue car ma pensée n’est encore qu’à l’état embryonnaire. Ma démarche est de m’offrir une virginité intellectuelle en opérant un déconditionnement total, en prenant du recul par rapport aux préceptes de la pensée unique qui aujourd’hui, malheureusement, a réussi à coloniser la forteresse de l’universalisme qu’est l’université, afin d’aborder cette question : notre modèle économique est-il soutenable ? Un changement de paradigme est-il nécessaire ? Quels sont les défis de la transition écologique ?

Bien entendu, mon ambition n’est pas d’apporter des réponses fermes et définitives à ces questions, soyons raisonnable, mais de démontrer l’ampleur de la tâche qui s’ouvre à nous. La réflexion doit nécessairement être pluridisciplinaire : philosophes, physiciens, économistes, biologistes et anthropologues doivent s’associer pour apporter les clés d’une transition écologique réussie. Si vous me lisez, engagez-vous à mettre vos à priori de côté et à aiguiser votre sens critique car çà risque de secouer. Ceux qui souhaiteraient s’associer à moi pour publier des articles sur Frappes Chirurgicales, m’honoreraient : la porte est grande ouverte aux esprits hétérodoxes.

Le mondialisme, l’idéologie nouvelle  du XXIème siècle

L’expression « Global Village » de Marshall McLuhan tirée de son ouvrage The Medium is the Message (1967) résume assez bien l’idéologie (originaire des Etats-Unis, faut-il le préciser) qu’est le mondialisme : l’idée que le monde sera bientôt un village, que nous sommes tous citoyens du monde. C’est un peu le mythe de Babel revisité: l’union du genre humain autour d’un même projet fédérateur. La transformation du monde en vaste zone de libre-échange est l’outil qui en favorisant une imbrication des économies nationales –dont la finalité avouée est l’intégration à l’économie globale – accroit leur niveau d’interdépendance, ce qui est vu comme un moyen de pacification du monde. C’est la doctrine du « doux commerce ». Les exemples de l’interdépendance de la Chine et des Etats-Unis nouvellement baptisée « chineamérique » et de la colonisation sud-sud sinoafricaine baptisée « chinafrique » illustrent assez bien cette idée.

Mais ce n’est pas tout. Un autre idéal véhiculé par le mondialisme est l’exportation de l’universalisme occidental (incarné assez pathétiquement par George W. Bush et sa croisade contre l’Axe du Mal). Les américains ont toujours pensé que le capitalisme, un système basé sur la propriété privée, rime avec démocratie. Par conséquent, exporter le modèle capitaliste (via les accords de libre-échange de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)) fut considéré par les faucons comme l’outil le plus efficace pour rallier des Etats aux valeurs démocratiques. Sur ce point, si on prend le cas de la Chine, les résultats sont plutôt mitigés. Reste que les conditions d’une révolution sociale sont en train d’y émerger puisqu’une classe moyenne se forme. A l’image de ce qui se fit en 1789, la classe bourgeoise chinoise finira par chercher à transformer son pouvoir économique en pouvoir politique, c’est cousu de fil blanc. Le libre-échange a bel et bien réussi à noyauter le régime (communiste) de l’intérieur.

Reste que le mondialisme est attaqué de toute part par des mouvements réactionnaires. Je pense à Cuba et au fondamentalisme musulman qui doivent être interprétés comme les signes d’une résistance face à l’impérialisme occidental (américain en vérité). Le mondialisme en pratique se traduit par une colonisation du monde dont Coca-Cola, Mc Donald et Hollywood sont les plus fidèles ambassadeurs (voir Dominique Wolton). Car il rime, je l’ai déjà précisé, avec « universalisme » et donc avec « homogénéisation ». Le mondialisme présuppose une régression des particularismes qui se fait au profit de la culture et des valeurs du dominant.

Enfin, last but not least, le néolibéralisme a provoqué une intensification des échanges commerciaux sans précédent source d’une accélération jamais égalée de la croissance mondiale. Une croissance synonyme de bien-être dans le paradigme économique ultra-dominant libéral. Par exemple, rien que dans l’Union européenne, les transactions intracommunautaires ont été démultipliées ; la Chine et l’Inde connaissent une croissance à deux chiffres.

La critique (néo ?)marxiste de la mondialisation néolibérale:

Pour rappel, le capitalisme désigne un système économique basé sur la propriété individuelle des moyens de productions (le travail et le capital). La critique marxiste dénonce l’exploitation de l’homme par l’homme, la confortation permanente du rapport de dominant à dominé qui est le vice rédhibitoire du capitalisme : le contrat de travail entre le capitaliste et le travailleur institutionalise un lien hiérarchique qui peut être vu comme une forme d’aliénation. Christian Arnsperger (Ucl) parle « d’internalité anthropomorphique » pour dénoncer le fait que les souffrances du travailleur ne sont pas externalisées dans les coûts du travail, le capitalisme serait incapable de prendre en compte les coûts sociaux du travail (1).

La critique s’arc-boute aussi sur la dénonciation de la logique productiviste et mercantile du capitalisme. Le but du capitaliste est la maximisation du profit : dégager une rente maximale sur le produit du travail et du capital. Ce modèle économique serait liberticide et déshumanisant en ce qu’il place le facteur économique et non humain au centre de son projet. Le concept de croissance dans son acceptation normative traditionnelle est au centre de la polémique puisqu’il est la mesure de cet objectif de maximisation : il mesure la somme des plus-values dégagées par l’activité économique. Mais surtout, la logique d’accumulation des richesses de certains au détriment des autres, ne peut que creuser les inégalités entre les hommes.

Ensuite, les crises économiques à répétition de l’économie capitaliste donnent du grain à moudre aux penseurs marxistes. Pour rappel, l’actuelle crise de l’endettement résulte d’une contradiction interne au capitalisme dénoncée depuis toujours par Marx: à savoir que les travailleurs sont les consommateurs finaux du produit de leur travail. Or, le capitalisme, en affichant un objectif de maximisation du profit, fait croître la part des revenus du capital aux dépens de ceux du travail ce qui implique que la consommation ne peut croître qu’au moyen du crédit. Prenez le cas d’un travailleur qui manufacture des chaises. Son employeur, le capitaliste, va réaliser un profit sur ce bien de consommation (lui seul est propriétaire de la production). Problème : la production doit être vendue sur un marché sur lequel les acheteurs sont des travailleurs-consommateurs. Considérant que toute la production sera écoulée, les revenus du travail ne sont pas suffisants pour acheter les biens produits sur lesquels le capitaliste réalise un profit ! Seule solution : l’endettement…

Enfin, troisième clé de voûte de la critique (néo ?)marxiste: les externalités bioenvironementales. On appelle externalité (positive ou négative) une activité qui possède des effets externes (positifs ou négatifs) sur un acteur qui n’est pas à la source de cette activité. Le cas classique est celui du fumeur qui enfume une personne située à proximité sans son accord, ou celui d’une usine qui déverse des déchets dans une rivière en amont d’une blanchisserie usant de l’eau de la rivière pour laver son linge. La critique dénonce la multiplication des externalités bioenvironnementales induite par le productivisme global : la mondialisation économique en intensifiant les échanges et en allongeant la taille du circuit économique multiplie les bioexternalités.  Cette intensification mercantile provoque deux déséquilibres : (1) elle se fait presqu’exclusivement au profit des plus riches, creusant de fait les inégalités nord-sud : 20% de l’humanité accapare 80% des ressources mondiales; (2) elle soumet les écosystèmes à une pression insoutenable : si tous les humains accédaient au niveau de vie de l’Occident, de 3 à 6 planètes seraient nécessaires pour satisfaire à notre demande en biens matériels.  L’échec du sommet de Copenhague et le militantisme toujours plus agressifs des ONGs peuvent être interprétés à travers le prisme de ce double constat factuel (donc objectif).

En résumé, la critique néomarxiste s’articule autour d’un quadruple constat factuel (donc objectif): (1) le capitalisme a instauré une forme de dictature dans l’entreprise en institutionnalisant un rapport de dominant à dominé destructeur de potentiel humain (= anthropo-internalité); (2) le néolibéralisme consacre un système d’accaparation rapace et prédateur de la richesse aux mains de quelques uns (problème nord-sud mais aussi interne aux sociétés occidentales) ; (3) les crises économiques à répétition de l’économie capitaliste résulte d’une de ses contradictions interne (le travailleur-consommateur); (4) l’accumulation compulsive de biens matériels met une pression insoutenable sur les écosystèmes (bioexternalités).

La décroissance, une alternative néomarxiste à la mondialisation néolibérale

Face à cette crise du capitalisme, des écologistes néomarxistes (appelons-les ainsi) cherchent des alternatives au paradigme économique actuel. Pour eux, la seule échappatoire aux pulsions suicidaires du néolibéralisme est de rompre avec sa logique de globalisation et de recherche du profit (Voir par exemple Christian Arnsperger (Ucl) (1)). La mondialisation en décloisonnant les économies nationales a transformé le monde en vaste marché. Or, on oublie un peu trop facilement que si la souveraineté du consommateur est devenue mondiale (il a accès a des biens fabriqués par-delà toutes les frontières) ce qui peut être considéré comme un progrès, que le prix de cette souveraineté est une division mondiale du travail : le travailleur devient un maillon d’une chaîne de production à l’échelle du monde. Ce simple constat devrait donner le tournis à qui en prend la mesure : la mise en compétitivité des travailleurs se fait à l’échelle de la planète.

Comme le souligne Christian Arnsperger (1),  dans cette galaxie économique le politique en est réduit à maximiser la souveraineté du consommateur, son pouvoir d’achat. J’ajouterai que symétriquement il cherche vainement à lutter contre l’érosion des acquis sociaux remis en cause par la mise en compétition d’économies à standards sociaux à géométrie variable : si vous n’êtes pas plus compétitif que votre voisin, celui-ci en tirera un avantage concurrentiel (qui se matérialise au niveau des prix) qu’il exploitera sur votre marché puisque celui-ci est devenu global. C’est ce qu’on appelle ouvrir grand la porte au dumping social car la structure des coûts du voisin n’est pas nécessairement conditionnée par des standards sociaux aussi stricts que les standards maisons, et c’est un euphémisme.

Cette situation débouche sur un paradoxe : le travailleur (occidental) victime de dumping social va accroître son pouvoir d’achat en achetant des biens produits par ceux qui précarisent son emploi (les Chinois par exemple) : sous couvert d’exporter nos valeurs, la mondialisation profite de l’absence de standards sociaux dans la plupart des pays en voie de développement pour faire produire nos biens de consommations moins cher que chez nous, ce qui augmente notre pouvoir d’achat. On le voit très bien avec le cas de la Chine : les Chinois produisent pour les américains qui eux se contentent de consommer (à crédit). C’est d’ailleurs ce déséquilibre macro-économique gigantesque qui est à l’origine de la crise financière des subprimes.

En réponse à l’absurdité d’un tel système les néomarxistes adhèrent à la logique de la « déconnection » : ils prônent une relocalisation de l’économie, un raccourcissement de nos circuits économiques. La production locale, autosuffisante par des petites communautés résilientes organisées sur base des principes démocratiques formerait la base d’un nouveau paradigme économique qu’Arnsperger qualifie de « post-capitalisme » (1). Les valeurs fondamentales que cherche à promouvoir ce nouveau système économique sont l’équité, la solidarité, la diversité et l’autogestion participative. Les institutions principales pour atteindre ces objectifs sont les conseils de travailleurs et de consommateurs qui utiliseraient les méthode d’autogestion pour prendre les décisions. La rémunération serait accordée en fonction de l’effort et du sacrifice et une planification participative. D’où l’appellation économie participative (ECOPAR) -le terme « économie sociale » est aussi parfois utilisé (2).

A la logique d’exploitation du rapport de dominant à dominé se substituerait celle d’égalité : les internalités anthropomorphiques destructrices du capitalisme seraient enfin externalisées (çàd prisent en compte). La logique de maximisation du profit et les contradictions quelle génère laisserait la place à la Justice Sociale et mettrait un terme aux crises économiques. Quant aux externalités bioenvironnementales, la relocalisation de la production (qui s’apparente à une forme de protectionnisme puisque chaque communauté fermerait son circuit économique) et la fin d’une logique productiviste, à défaut d’y mettre un terme, les réduiraient fortement.

On le voit, Marx n’a jamais été autant au goût du jour (bien que l’ECOPAR soit surtout d’inspiration libertaire et anarchiste). Toutefois, il convient de préciser que l’économie participative (ECOPAR) est bien une troisième voie, donc une alternative entre le communisme et le capitalisme. Des initiatives concrètes existent déjà (les éco villages par exemple).

La décroissance, c’est ainsi qu’on la nomme, serait-elle la contre-idéologie du mondialisme ?Avant de creuser cette question, il est intéressant de voir comment les penseurs libéraux ont cherché à répondre aux problèmes soulevés par la critique Marxiste de la mondialisation (la dialectique…). Suite au prochain épisode.

(1) C., Arnsperger. (12 février 2010). Transition écologique et transition économique : quels fondements pour la pensée ? Quelles tâches pour l’action ?. note de travail, 1-19. Disponible sur : http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/etes/documents/Arnsperger.TRANSITION.12.02.2010.pdf

(2) V., Bouchard. (31 janvier 2003). ECOPAR: l’économie participative.Une réalisation viable des principes libertaires et anarchistes. Disponible sur: http://www.zombiemedia.org/spip.php?article31

Face-à-face Nord-Sud II : la Belgique à la croisée des chemins.

Hier soir, j’étais présent au second face-à-face nord-sud co-organisé par De Standaard et Le Soir à l’Ancienne Belgique. Le premier débat opposant M. Di Rupo à M. Leterme fut assez terne et aseptisé, le discours consensuel et les convergences nombreuses. M. Di Rupo s’est profilé comme notre prochain premier ministre, bien qu’il esquivât une question directe à ce sujet. Sur ce point, il me faut souligner avoir pu apprécier sa maîtrise croissante du néerlandais. M. Leterme, qui décidément avait bien du mal à répondre en néerlandais aux questions qui lui étaient adressées en français (!) quant à lui a beaucoup évoqué une évolution des mentalités côté francophones. Les deux hommes ont essentiellement lancé un appel aux gens « raisonnables » pour négocier la réforme de l’Etat.

En revanche, le débat entre Louis Michel et Bart De Wever fut marqué par des échanges vifs, des remarques acerbes, voir cyniques. La tension était palpable dans le public, surtout dans le groupe des lecteurs du Standaard qui à menues reprises applaudira son champion. L’aura qui entourait De Wever avait quelque chose d’assez malsain, il me fit l’impression à plusieurs reprises d’exalter les foules avec un discours –attaque frontale de Louis Michel –, pratiquant l’exclusion et le ressassement d’un passé parfois douloureux. En réponse à la charge, Bart de Wever se défendit d’être un romantique ou nationaliste. Rendant coup pour coup, il distilla ses réponses froidement, avec tous les airs d’un rationaliste, basant son discours  sur des chiffres et des faits historiques, et faisant passer in fine son discours nationaliste sous le camouflet de celui de l’efficience. La tension atteindra son paroxysme lorsque les trois lettres B-H-V feront leur entrée dans l’arène et que la sortie de De Wever sur la suppression de la région bruxelloise sera évoquée : c’est le pacte des belges qui vole en éclat sous mes yeux.

Sachant le tabac qu’a fait Yves Leterme avec sa « goed bestuur » et ses « vijf minuten politiek moed », inutile de préciser que l’homme est fin stratège lorsqu’il s’agit de caresser l’électeur flamand dans le sens du poil. Car oui, je le dis haut et fort, ce discours basé sur l’efficacité, c’est celui d’une Flandre qui refuse d’admettre qu’elle est gangrenée par le nationalisme. Le fond du réquisitoire de De Wever n’est jamais que  le tristement célèbre « alles wat we zelf doen doen we better »  -ce que nous faisons seul nous le faisons mieux –. La presse aura beau jeu de regretter le ton professoral de Louis Michel lorsqu’il dénoncera le discours profondément nationaliste de De Wever à l’heure où l’Europe se cherche des convergences, il n’empêche.

Toutefois, sur certains points, je dois dire que je suis d’accord avec M. De Wever. Pour commencer, le corps politique belge n’existe plus, il est aujourd’hui éclaté en deux démocraties distinctes, chacune avec ses propres politiques et médias, sa langue et sa culture : notre pays s’est transformé en une conférence diplomatique permanente. Ensuite, Bruxelles doit être gérée comme une ville, car c’est une ville, c’est évident. Ses problèmes spécifiques requièrent une gestion intégrée. Mais à la différence de De Wever, si je suis convaincu qu’une réforme du modèle bruxellois est urgente, je pense que celle-ci doit se faire dans le sens de davantage de compétences régionales et d’une simplification des structures institutionnelles. Ce que veut Bart, c’est la suppression pure et dure de la région bruxelloise et une cogestion des communautés qui introduirait des sous-nationalités à Bruxelles. En bon républicain, je condamne cette vision homogénéisante, communautariste du vivre ensemble (voir mes articles sur le républicanisme et la laïcité française).

Enfin, je condamne aussi la francisation de la périphérie. En dehors des communes à facilités, le principe de territorialité s’applique, c’est une des clés de voûte de notre constitution et le garant du respect mutuel entre les communautés. Reste qu’une logique centrifuge est à l’œuvre au centre du pays. Bruxelles étant majoritairement francophone et enclavée en Flandre, c’est un mouvement assez naturel que les citadins qui décident de déménager le fassent aux abords de Bruxelles, en terre flamande. Il n’y a aucune volonté francophone de coloniser la Flandre, c’est très clair, mais l’olievlek est un phénomène naturel, par conséquent seulement endiguable par des mesures ressenties comme « contre nature », discriminatoires (le wooncode par exemple).

En périphérie, deux logiques s’affrontent, celle du droit des gens (principe de personnalité) et celle du droit du sol (principe de territorialité). Chacune des parties revendique la logique qui l’arrange le mieux, ce n’est qu’une question de rapports de forces. En Belgique, on règle nos différents en échafaudant des compromis alambiqués. Chacun doit intégrer la logique de l’autre, c’est la base du compromis, personne ne peut imposer sa logique. Or, le compromis de 63 fixant de façon arbitraire la frontière linguistique en échange de la création de BHV et plus tard de la région Bruxelloise et des facilités est précisément un compromis entre le principe de territorialité et de personnalité. C’est donc un bon accommodement que la Cour n’aurait jamais dû remettre en question (soit ses juges sont de dangereux incendiaires, soit ils n’ont pas mesuré la portée des conséquences de l’arrêt BHV de 2003). Si on veut remettre ce compromis en question, comme souhaite le faire la Flandre, il faudra en payer le prix. Et ce prix, c’est l’élargissement. Flamands, si vous ne comprenez pas cela, vous avez cessé d’être belges.

Pour terminer cet article, je préciserais avoir conversé dans le train du retour avec un flamand de Leuven. Ma tactique a été de le faire parler un maximum (la maïeutique de Socrate…) pour extraire de son âme ses convictions les plus profondes. Je dois dire que j’ai été EFFRAYE par les clichés qu’il ma servi : corruption du PS, transferts, Madame non, mauvaise gestion du ministère des finances, la diatribe sur Bruxelles, Daerden ministre des pensions, etc . Même si mon interlocuteur  ma resservi la liturgie de De Wever, à la différence de ce dernier, j’ai pu percevoir que  dans le fond, c’est un sentiment de ras le bol à propos de l’immobilisme du fédéral et de la Wallonie qui guidait ses prises de positions. Je précise que ce monsieur lit De Standaard, le journal des intellectuels en Flandre.

A mes lecteurs : la Belgique est à la croisée des chemins, ne nous y trompons pas. Le confédéralisme, c’est en effet la fin de la Belgique si on entend par là la fin d’un projet politique commun. Ne cherchons pas à qui la faute, notre histoire est complexe, les responsabilités partagées. Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes au point de non-retour. Cependant, à tout individu rationnel apparaîtra cette vérité éclatante : comment en considérant notre histoire douter que les événements d’aujourd’hui s’inscrivent dans une suite logique ? Nous ne nous sommes pas construits mais déconstruits. Je sais que je me fais ici l’avocat de De Wever, historien de grande classe, mais soit. L’important aujourd’hui est d’aller de l’avant, on ne refait pas l’histoire, et de tirer les conséquences de l’échec du communautarisme pour ne pas en reproduire les travers dans la construction européenne. Mais je suis optimiste, l’Europe, à l’inverse de la Belgique, se construit.

Réussir la transition écologique : au cœur des enjeux de la Révolution Verte.

Une force politique monte partout en Europe : les verts. Après la révolution industrielle, la révolution sociale, la révolution écologique est en marche. Et pourtant, est-ce vraiment le cas ?

Partout, on entend parler de croissance, de croissance « verte » parfois, certes, mais de croissance néanmoins. Et ce n’est pas la crise économique qui vient démentir ce constat, on ne parle que de « relance par la croissance ».

Le terme « révolution » à une connotation radicale car il suppose des changements en profondeur d’un système, une rupture. Ici, c’est notre modèle économique qui est l’épicentre de la tourmente verte. Le constat est là, irrévocable : la communauté scientifique est presque unanime, si l’humanité poursuit en ce sens, elle va à sa perte. Pour la première fois donc, se pose la condition de notre survie. Ce constat qui nous affecte tous recèle une puissance fédératrice inédite: le problème écologique concerne l’humanité toute entière.

La dimension métaphysique du défi écologique recèle probablement la difficulté extrême de son acceptation. Fait inédit de l’ère moderne, nous sommes appelés à penser la finitude du monde : les ressources naturelles ne sont pas extensibles. Or, tout le paradigme économique actuel qui se base sur l’idée de croissance repose sur un déni de la nature humaine : il procède de l’idée que le monde ne connaîtrait point de limites, conception elle-même ancrée dans la croyance que l’esprit humain est infini. Cette conviction donne sa légitimité à l’idée typiquement occidentale que l’homme, à la différence des animaux, serait en dehors de la nature. L’homme serait alors la main de Dieu, l’outil du divin désigné pour mettre de l’ordre dans les affaires du monde. Le constat que nous sommes au sommet de la pyramide alimentaire renforce cette impression : le seul loup pour l’homme est l’homme.

Pourtant, il nous faut convenir que le constat écologique rend ce mode de raisonnement obsolète, inadapté, car il introduit un paradoxe : si la faculté d’autoréflexivité ne connaît pas de limites, est élastique à l’infini, le monde matériel lui, semble fini. L’essence de la révolution verte serait alors qu’il existe une discontinuité entre le monde matériel et immatériel : la croissance de l’esprit se heurterait aux limites du monde fini. L’accepter c’est condamner un modèle économique basé sur une consommation extensible de ressources matérielles finies.

Or, la mouvance écologique dominante qui prône actuellement une croissance verte via la « verdurisation » du capitalisme n’est que l’avocate du paradigme actuel : la relance de l’économie par la croissance verte basée sur les nouvelles technologies. Le raisonnement est celui-là : chaque problème possède sa solution. La recherche et l’innovation technologique vont nous permettre de trouver cette solution. Notre modèle actuel se base donc sur une logique cyclique (problèmes-solutions) extensible à l’infini. Il postule que la crise écologique  (les changements climatiques et la destruction de la biodiversité) sera résolue sans changement de paradigme économique, au même titre que les autres.

L’absurdité de ce qu’il convient à réduire à une croyance (donc irrationnelle) est flagrante tant elle récuse le constat de base des scientifiques qui dans son essence postule que les ressources du monde sont non-extensibles. A ce rythme de croissance économique, il nous faudrait bientôt plusieurs planètes pour que chaque être humain ait accès au niveau de vie des pays riches. D’où ce constat péremptoire : seul un modèle intégrant l’idée de finitude du monde matériel est durable et donc à même de réussir la transition écologique.

La propriété première d’un tel modèle serait de renverser notre rapport à la nature et par là-même deux mille ans de tradition philosophique occidentale en considérant que l’homme n’est pas en dehors de la nature mais au contraire tout en dedans. Au même titre que les animaux, l’homme serait alors soumis aux lois de la nature : sa prétention à être souverain de sa propre existence basée sur le refus de toute loi transcendantale, de toute loi qui lui serait extérieure, s’effondrerait. Ironie, ce contre-mouvement signerait le retour de Dieu par la grande porte : la survie de l’humanité serait subordonnée au respect de la loi naturelle, transcendantale.

Très bien, mais concrètement, comment intégrer cette idée de finitude ?

Le sujet est complexe, il s’articule selon moi autour de deux questions fondamentales : (1) le stock de ressources naturelles se déprécie t-il ?; (2) quel est le degré de substitution entre le capital humain (immatériel) et physique (matériel)?

Cette première interrogation pose la question de l’existence de déchets, dans l’absolu. La notion de « déchet absolu », par opposition à celle de « déchet relatif » est qu’aucun organisme vivant ne serait capable de le recycler, ce qui signifierait que l’adage de Lavoisier « rien ne se perd tout se transforme » se vérifierait mais à cette nuance près qu’une part de la matière transformée contribuerait à diminuer le stock de matière première i.e. le stock de matière utilisable dans un processus biologique ou industriel. Comme exemple, je pense en particulier aux déchets nucléaires. Le cas échéant, de la troisième propriété de Lavoisier « rien ne se crée » découlerait que notre stock organique de matières premières diminue : notre cycle économique fabriquerait des déchets qui ne sont recyclés par aucun organisme vivant.

C’est à ce point précis que la question du degré de substitution entre le capital physique et humain prend toute sa dimension. En effet, s’il y a substitution parfaite (une courbe d’indifférence qui prendre la forme d’une droite avec une pente de 1 pour les économistes), le stock de capital composé du capital humain (immatériel) et physique (matériel) demeure inchangé au cours d’un processus de croissance produisant des déchets. Simplement, la proportion entre ces deux types de ressources se modifie : le capital humain se substitue (nos connaissances) au capital physique (les ressources naturelles).

Cette hypothèse est absurde car si on la pousse à fond, elle signifie que l’immatériel est substituable au matériel alors même que la condition d’existence de l’immatériel, d’un savoir, est subordonnée à celle du matériel. Pour être concret, il nous faut manger pour produire des idées. On le voit, l’hypothèse d’une substitution parfaite du capital humain et physique est biaisée par la conception occidentale qui traditionnellement sépare le corps de l’esprit.

La conséquence d’une substitution imparfaite entre le capital humain et physique, ce qui d’après moi est une évidence, est que la croissance du capital humain n’est pas une parade à la régression du stock de capital physique par la création de déchets. D’où la conclusion qui s’impose : un modèle économique produisant des déchets n’est pas viable à long terme, le long-terme étant ici l’horizon infini. D’où cet enseignement fondamental : il nous faut créer un modèle économique qui ne produise aucun déchet. En effet, si on admet la définition du développement durable (sans entrer dans la polémique sur la traduction controversée du terme « sustainable ». Beaucoup préfèrent la traduction plus littérale de développement « soutenable ») qui est  « un développement qui répond « aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (rapport Bruntland 1987), la seule façon de ne pas hypothéquer les besoins matériels des générations futures est de leur transmettre un patrimoine matériel quantitativement équivalent (pas qualitativement car nous transformons des ressources via nos processus industriels, l’enjeux est de pouvoir recycler tous les bien utilisés), ce qui implique une production de déchets absolus nulle (j’insiste sur le terme absolu, désignant un déchet ne pouvant être recyclé par aucun organisme). On le voit, le cœur du concept de développement durable est l’équité intergénérationnelle. Il pose pour impératif moral que nous devons être solidaires envers les générations futures. Mais plus fondamentalement, le développement durable pose la condition de la pérennité de l’espèce humaine.

On le devine, à ce point de la réflexion se dessine les contours d’une question épineuse : qu’est-ce qu’un déchet absolu ? Car un déchet considéré comme absolu au temps t ne le sera peut-être plus en t+1 justement à cause de l’innovation technologique ! Par exemple, il est possible que les déchets nucléaires puissent fournir la matière première d’un processus industriel futur. Dans ce cas, le paradigme actuel est viable, tout ne serait que question de temps. Certes, mais n’est-ce pas un jouer à un jeu dangereux que de tout miser sur l’avenir ? Quid si une catastrophe majeure se produit et que nous ne disposons toujours pas des outils technologiques pour la contrôler, voir l’anticiper ?

Dans la même veine coule un autre débat : les organismes que l’ont qualifie de « naturels », créant de fait l’exclusion de l’espèce humaine de cette catégorie, produisent t-ils des déchets absolus ? J’observe que c’est une croyance très répandue du grand public que de croire que la nature est inoffensive et qu’en quelque sorte, seul l’être humain soit capable de mettre la pérennité de la vie en danger ce qui n’est qu’une version redondante de la conception occidentale de « l’être humain seul  être en dehors de la nature ». Dans cette perspective, les plantes, les animaux, à la différence des humains seraient résilients et ne produiraient pas de déchets non-recyclables pour une autre espèce ; sans l’homme, dame Nature connaîtrait équilibre et harmonie, seule notre espèce serait capable de tout foutre en bordel. Je n’ai pas la réponse à cette question, biologistes et économistes doivent travailler main dans la main pour y apporter réponse. Néanmoins, permettez que je vous interpelle: les vaches ne rejettent-elles pas du méthane au même tire que les plantes rejettent du dioxyde de carbone ?

Dans le cas où végétaux et animaux ne joueraient pas en permanence avec leur survie, il ne nous resterait qu’à adopter leur mode de fonctionnement pour redéfinir notre paradigme économique et assurer notre survie, notre salut. Dans le doute, et vu les enjeux, une application saine du principe de précaution ne réclamerait-elle pas que la volonté politique s’oriente vers des politiques de suppression des déchets dans chaque processus économique ? Le problème, on le voit, est que la démocratie est un système qui subit trop facilement la dictature du court terme. Il hypothèque l’émergence d’une volonté politique sur le long terme. Réussir la transition écologique exige de réformer notre système  institutionnel pour que le politique dispose d’incitant rationnels forts à orienter les marchés vers l’économie durable. Je ne vois qu’un moyen d’y parvenir : soumettre le politique à une chartre de responsabilité écologique soumise à l’assentiment populaire. Autre solution : légitimer des politiques impopulaire en se référent à la volonté politique contraignante d’un organisme supranational ( l’Europe par exemple…). D’autre part, à moins de nous en retourner dans nos cavernes (ce que prône à peu de chose près la mouvance écologique radicale), la transition écologique passe forcément par l’innovation technologique car je vois mal sur quel autre mécanisme nous pourrions nous appuyer pour verduriser nos processus industriels.

Enfin, et surtout, je me demande si tout n’est pas question de mesure. Si 200 vaches rejettent du méthane dans l’atmosphère, je suis convaincu que la résilience de la biosphère est suffisante. En revanche, je ne suis pas persuadé que ce constat s’applique à 6 MILLIARDS de vaches. Voyez-vous où je veux en venir ? L’humanité est en demeure de se poser cette question : ne sommes-nous pas trop nombreux sur cette terre ? Difficile de faire plus explosif. il est grand temps que le débat soit mis sur la table à l’ONU. Les occidentaux qui ont pillés toutes les ressources de la planète et qui sont responsable de trois-quarts des émissions historique des gaz à effet de serre, mais aussi de la destruction des écosystèmes (pêche industrielle par exemple), seront bien en mal de refuser à l’Afrique qui connaît une explosion démographique et économique dans certaine des ses régions et à l’Asie, d’accéder au même niveau de vie qu’eux. La solution au problème démographique, et donc écologique, est nécessairement globale. Sa gestion pacifique ne peut qu’impliquer un new deal Nord-Sud : une répartition plus équitable des richesses en contrepartie d’une politique de natalité contraignante. Enfin, et çà me désole de conclure sur une note aussi pessimiste : qu’adviendra t-il si la raréfaction des ressources naturelles, conséquences accélérée d’une mauvaise prise en compte du défi écologique, aboutissait à une guerre d’hégémonie ?

La crise est multiple : écologique (destruction des écosystèmes), démographique (surpopulation), technologique (technologies vertes), politique (déficit de gouvernance), économique (banques), sociale (problème nord-sud). Chacune de ses dimensions est une composante de l’équation dont il nous faut trouver la solution.

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