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Pour que nous ne soyons pas cette génération sacrifiée

Lorsque je regarde autour de moi, que j’observe les gens de ma génération, je ne peux réprouver ce sentiment que nous sommes paumés. Génération sacrifiée, sans combat ni engagements fermes, déboussolée, apathique en vérité. On sent la peur de l’avenir plutôt que la foi en un avenir meilleur. Fatalité, résignation, la raison semble triompher de cette passion qui jadis mena nos pères à mener leur révolution. Chômage de masse, crise des valeurs, manque d’idéaux, oui, cette génération est paumée. Tous veulent partir loin, très loin.

Il faut dire que le contexte, socio-économique, politique, n’aide pas à mettre de la joie dans les cœurs. C’est la crise. Et pourtant, l’aube ne déchire t-il pas son voile après la pénombre? J’ai un ami qui récemment m’a fait cette confession, témoignage d’une intense tristesse : « on préférerait ne pas avoir de gosses pour leur éviter d’avoir à vivre dans ce monde ». Se faisant l’écho de ce désarroi, mon père déclara récemment à table « bah, ils feront leur révolution, comme nous l’avons fait ».

Rien n’est plus vrai. C’est à nous de sortir de cet état de léthargie. Cette génération est apathique, cantonnée dans son rôle de consommateur, elle est incapable de se réinventer lorsque la machine à produire s’enraye. Plus que jamais, j’en suis persuadé, c’est à chacun qu’il appartient, à l’échelle de sa vie, de se réapproprier une partie de l’espace citoyen, d’être acteur plutôt que consommateur. Les réseaux sociaux  et internet offrent un potentiel de partage ainsi qu’un accès direct à la connaissance, un espace de débat au service de la densification du lien social, encore largement inexploité. Malheureusement, internet ne tient pas sa promesse, car le contact humain virtuel ne peut se substituer au contact de la chair(e)…

Génération paumée, quels sont tes espoirs, tes envies ? A toi de ranimer la flamme, de semer en toi ce grain de folie. Ce monde c’est le nôtre, il n’y a pas de fatalité, à nous de le réinventer, à toi à te réinventer. Un travail de fourmi, chaque jour, en toute modestie. Il nous faut retrouver le goût du vrai et de l’amitié, du partage, recréer des espaces de dialogues, décloisonner les savoirs et les certitudes de chacun. Je ne possède pas les réponses, ne prétends pas être différent, seulement des questions. Quels sont tes combats ?

 

Pour que nous ne soyons pas une génération sacrifiée.

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Emploi : décloisonner le monde professionnel et académique.

J’ai lancé la réflexion de l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi dans mon billet précédent (voir : Chômage de masse des jeunes : pour une réforme de l’accès aux études) ou je ne fais pas précisément dans la dentelle. Ceux qui me lisent, rassurez vous : j’ai quitté mon ton consensuel pour mieux le retrouver.

Le débat émane du constat péremptoire qu’il y a un problème d’adéquation entre la demande et l’offre sur le marché du travail. Les statistiques sur le chômage des jeunes affolent les compteurs, il est temps de trouver des solutions.

A mon avis, une première piste de réflexion est que les deux sphères, académiques et professionnelles sont déconnectées alors qu’elles sont nécessairement interdépendantes. L’idée serait donc de rétablir « un couloir de communication », des passerelles, des synergies, entre elles.

Dans cette logique, une tendance qu’il convient de renforcer est la collaboration de l’étudiant et d’une entreprise dans le cadre du projet de fin d’étude. L’enjeu est de convertir la production intellectuelle de l’étudiant en une plus-value –le mot est lâché – pour l’entreprise. Trop souvent, on observe que les mémoires sont exclusivement lus par le promoteur et puis remisé à la bibliothèque électronique de la faculté, une perte intellectuelle sèche. L’étudiant est dans un contexte idéal pour faire une recherche de haut niveau, autant que le fruit de cette recherche profite à la collectivité. Les avantages d’une telle synergie sont clairs, sans compter qu’un projet réussi peut se transformer en passeport pour un premier emploi. L’université devrait donc faire un appel d’offre à projets, jouer le rôle d’intermédiaire entre la sphère professionnelle et académique. Dans cette logique, les mémoires purement académiques devraient quant à eux avoir pour finalité d’être publiés, afin que d’autres puissent capitaliser –le mot est lâché – sur les résultats obtenus.

On peut probablement aller beaucoup plus loin. Une tendance clé sur le marché de l’emploi est la recherche de compétences spécifiques, d’un profil, davantage que d’un diplôme. La formation universitaire est toujours trop orientée vers les savoirs, surtout en Belgique. Toutefois, observons que la finalité de ce type d’enseignement n’est pas d’apprendre des recettes de cuisines, mais bien de donner du contenu, des outils pour penser et se penser dans un domaine précis afin de le dépasser. Cette exigence n’est pas inconciliable avec celles du marché du travail. Le problème est que le vecteur de transmission des savoirs est trop souvent le même, ce qui confine l’étudiant au développement de certaines compétences à l’exclusion d’autres.

Comment varier ces vecteurs donc ?

Une première approche est de faire varier le mode d’interrogation aux examens : choix multiples, oral, essais, réponse concise, timing restreint/long, question de connaissance/application/dépassement, etc. Ces techniques, je suppose que chacun les a vécues ou du moins les connaît. Ce n’est pas suffisant. Il faut changer de paradigme au niveau de la forme de l’enseignement qui se fait encore trop souvent ex-cathedra. Travaux de groupes, lectures préparatoires  et puis discussions, productions personnelles (« papers »), séminaires, présentations, participation active (en Autriche, les gens se battent pour répondre aux questions du professeur), évaluation continue, etc. Ces méthodes sont également connues, il faut les développer.

Ensuite se pose la question de « l’opérationnalité » d’un universitaire. Celui-ci doit-il être opérationnel à la fin de ses études, l’université a-t-elle vocation à former des individus opérationnels ? La réponse dépend du contexte sur le marché de l’emploi. On y constate un changement de paradigme : un employé n’effectue plus la majorité de son parcours professionnel, comme c’était souvent le cas jadis, dans la même boîte. Ainsi on a évolué vers une plus grande flexibilité et mobilité des travailleurs. Le problème est que confrontée à cette mobilité accrue, les entreprises ne forment plus. Elles n’ont plus d’incentifs suffisants à investir dans leur capital humain –le mot est lâché – car à tout moment, un concurrent puissant menace de venir débaucher les étoiles qu’elle a formé : un peu comme pour la réduction de gaz à effet de serre, personne ne veut bouger en premier (problème du « free-riding »).  Dans ce cas on court à la catastrophe car l’université ne fait que la moitié du boulot.

Comment trouver une solution à ce problème ?

« Légiférer dans le sens de la contrainte pour les entreprises » diront certains, c’est à dire obliger légalement les entreprises à former. Délicat. « Généraliser les stages » diront d’autres, une tendance très claire dans les programmes d’universités, et pour cause. C’est une possibilité, certes, mais qui ne fait que rallonger la durée des études. Le stage ne vise qu’à octroyer un avantage compétitif, si on le généralise, on annule ce dernier en quelque sorte. D’ailleurs, si on suit cette logique, on conviendra qu’une université y adhérant essayera de se distinguer par rapport à ses concurrentes en dopant ses volumes de stages. Si on la pousse jusqu’au bout, on comprendra que l’université dévie de son objectif en essayant de former des gens opérationnels. L’attrait du stage  est que le même principe s’applique pour le sauvetage des banques durant la crise : les coûts sont supportés par la collectivité et les bénéfices individualisés car celui-ci est le plus souvent non-rémunéré.

Il reste une troisième option, proche du modèle américain : concilier études et boulot. Une des faiblesses structurelle de l’emploi en Belgique est qu’on envisage le parcours d’une personne en deux phases : la formation et puis le travail. Une erreur. La tendance est au « lifelong learning », la formation continue tout au long de la carrière. Les pays nordiques sont à la pointe dans ce domaine, la Belgique est à la traîne. Or, si une telle logique s’applique à la sphère professionnelle, pourquoi ne pas la généraliser ? « Les études sont trop lourdes que pour effectuer un job à côté » argueront certains ». « Les américains le font bien rétorqueront d’autres ». Réplique cinglante : « l’enseignement US c’est de la crotte ».

Bien, je peine à trouver la réponse à la question. Mesdames, Messieurs, le débat est ouvert.

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