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Archives de mars, 2010

Baromètre politique : la NVA en embuscade.

La Libre de ce lundi 29 mars proposait son baromètre politique. La surprise n’est pas vraiment au rendez-vous, les tendances des élections régionales se renforcent : Ecolo monte, les Réformateurs chutent et fait beaucoup plus marquant, la NVA talonne le CD&V. Le Parti Populaire, crédité respectivement de 3,9% à Bruxelles et de 4,3% en Wallonie créée l’événement. MM. Modrikamen et Aernoudt réussiront probablement leur pari fou en perçant le seuil électoral des 5%, une petite révolution en Belgique francophone. Paradoxe : la manœuvre profite au PS, l’ennemi juré. Décidément, les Bleus sont champions pour se tirer des balles dans le pied !

Dans le top dix flamands, les places sont trustées par sept CD&V (1). En outre, trois des leaders du top sont actifs au niveau européen (Van Rompuy, Verhofstadt et Dehaene, trois ex- Premier) alors qu’un d’entre eux n’est plus vraiment dans le coup (Vandenbroucke). Observons également que De Wever est le seul mandataire NVA du top 20. Ainsi, on peut se demander si le succès des nationalistes ne repose pas exclusivement sur la popularité de son leader.

C’est à mon sens la seule question qui vaille la peine d’être posée : le succès de la NVA repose t-il exclusivement sur la popularité de son président ?

Difficile de ne pas faire le parallèle avec la Lijst Dedecker, incarnée par le sulfureux Jean Marie Dedecker. On se souviendra que la formation qualifiée de populiste était au zénith de sa forme lorsque son leader était l’homme le plus populaire de Flandre. Depuis lors, c’est la descente aux enfers (même si le phénomène reste relatif, il occupe toujours la neuvième place du palmarès), l’existence du parti est menacée.

Et pourtant, même s’il est indéniable que la NVA doit beaucoup au charismatique Bart De Wever, la comparaison s’arrête là. La NVA est beaucoup plus solide que la Lijst Dedecker ne fusse que parce qu’elle possède un ancrage local fort, des militants. Ensuite, comme le précise très justement Bart De Wever dans un entretien de la Libre de ce mardi 30 mars, son positionnement entre la droite populiste-xénophobe (Lijst Dedecker & Vlaams Belang) et les autres partis traditionnels de centre droit plus consensuels sur le terrain communautaire (CD&V et Open Vld) est redoutable. En effet, les nationalistes « siphonnent » des électeurs des deux bords. Enfin, et surtout, la NVA doit son succès à ses prises de positions transparentes et sa consistance par rapport à celles-ci.

La recette on la connaît : refus du moindre compromis sur le terrain communautaire (cf. Les bourgmestres de la périphérie ne seront jamais nommés). A ce sujet, soyons clair : si les libéraux et les sociaux-chrétiens flamands faisaient de même, la Belgique aurait déjà implosée. Or, la NVA avec 17,9% des intentions de vote des sondés vient dangereusement talonner le CD&V qui avec ses 20% affiche une méforme historique. Les libéraux quant à eux plafonnent à 15%. Difficile donc de ne pas voir que le contexte politique belge n’a jamais été aussi explosif. D’une part, la Flandre est dominée par le centre droit alors que le Wallonie vire au centre gauche. D’autre part, avec la bombe BHV en passe de revenir à la table de négociation, la NVA est sur du velours pour décrocher la pôle aux élections fédérales de 2011.

Une fois de plus, les cartes sont en main du CD&V en proie à un fameux dilemme : trouver une solution sur BHV ou se radicaliser sur le plan communautaire. La première option implique que Dehaene propose une solution win-win, ce dont je doute. A ce jour, hormis un report du problème qui profiterait inéluctablement aux nationalistes, notre négociateur le plus patenté, « le Démineur », n’a rien qui puisse contenter toute les parties. Sans oublier que le FDF l’attend au tournant…

La seconde option quant à elle implique un nouveau passage en force à la Chambre (en plénière cette fois), flamands (88 sièges) contre francophones (62 sièges), qui nécessite les votes CD&V, soit, la crucifixion de « son » premier ministre et par là même de « son » président du Conseil. En effet, le scénario pourrait avoir lieu en pleine présidence de l’Union européenne, lorsque la procédure en conflit d’intérêt activée par le parlement de la communauté germanophone prendra court.

Qui a dit « Chaos » ?!  La Flandre nationaliste est prise à son propre jeu. Courage Yveke !

(1) Dans l’ordre : Leterme (2), Peeters (3), Van Rompuy (4), Vervotte (6), Dehaene (7), Crevits (9), De Clerck (10).

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Routes dé-fon-cées : des solutions simples existent.

On se souvient tous de la vidéo you tube où Papa effectue un prélèvement dans le bitume : « et rassurez-vous, là où on a foré on a rebouché ». Sans blagues, les routes wallonnes sont dé-fon-cées ! Serge Kubla (MR) osait récemment la comparaison avec l’Albanie, comment lui donner tort ?

On arguera que l’état de délabrement de nos finances publiques régionales est tel qu’entretenir le réseau routier n’est pas une priorité, surtout en temps de crise. Foutaises! L’argument budgétaire ne tient pas la route : on peut financer les travaux en « pompant » habillement de l’argent extérieur, celui des étrangers qui squattent gratuitement nos autoroutes. En effet, énormément de camionneurs étrangers empruntent quotidiennement notre réseau, une fameuse assiette pour prélever un impôt!  L’Allemagne, la France, la Suisse, l’Autriche, ont un réseau autoroutier payant, pourquoi pas nous ?!

On se souvient de Michel Daerden militant vaillamment pour « sa » vignette autoroutière. Les flamands se cabrèrent et le dossier fut alors enterré, je ne me rappelle pas pourquoi. Il menaça alors de faire cavalier seul en Wallonie, on attend toujours ou je me trompe ?! Il est temps de boucler le dossier.

Ensuite, je suis pour un système d’entretien « à la française ». Inutile d’oser la comparaison, ce serait comparer l’incomparable. J’imagine déjà des réactions peu enthousiastes du belge moyen: « oh non, pas des autoroutes payantes ». Car elles sont gratuites aujourd’hui peut-être ?! Du tout, un impôt écrasant est prélevé sur les contribuables. Une partie de ces ressources fiscales doivent être allouée à l’entretien du réseau routier. Simplement, on observe que ce n’est pas le cas. A mon avis, des concessions à des entreprises privées (l’Etat fixerait les prix) seraient bien plus efficaces. Évidemment, un tel système induirait que le gouvernement diminue la pression fiscale en proportion du budget alloué à l’entretien des routes, sans quoi la charge fiscale supportée par le contribuable augmenterait.

Donc, les solutions existent, l’état des routes témoigne simplement d’une très mauvaise gestion. Le politique est coupable.

Emploi : décloisonner le monde professionnel et académique.

J’ai lancé la réflexion de l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi dans mon billet précédent (voir : Chômage de masse des jeunes : pour une réforme de l’accès aux études) ou je ne fais pas précisément dans la dentelle. Ceux qui me lisent, rassurez vous : j’ai quitté mon ton consensuel pour mieux le retrouver.

Le débat émane du constat péremptoire qu’il y a un problème d’adéquation entre la demande et l’offre sur le marché du travail. Les statistiques sur le chômage des jeunes affolent les compteurs, il est temps de trouver des solutions.

A mon avis, une première piste de réflexion est que les deux sphères, académiques et professionnelles sont déconnectées alors qu’elles sont nécessairement interdépendantes. L’idée serait donc de rétablir « un couloir de communication », des passerelles, des synergies, entre elles.

Dans cette logique, une tendance qu’il convient de renforcer est la collaboration de l’étudiant et d’une entreprise dans le cadre du projet de fin d’étude. L’enjeu est de convertir la production intellectuelle de l’étudiant en une plus-value –le mot est lâché – pour l’entreprise. Trop souvent, on observe que les mémoires sont exclusivement lus par le promoteur et puis remisé à la bibliothèque électronique de la faculté, une perte intellectuelle sèche. L’étudiant est dans un contexte idéal pour faire une recherche de haut niveau, autant que le fruit de cette recherche profite à la collectivité. Les avantages d’une telle synergie sont clairs, sans compter qu’un projet réussi peut se transformer en passeport pour un premier emploi. L’université devrait donc faire un appel d’offre à projets, jouer le rôle d’intermédiaire entre la sphère professionnelle et académique. Dans cette logique, les mémoires purement académiques devraient quant à eux avoir pour finalité d’être publiés, afin que d’autres puissent capitaliser –le mot est lâché – sur les résultats obtenus.

On peut probablement aller beaucoup plus loin. Une tendance clé sur le marché de l’emploi est la recherche de compétences spécifiques, d’un profil, davantage que d’un diplôme. La formation universitaire est toujours trop orientée vers les savoirs, surtout en Belgique. Toutefois, observons que la finalité de ce type d’enseignement n’est pas d’apprendre des recettes de cuisines, mais bien de donner du contenu, des outils pour penser et se penser dans un domaine précis afin de le dépasser. Cette exigence n’est pas inconciliable avec celles du marché du travail. Le problème est que le vecteur de transmission des savoirs est trop souvent le même, ce qui confine l’étudiant au développement de certaines compétences à l’exclusion d’autres.

Comment varier ces vecteurs donc ?

Une première approche est de faire varier le mode d’interrogation aux examens : choix multiples, oral, essais, réponse concise, timing restreint/long, question de connaissance/application/dépassement, etc. Ces techniques, je suppose que chacun les a vécues ou du moins les connaît. Ce n’est pas suffisant. Il faut changer de paradigme au niveau de la forme de l’enseignement qui se fait encore trop souvent ex-cathedra. Travaux de groupes, lectures préparatoires  et puis discussions, productions personnelles (« papers »), séminaires, présentations, participation active (en Autriche, les gens se battent pour répondre aux questions du professeur), évaluation continue, etc. Ces méthodes sont également connues, il faut les développer.

Ensuite se pose la question de « l’opérationnalité » d’un universitaire. Celui-ci doit-il être opérationnel à la fin de ses études, l’université a-t-elle vocation à former des individus opérationnels ? La réponse dépend du contexte sur le marché de l’emploi. On y constate un changement de paradigme : un employé n’effectue plus la majorité de son parcours professionnel, comme c’était souvent le cas jadis, dans la même boîte. Ainsi on a évolué vers une plus grande flexibilité et mobilité des travailleurs. Le problème est que confrontée à cette mobilité accrue, les entreprises ne forment plus. Elles n’ont plus d’incentifs suffisants à investir dans leur capital humain –le mot est lâché – car à tout moment, un concurrent puissant menace de venir débaucher les étoiles qu’elle a formé : un peu comme pour la réduction de gaz à effet de serre, personne ne veut bouger en premier (problème du « free-riding »).  Dans ce cas on court à la catastrophe car l’université ne fait que la moitié du boulot.

Comment trouver une solution à ce problème ?

« Légiférer dans le sens de la contrainte pour les entreprises » diront certains, c’est à dire obliger légalement les entreprises à former. Délicat. « Généraliser les stages » diront d’autres, une tendance très claire dans les programmes d’universités, et pour cause. C’est une possibilité, certes, mais qui ne fait que rallonger la durée des études. Le stage ne vise qu’à octroyer un avantage compétitif, si on le généralise, on annule ce dernier en quelque sorte. D’ailleurs, si on suit cette logique, on conviendra qu’une université y adhérant essayera de se distinguer par rapport à ses concurrentes en dopant ses volumes de stages. Si on la pousse jusqu’au bout, on comprendra que l’université dévie de son objectif en essayant de former des gens opérationnels. L’attrait du stage  est que le même principe s’applique pour le sauvetage des banques durant la crise : les coûts sont supportés par la collectivité et les bénéfices individualisés car celui-ci est le plus souvent non-rémunéré.

Il reste une troisième option, proche du modèle américain : concilier études et boulot. Une des faiblesses structurelle de l’emploi en Belgique est qu’on envisage le parcours d’une personne en deux phases : la formation et puis le travail. Une erreur. La tendance est au « lifelong learning », la formation continue tout au long de la carrière. Les pays nordiques sont à la pointe dans ce domaine, la Belgique est à la traîne. Or, si une telle logique s’applique à la sphère professionnelle, pourquoi ne pas la généraliser ? « Les études sont trop lourdes que pour effectuer un job à côté » argueront certains ». « Les américains le font bien rétorqueront d’autres ». Réplique cinglante : « l’enseignement US c’est de la crotte ».

Bien, je peine à trouver la réponse à la question. Mesdames, Messieurs, le débat est ouvert.

Chômage de masse des jeunes : pour une réforme de l’accès aux études.

En avant pour une réflexion qui va en bousculer plus d’un. Elle émane du constat que le chômage des jeunes explose. Alors que l’éventail de formations proposées n’a jamais été aussi large,  il y a totale inadéquation entre l’offre et la demande de travail sur le marché. Et le problème devient critique, il est temps de réfléchir à des solutions.

Ma réflexion est ancrée dans le constat factuel et à la fois idéologique que l’enseignement en Belgique est considéré comme un bien public (au sens juridique du terme) et par conséquent financé par l’impôt prélevé sur la collectivité. Ainsi, chacun finance en fonction de ses revenus, l’enseignement de tous. Les allocations de chômage dont bénéficie automatiquement un jeune après son « stage d’attente » au sortir de ses études émanent également d’un processus de solidarité.

Mettons les pieds dans le plat, ce système ne tient pas la route car il oublie d’établir un juste équilibre entre responsabilité individuelle et collective. Chacun est libre, bien sûr, de choisir ses études, mais il y a une contrepartie à cela : la responsabilité individuelle. Dans le système actuel, celle-ci est occultée par la responsabilité collective qui finance les allocs, un paradoxe.

Pour le dire platement, le marché de l’emploi ne fonctionne pas, il y a inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi car un étudiant qui s’engage dans une filière bouchée ne bénéficie pas d’incentifs suffisants à assumer les conséquences futures de son choix. Il convient donc d’opérer des corrections à l’entrée et non à la sortie, lorsqu’il est trop tard.

Une mesure simple serait d’établir un cadastre des études qui établirait un inventaire minutieux des besoins du marché du travail. Bien entendu, cet organisme travaillerait sur un horizon de cinq ans minimum. Les différentes professions seraient alors classées en plusieurs catégories : vert, orange, rouge. Cette information serait mise à disposition des écoles et des élèves, on gagnerait déjà beaucoup en efficacité : « une personne informée en vaut deux » dit le dicton.

Pouvoir poser un choix en connaissance de cause est un premier pas. Toutefois, le volet « information » ne suffit pas à lui tout seul. Comme pour la sécurité, il faut travailler en aval sur la prévention et en amont sur les sanctions. Une diminution des allocs pour les métiers rouges serait inefficace car intervenant trop tard. En revanche, une hausse du minerval pour les voies bouchées (les socialistes diront une baisse pour les études « profitables », question de point de vue) serait un premier pas intéressant. Je vois déjà les néos-communistes crier au scandale. Et pourtant, cette politique n’en serait que plus égalitaire car chacun contribuerait enfin dans une juste proportion aux coûts de sa formation…

Concluons par un dernier point : fermeture des usines à chômage. Les filières ne dégageant pas des perspectives d’emploi à long-terme seraient retirées de l’offre de formations (filières « noires »?!). Quitte à les ouvrir à nouveau plus tard.

Franchement, il est temps de réformer l’accès aux études. Le financement doit rester public et l’accès universel car je suis très attaché à l’égalité des chances, une qualité que beaucoup de systèmes en Europe ne garantissent pas. Hausser le prix du minerval pour certaines filières n’est pas une remise en question de ce choix collectif mais une mesure pragmatique pour apporter une solution à ce problème : les chômeurs coûtent cher à la collectivité.

Si le montant des allocs économisées se révélait supérieure à la hausse du prix des études, cette mesure serait économiquement efficiente.

Réforme de la monarchie : pour un roi fantoche ?

Un consensus politique semble se dégager sur la nécessité de réformer la monarchie. Il est question d’évolution vers une institution protocolaire, l’exemple scandinave est souvent cité.

Le point qui fait le plus débat est l’article 109 de la Constitution qui stipule que le Roi sanctionne et promulgue les lois. A ce titre, on se souvient de la crise qui intervient dans la nuit du 3 au 4 avril 1990 lorsque Baudouin fit savoir à son premier ministre Wilfried Martens qu’il ne signerait pas la loi Lallemand-Michielsen dépénalisant l’avortement. Le constitutionaliste A. Alen (Kul) eu l’esprit fertile lorsqu’il proposa d’utiliser l’article 93 de la Constitution sur « l’impossibilité de régner » pour déclarer la Roi en incapacité de régner durant trente-six heures. Vingt ans plus tard, on aimerait qu’une telle situation ne puisse se reproduire. En effet, la transition royale est proche et si durant ces années Albert II n’a jamais provoqué la confrontation, on peut émettre des réserves par rapport à la personnalité controversée du futur roi. Un premier point donc, la future montée sur le trône de Philippe est la raison qui pousse le politique au débat. On entend dire que la signature des lois pourrait être confiée aux présidents d’assemblées et la sanction réservée au gouvernement (1), à l’image de ce qui se fait au niveau des entités fédérées.

Actuellement, le Palais nomme l’informateur, formateur, explorateur, conciliateur… Ce rôle politique du Roi durant les crises et la formation d’un gouvernement est également mis en cause. Le constat est que les présidents de partis sont à la manœuvre et que les présidents d’assemblées devraient pouvoir remplacer le rôle actuel du Roi en actant le résultat des négociations (2).

M’est avis que le modèle des entités fédérées n’est pas extrapolable au fédéral. A ce niveau, un fragile équilibre induit par la bipolarisation communautaire et la multiplication des acteurs (deux fois plus qu’au niveau régional) est à respecter. Le Roi en fait partie. Il est le seul à pouvoir s’élever au-dessus de la mêlée, ce qui lui permet d’assumer un rôle de médiateur et conciliateur précieux en temps de crise. Bien entendu, cette mission ne peut être menée avec succès que si le souverain, à l’image d’Albert II, est perçu de tous comme neutre, ce qui exige qu’il soit en retrait. On se souvient de nombreux dérapages de Philippe sur le terrain communautaire. Il faudra corriger çà car un Roi ne peut mettre un pied dans l’ornière communautaire sous peine d’être taxé de partialité et donc de ruiner sa crédibilité. Reste que la fonction de Roi est mieux taillée pour cette tâche de ciment des communautés, d’arbitre, que celle de président d’assemblée, un politicien issu d’une formation politique et donc par définition dans la mêlée. Sans compter que la fonction de premier ministre est squattée depuis trente ans par les flamands et que le caractère francophone de la famille royale participe à contrebalancer ce déséquilibre.  Ok pour réformer donc, mais si la Belgique doit rester un Etat fédéral, des équilibres subtils sont à respecter.

Toutefois, la priorité est l’alternance linguistique au poste de premier ministre. Trente ans sans Premier francophone : inacceptable.

(1)   D. Reynders, La Libre (samedi et dimanche 20 et 21 mars).

(2)   Voir (1).

Merkel : « attaquer le problème par la racine ». Verhofstadt : « Les économies européennes doivent rouler sur la même autoroute ».

La chancelière allemande Angela Merkel a indiqué le refus de son pays d’aider la Grèce financièrement. « Attaquer le problème par la racine » indique-t-elle : les membres de la Zone Euro qui contreviendraient avec persistance aux normes du Traité de Maastricht s’exposent à l’exclusion pure et simple (1). Cette annonce émanant du gouvernement du gardien de l’orthodoxie budgétaire en Europe peut choquer.Verhofstadt a stigmatisé la position de Merkel, en appelant  à une Europe solidaire (2). Et pourtant, ce serait donner un mauvais signal aux marchés et aux autres Etats de venir aujourd’hui en aide à la Grèce. Un peu comme ce fut le cas lors de la crise financière, les acteurs en déduiraient que le principe du « too Big to fail » s’applique et que chaque Etat mis en difficulté dans le futur bénéficiera du même mécanisme d’intra-solidarité. Dans ce cas, dans l’absence de mécanisme de sanction, les Etats n’auraient plus un incentif réel à  contrôler leur déficit budgétaire. D’où le risque qu’un cas similaire à celui de la Grèce puisse se reproduire.

On sait que l’Union Monétaire est une construction inachevée. La politique monétaire est aux mains de la banque centrale européenne (BCE) mais il n’y a toujours pas un gouvernement économique pour l’ensemble de l’Union. Des mécanismes de concertations intergouvernementaux existent (3) mais les économies des Etats membres ont un profil très varié (4). La crise grecque donne l’opportunité d’avancer en direction d’une véritable gouvernance économique européenne. Herman Van Rompuy a évoqué l’essence de cette idée : faire en sorte que chaque gouvernement soit responsable au niveau européen et plus uniquement au niveau national (5). Sarkozy vient de la relayer devant le Parlement européen (6). Verhofstadt la développe : « il faut que les économies européennes roulent sur la même autoroute » (7): poser le problème en terme de minimas, s’accorder sur des objectifs à long terme pour que chacun, à son rythme, puisse converger vers ces objectifs.

La crise grecque crée des opportunités, gageons que nos dirigeants sauront les saisir.

(1) Cidal (25 février 2010). Angela Merkel : attaquer le problème à la racine. Disponible sur : http://www.cidal.diplo.de/Vertretung/cidal/fr/__PR/actualites/nq/2010__02/2010__02__25__MerkelInterview__pm,archiveCtx=2069408.html

(2) Les Echos.fr (18 mars 2010). Grèce : Verhofstadt fustige la position anti-européenne de Merkel. Disponible sur : http://www.lesechos.fr/info/inter/afp_00238747-grece-verhofstadt-fustige-la-position-anti-europeenne-de-merkel.htm

(3)  La coordination des politiques budgétaires est discutée au sein de l’Eurogroupe, réunion des ministres des Finances des Etats membres ayant adopté l’euro, actuellement présidé par Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Grand-duché de Luxembourg. Dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne, les gouvernements se sont accordés sur des objectifs communs. Voir : Fondation Robert Schuman, Jamet, J.F (9 juillet 2007). La gouvernance économique européenne : controverses et pistes de réformes. Disponible sur : http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-67

(4) La principale critique qui avait été formulée à l’encontre d’une politique monétaire commune était son inadaptation face à l’hétérogénéité des situations économiques des Etats membres, notamment dans l’éventualité de chocs asymétriques. Voir (3).

(5) 7sur7 (8 janvier 2010). Van Rompuy évoque un « Gouvernement économique européeen ». Disponible sur : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1064862/2010/02/08/Van-Rompuy-evoque-un-gouvernement-economique-europeen.dhtml

(6) lepoint.fr (19 mars 2010). Sarkozy souhaite un gouvernement économique européen. Disponible sur : http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2008-10-21/sarkozy-souhaite-un-gouvernement-economique-europeen/917/0/284416

(7) La Tribune.fr (18 mars 2010). « Les économies européennes doivent rouler sur la même autoroute ». Disponible sur : http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20100318trib000489033/les-economies-europeennes-doivent-rouler-sur-la-meme-autoroute.html

Justice et insécurité à Bruxelles : réformer le modèle bruxellois.

Le sujet de l’insécurité dans la capitale est omniprésent dans les médias, il faisait le gros titre du Vif de la semaine du 12 février. Les slogans qualifiés de populistes du type « tolérance zéro » sont partout ; le débat sur la fusion des six arrondissements de police  vire à l’empoignade communautaire ; les juges crient au manque de moyens, le sentiment d’impunité n’a jamais été aussi grand ; la note de réforme de l’application des peines du Ministre De Clerck (CD&V) est sous le feu de la critique. Bref, l’institution judiciaire est en crise.

Ce mercredi 10 mars, Armand De Decker (MR), président du Sénat, faisait une sortie dans la Libre. Il y dénonçait la montée de la violence à Bruxelles et le climat d’impunité qui règne et proposait d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires. Cette intervention musclée sur la justice et la sécurité à Bruxelles intervint après un assassinat violent  à Uccle. Réactions choquée de tous les partis francophones, y compris au MR.

Je me rappelle d’une statistique dans un article de la Libre qui doit marquer les esprits au fer rouge (malheur, j’ai perdu la référence du dit l’article). Il y aurait actuellement plus de 100.000 demandeurs d’emplois à Bruxelles dont 60.000 n’ont pas leur diplôme du secondaire. Les statistiques d’Actiris du mois de février indiquaient quelques 6000 offres d’emploi. D’où la conclusion de l’auteur de l’article : la racine de la crise sécuritaire à Bruxelles est l’insécurité socio-économique. Celle-ci dégénère en violence urbaine. Dans ce cas, comme le dénonce Michaël Dantinne, criminologue et pénologue (Ulg) dans un article du Vif du 12 février, vouloir placer la charge du problème sur l’individu est très confortable pour l’Etat.

En effet, l’échec est collectif. Sans vouloir verser dans la polémique ou les caricatures xénophobes,  les chances sont grandes –je ne dispose pas des chiffres – pour que la population des sans emplois soit en majorité composée d’immigrés. Ce postulat demande confirmation mais observons néanoins qu’il implique ce constat : notre modèle d’intégration est un échec. A ce sujet, je me rappelle d’un édito de la Libre : « non, Bruxelles n’est pas le nouveau Chicago sur Seine ». Et pourtant, lorsqu’on se balade rue de la Loi, le cœur de nos institutions démocratiques, en direction du Jardin Botanique, le contraste une fois dépassé celui-ci est saisissant. J’avoue avoir été choqué. Comment cela est-il possible à  un kilomètre de distance? Vous passez d’un quartier chic, propre, aseptisé, au ghetto en un clin d’œil. Osons dire les choses. Le sentiment est plutôt bizarre pour un liégeois, la Cité Ardente a une réputation sulfureuse sur ce plan.

Le politique n’a une fois de plus pas anticipé le problème. Comment alors ne pas avaliser le constat flamand que Bruxelles est mal gérée ? Ce serait trop facile, les flamands dénoncent une réalité rendue possible par un jeu institutionnel impraticable qu’ils imposent. En effet, comment ne pas dénoncer l’hypocrisie du jeu institutionnel bruxellois lorsqu’on sait que le poste de gouverneur de Bruxelles, qui possède les pouvoirs de coordination en matière de police, est vide depuis le 1er janvier 2009 et qu’il  faut une loi à majorité spéciale, recueillant la majorité dans les deux groupes linguistiques, pour transférer ces compétences vers la région (1) ?

Le modèle institutionnel bruxellois me semble définitivement avoir atteint ses limites. Il est temps de le réformer.

(1) le Vif, 12 février 2010, p.26.

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