les idées qui font des petits!

Archives de avril, 2011

Pic pétrolier, pic de la dette et hyperinflation: petit résumé

Preuve s’il en est une que Frappes Chirurgicales est à la pointe sur ce sujet, Dan O’ Brian a posté aujourd’hui une vidéo qui explique magistralement les causes et les conséquences du double Pic de la dette et du pétrole. Difficile à mon sens de faire mieux, mais l’information contenue dans la vidéo est extrêmement condensée et exige beaucoup de prérequis en économie. La bonne nouvelle, c’est que vous avez toutes les cartes en main pour comprendre cette vidéo si vous me lisez régulièrement (sic!)…et si vous maitrisez l’accent irlandais. J’attends vos commentaires!

Publicités

La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls: le Pic de la dette, c’est quoi ?

Le Pic pétrolier est le point où l’offre pétrolière atteint son point maximum. Le Pic de la dette est le point d’endettement maximum de l’emprunteur, c’est-à-dire le niveau d’endettement au-delà duquel il fait défaut sur ses engagements. Ici, nous avons affaire à un cas doublement spécifique puisque l’emprunteur possède deux caractéristiques distinctes d’un particulier : (1) c’est un Etat, (2) c’est la première puissance économique mondiale.

Les Etats-Unis ont enregistré un déficit majeur depuis les années Bush qui ne fait que se creuser un peu plus chaque jour avec les déficits de balance commerciale qu’enregistre le gouvernement américain depuis cette époque. Sans entrer dans les détails, on constate que les américains vivent à crédit.

Dès lors que les intérêts sur sa dette excèdent sa capacité d’autofinancement, ce qui devient le cas lorsque l’épargne privée est insuffisante pour financer la charge de la dette, un Etat doit faire appel au reste du monde pour emprunter les capitaux nécessaires au refinancement de sa dette : il émet des bons d’Etats en contrepartie d’un refinancement. Les Etats-Unis sont depuis longtemps dans cette situation.

Dans ce cas, la question devient : la dette d’un Etat peut-elle s’accroître infiniment ?

La réponse théorique est « non » : si l’extérieur du monde ne veut plus refinancer la dette d’un Etat, celle-ci atteint son pic.

A partir de ce moment là, l’Etat en question possède trois solutions : (1) il se serre la ceinture (coupe dans les dépenses et/ou augmentation des recettes via les taxes), ce qui provoque une récession à moins que la croissance ne permette de financer la dette  ; (2) il demande un rééchelonnement de sa dette dans le temps, ce qui ruine ses créanciers ; (3) il fait défaut sur sa dette, les détenteurs de celles-ci ne récupèrent ni leur mise ni les intérêts sur celle-ci.

Lequel de ces trois chemin les Etats-Unis vont-ils emprunter ?

En fait, aucun. La FED, la réserve fédérale américaine, n’est pas la BCE (banque centrale européenne). La première possède un double objectif de stabilisation des prix et de plein emploi alors que la seconde possède uniquement un objectif de stabilisation des prix. Les Etats-Unis n’empreindront pas la voie de l’austérité pour rembourser leur dette.

En fait, la FED joue le rôle de créancier en dernier recours des Etats-Unis. Le Trésor américain émet des bons pour refinancer sa dette que le FED rachète avec de la monnaie papier qu’elle créée à partir de rien. En d’autres termes, la FED fait tourner la planche à billets, elle injecte massivement des liquidités dans le circuit économique. Et ainsi, la dette est refinancée.

A présent, il faut s’interroger sur les effets d’une telle injection massive de liquidités dans le système économique. Moyennant l’hypothèse que cet argent filtre dans la machine économique, cette injection débouche sur de l’inflation : à production réelle de biens inchangée, il y a plus d’argent qui circule dans l’économie, ce qui altère la valeur de l’argent. En clair : si la masse monétaire double, à production inchangée, il faut que les prix doublent pour que le pouvoir d’achat de la monnaie reste identique. Ce processus peut prendre un peu de temps.

La dette étant un montant nominal, sa part dans la masse monétaire diminue à mesure que celle-ci augmente. Par exemple, s’il y avait jadis 100 dans le système monétaire pour 50 de dettes, le rapport était de ½ . A présent, si la masse monétaire double, ce rapport n’est plus que de ¼ . Par conséquent, l’inflation n’est rien de moins qu’un moyen de financer la dette par ses créanciers. Au terme du processus, les vainqueurs sont ceux qui étaient endettés et les perdants les prêteurs.

Le hic, c’est que le dollar est une monnaie de réserve internationale. A l’heure actuelle il est utilisé pour environ 60% des échanges commerciaux. Si la valeur du billet vert se déprécie, le monde en fera les frais. Longtemps, le Japon a été le plus grand créancier des Etats-Unis (765 milliards de dollars en janvier 2010). Depuis peu, la Chine est devenue son premier créancier (889 milliards de dollars).

Les Etats-Unis accusent la Chine de manipuler le cours de sa monnaie pour renforcer sa compétitivité à l’exportation. En effet, la banque centrale chinoise achète massivement des bons du trésor américain. Ce faisant, elle contribue à refinancer la dette américaine mais surtout, elle amasse des réserves colossales de dollars, ce qui évite une dépréciation importante de la valeur de celui-ci.

Des économistes poussent des cris d’orfraie à l’idée que la Chine « coupe le robinet du crédit » en refusant de continuer à financer la dette américaine. En réalité, les petits malins auront compris que cette situation pénaliserait la Chine : la valeur du yuan s’apprécierait, ce qui participerait à rééquilibrer le déficit de balance commerciale des Etats-Unis. Ce rééquilibrage serait salutaire.

Certes, les produits chinois ainsi que ceux des économies qui ont lié leur monnaie à celle du yuan deviendraient plus chers pour les Etats-Unis, mais ils ne représentent que 4% du PIB américain. Moyennant une appréciation de 30%, l’inflation au pays de l’oncle Sam serait de 1,2%, ce qui reste raisonnable, on est loin d’une hyperinflation à la zimbabwéenne (Le Monde Diplomatique ; avril 2010).

Aussi longtemps que les Chinois continueront à financer la dette américaine, ils produiront gratuitement pour les Etats-Unis. Le jour où ils arrêteront, la FED prendra le relais et fera fonctionner la planche à billets pour faire fondre la dette. La valeur du dollar se dépréciera alors fortement, ce qui endommagera irréversiblement la confiance des acteurs du commerce international dans le billet vert. A ce moment là, le billet Rouge chinois prendra le relai du dollar, ce sera la fin de l’hégémonie américaine.

Ainsi, de grands bouleversements géopolitiques sont en vue. L’important ici est de noter que le dollar finira tôt ou tard par s’effondrer, ce qui passera par une inflation importante. Cette inflation endommagera sévèrement l’économie mondiale et redéfinira les équilibres géopolitiques. En fait, la vérité est assez simple : il y a actuellement trop de liquidités dans le circuit économique.

Le problème se complique lorsqu’on additionne les effets du Pic de la dette et du Pic pétrolier. C’est précisément cette analyse qui se révèle intéressante.

Les américains vont se délester du poids de leur dette sur le monde, c’est une chose. Mais pensez-vous que les grands producteurs de pétrole accepteront indéfiniment d’être payés en monnaie de singe ? La réponse est dans la question. In fine, les Etats-Unis devront dégager les surplus nécessaires pour financer les importations de pétrole. Si le coût de celles-ci augmente très fortement, une part toujours plus importe du PIB réel américain devra être consacré à l’achat de produits pétroliers ce qui se traduira par des fuites massives de capitaux en dehors du pays. In fine, les Etats-Unis connaîtront une récession à moins qu’ils n’arrivent à financer la hausse du prix du baril par une croissance importante. Cette hypothèse est très improbable: la hausse du prix du baril va plomber la croissance (la récente hausse du prix du baril à 150$ a coûté 2 points de PIB aux USA).

Pour bien comprendre le rapport avec le Pic de la dette, il faut comprendre ceci : les américains peuvent financer gratuitement l’augmentation du prix du baril en imprimant plus de dollars tant que le dollar reste la principale monnaie de réserve pour les paiements internationaux. Ceci implique que sa valeur reste stable pour que le « capital confiance » du dollar reste intacte. Or, le Pic de la dette aura pour conséquence une inflation massive qui va lui faire perdre son statut de principale monnaie de réserve.

la racine du problème environnemental résumée en un §

Dans un billet du Daly News paru ce matin, Eric Zencey résume en un petit paragraphe l’origine primaire du problème environnmental:

The root cause of our environmental problems—our ecological crisis—is infinite planet economic theory, the rules and axioms of a discipline that tells us that it is possible to have infinite economic growth on a finite planet. It sounds crazy, doesn’t it? But neoclassical economists continue to believe this is possible because human ingenuity is a factor of production and, supposedly, it is infinitely powerful. You can get to that conclusion only if you ignore the laws of thermodynamics. Economic production is, at bottom and unalterably, a process that relies on physical inputs. No amount of human ingenuity will ever let us make something from nothing or nothing from something. No amount of ingenuity will let us create energy out of nothing or recycle it to use it again.

C’est précisément cet enseignement que la science économique dominante refuse d’intégrer, et ce, depuis la révolution thermodynamique en sciences exactes initiée par Sadi Carnot (1796-1832).

La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls: le Pic pétrolier, c’est quoi?

Parmi toutes les sources que j’ai écumées, la meilleure est incontestablement ce documents très court d’Arte (12’15 ») qui résume de façon magistrale la question ainsi que les incertitudes qui l’entoure.

La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls

En parallèle de ma série de 10 billets sur l’économie stationnaire (je dois encore effectuer les recherches et les lectures nécessaires avant de publier le prochain article), je me propose de lancer une série de 5 billets pour expliquer le choc auquel l’économie mondiale s’apprête à faire face. Je m’efforcerai d’être synthétique et de produire au maximum un raisonnement qualitatif pour éviter les nombreux écueils dûs à l’incertitude qui entoure ce sujet. En outre, il y a tellement d’information qui circule à ce propos que je suis  contraint d’opérer un choix discrétionnaire pour sélectionner les sources les plus synthétiques, didactiques et pertinentes.

N’hésitez pas à poster des liens intéressants dans les commentaires !

Voici l’ordre de publication de ces billets

  1. Le Pic Pétrolier, c’est quoi ?
  2. Le Pic de la dette, c’est quoi ?
  3. Les trois phases de la seconde Grande Dépression
    • La déflation (2008-2012)
    • L’inflation (2013-2020)
    • L’hyperinflation (2021-2029)
  4. Hypothèses sur les conséquences probables de l’effondrement
  5. Investir dans un monde post-pic

STEADY STATE 4 (3) : réformer le système monétaire

Les réformes suggérées dans mon billet précédent sont substantielle mais elles sont insuffisantes pour réussir la transition. En complément de la monnaie nationales, il faudrait créer une monnaie internationale pour le commerce international et des monnaies locales pour renforcer l’économie locale.

A) stabilité des échanges internationaux, réduction des émissions de carbone et monnaie internationale

Actuellement, une monnaie nationale est utilisée comme (principal) intermédiaire des échanges commerciaux internationaux : le dollar. Les Etats-Unis possèdent le pouvoir monétaire car ils ont l’immense privilège de payer leurs importations dans leur monnaie nationale. Même avec un régime de taux de changes fluctuants, on observe que l’Etats-Unis ont accumulé un déficit abyssal, là où la Chine a symétriquement accumulé d’énormes surplus. Ce déséquilibre macro-économique gigantesque alimente une instabilité systémique du système monétaire qui à terme provoquera son effondrement (voir mon article : « pourquoi le système financier mondial va-t-il s’écrouler ? »). Le fond du problème est que les Etats-Unis refinancent leur déficit non pas en se serrant la ceinture (augmentation des taxes ou diminution des dépenses), mais en faisant tourner la planche à billet. Aucun autre pays ne peut se permettre de faire çà sans voir la valeur de sa monnaie s’effondrer (hyperinflation). Pour les Etats-Unis c’est différent car le statut du dollar comme première monnaie internationale garanti un renouveau permanent de la demande de dollars qui lui évite de s’effondrer. Pour éviter des instabilités systémiques si importantes, il faudrait créer une monnaie internationale destinée exclusivement aux échanges internationaux.

La première conférence sur l’économie stationnaire a discuté de l’opportunité de lier la valeur de cette monnaie aux émissions de carbone (on parle d’EBCUs, Energy-Backed Currency Unit). Des quotas carbones définis en fonctions des connaissances scientifiques par rapport aux capacités d’absorptions de la biosphère définiraient l’offre de cette monnaie. Le problème ici serait, on le devine bien, la répartition de ces quotas, mais c’est déjà le cas avec les marchés de CO2. En tout cas, cette monnaie contribuerait à régler une partie substantielle du problème climatique et énergétique. En effet, les transports représentent 30% des émissions de C02. La part du commerce internationale dans ces émissions est importante. En outre, l’utilisation de cette monnaie résoudrait les problèmes de déséquilibres commerciaux.

B) monnaies locales et résilience

Le système actuel a besoin de la croissance pour continuer à exister, dans ce cas il est condamné à l’écroulement dans un contexte postcroissance. Comment dès lors organiser la transition en douceur ? Les monnaies locales sont un instrument qui permet de reconstruire la résilience locale, soit, la capacité d’une communauté locale à résister à un choc systémique exogène. Par exemple : l’écroulement du système financier ou l’hyperinflation, ou encore, un choc pétrolier. Comme son nom l’indique, une monnaie locale est exclusivement destinée à l’usage sur un petit territoire. Ce type de monnaie présente les avantages suivant :

1.      Elles ne sont acceptées que sur un petit territoire. Ainsi, leur utilisation créée un circuit de production local. Les bénéfices de l’activité économique d’un territoire bénéficient en plus grande partie à ce territoire, il y beaucoup moins de fuites vers d’autres territoires qu’avec la monnaie nationale, ce qui permet de revitaliser l’économie locale.

2.      Les monnaies locales créent du lien social et de la confiance en encourageant les circuits économiques courts, soit, les transactions directes entre producteurs et consommateurs.

3.      L’utilisation des ces monnaies réduit les émissions de C02 et donc, l’utilisation d’énergies fossiles, en raccourcissant la taille du circuit économique (distances de transport de marchandises plus courtes).

4.      Dans un contexte d’instabilité systémique du système financier, ces monnaies augmentent la résilience du système économique en fournissant un medium d’échange alternatif à la monnaie nationale.

5.      La vitesse de circulation de ces monnaies et nettement supérieure à celle de la monnaie nationale. Celle-ci peut être augmentée en appliquant un taux d’intérêt négatif à la monnaie locale. Cet intérêt induit une baisse de sa valeur après x temps ce qui représente un incitant fort à faire circuler cet argent dans l’économie.

Les monnaies locales ne sont pas destinées à remplacer la monnaie nationale, elles viennent en complément de celles-ci.

cours de l’or: les marchés anticipent un retour de l'(hyper?)inflation

Le prix de l’once vient de crever un nouveau plafond historique. Preuve s’il en est-une que les marchés anticipent un retour de l’inflation? La situation américaine devient très préoccupante. L’agence Standard & Poors a menacé de dégrader le credit rating des Etats-Unis, cela suffira t-il a ce que ceux-ci consentent à maîtriser leur déficit ou vont-ils (continuer à) faire fonctionner la planche à billets?

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :