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Archives de avril, 2011

Pic pétrolier, pic de la dette et hyperinflation: petit résumé

Preuve s’il en est une que Frappes Chirurgicales est à la pointe sur ce sujet, Dan O’ Brian a posté aujourd’hui une vidéo qui explique magistralement les causes et les conséquences du double Pic de la dette et du pétrole. Difficile à mon sens de faire mieux, mais l’information contenue dans la vidéo est extrêmement condensée et exige beaucoup de prérequis en économie. La bonne nouvelle, c’est que vous avez toutes les cartes en main pour comprendre cette vidéo si vous me lisez régulièrement (sic!)…et si vous maitrisez l’accent irlandais. J’attends vos commentaires!

La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls: le Pic de la dette, c’est quoi ?

Le Pic pétrolier est le point où l’offre pétrolière atteint son point maximum. Le Pic de la dette est le point d’endettement maximum de l’emprunteur, c’est-à-dire le niveau d’endettement au-delà duquel il fait défaut sur ses engagements. Ici, nous avons affaire à un cas doublement spécifique puisque l’emprunteur possède deux caractéristiques distinctes d’un particulier : (1) c’est un Etat, (2) c’est la première puissance économique mondiale.

Les Etats-Unis ont enregistré un déficit majeur depuis les années Bush qui ne fait que se creuser un peu plus chaque jour avec les déficits de balance commerciale qu’enregistre le gouvernement américain depuis cette époque. Sans entrer dans les détails, on constate que les américains vivent à crédit.

Dès lors que les intérêts sur sa dette excèdent sa capacité d’autofinancement, ce qui devient le cas lorsque l’épargne privée est insuffisante pour financer la charge de la dette, un Etat doit faire appel au reste du monde pour emprunter les capitaux nécessaires au refinancement de sa dette : il émet des bons d’Etats en contrepartie d’un refinancement. Les Etats-Unis sont depuis longtemps dans cette situation.

Dans ce cas, la question devient : la dette d’un Etat peut-elle s’accroître infiniment ?

La réponse théorique est « non » : si l’extérieur du monde ne veut plus refinancer la dette d’un Etat, celle-ci atteint son pic.

A partir de ce moment là, l’Etat en question possède trois solutions : (1) il se serre la ceinture (coupe dans les dépenses et/ou augmentation des recettes via les taxes), ce qui provoque une récession à moins que la croissance ne permette de financer la dette  ; (2) il demande un rééchelonnement de sa dette dans le temps, ce qui ruine ses créanciers ; (3) il fait défaut sur sa dette, les détenteurs de celles-ci ne récupèrent ni leur mise ni les intérêts sur celle-ci.

Lequel de ces trois chemin les Etats-Unis vont-ils emprunter ?

En fait, aucun. La FED, la réserve fédérale américaine, n’est pas la BCE (banque centrale européenne). La première possède un double objectif de stabilisation des prix et de plein emploi alors que la seconde possède uniquement un objectif de stabilisation des prix. Les Etats-Unis n’empreindront pas la voie de l’austérité pour rembourser leur dette.

En fait, la FED joue le rôle de créancier en dernier recours des Etats-Unis. Le Trésor américain émet des bons pour refinancer sa dette que le FED rachète avec de la monnaie papier qu’elle créée à partir de rien. En d’autres termes, la FED fait tourner la planche à billets, elle injecte massivement des liquidités dans le circuit économique. Et ainsi, la dette est refinancée.

A présent, il faut s’interroger sur les effets d’une telle injection massive de liquidités dans le système économique. Moyennant l’hypothèse que cet argent filtre dans la machine économique, cette injection débouche sur de l’inflation : à production réelle de biens inchangée, il y a plus d’argent qui circule dans l’économie, ce qui altère la valeur de l’argent. En clair : si la masse monétaire double, à production inchangée, il faut que les prix doublent pour que le pouvoir d’achat de la monnaie reste identique. Ce processus peut prendre un peu de temps.

La dette étant un montant nominal, sa part dans la masse monétaire diminue à mesure que celle-ci augmente. Par exemple, s’il y avait jadis 100 dans le système monétaire pour 50 de dettes, le rapport était de ½ . A présent, si la masse monétaire double, ce rapport n’est plus que de ¼ . Par conséquent, l’inflation n’est rien de moins qu’un moyen de financer la dette par ses créanciers. Au terme du processus, les vainqueurs sont ceux qui étaient endettés et les perdants les prêteurs.

Le hic, c’est que le dollar est une monnaie de réserve internationale. A l’heure actuelle il est utilisé pour environ 60% des échanges commerciaux. Si la valeur du billet vert se déprécie, le monde en fera les frais. Longtemps, le Japon a été le plus grand créancier des Etats-Unis (765 milliards de dollars en janvier 2010). Depuis peu, la Chine est devenue son premier créancier (889 milliards de dollars).

Les Etats-Unis accusent la Chine de manipuler le cours de sa monnaie pour renforcer sa compétitivité à l’exportation. En effet, la banque centrale chinoise achète massivement des bons du trésor américain. Ce faisant, elle contribue à refinancer la dette américaine mais surtout, elle amasse des réserves colossales de dollars, ce qui évite une dépréciation importante de la valeur de celui-ci.

Des économistes poussent des cris d’orfraie à l’idée que la Chine « coupe le robinet du crédit » en refusant de continuer à financer la dette américaine. En réalité, les petits malins auront compris que cette situation pénaliserait la Chine : la valeur du yuan s’apprécierait, ce qui participerait à rééquilibrer le déficit de balance commerciale des Etats-Unis. Ce rééquilibrage serait salutaire.

Certes, les produits chinois ainsi que ceux des économies qui ont lié leur monnaie à celle du yuan deviendraient plus chers pour les Etats-Unis, mais ils ne représentent que 4% du PIB américain. Moyennant une appréciation de 30%, l’inflation au pays de l’oncle Sam serait de 1,2%, ce qui reste raisonnable, on est loin d’une hyperinflation à la zimbabwéenne (Le Monde Diplomatique ; avril 2010).

Aussi longtemps que les Chinois continueront à financer la dette américaine, ils produiront gratuitement pour les Etats-Unis. Le jour où ils arrêteront, la FED prendra le relais et fera fonctionner la planche à billets pour faire fondre la dette. La valeur du dollar se dépréciera alors fortement, ce qui endommagera irréversiblement la confiance des acteurs du commerce international dans le billet vert. A ce moment là, le billet Rouge chinois prendra le relai du dollar, ce sera la fin de l’hégémonie américaine.

Ainsi, de grands bouleversements géopolitiques sont en vue. L’important ici est de noter que le dollar finira tôt ou tard par s’effondrer, ce qui passera par une inflation importante. Cette inflation endommagera sévèrement l’économie mondiale et redéfinira les équilibres géopolitiques. En fait, la vérité est assez simple : il y a actuellement trop de liquidités dans le circuit économique.

Le problème se complique lorsqu’on additionne les effets du Pic de la dette et du Pic pétrolier. C’est précisément cette analyse qui se révèle intéressante.

Les américains vont se délester du poids de leur dette sur le monde, c’est une chose. Mais pensez-vous que les grands producteurs de pétrole accepteront indéfiniment d’être payés en monnaie de singe ? La réponse est dans la question. In fine, les Etats-Unis devront dégager les surplus nécessaires pour financer les importations de pétrole. Si le coût de celles-ci augmente très fortement, une part toujours plus importe du PIB réel américain devra être consacré à l’achat de produits pétroliers ce qui se traduira par des fuites massives de capitaux en dehors du pays. In fine, les Etats-Unis connaîtront une récession à moins qu’ils n’arrivent à financer la hausse du prix du baril par une croissance importante. Cette hypothèse est très improbable: la hausse du prix du baril va plomber la croissance (la récente hausse du prix du baril à 150$ a coûté 2 points de PIB aux USA).

Pour bien comprendre le rapport avec le Pic de la dette, il faut comprendre ceci : les américains peuvent financer gratuitement l’augmentation du prix du baril en imprimant plus de dollars tant que le dollar reste la principale monnaie de réserve pour les paiements internationaux. Ceci implique que sa valeur reste stable pour que le « capital confiance » du dollar reste intacte. Or, le Pic de la dette aura pour conséquence une inflation massive qui va lui faire perdre son statut de principale monnaie de réserve.

la racine du problème environnemental résumée en un §

Dans un billet du Daly News paru ce matin, Eric Zencey résume en un petit paragraphe l’origine primaire du problème environnmental:

The root cause of our environmental problems—our ecological crisis—is infinite planet economic theory, the rules and axioms of a discipline that tells us that it is possible to have infinite economic growth on a finite planet. It sounds crazy, doesn’t it? But neoclassical economists continue to believe this is possible because human ingenuity is a factor of production and, supposedly, it is infinitely powerful. You can get to that conclusion only if you ignore the laws of thermodynamics. Economic production is, at bottom and unalterably, a process that relies on physical inputs. No amount of human ingenuity will ever let us make something from nothing or nothing from something. No amount of ingenuity will let us create energy out of nothing or recycle it to use it again.

C’est précisément cet enseignement que la science économique dominante refuse d’intégrer, et ce, depuis la révolution thermodynamique en sciences exactes initiée par Sadi Carnot (1796-1832).

La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls: le Pic pétrolier, c’est quoi?

Parmi toutes les sources que j’ai écumées, la meilleure est incontestablement ce documents très court d’Arte (12’15 ») qui résume de façon magistrale la question ainsi que les incertitudes qui l’entoure.

La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls

En parallèle de ma série de 10 billets sur l’économie stationnaire (je dois encore effectuer les recherches et les lectures nécessaires avant de publier le prochain article), je me propose de lancer une série de 5 billets pour expliquer le choc auquel l’économie mondiale s’apprête à faire face. Je m’efforcerai d’être synthétique et de produire au maximum un raisonnement qualitatif pour éviter les nombreux écueils dûs à l’incertitude qui entoure ce sujet. En outre, il y a tellement d’information qui circule à ce propos que je suis  contraint d’opérer un choix discrétionnaire pour sélectionner les sources les plus synthétiques, didactiques et pertinentes.

N’hésitez pas à poster des liens intéressants dans les commentaires !

Voici l’ordre de publication de ces billets

  1. Le Pic Pétrolier, c’est quoi ?
  2. Le Pic de la dette, c’est quoi ?
  3. Les trois phases de la seconde Grande Dépression
    • La déflation (2008-2012)
    • L’inflation (2013-2020)
    • L’hyperinflation (2021-2029)
  4. Hypothèses sur les conséquences probables de l’effondrement
  5. Investir dans un monde post-pic

STEADY STATE 4 (3) : réformer le système monétaire

Les réformes suggérées dans mon billet précédent sont substantielle mais elles sont insuffisantes pour réussir la transition. En complément de la monnaie nationales, il faudrait créer une monnaie internationale pour le commerce international et des monnaies locales pour renforcer l’économie locale.

A) stabilité des échanges internationaux, réduction des émissions de carbone et monnaie internationale

Actuellement, une monnaie nationale est utilisée comme (principal) intermédiaire des échanges commerciaux internationaux : le dollar. Les Etats-Unis possèdent le pouvoir monétaire car ils ont l’immense privilège de payer leurs importations dans leur monnaie nationale. Même avec un régime de taux de changes fluctuants, on observe que l’Etats-Unis ont accumulé un déficit abyssal, là où la Chine a symétriquement accumulé d’énormes surplus. Ce déséquilibre macro-économique gigantesque alimente une instabilité systémique du système monétaire qui à terme provoquera son effondrement (voir mon article : « pourquoi le système financier mondial va-t-il s’écrouler ? »). Le fond du problème est que les Etats-Unis refinancent leur déficit non pas en se serrant la ceinture (augmentation des taxes ou diminution des dépenses), mais en faisant tourner la planche à billet. Aucun autre pays ne peut se permettre de faire çà sans voir la valeur de sa monnaie s’effondrer (hyperinflation). Pour les Etats-Unis c’est différent car le statut du dollar comme première monnaie internationale garanti un renouveau permanent de la demande de dollars qui lui évite de s’effondrer. Pour éviter des instabilités systémiques si importantes, il faudrait créer une monnaie internationale destinée exclusivement aux échanges internationaux.

La première conférence sur l’économie stationnaire a discuté de l’opportunité de lier la valeur de cette monnaie aux émissions de carbone (on parle d’EBCUs, Energy-Backed Currency Unit). Des quotas carbones définis en fonctions des connaissances scientifiques par rapport aux capacités d’absorptions de la biosphère définiraient l’offre de cette monnaie. Le problème ici serait, on le devine bien, la répartition de ces quotas, mais c’est déjà le cas avec les marchés de CO2. En tout cas, cette monnaie contribuerait à régler une partie substantielle du problème climatique et énergétique. En effet, les transports représentent 30% des émissions de C02. La part du commerce internationale dans ces émissions est importante. En outre, l’utilisation de cette monnaie résoudrait les problèmes de déséquilibres commerciaux.

B) monnaies locales et résilience

Le système actuel a besoin de la croissance pour continuer à exister, dans ce cas il est condamné à l’écroulement dans un contexte postcroissance. Comment dès lors organiser la transition en douceur ? Les monnaies locales sont un instrument qui permet de reconstruire la résilience locale, soit, la capacité d’une communauté locale à résister à un choc systémique exogène. Par exemple : l’écroulement du système financier ou l’hyperinflation, ou encore, un choc pétrolier. Comme son nom l’indique, une monnaie locale est exclusivement destinée à l’usage sur un petit territoire. Ce type de monnaie présente les avantages suivant :

1.      Elles ne sont acceptées que sur un petit territoire. Ainsi, leur utilisation créée un circuit de production local. Les bénéfices de l’activité économique d’un territoire bénéficient en plus grande partie à ce territoire, il y beaucoup moins de fuites vers d’autres territoires qu’avec la monnaie nationale, ce qui permet de revitaliser l’économie locale.

2.      Les monnaies locales créent du lien social et de la confiance en encourageant les circuits économiques courts, soit, les transactions directes entre producteurs et consommateurs.

3.      L’utilisation des ces monnaies réduit les émissions de C02 et donc, l’utilisation d’énergies fossiles, en raccourcissant la taille du circuit économique (distances de transport de marchandises plus courtes).

4.      Dans un contexte d’instabilité systémique du système financier, ces monnaies augmentent la résilience du système économique en fournissant un medium d’échange alternatif à la monnaie nationale.

5.      La vitesse de circulation de ces monnaies et nettement supérieure à celle de la monnaie nationale. Celle-ci peut être augmentée en appliquant un taux d’intérêt négatif à la monnaie locale. Cet intérêt induit une baisse de sa valeur après x temps ce qui représente un incitant fort à faire circuler cet argent dans l’économie.

Les monnaies locales ne sont pas destinées à remplacer la monnaie nationale, elles viennent en complément de celles-ci.

cours de l’or: les marchés anticipent un retour de l'(hyper?)inflation

Le prix de l’once vient de crever un nouveau plafond historique. Preuve s’il en est-une que les marchés anticipent un retour de l’inflation? La situation américaine devient très préoccupante. L’agence Standard & Poors a menacé de dégrader le credit rating des Etats-Unis, cela suffira t-il a ce que ceux-ci consentent à maîtriser leur déficit ou vont-ils (continuer à) faire fonctionner la planche à billets?

STEADY STATE 4 (2): réformer le système monétaire

A présent que nous avons expliqué le fonctionnement du système monétaire et pourquoi celui-ci exige la croissance, il est temps d’envisager les réformes structurelles à implémenter pour rendre le système monétaire compatible avec une économie stationnaire. Cet article est inspiré d’un billet d’Herman Daly sur le journal de son blog : The Daly News.

Tout d’abord, il convient de se poser les quatre questions suivantes :

1.      Pourquoi la monnaie, un bien d’utilité publique, devrait-elle être le produit de prêts ou d’emprunts privés ?

2.      Ensuite, pourquoi le public devrait-il payer un intérêt au secteur bancaire privé pour fournir un moyen d’échange que le gouvernement peut fournir (presque) gratuitement ? Pourquoi le droit d’émission de la monnaie est-il privatisé ?

3.      Pourquoi un gouvernement doit-il emprunter son propre argent au secteur privé ? Les gouvernements sont endettés jusqu’au coup auprès du secteur bancaire ! Une grosse partie de nos taxes est utilisée pour rembourser les intérêts sur cette dette !!!

4.      Et surtout, pourquoi la monnaie est-elle émise sous la forme d’une dette ? Chacun est enchaîné à une dette. On pense que tout irait mieux si chacun remboursait sa dette, qu’il y aurait plus d’argent disponible. En réalité, c’est tout le contraire : sans dette, il n’y aurait (presque) pas d’argent !

Un système monétaire qui dépend d’une croissance de l’argent-dette et qui donc exige une croissance de l’économie réelle pour éviter une dépréciation de la valeur de l’argent est incompatible avec l’objectif de durabilité. Dès lors, quelles réformes implémenter?

Supprimer le système de réserves fractionnelles et rétablir un argent-valeur

Certains économistes prônent un retour à l’étalon-or. L’argent aurait alors à nouveau la propriété de représenter une valeur. Cette proposition est à rejeter car l’offre de monnaie est dépendante des extractions minières. De plus, qui ne posséderait pas d’or n’aurait pas d’argent.

Les Dalyistes, soit, les économistes qui se revendiquent du courant en faveur d’une transition vers l’économie stationnaire, proposent de conserver le système actuel mais de supprimer le système de réserve fractionnel. Il s’agirait d’augmenter le taux de réserves obligatoires des banques privées à 100%. Ceci peut se faire graduellement. Cette réforme permettrait au gouvernement de récupérer le contrôle de l’émission d’argent. Les banques privées perdraient le privilège exorbitant de créer de l’argent à partir de rien et de le prêter avec intérêt. Dès lors, les banques feraient du profit uniquement en se reconcentrant sur leur métier d’origine qui est de jouer le rôle d’intermédiaire des échanges financiers : collecter l’argent des épargnants en amont et le prêter en aval moyennant le remboursement d’un intérêt sur lequel elles prélèveraient une commission. Avec ce système, chaque euro prêté à un emprunteur correspondrait à un euro épargné précédemment par un épargnant. Dès lors, la balance classique abstinence-investissement serait rétablie.

Le gouvernement paierait ses dépenses en émettant de la monnaie sans intérêt pour réintroduire dans le circuit économique l’argent créé par les banques sous la forme d’intérêts sur les prêts effectués. Cependant, il ne peut le faire que dans les limites imposées par l’inflation. Si le gouvernement émettait davantage de monnaie que ce que le publique veut en détenir, celui-ci l’échangerait contre des biens, ce qui provoquerait une hausse des prix. L’index des prix à la consommation i.e. le panier des biens de consommation les plus courants fournirait un bon tableau de bord pour contrôler l’inflation. Dès qu’il commencerait à augmenter (ce qui signifie que les prix des biens qui le composent augmentent), le gouvernement devrait imprimer moins de monnaie, taxer plus, ou retirer de la monnaie en circulation. La banque centrale pourrait garantir que le gouvernement n’abuse pas de son pouvoir de création monétaire en indiquant à celui-ci combien d’argent peut-être créé sans provoquer trop d’inflation –et inversement, elle pourrait indiquer au gouvernement combien d’argent doit-être retiré du circuit économique en cas de risque d’inflation. Donc, maintenir un index des prix constant permettrait de garantir la stabilité de la monnaie, condition essentielle pour qu’elle puisse remplir ses fonctions de réserve de valeur et d’unité de compte. En fait, la monnaie représenterait une valeur, pas l’or cette fois, mais le panier de biens compris dans l’index des prix. La valeur interne de la monnaie serait fixée par ce mécanisme. Sa valeur externe serait quant à elle fixée par les fluctuations sur le marché des changes. Ces propositions ne sont pas nouvelles, elles remontent à Frederick Soddy (1926) et Frank Knight et Irving Fischer dans les années 20.

En quoi ce système serait-il au service d’une économie stationnaire ?

Herman Daly invoque les raisons suivantes:

1.      le fait que la quantité de monnaie n’ait plus besoin d’augmenter pour repayer le principal plus les intérêts sur les prêts responsables de l’existence même de la monnaie diminue la pression sur la croissance. En d’autres termes, le système monétaire devient neutre par rapport à la croissance.

2.      Le système financier ne pourra plus accaparer une part si importante de la richesse de la nation, ce qui augmentera les moyens pour des politiques de redistribution. Une économie stationnaire n’est pas viable si l’état des pauvres est stationnaire…

3.      L’offre de monnaie arrêterait d’augmenter durant les booms économiques, lorsque les banques prêtent beaucoup d’argent, et de se contracter aussitôt en période de récession, lorsque les banques cherchent à se faire rembourser les dettes existantes et limitent l’accès au crédit, ce qui renforce la tendance cyclique de l’économie. Diminuer le risque de récession diminue le réflexe d’accumulation  pour traverser les périodes difficiles.

4.      Avec 100% de réserves, le risque d’une panique financière diminue très fortement (pour autant que les banques prêtent à des gens fiables).

5.      Le maintien d’un index des prix constant réduirait les peurs d’inflation et le réflexe d’accumulation pour se protéger contre cette inflation.

6.      Un régime de taux de change fluctuants permet de rétablir l’équilibre de la balance commerciale sur le long terme, ce qui élimine les gros surplus et les déficits commerciaux (actuellement abyssaux entre la Chine et les Etats-Unis. Actuellement, les taux sont fluctuant mais la Chine peut manipuler le cours de sa monnaie en utilisant les réserves de changes massives que sa banque centrale a accumulée). Le risque de taux de change peut être vu comme une sorte de taxe sur les échanges commerciaux internationaux. L’économie stationnaire est en faveur de la production locale (utilisation de moins d’énergie) donc ce n’est pas une mauvaise chose.

On l’a compris, les perdants dans ce système sont les banquiers. Cette réforme n’est pas pour demain car les lobbys bancaires sont très puissants. Il faudra attendre que (1) le système financier mondial s’écroule ou que (2) les citoyens comprennent les mécanismes monétaires pour que des initiatives de ce type voient le jour. Dans son essence, cette réforme vise à nationaliser la monnaie (et pas les banques), qui est un bien d’utilité publique.

Ces réformes sont substantielles mais insuffisantes pour réussir la transition et ce pour deux raisons  que j’exposerai dans mon prochain billet ;

Débat : l’usure, incompatible avec un modèle d’économie stationnaire ?

Dans la réforme proposée ci-dessus, les banques continuent à charger un intérêt en contrepartie de services d’intermédiaire financier. Les intérêts exercent une pression sur l’économie à croître car la masse monétaire doit augmenter pour éviter que les inégalités ne se creusent via le mécanisme du prêt à intérêt. Historiquement, toutes les grandes religions interdisaient l’usure, officiellement pour des raisons morales : « faire de l’argent avec de l’argent est mal ». En vérité, la véritable raison de cette interdiction est plus « terre-à-terre » : avec une quantité d’argent en circulation fixe, le prêt à intérêt provoque une concentration de l’argent dans les mains des plus riches. Dans un contexte où la quantité d’argent est fixe, ceci pose un gros problème. Ceci explique en grande partie pourquoi les économistes orthodoxes prônent la croissance à tout prix : elle permet de rendre les inégalités supportables en nourrissant l’illusion que la création permanente de nouvelles richesses réduit les inégalités.

On le voit, on ne peut faire l’économie d’une réflexion sur la Justice sociale. La question de l’usure et des inégalités est la zone d’ombre la plus importante d’un modèle d’économie stationnaire.

STEADY STATE 4 (1): réformer le système monétaire.

D’où vient l’argent ? Qu’est-ce que l’argent ?

Ce texte est inspiré d’un billet d’Herman Daly sur le journal de son blog : The Daly News (traduction de l’anglais). L’idée ici est de résumer très brièvement l’histoire de la monnaie afin que chacun aie les cartes en mains pour appréhender le débat que je souhaite initier: la réforme du système monétaire. Ce point est probablement le plus technique de tous les billets à paraître sur l’économie stationnaire. Reste que c’est également le plus crucial : il est impératif que les citoyens comprennent le fonctionnement du système monétaire pour appréhender les enjeux de la transition vers une économie soutenable. Commençons par répondre à ces deux questions : A) qu’est-ce que l’argent ? B) d’où vient l’argent ? Après avoir tiré les enseignements qui s’imposent, je pourrai aborder les pistes de réformes en vue d’effectuer la transition vers une économie stationnaire dans mon prochain billet.

A) Qu’est-ce que l’argent ?

L’argent, c’est avant tout une idée. Une idée qui possède trois fonctions :

1.      agir comme intermédiaire des échanges

2.      fournir une unité de compte

3.      représenter un stock de valeur

L’argent tire sa valeur de la confiance qu’ont les gens dans sa capacité à acheter d’autres biens. Par exemple, si vous me donnez un bout de papier contre une télévision, je ne vais l’accepter pour paiement que moyennant le fait que j’ai confiance de pouvoir acheter d’autres biens avec ce bout de papier. Je ne m’attarderai pas sur la façon dont le prix d’un bien, et donc sa valeur d’échange, est fixé. Par contre, observons que pour remplir sa fonction, la valeur de l’argent, c’est-à-dire son pouvoir d’achat réel, doit rester stable. Si ce n’est pas le cas, ses utilisateurs vont perdre confiance dans cette monnaie, ce qui va provoquer l’effondrement de sa valeur. Dans les faits, l’Etat rend obligatoire l’acceptation de sa monnaie comme moyen de paiement, ce qui augmente très fort le « capital confiance » de cette monnaie.

B) D’où vient l’argent ?

Historiquement, la monnaie a évolué en trois phases : (1) la monnaie-marchandise (e.g. l’or) ; (2) la monnaie fiduciaire (e.g. un certificat lié à l’or) ; (3) la monnaie-papier (des certificats non liés à un bien. e.g. les billets) (je n’ai pas retrouvé les termes exacts en français, j’ai fait au mieux):

La monnaie-marchandise

1.      L’or a un véritable coût d’extraction et une valeur propre en tant que bien en plus de sa valeur d’échange en tant que monnaie. Ces deux valeurs tendent à s’égaler. Si l’or en temps que bien vaut plus que l’or en tant que monnaie, alors les pièces d’or seront fondues en lingots et revendues jusqu’à ce que le prix de l’or en tant que bien égale la valeur de l’or en tant que monnaie. L’offre de monnaie i.e. la quantité de monnaie en circulation, va être déterminée par le rythme d’extraction d’or et pas par le gouvernement ou les banques. Ceci peut être vu comme un avantage, mais du côté des désavantages, l’offre de monnaie n’est pas liée à l’activité économique. En outre, choisir un bien comme étalon standard fourni une monnaie commune pour le commerce international.

Sous ce système, les déficits commerciaux d’une Nation étaient réglés en or, et les surplus accumulés en or. Etant donné que l’or était aussi une monnaie nationale, l’offre de monnaie dans les Etats déficitaires diminuait, et inversement pour les Etats bénéficiaires. En conséquence, le niveau des prix diminuait dans les Etats déficitaires, ce qui stimulait les exportations et décourageait les importations. Au contraire, elle augmentait dans les Etats bénéficiaires, ce qui stimulait les importations et décourageait les exportations. Ce mécanisme restaurait l’équilibre de la balance des paiements sur le long terme, les déséquilibres commerciaux se corrigeaient automatiquement, mais moyennant des ajustements pénibles des prix et du taux d’emploi.

La monnaie-fiduciaire

2.      La monnaie fiduciaire en tant qu’étalon standard fonctionnerait de la même façon que l’or-marchandise s’il y avait une relation proportionnelle entre le nombre de billets en circulation et l’or existant (un billet pour un lingot par exemple). Mais avec ce type de monnaie, on a évolué vers le système de réserves fractionnelles toujours en vigueur. Les orfèvres avaient pour habitude d’effectuer des prêts en or aux gens, mais l’or est lourd est difficilement transportable. Pour éviter cet inconvénient, de l’argent fiduciaire fut créé représentant la valeur de l’or prêté par l’orfèvre à l’emprunteur. Dès lors qu’on faisait confiance aux orfèvres, ce document circulerait avec la même valeur que si c’était l’or qu’il représentait. C’est ce qui s’est passé, les gens commencèrent à s’échanger les certificats émis par l’orfèvre comme si c’était l’or qu’ils représentaient. Bientôt, les orfèvres devinrent banquiers. Très vite, ils comprirent que tous les déposants ne retiraient pas le stock d’or dans leur coffre au même moment. C’est ainsi que, attiré par l’appât du gain, ils se mirent à émettre des prêts pour un montant excédant la valeur de l’or contenue dans leurs coffres. Cette pratique fut légalisée pour les besoins de l’expansion du commerce européen. Statistiquement, elle fonctionne dès lors que les déposants ne retirent pas tout leur or à la fois –une panique financière qui mène à la faillite.

Suite à des paniques financières répétées, il fut convenu d’assurer les dépôts des banques par une banque centrale. En cas de rush sur une banque, celle-ci interviendrait comme prêteur en dernier recours  pour éteindre l’incendie. Mais ce mécanisme d’assurance a provoqué un incitant pour les banques à prendre encore plus de risques (hasard moral en économie). Le système de réserves fractionnelles permettait aux banques d’émettre une quantité de monnaie (sous la forme de prêts) bien plus importante que ce qu’elle avait dans ses coffres en or.

La monnaie-papier

3.      Au bout du compte, on a cessé de lier la valeur de l’argent à celle de l’or, et du vulgaire papier fut déclaré « monnaie » par le gouvernement. La monnaie est imprimée par le gouvernement à un coût de production négligeable, ce qui présente un avantage certains par rapport à l’or qui possède un coût d’extraction important. En tant qu’émetteur de la monnaie, le gouvernement fait un profit sur la différence entre la valeur marchande du papier (presque nulle) et sa valeur monétaire (5euros, 10 euros, etc ; en fonction du chiffre marqué sur le papier). Chacun doit renoncer à l’équivalent d’un euro de services ou de biens pour avoir un euro papier, à l’exception de l’émetteur de la monnaie qui ne renonce à presque rien (seulement le coût du papier) pour avoir un euro représentant un pouvoir d’achat réel. Aujourd’hui, le système de réserves fractionnelles est tout à fait dématérialisé : chaque billet ne représente plus une quantité d’un bien réel (historiquement, l’or). En vérité, un billet ne représente rien, si ce n’est une idée.

Il est impératif de comprendre que la quantité de monnaie-papier créée par les banques privées en tant que prêts est largement supérieure à la quantité d’argent créée par les gouvernements. 95% de l’argent en circulation est émis par les banques sous la forme de DETTE. Une partie des revenus sur ce nouvel argent émis sous forme de dette, les intérêts sur le prêt, est reversée aux déposants. Le reste des intérêts va dans la poche des banquiers.

Dans le système monétaire actuel, l’argent est composé de la monnaie (pièces, billets) plus la totalité des dépôts à vue. La monnaie est créée par le gouvernement et celui-ci ne charge aucun intérêt pour ce service. Les dépôts à vue sont créés par les banques « out of nothing » (il existe des plafonds fonction des réserves à la banque centrale) et celle-ci chargent un intérêt pour ce « service ». Par exemple, lorsque vous contractez un emprunt pour acheter une maison, vous n’emprunter pas l’argent de quelqu’un d’autre. En réalité, la banque vous prête de l’argent qui n’existait pas avant, qu’elle créée en inscrivant le prêt à votre nom. Lorsque vous remboursez votre prêt, ceci détruit l’argent (le principal) qu’elle vous a prêté initialement. Cette destruction d’argent sera étalée sur toute la durée de remboursement du prêt.

Pour aborder le débat qui va suivre, il est primordial de comprendre les éléments suivants :

1. Les banques ne créent que le montant du principal lorsqu’elles effectuent un prêt alors que l’emprunteur doit rembourser le principal plus les intérêts. Tous les emprunteurs sont donc en compétition dans le monde réel pour essayer de capter ce montant. Au temps t, il est impossible que tous les emprunteurs remboursent leur prêt en même temps. Certains d’entre eux feraient nécessairement défaut puisque seul le montant global du principal de ces prêts est en circulation. La désynchronisation des remboursements permet au système de ne pas s’écrouler.

2. Les banques ont un incitant à prêter toujours plus car cela fait augmenter les perspectives de gains tirés des intérêts (et les risques liés à un défaut de remboursement)

3. Lorsque le montant cumulé des intérêts sur les prêts contractés par les gouvernements, les particuliers, et les entreprises devient trop important par rapport à la totalité de l’argent en circulation, le risque de défaut de certains emprunteurs devient très important, ce qui pousse les banques à prêter toujours davantage, donc à créer toujours plus d’argent, pour éviter des défauts en cascade. La crise financière de 2009 a été provoquée par ce mécanisme (elle n’est toujours pas finie, le système financier mondial va inévitablement s’écrouler, la question est de savoir quand : voir mon article « Chinamérique, pourquoi le système financier mondial va t’il s’écrouler ? » ).

4. Puisque les banques doivent créer toujours plus d’argent dette pour éviter un écroulement du système tout entier, il faut que l’économie réelle croisse en conséquence, sans quoi l’injection de liquidités croissantes dans le circuit économique provoque de l’inflation (il y a plus d’argent en circulation alors que la production de biens et services reste identique. Dans ce cas, le pouvoir d’achat d’une unité de monnaie diminue. Concrètement, les prix augmentent).

C) Conclusion :

Le système monétaire actuel nécessite la croissance pour se maintenir, sans quoi il s’écroule. Il va s’écrouler, ce n’est qu’une question de temps. Dès lors que le rythme de remboursement des prêts équivaut au rythme d’émission de nouveaux prêts, la masse monétaire reste stable. Si celui-ci est supérieur au rythme d’émission, la masse monétaire se contracte, et inversement. Dans une économie sans croissance du PIB, la masse monétaire se contracte à mesure que les gens remboursent leur dette. Or, sans dette, pas d’argent!

Si vous n’avez pas saisi tout le contenu de ce billet, je vous encourage à regarder l’excellente vidéo « l’argent-dette » de Paul Grignon qui décrit de façon simple et ludique le fonctionnement du système financier : un « must watch » absolu !!!

Par rapport à l’écroulement du système financier, je vous suggère de regarder cette excellente vidéo de  Richard Heinberg: « the End of Growth » . Certains argueront que cette source est trop partisane. A ceux-là, je conseille de taper « american collapse » sur youtube, ils découvriront une bibliothèque variée sur le sujet.

Ces fondations posées, je pourrai aborder dans mon prochain billet la question des réformes monétaires à implémenter pour effectuer la transition vers une économie stationnaire.

STEADY STATE 3 : limiter les inégalités

A) Limiter les inégalités, pourquoi ?

1. Une distribution équitable des richesses comme substitut à la croissance

Ricardo et le profit comme moteur de l’expansionnisme économique

 La réduction des inégalités sociales est une pierre angulaire de l’économie stationnaire, une condition absolue pour que ce modèle économique soit viable. Henry Wallich (1914-1988), économiste et banquier central américain de renom a dit « que la croissance est un substitut à l’égalité des revenus. Aussi longtemps qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir, ce qui rend les différentiels salariaux tolérables ».

S’il est une vérité dérangeante, c’est celle que le capitalisme avec pour moteur le profit, débouche sur une concentration toujours plus grande de la richesse dans les mains du capital (voir graphe 1; source: rapport « Enough is enough: ideas for a sustainable economy in a world of finite resources« ).

Geneviève Azam explique très bien la mécanique de ce processus d’accumulation dans son livre « le temps du monde fini, vers l’après-capitalisme » (2010 ; p21) :

David Ricardo, influencé par Thomas Malthus, anticipait l’état d’un état stationnaire, d’un suspens de l’histoire, du fait de la rareté des ressources naturelles conjuguée avec la croissance de la population. En raisonnant à partir de la situation en Angleterre, il montrait que la pression de l’augmentation de la population exigerait la culture de terres de moins en moins fertiles et engendrerait de ce fait une hausse des coûts de production et celle corrélative des prix agricoles et alimentaires. Or, les céréales étant la base de la consommation ouvrière, l’augmentation des prix alimentaires, tout en enrichissant les propriétaires fonciers, se traduirait par une augmentation des salaires et une baisse inéluctable des profits, conduisant finalement à un blocage de l’expansion économique. Pour retarder la venue de cet état stationnaire, Ricardo a préconisé le libre-échange qui fut adopté par l’Angleterre de manière à permettre les importations massives de céréales et la baisse des prix agricoles. Le profit ainsi restauré pouvait alimenter le processus d’accumulation. Le libre échange fut ainsi la réponse donnée à la limite des ressources en un lieu, limite qui pourrait être compensée par des échanges avec un ailleurs à conquérir par le commerce.

 Le libre échange a repoussé l’illusion d’un monde infini en permettant de nourrir le processus expansionniste qui semble être la condition de survie du capitalisme. Cette idée était d’autant plus séduisante que Ricardo avance que dans le commerce international il n’y a pas de perdants : le libre-échange enrichirait pacifiquement chaque pays, c’est la doctrine du doux commerce si chère à Montesquieu. En pratique, on voit que c’est loin d’être le cas, ce qui n’est pas une surprise si on comprend bien la dynamique prédatrice qui sous tend le processus d’expansionnisme du capitalisme –l’expansionnisme économique suppose un impérialisme économique qui débouche sur l’exploitation et l’asservissement d’autres peuples. Ce débat est très intéressant, mais ce n’est pas l’objet de cet article. Ici, ce qui compte, c’est que dans une économie stationnaire, il y a une limite supérieure à l’utilisation des ressources. Dès lors, on ne peut compter sur une croissance infinie pour éluder le problème de la répartition des richesses. Ceci est vrai dès lors qu’on admet qu’il n’a pas de découplage entre la croissance de l’économie et son impact matériel (il faut toujours plus de ressources pour continuer à croître), hypothèse largement confirmée par Tim Jackson, pour ne citer que lui. Dans ce cas, une plus grande égalité dans la distribution des revenus est un substitut à la croissance.

Progrès technologique et croissance qualitative

Toutefois, soyons honnête, mais aussi optimiste, il ne faut pas occulter le troisième paramètre de l’équation IPAT (voir mon article précédent : « STEADY STATE 2 : limiter la population ») : le progrès technologique. Partant du principe que la population serait stabilisée, et que l’input de matière première serait stabilisé, la technologie permettrait de restaurer une croissance. En effet, avec cette double limite supérieure, la production serait contrainte d’augmenter son éco-efficacité en permanence pour dégager de nouveau surplus. Surplus qui seraient réinvestis dans une forme de croissance qui n’augmenterait pas l’impact environnemental de l’économie. En effet, si vous disposez de 100 watt d’énergie pour votre activité économique et que vous arrivez à en économiser 10 suite à des innovations technologiques développées à partir d’un stock identique de ressources, vous pouvez réinvestir ce surplus dans une activité qui par définition ne pourra consommer davantage de ressources puisque l’input de matière serait limité. En d’autres termes, il s’agirait de faire plus avec autant, de passer d’une conception quantitative de la croissance à une conception qualitative, ce qui matérialiserait un équilibre dynamique.

Ce raisonnement est séduisant mais la réalité est plus compliqués. D’un point de vue physique, la thermodynamique nous enseigne que « faire plus avec autant » est une équation impossible : on ne créée pas de la matière ni de l’énergie. Dès lors, il est crucial de se poser cette question : comment font les écosystèmes, des systèmes complexes dynamiques,  pour se développer ? La réponse est simple : ils captent l’énergie solaire à travers la photosynthèse. Voilà la solution, la seule qui ne confine pas la théorie biomimétique de l’équilibre dynamique au rang de théorème impossible. Mais ne nous trompons pas : une croissance qualitative ne signifie pas une augmentation du stock de capital. Non, celui-ci est maintenu constant, c’est le principe d’une économie stationnaire. Simplement, son utilisation est dynamique : la production est réorganisée en permanence en fonction des préférences et de l’évolution des possibilités technologiques. Ceci implique bien sûr de disposer d’un flux infini d’énergie (à l’échelle de l’humanité) que seul le soleil peut nous fournir. Le « cradle to cradle », le modèle 100% de recyclage, n’est possible qu’à cette condition (bien qu’en réalité il y ait toujours une dégradation entropique de la matière).

2. Les bénéfices d’une société plus égalitaire

La rapport de la première conférence sur l’économie stationnaire (p.58) mentionne des bénéfices d’une distribution plus équitables des revenus et des richesses. Ils citent le livre de Wilkinson et Pickett, « The Spirit Level » qui en liste quelques uns :

  •       Meilleure santé et espérance de vie plus longue
  •       Moins de problèmes de dépendances (drogues, alcool,etc)
  •       Moins de violence et un sentiment d’insécurité moins patent
  •       Taux de fécondité des adolescents moins élevé
  •       Les enfants ont un meilleur niveau de bien être
  •       Moins d’obésité
  •       Moins de maladies psychologiques (dépressions…)
  •       Plus de mobilité sociale

Et puis, le graphe 2 ci-dessous parle de lui-même, right ( source: source: rapport « Enough is enough: ideas for a sustainable economy in a world of finite resources« )?

Sans oublier que les sociétés inégalitaires exacerbent la compétition pour acquérir un statut social. Une compétition qui débouche sur une augmentation de la consommation et qui donc amplifie un  davantage le problème environnemental. Un enjeu majeur de l’économie stationnaire est d’orienter les comportements de compétition vers des comportements de coopération.

Enfin, un argument classique pour justifier les inégalités est que celles-ci favorisent les innovations. Cet argument est largement infirmé par le graphe 3 ci-dessous (source: rapport « Enough is enough: ideas for a sustainable economy in a world of finite resources« ). En réalité, les sociétés les plus créatives sont aussi les plus égalitaires.

B) Limiter les inégalités, comment ?

Plusieurs solutions sont envisagées :

  1. une redistribution de la richesse par la taxation (cf. la Suède). Une écofiscalité (e.g. taxation de la pollution) pourrait fournir la manne de redistribution.
  2. l’imposition de plafonds inférieurs et supérieurs aux revenus (cf. le Japon)
  3. L’encouragement de la démocratie d’entreprises. En particulier, les coopératives recèlent un potentiel important pour organiser la production de façon démocratique. Dans les formes capitalistes d’entreprises, la responsabilité sociale et environnementale des actionnaires devrait être développée.
  4. introduire un revenu citoyen minimum de base inconditionnel. Cette mesure est plus connue sous le nom « d’allocation universelle » est a fait (et fait toujours) l’objet de nombreux débats et recherches académiques. Il faudrait un article pour développer cette proposition, mais précisons ici que ce revenus minimum remplacerait les bénéfices directs versés actuellement par l’Etat (allocations de chômage et familiales, etc).
  5. Promouvoir des mécanismes alternatifs de récompense des bonnes performances en entreprises (plus de congés ? ).

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