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Mais au fait, la religion est-elle compatible avec la démocratie ?

Le mot culture implique le mot CULTE qui signifie hommage rendu à un dieu, et un dieu, c’est l’autorité suprême chez les croyant(e)s, un être INTROUVABLE qui se trouve à être placé au-dessus de la têtes de tout le monde par les croyant(e)s, une morale avec ses lois qui se doivent de s’appliquer à tous, suivant une logique conséquente, le dieu étant suprême, ainsi est sa loi  (1).

La Démocratie elle, c’est l’égalité des droits et libertés des individus sans égard, et sa conséquence directe est l’établissement de la JUSTICE HUMAINE, sans dieu ni diable (1).

Bien entendu, d’aucuns objecteront que la religion n’est pas un projet politique mais un ensemble de croyances personnelles qui n’ont aucune prétention à réguler la société, les rapports entre les hommes. C’est du moins ce à quoi l’organisation laïque des sociétés occidentales l’a réduite.

Il est vrai que la définition de la religion fait controverse, à chacun de se faire son opinion. En ce qui me concerne, je trouve réducteur de réduire la religion à sa dimension spirituelle, pour moi elle possède en tant que système de normes, une vocation institutionnelle; la laïcité a fortement raboté cette dimension en affirmant fondamentalement que la morale des hommes doit prendre le pas sur celle de Dieu. D’où, peut-être, le célèbre « Dieu est mort » de Nietzsche ?

Je ne suis ni anthropologue ni philosophe (quand bien même je ne désespère pas de le devenir au crépuscule de ma mort) mais si on accepte cette conception, les constitutions des Etats occidentaux qui fondent le contrat de base de la Loi humaine ne comportent t-elles pas un paradoxe en affirmant sans retenue la liberté de pratiquer une religion, donc selon la conception institutionnelle de la religion, de se rallier à un autre système de lois ? En clair, la liberté de culte, la liberté d’honorer un Dieu, plutôt que d’être considérée comme un des droits fondamentaux, ne devrait-elle pas être subordonnée au respect de ces droits ?

La question du voile résume bien cette contradiction: une femme voilée invoquera le plus souvent le prescrit religieux pour justifier le port de celui-ci. Mais la loi des hommes, considérée comme universelle en ce qu’elle s’applique à TOUS, ne doit-elle pas primer sur les particularismes de certains dès lors qu’un arbitrage doit-être fait ? En clair, la majorité démocratique n’a-t-elle pas le droit souverain de plier le prescrit religieux à sa volonté lorsqu’elle estime, souverainement, que celui-ci viole un de ses principes fondamentaux, j’ai nommé : l’égalité homme-femme ?

On doit se souvenir que démocratie signifie « souveraineté du peuple » et par conséquent subordonne toute référence transcendantale à la Loi des hommes. La religion dans sa dimension politique n’est pas compatible avec la démocratie. Second enseignement : il n’est nul raison d’interdire le voile si ce n’est pour des questions d’incompatibilité avec un droit de l’homme. Cette question doit être tranchée dans un hémicycle. Reste que même dans l’hypothèse d’une absence d’incompatibilité avec ledit droit, la question d’une interdiction générale doit être distinguée de celle d’une interdiction dans la sphère publique. En France, cette seconde question est réglée par l’application du principe de laïcité qui lui-même découle du républicanisme : le voile, au même titre que les autres signes religieux, n’a pas droit de cité dans l’espace public (à l’école, dans un hémicycle et dans les fonctions d’agent de l’Etat dans la conception républicaine française). En Belgique, c’est le flou artistique. Où sont passés les intellectuels ?

(1) Extrait d’une opinion sur un forum : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/05/005-integration-europe.shtml# . Exactitude étymologique vérifiée.

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La laïcité « à la belge » : un compromis boiteux.

Cet article se propose de réviser les principes de la laïcité à la belge afin de les mettre en perspective avec le modèle français et d’en dégager les contradictions. Ensuite, je formule des propositions de réforme de notre système afin d’assurer les conditions d’un vivre ensemble multiculturel émancipateur pour tous.

La laïcité à la belge (1):

La laïcité belge se différencie sous de multiples aspects du modèle français. Au contraire de celui-ci, l’Etat n’exclut pas les cultes, il les reconnaît sous certaines conditions. A ce jour, six religions sont reconnues : le catholicisme, l’anglicanisme, l’orthodoxie, le judaïsme et l’Islam, auxquelles vient s’ajouter une communauté philosophique non confessionnelle.

Ces cultes sont financés par l’Etat qui prend en charge les traitements et pensions des ministres des cultes, des aumôniers et professeurs de religion ainsi que l’organisation des cours dans l’enseignement officiel. En outre, les cultes reconnus peuvent aussi bénéficier de moyens publics affectés à la rénovation de leurs bâtiments.

Cette différence marquée par rapport au régime français s’explique par le facteur historique. En France, la laïcité est l’aboutissement d’une lutte anticléricale. A contrario, la construction de notre régime politique ne se fit pas contre mais avec l’Eglise, par l’alliance des catholiques et des libéraux qui cherchèrent à s’affranchir du régime de Guillaume d’Orange. Ce roi protestant chercha à détruire l’emprise du clergé catholique sur les territoires de l’actuelle Belgique en proclamant l’égalité des cultes, c’est un des facteurs qui déclencha la révolution de 1830.

La neutralité dans l’enseignement et la fonction publique (1):

Le principe de neutralité de l’enseignement est énoncé à l’article 24,§1er de notre Constitution : « (…) la communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et élèves. Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’obligation scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle ». Cette disposition légale justifie la neutralité du corps enseignant et du personnel des établissements scolaires.

La question du port des signes religieux au sein de l’enceinte scolaire divise. Vu l’absence de législation, chaque établissement possède la liberté de fixer ses propres règles. Dans plus de 95% des cas, le port de ces signes fait l’objet d’une interdiction.

Dans la fonction publique, le devoir de neutralité est modulé selon l’existence ou l’absence d’un contact entre l’usager du service public et l’agent. Un agent directement en contact avec le public est soumis à un devoir de réserve objectif qui conduit à ne pas porter de signe religieux ainsi qu’à un devoir de réserve subjectif dans les attitudes et sa conduite à l’égard des usagers des services publics.

Les contradictions du modèle belge :

La thèse que je vais défendre est que le système belge, contrairement au système français, est un bricolage sujet à de multiples contradictions. C’est le résultat d’un compromis qui si maintenu en l’état porte les germes de conflits à venir, notamment lorsqu’on envisage la place de l’Islam dans notre société. Sa grande faiblesse est qu’il repose sur une logique de rapports de forces qui présente le risque de nous exposer à la dérive communautariste, prémisse à l’éclatement du corps social.

Une des premières contradictions de notre modèle est qu’il existe une différence de traitement objective entre un croyant dont la religion est reconnue et les autres. Pour faire concret, un hindou n’a pas droit à une reconnaissance officielle de sa confession, c’est une discrimination qui loin de se justifier pour des raisons objectives repose sur une simple logique de rapports de forces. L’hindouisme n’est pas reconnu par l’Etat tout simplement parce que ses pratiquants constituent une minorité qui n’a pas atteint la masse critique pour porter ses revendications au cœur de l’espace public.

De cette contradiction en découle directement une autre : le fait que chaque citoyen au sens républicain du terme contribue financièrement, via l’usage de deniers publics prélevés par l’impôt, à financer les particularismes d’individus, soit le régime confessionnel d’autrui. Cette situation contredit clairement le principe de l’utilisation universelle des deniers publics cher à l’idéal républicain. Le Pacte Scolaire de 1954, qui établit les modalités de financement de l’enseignement catholique, porte également cette contradiction.

Ensuite, la neutralité belge provoque une incertitude juridique en posant des balises floues dans l’enseignement et la fonction publique. Elle porte les germes d’un conflit avec l’Islam en ce qu’elle établit une différence de traitement entre cette religion et les autres. En effet, l’Islam se singularise par le port de signes religieux ostentatoires, au contraire de la plupart des autres « grandes religions » (on voit dans cette expression l’absurdité du modèle belge)  de notre pays (l’hindouisme se manifeste aussi par le port de tels signes). Dès lors, en pratique, toute interdiction de port de signes religieux dans l’enseignement ou la fonction publique ne peut que viser le foulard islamique et aboutir à la stigmatisation d’une communauté. Sans oublier le risque qu’une école catholique bannisse le voile mais pas le port de la croix catholique par exemple.

Enfin, l’enseignement dispensé par l’Etat prévoit que chacun puisse choisir un cours confessionnel ou non confessionnels dans la liste des sept (voir plus haut). Je suis d’avis qu’il n’est pas du ressort de l’Etat de permettre à l’école la pratique du culte. L’école est un lieu d’étude, pas de pratique religieuse, par conséquent, c’est d’étude dont il doit être question. Sans oublier que ce système consacre ouvertement une approche communautariste : à chacun sa confession.

Le risque d’une dérive communautariste

On le voit, le modèle belge est loin de repousser le religieux dans la sphère privée. En particulier, le catholicisme conserve une emprise importante sur l’Etat via l’omniprésence et le maintien de l’enseignement catholique.

Quel est le problème me direz-vous, nous avons en Belgique une tradition de cohabitation pacifique entre l’Etat et le religieux. Ceci est certes vrai, mais il convient d’observer que cet équilibre est fragile car le modèle belge ne garantit pas qu’il ne puisse légitimement être remis en question. En effet, il serait logique pour chacune des religions reconnues par l’Etat d’aspirer à la même reconnaissance que le catholicisme. Pour être concret, refuser à l’Islam l’ouverture d’un réseau d’enseignement islamique subventionné par l’Etat constituerait une différence de traitement flagrante entre le catholicisme et l’Islam qui ne pourrait se justifier en droit. Seules des raisons historiques du style « le catholicisme vient de chez-nous et l’Islam d’ailleurs », un raisonnement communautariste, basé non sur le droit et le traitement égal de tous, pourrait légitimer un refus de financer un enseignement islamique. Or, l’ouverture d’un enseignement propre à chaque religion aurait pour conséquence directe l’éclatement du corps social et la balkanisation de notre société.

Un parachèvement de la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme condition d’un vivre ensemble pluriel

La Belgique est à la croisée des chemins entre la laïcité et le communautarisme, elle doit choisir entre ces deux options. Je suis d’avis que le modèle républicain bien que considérant son imperfection,  n’est pas sujet aux contradictions du modèle belge. Il rétablit une égalité en droit entre les religions qui fait défaut au modèle belge et en ce, évacue le risque d’une dérive communautariste. Je suis convaincu que le métissage du corps social doit nous pousser vers la laïcité comme modèle d’organisation d’un vivre ensemble pluriel, juste et équitable pour tous. Par conséquent, je me pose en faveur d’un parachèvement de la séparation entre l’Eglise et l’Etat en Belgique. Concrètement, ceci signifie l’application du principe de laïcité à la sphère publique dont le principal aboutissement serait la création d’un enseignement républicain, ce qui signifie une déconfessionnalisation des réseaux, un tabou en Belgique.

Toutefois, je suis pour certaines mesures d’assouplissement par rapport au modèle français. Ainsi, si je trouve que la pratique religieuse doit être confinée à la sphère privée, je suis convaincu que l’institution d’un cours multiconfessionnel dans l’enseignement en substitution d’un simple cours confessionnel permettrait de donner aux élèves des éléments de réflexions critiques pour d’une part relativiser leur propres référents religieux et d’autre part, jeter des ponts avec les autres cultures. Ensuite, je suis pour un financement des cultes « à l’allemande », ce qui signifie que l’Etat joue un simple rôle d’intermédiaire dans le financement de ceux-ci en centralisant les préférences de chacun. Selon ce système, chaque contribuable doit indiquer à l’Etat la confession qu’il pratique ou qu’il entend subsidier. De la sorte, chaque culte serait financé au prorata de son nombre de fidèles et l’égalité de traitement entre les religions garantie. Ainsi, le risque d’une lutte tribale des groupes religieux pour augmenter leur influence au sein de la sphère publique serait évacué.

Lutter contre la discrimination à l’embauche et les inégalités sociales en amont

Jean Jaurès affirmait que la république est « laïque et sociale ». Sans son corollaire qui est de lutter contre les inégalités sociales et la discrimination, l’idéal républicain n’est qu’un fantasme. En amont de la laïcité, un effort doit être fait pour promouvoir le dialogue, l’entente, le respect et la tolérance entre les différents individus qui composent la société. Tel est le prix à payer pour éviter la dérive communautariste et fonder une société multiculturelle respectueuse des convictions de chacun. Je suis d’ailleurs persuadé que l’échec du fédéralisme belge est avant tout celui d’un communautarisme exacerbé. Rétablir le vivre ensemble en Belgique passerait par une réhabilitation du corps politique, un débat assez loin des préoccupations actuelles.

(1) informations tirées du préambule au décret laïcité de la quatorzième simulation du parlement de la communauté française de Belgique.

La laïcité « à la française » : un idéal émancipateur pour tous.

Cet article propose (au risque d’être parfois approximatif) d’exposer ce en quoi la vision républicaine dont se réclament nos voisins français peut constituer un modèle fédérateur d’ethnies multiples et par la même contribuer à réhabiliter le vivre ensemble dans un contexte social aux identités multiples. Je conclus en opérant le lien avec la question de la place de l’Islam qui conditionne le vivre ensemble bruxellois.

Mes réflexions se basent sur un article de Dominique Schnapper (1)  mais de façon plus large elles sont un condensé de  mes lectures issues du dossier « la laïcité, le communautarisme et les principes républicains » compilé par l’Observatoire du Communautarisme (2).

L’idéal républicain

En un mot, la vision républicaine de la Nation est un concept permettant d’articuler les particularismes autour d’un socle de valeurs universelles. La république est un corps politique dont les constituants sont les citoyens. Chacun de ceux-ci possèdent une partie de la souveraineté de la Nation et sont égaux en droit devant la Loi. Ceci justifie la pratique politique qui considère qu’un Député ne représente pas un groupe particulier mais le corps politique  en excluant l’idée que des « communautés politiques » ou des « groupes ethniques » particuliers puissent être reconnus en tant que tel dans l’espace public. La maxime « la République est une et indivisible » synthétise bien l’essence de ce corpus philosophique. Bien évidement, l’idéal républicain repose sur une distinction entre ce qui relève du domaine public, et donc par essence concerne tous les citoyens, de ce qui relève de la sphère privée qui elle concerne des individus. L’individu, par opposition au citoyen, est concret, il s’identifie à des communautés, à des particularismes.

Le pari de l’idéal républicain est que le corps politique, universel, doit primer sur les communautés, qui ne reflètent que des particularismes. Cette condition est essentielle pour se prémunir d’une balkanisation de la société et d’une appropriation de l’espace public, de ce qui relève de l’universel, de tous, par quelques-uns.

La laïcité et « l’école du citoyen » comme principes organisant le vivre ensemble

La laïcité est l’instrument par lequel l’idéal républicain prend corps et réalise son objectif émancipateur pour chaque individu, sans préjudice de sa couleur de peau, son sexe, ses convictions philosophiques ou religieuse. Elle se pose en un principe d’intégration en considérant que dans l’espace public, les hommes sont des citoyens libres et égaux. Ainsi, l’Etat, qui est l’émanation des citoyens formant la Nation est par définition concerné par les matières relevant du domaine public. En ce, il ne peut reconnaître ni financer aucune religion (voir loi de 1905) ou conviction philosophique (athéisme, déisme,…) qui par définition ne concerne que les seuls fidèles et par la même relève du domaine privé. C’est ce qui fonde la laïcité. En refusant de reconnaître une religion ou une forme de conviction philosophique plutôt qu’une autre, la laïcité organise l’égalité, le respect des particularismes de chacun.

Dans l’optique républicaine, l’école relève du domaine public. Elle est le lieu où la rencontre des citoyens  rend l’intégration possible. Toute personne, quelle que fût son origine où ses croyances, est susceptible d’être intégrée dans la société politique si elle reçoit l’éducation nationale par laquelle des individus issus de tous horizons deviennent des citoyens. Ceci implique, vous l’aurez compris, que l’école est organisée sur des bases universelles et de ce fait ignore volontairement les particularismes, soit : le sexe, les origines et les convictions religieuses de chacun. Ce raisonnement justifie le bannissement du port de signes convictionnels dans le cadre scolaire. Une méprise courante est de penser que les lois qui organisent cette interdiction relèvent d’un cas d’exception visant l’Islam, le foulard islamique en particulier. Il n’en est rien, car tous les signes convictionnels (religieux ou philosophiques) sont bannis. La laïcité s’organise donc bien autour du principe d’égalité. L’école est alors considérée comme le lieu de savoir, ou chaque individu est invité à prendre une certaine distance par rapports à ses origines, à s’inscrire dans une démarche auto-réflexive. C’est ainsi que la République entend former des citoyens critiques et responsables, elle peut alors légitimement se réclamer d’une logique d’intégration émancipatrice pour chacun.

Critique

La vision républicaine possède bien entendu ses détracteurs. Les penseurs communautariens s’appuient sur la critique Marxiste pour justifier leur doctrine communautariste: en traitant également des personnes inégales, le prétendu universel républicain légitimerait les discriminations réelles. Cette critique évoque le plus souvent la situation des Afro-américains et des filles voilées pour qui une interdiction du port du voile dans l’espace public constitue un préjudice important puisqu’elle les exclus de la gestion des affaires de l’Etat, de la fonction publique.

Cette critique fait sens. Elle s’expose néanmoins au  contre-argument qu’il faut « comparer le prix » des autres politiques possibles. Et là, vous le devenez, la critique à l’égard du communautarisme, de politiques particularistes (prenant la forme de discriminations positives), est virulente. Elle s’articule principalement autour de trois points. Pour commencer, ces politiques enferment l’individu dans ses particularismes, en ce qu’elles confortent l’idée qu’un individu ne naît pas comme un être avec une identité à construire, mais avec une identité donnée. Ensuite, elles ne facilitent pas l’intégration sociale en organisant un repli identitaire qui débouche sur une forme de balkanisation de la société. Enfin, elles rendent caduc le principe d’égalité entre des groupes. En effet, comment assurer l’égalité de divers groupes si on leur donne des droits différents (nldr : c’est la logique des accommodements raisonnables) ?

L’Etat providence :

Habituellement, les politiques sociales doivent corriger les défauts de l’universalisme républicain et assurer réellement l’égalité des chances. L’Etat doit intervenir en faveur des plus faibles. Dans cette optique, l’échec de l’intégration n’est pas imputé à un disfonctionnement du modèle républicain mais aux politiques sociales, la différence entre celles-ci et les politiques communautaristes, est que les premières sont destinées à tous, pas à une ethnie en particulier. L’Etat Providence rencontre donc les aspirations de la critique marxiste qui prône une égalité réelle et pas simplement formelle. Toutefois, les politiques sociales étant dans la pratique souvent orientée vers des groupes particuliers, elles constituent une forme de discrimination positive tendant à leur « ethnicisation ». Dans ce cas, on passe du formel à l’individuel, de l’universel au singulier. On peut donc dire qu’en pratique chaque politique sociale est une forme de discrimination positive.

Sortir d’une logique de rapports de forces :

Au final, la laïcité est davantage un concept philosophique qu’une spécificité française. Son grand mérite est de proposer une logique qui se soustrait à celle des rapports de forces en créant un espace qui est la condition de coexistence des libertés. Le communautarisme au contraire procède d’une logique tribale qui expose au risque que chaque groupe essaye de maximiser son emprise sur l’Etat, de s’approprier l’espace public. Au contraire, le républicanisme civique garantit qu’aucun groupe ne puisse s’approprier cet espace, la Nation.

Cette conclusion pèse de tout son poids lorsqu’on envisage la question de la place de l’Islam en Europe (qui dans le cas qui nous intéresse, se pose avec une acuité particulière à Bruxelles). La question est moins celle du voile que celle d’une peur d’un retour à une forme d’obscurantisme découlant des revendications d’un Islam politique. Car soyons clair, la laïcité en établissant une césure stricte entre le pouvoir temporel et spirituel entérine définitivement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La Laïcité, en ce qu’elle réduit la religion à ses aspects cultuels implique que celle-ci doit renoncer à sa prétention à l’organisation institutionnelle d’une société, ce qui très clairement signifie qu’il est exclut qu’une religion revendique un quelconque projet politique.

On dit souvent de l’Islam que c’est une religion d’Etat, sa spécificité est d’instaurer un véritable système juridique. Contrairement à Jésus, Mahomet a établit son propre Etat islamique dans la ville de Médine. Or, toutes les revendications idéologiques visant à faire adopter par l’Etat les principes de l’Islam portent les germes d’une profonde incompatibilité avec le modèle occidental dont, je le répète, une des spécificités est la séparation des pouvoirs temporels et religieux.

Le modèle belge s’écarte sur bien de ses aspects du modèle républicain. Il sera intéressant d’en analyser les principes dans un premier temps afin peut-être d’en tirer des enseignements ou d’en souligner les contradictions. Au terme de cette démarche, j’espère peut-être aboutir à des propositions critiques claires afin d’envisager la question d’une société multiculturelle plus sereinement. Suite au prochain épisode.

(1)   Cet article D., Schnapper (juin 2000). L’universel républicain revisité. VEI enjeux, 121.

(2) Voir : http://www.communautarisme.net/Laicite-communautarisme-et-principes-republicains_r40.html

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