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Quelle politique d’immigration ?

Le débat n’est pas encore sur la place publique mais il couve dans l’opinion depuis un moment (çà risque de changer avec le meurtre cette semaine à Bruxelles d’un juge de paix) . La question de l’immigration, en particulier à Bruxelles, commence à réclamer des prises de position claires des partis.

A ce propos, Didier Reynders précisait ses vues dans la Libre de ce jeudi 3 juin. Son discours s’articule en trois points : (1) le droit d’asile (ndlr : lorsqu’un être humain est persécuté dans son pays) est inconditionnel, (2) on ne peut accueillir toute la misère du monde, il nous faut être réaliste et donc veiller à ne pas donner un signal trompeur, (3) chacun, belge ou immigré est tenu de respecter nos valeurs : les droits de l’homme (à commencer par l’égalité homme-femme), la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la démocratie et l’Etat de droit. Ces positions convergent à 100% avec celles prisent par Alexander De Croo lors de son récent passage à Liège (voir : « Alexander De Croo : les libéraux sont avant tout des réformateurs »).

Bien, je suis d’accord, mais j’ajouterai un volet : pour trouver le juste équilibre entre devoirs et droits, il faut donner des outils. C’est la démarche qu’a adopté la Flandre en subordonnant l’octroi d’un logement social par exemple à sa politique d’inburgering. Un étranger qui souhaite avoir un accès à ce type de logement (= effort de la collectivité) doit en contrepartie apprendre le néerlandais (= effort de l’individu ET de la collectivité car les cours sont payés par celle-ci). On ne demande pas à un immigré de se défaire, se déposséder de son identité –il peut toujours converser dans sa langue en privé – mais parler la langue du pays d’accueil est la condition sine qua non d’une intégration réussie. A noter que cette démarche doit être volontaire, car c’est cette dimension qui fonde la réciprocité entre les droits et les obligations mutuels des deux parties : un contrat lie la société et l’immigré.

Cette notion de contrat est fondamentale, car ce n’est que si une des parties rempli sa part du contrat et pas l’autre qu’on peut légitimement parler de rupture, ce qui dans les faits peut se traduire par une expulsion. La société doit par exemple lutter activement contre la discrimination à l’embauche et la formation de ghettos dans les écoles et les quartiers. En contrepartie, les incivilités et agressions répétées ne sauraient être tolérées. Il en va de même pour la remise en question ouverte de nos valeurs : le polygamisme et l’appel au boycott de la démocratie par exemple. Si la société n’est pas exemplaire sur les points cités –d’où la nécessité d’un dialogue permanent – , qu’elle cesse de feigner de s’étonner si les étrangers ne remplissent pas leur part du contrat.

Donc, une politique d’immigration efficace réclame des mesures en amont et en aval. Le volet prévention doit s’accompagner d’un volet sanction. Les deux vont de pair, ils sont inséparables. Sur ce dossier, une fois n’est pas coutume, seule la synthèse des sensibilités de droite et de gauche est synonyme d’un mieux pour tous. Car l’immigration est un contrat win-win, on a un peu trop tendance à l’oublier : notre démographie est en berne. Sans oublier que ce sont toujours les immigrés de la dernière génération qui font toutes les merdes qu’on ne veut pas faire nous même. Le Respect est synonyme de réciprocité, c’est une valeur à double sens.

Aujourd’hui, il est temps de lutter en amont contre la ghettoïsation de la société à Bruxelles et en aval sur le volet sanction (application des peines et respect de nos valeurs fondamentales). Sans vouloir tomber dans l’amalgame, la poussée insécuritaire démontre probablement une chose : notre modèle d’intégration n’est pas un succès.  Il faut corriger le tir. A ceux trop enclin à me taxer de populisme, je dis « stop au politiquement correct »: il y a un lien de corrélation entre la poussée de violence à Bruxelles et notre modèle d’intégration, c’est très clair. Les immigrés sont souvent les plus précarisés, cette précarisation débouche sur des violences sociales. Attention toutefois: je n’ai pas dis que tous les immigrés étaient des délinquants, simplement, c’est cette tranche sociale (et non ethnique) qui est la plus exposée à la précarisation. Or, il y a un lien de corrélation fort entre précarisation sociale et délinquance. Refuser de poser ce constat, c’est faire l’autruche, se conforter dans le rôle du bien-pensant.

« ouverture et fermeté » donc.

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Justice et insécurité à Bruxelles : réformer le modèle bruxellois.

Le sujet de l’insécurité dans la capitale est omniprésent dans les médias, il faisait le gros titre du Vif de la semaine du 12 février. Les slogans qualifiés de populistes du type « tolérance zéro » sont partout ; le débat sur la fusion des six arrondissements de police  vire à l’empoignade communautaire ; les juges crient au manque de moyens, le sentiment d’impunité n’a jamais été aussi grand ; la note de réforme de l’application des peines du Ministre De Clerck (CD&V) est sous le feu de la critique. Bref, l’institution judiciaire est en crise.

Ce mercredi 10 mars, Armand De Decker (MR), président du Sénat, faisait une sortie dans la Libre. Il y dénonçait la montée de la violence à Bruxelles et le climat d’impunité qui règne et proposait d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires. Cette intervention musclée sur la justice et la sécurité à Bruxelles intervint après un assassinat violent  à Uccle. Réactions choquée de tous les partis francophones, y compris au MR.

Je me rappelle d’une statistique dans un article de la Libre qui doit marquer les esprits au fer rouge (malheur, j’ai perdu la référence du dit l’article). Il y aurait actuellement plus de 100.000 demandeurs d’emplois à Bruxelles dont 60.000 n’ont pas leur diplôme du secondaire. Les statistiques d’Actiris du mois de février indiquaient quelques 6000 offres d’emploi. D’où la conclusion de l’auteur de l’article : la racine de la crise sécuritaire à Bruxelles est l’insécurité socio-économique. Celle-ci dégénère en violence urbaine. Dans ce cas, comme le dénonce Michaël Dantinne, criminologue et pénologue (Ulg) dans un article du Vif du 12 février, vouloir placer la charge du problème sur l’individu est très confortable pour l’Etat.

En effet, l’échec est collectif. Sans vouloir verser dans la polémique ou les caricatures xénophobes,  les chances sont grandes –je ne dispose pas des chiffres – pour que la population des sans emplois soit en majorité composée d’immigrés. Ce postulat demande confirmation mais observons néanoins qu’il implique ce constat : notre modèle d’intégration est un échec. A ce sujet, je me rappelle d’un édito de la Libre : « non, Bruxelles n’est pas le nouveau Chicago sur Seine ». Et pourtant, lorsqu’on se balade rue de la Loi, le cœur de nos institutions démocratiques, en direction du Jardin Botanique, le contraste une fois dépassé celui-ci est saisissant. J’avoue avoir été choqué. Comment cela est-il possible à  un kilomètre de distance? Vous passez d’un quartier chic, propre, aseptisé, au ghetto en un clin d’œil. Osons dire les choses. Le sentiment est plutôt bizarre pour un liégeois, la Cité Ardente a une réputation sulfureuse sur ce plan.

Le politique n’a une fois de plus pas anticipé le problème. Comment alors ne pas avaliser le constat flamand que Bruxelles est mal gérée ? Ce serait trop facile, les flamands dénoncent une réalité rendue possible par un jeu institutionnel impraticable qu’ils imposent. En effet, comment ne pas dénoncer l’hypocrisie du jeu institutionnel bruxellois lorsqu’on sait que le poste de gouverneur de Bruxelles, qui possède les pouvoirs de coordination en matière de police, est vide depuis le 1er janvier 2009 et qu’il  faut une loi à majorité spéciale, recueillant la majorité dans les deux groupes linguistiques, pour transférer ces compétences vers la région (1) ?

Le modèle institutionnel bruxellois me semble définitivement avoir atteint ses limites. Il est temps de le réformer.

(1) le Vif, 12 février 2010, p.26.

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