les idées qui font des petits!

Archives de août, 2010

Oil Peak: the world after 9/11

« La vie a besoin d’illusions, c’est-à-dire de non-vérités tenues pour des vérités » (Friedrich Nietzsche)

« le pétrole c’est le sang noir du Diable » (proverbe saoudien)

Ce film développe explicitement la thèse (énoncée dans mon billet précédent) selon laquelle il existe un lien étroit entre l’imminence du Pic pétrolier (Oil Peak) et les attaques du 11 septembre : inspirées des vues exposées par le stratège Samuel Huntington dans son livre « The Clash of Civilizations », la guerre contre le terrorisme n’est qu’un prétexte pour renforcer le contrôle stratégique des Etat-Unis sur les ressources pétrolières et endiguer le déclin de l’Occident en le mobilisant contre un ennemi commun. Al Quaïda, Ben Laden ne sont que des outils de propagande, une devanture qui dissimule la politique énergétique prédatrice des Etats-Unis dans la région du Golfe persique et de la mer Caspienne.

Certains crieront à la théorie du complot. Et pourtant, seule cette version colle aux faits. La face du monde a profondément changé depuis les attentats du 11 septembre, il est temps que l’opinion publique en prenne la mesure et sorte de l’état de déni dans lequel on essaye de la confiner.

“Do not give them the benefit of the doubt, act now!”

Publicités

La Fin du Pétrole

Et si on oubliait un peu la cuisine interne pour parler des vrais problèmes ? En tête du hit parade des missiles atomiques contemporains, loin devant BHV, M. Pétrole. J’avoue contracter un rictus cynique à chaque fois que je pense au bordel que çà va être à l’horizon 2015, lorsque le monde va devoir complètement se réinventer. Franchement, mai 68 c’était de la gnognotte comparé à l’ouragan de folie qui va bientôt défricher nos convictions les plus profondes. Le changement sera brusque et violent, nous ne sommes en rien préparé, ni psychologiquement, ni techniquement à la fin du pétrole. Petit pamphlet  en l’honneur d’une révolution…

Bon, commençons par faire un point sur la situation après quoi nous détricoterons certains mythes populaires. J’ai lu La face cachée du pétrole d’Eric Laurent, l’auteur de la guerre des Bush, une référence dans ce domaine. Qu’est-ce que j’en retiens ? Tout d’abord, une certitude : il n’y en a plus pour quarante ans. Le fameux Pic de production de Hubbert i.e le point dans le temps où la production de pétrole atteint son maximum, est probablement en passe d’être atteint ou a déjà été atteint (voir graphe) dans la plupart des zones de productions : Etats-Unis, Norvège, Mer du Nord, Mexique, notamment. Je n’avancerai aucune statistique ici du fait qu’il est impossible de trouver des sources fiables du fait de leur caractère éminemment politique. Les grandes sociétés pétrolières qui détiennent à peu près 20% des concessions mondiales dévisseraient aussitôt sur le marché boursier si elles annonçaient que leurs réserves diminuent (une situation déjà vécue par Total). Les 80% des réserves restantes sont détenues par des Etats, essentiellement au Moyen-Orient. Or, leurs quotas de production, et donc leur richesse nationale, dépendent des réserves annoncées. Comme le précise Eric Laurent dans un passage clé de son livre (p.222), « les réserves totales des pays de l’Opep ont connu une croissance vertigineuse de plus de 65 %, passant de 467,3 milliards de barils en 1982 à 771,9 milliards de barils en 1991. Sans qu’aucune découverte d’importance ne justifie cette hausse de plus de 300 milliards de barils. Cette augmentation coïncide avec un nouveau système de quotas mis en application en 1986 par l’Opep ». En effet, cela fait près de 30 ans qu’on n’a plus découvert de gisement très important et la plupart des experts semblent s’accorder pour dire que la majorité du globe a été prospectée.

Une certitude donc, l’offre va plafonner et puis régresser progressivement. Quand précisément, c’est impossible à dire, les dires des uns et des autres sont trop contradictoires, mais je penche pour l’urgence. De 1990 à 2000, le prix du baril a oscillé aux alentours des 20$, pour ensuite constamment grimper en flèche et culminer à 144$ en juillet 2008 (Le Monde Diplomatique. Atlas 2010, p. 97). En décembre 2008, il chutait brutalement à 34$ le baril suite au début de la crise financière. Depuis, les prix ont effectué une lente remontée et oscillent autour des 74$ le baril. Sachant qu’à l’horizon 2030 les demandes de la Chine et de l’Inde seront respectivement multipliées par 7 et 5 (Le Monde Diplomatique. Atlas 2010, p. 97) la logique impose – et ce même si ce ne sont que des chiffres- que les prix et certaines régions du globe politiquement géostratégiques ne tarderont pas à s’enflammer (je pense en particulier à la bataille d’intérêts qui se déroule actuellement en Mer Caspienne ainsi qu’au pôle nord). D’ailleurs, pour les naïfs, il convient de préciser que l’Irak, bien sûr, fut envahi pour son or noir. L’administration Bush, en particulier son vice-président Dick Cheney ainsi que sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice  (ainsi que Bush père) entretiennent des liens étroits –le terme consanguins est des plus approprié – avec le sérail pétrolier. On pourrait résumer l’affaire ainsi : l’administration américaine a armé Saddam Hussein dans sa croisade contre l’Iran. Celui-ci en est sorti vainqueur, il disposait alors de la quatrième puissance militaire mondiale, mais revers de la médaille, ses finances publiques étaient exsangues. Entretemps, le Koweït était devenu l’Etat le plus riche de la planète (proportionnellement à sa population) grâce aux pétrodollars. Une solution naturelle s’imposait donc à Saddam : envahir le Koweït. C’est ainsi que les troupes irakiennes se trouvèrent –d’après les révélations d’Eric Laurent, environ 6 mois avant les attentats du 11 septembre – à la frontière de l’Arabie Saoudite. Face à l’effroyable perspective d’une prise de contrôle de l’Arabie Saoudite par Saddam –qui lui aurait assuré le contrôle des prix du pétrole sur le marché mondial – l’administration Bush s’est faite un devoir de limoger son ex-partenaire, devenu tyran. De là à dire que les attentats ont servi comme prétexte à envahir l’Irak, il n’y a qu’un pas, à chacun de se faire sa propre opinion. Cette brève digression –non sans intérêt – pour soutenir la thèse que nous sommes au crépuscule d’un choc pétrolier majeur.

Bien, passons à présent à la phase de détricotage de quelques mythes tenaces. Disons le sans détour (entendez le sarcasme dans ma voix), la plupart des économistes sont convaincus que nous sommes ici face à un faux problème. La thèse dominante, empruntée à la religion du sacro-saint marché, peut se résumer ainsi : la demande va excéder l’offre ainsi les prix vont augmenter et la demande s’ajuster. En outre, la hausse des prix en augmentant la rentabilité du coût du baril va permettre aux sociétés pétrolières de forer dans des gisements jusqu’alors inaccessibles, ce qui va permettre de stabiliser l’offre. Dès lors, c’est tout en douceur que nous sortirons de l’ère du pétrole, la hausse des prix graduelle du pétrole stimulant l’innovation technologique et donc la recherche de nouvelles formes d’énergie.

Des conneries. La Loi du marché est incapable de résoudre le problème de la rareté, c’est un mythe. Elle ignore les flux physiques, or c’est précisément cette dimension qui est pertinente lorsqu’on envisage ce problème. Dans la vision des économistes orthodoxes, l’économie « crée des richesses » or rien n’est plus faux, en réalité elle ne fait que transformer les matières premières, un stock de basse entropie, en bien de consommation, un stock de haute entropie. Le processus économique en contribuant à augmenter l’entropie du système ne fait que produire des déchets, au sens physique du terme. C’est là le lourd héritage de Nicholas Georegescu-Roegen. En fait, le raisonnement correct est celui-ci: pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin d’énergie, et donc de pétrole. En d’autres termes, il arrive un moment où l’extraction n’est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S’il faut brûler un baril pour en récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril (Ekopedia. Voir sur : http://fr.ekopedia.org/La_fin_du_p%C3%A9trole ). Conclusion : de nombreuses réserves d’hydrocarbure sont hors de portée.

Tout ceci pour émettre un constat en vérité assez simple : le stock de pétrole est fini.

La critique dira, avec justesse, qu’il existe un continuum de ressources en hydrocarbures qui n’est pas limité aux ressources pétrolières (à ce sujet, lire (1)). Par exemple, il est possible de fabriquer du pétrole à partir de charbon. Cette alternative est un cul de sac car le charbon –dont en passant les stocks sont encore très importants et la consommation mondiale ne cesse d’augmenter (2)– produits encore davantage de CO2 que le pétrole. Le recours au pétrole à défaut d’être limité par la contrainte de la raréfaction risque donc d’être limité par celle des gaz à effet de serre.

Il sera intéressant d’envisager dans un prochain article les conséquences pratiques de la fin du pétrole ainsi que les défis d’une transition réussie. To be continued.

(1)   D., Babusiaux, Bauquis, P.R. (janvier 2005). Anticiper la fin du pétrole. Le Monde Diplomatique.

Selon les prévisions du US Energy Information Administration (outlook 2008), la consommation devrait passer de 1,7 millards de tonnes équivalent pétrole à 4,7 millards de tonnes à l’horizon 2030. Source : Atlas du Monde Diplomatique 2010, p.

Saga Belgica : le point sur le psychodrame belge.

Chers lecteurs, chères lectrices (quoi que plus rares !), vous m’obligez en sollicitant fréquemment de nouvelles analyses sur Frappes Chirurgicales. Il est vrai que ma plume s’est faite molle ces derniers temps, mais les vacances touchent à leur fin.

Un point sur la situation politique s’impose, et ce même si de ma propre confession rien de nouveau sous le ciel ombragé et tumultueux de notre petite Belgique. J+77 après les élections, le gouvernement est toujours en phase de préformation. A la vérité, le périmètre des négociations n’est pas encore dessiné que s’annonce le plat de résistance, trois lettres, un fantôme : BHV.

Certes, un tabou vient de tomber puisque les négociateurs ont entériné un accord sur la révision de la loi de financement, clé de voûte de la structure institutionnelle actuelle. Néanmoins, l’accord est (volontairement) vague de telle sorte que chacun puisse crier victoire : la solidarité sera maintenue  et les régions seront davantage responsabilisées sur le plan fiscal.

Reste que j’ai la ferme impression que les discussions butent sans cesse sur la même pierre d’achoppement dont BHV, au fond, n’est que le symbole : l’avenir de la capitale.  On discute plus grande autonomie, certes, sur ce point l’accord des deux protagonistes est acquis. Pourtant, sur le fond subsiste un désaccord qui ne peut qu’éclater un peu plus au grand jour : de quelle future structure institutionnelle débattons-nous ?

Car c’est un secret de polichinelle, les flamands appellent de leurs vœux une structure communautariste, binaire, dans le cadre de laquelle Bruxelles ne serait que l’enfant bâtard sous tutelle financière de ses géniteurs. Les francophones quant à eux, la sémantique « flamand vs francophones » l’exprime très bien, souhaitent une structure institutionnelle s’arc-boutant sur les trois régions. Et ce, sur un pied d’égalité.

Donc, pour être clair, l’enjeu côté francophone est de remettre à Bruxelles les clés de son destin. L’objectif flamand est exactement symétrique…Si on accepte cette réalité, on doit comprendre pourquoi BHV, le cordon ombilical entre la Wallonie et Bruxelles, cristallise toutes les passions.

En outre, les francophones ne peuvent accepter le modèle confédéral flamand qui introduirait de facto des sous-nationalités à Bruxelles. Par exemples, les étudiants dans les écoles flamandes de la capitale bénéficieraient d’un meilleur financement, de transports en communs gratuits ou d’allocations familiales plus importantes, au contraire de leurs homologues inscrits dans une école de la communauté française.

Une autre ornière est la forme que prendra la nouvelle solidarité interpersonnelle. Là aussi les vues sont diamétralement opposées et révélatrices : les flamands plaident pour un mécanisme horizontal, c’est-à-dire un transfert de région à région alors que les francophones revendiquent une structure verticale, c’est-à-dire un transfert du fédéral aux entités fédérées (« Etats fédérés » dans la sémantique flamande). La nuance est plus que de taille car dans la perspective flamande se profile le spectre d’une aide conditionnelle. L’argent, plus que jamais, est le nerf de la guerre. Toutefois, comme le précise un article du Vif (1) de cette semaine, il est possible que nous évoluions vers un système à l’allemande combinant solidarité verticale et horizontale.

Enfin, un autre piège grossier est celui d’une régionalisation de l’impôt sur les personnes physiques (IPP) qui en exposant Bruxelles à une concurrence fiscale de la Flandre ne ferait qu’accélérer un peu plus l’exode des plus riches, diminuer ses recettes fiscales et renforcer la paupérisation. C’est pourquoi une régionalisation, même partielle, de l’IPP exigera que les navetteurs paient une partie de leurs impôts à la capitale.

Pour terminer, j’avoue être écœuré lorsque je constate que le refinancement de Bruxelles semble être une priorité exclusivement francophone. Pourquoi aurions-nous à mendier pour renflouer les caisses du bien le plus précieux à tous les belges? Les flamands, une fois de plus, usent d’un chantage financier pour obtenir des concessions sur d’autres dossiers. Franchement, je trouve la question symptomatique, ce pays est à genou. Car si nous étions dans une logique de coopération plutôt que d’affrontement se dégagerait au minimum un double consensus sur Bruxelles : (1) elle souffre d’un sous financement ; (2) sa structure institutionnelle la paralyse.

Mais soit, arrêtons de regarder par le petit bout de la lorgnette et prenons un peu de hauteur voulez-vous. Le mieux est l’ennemi du bien, vouloir dépasser le statu quo actuel me semble être une entreprise vouée à l’échec. L’ère du compromis win-win touche à sa fin car évoluer vers une structure confédérale exige de privilégier un des modèles – appelons les régionaliste et communautariste – dont la Belgique fédérale et BHV, il convient de le souligner, sont la parfaite synthèse.

Serait-ce le début de la chute ? Pendant que les négociateurs batifolent, la FEB (2) se demande comment nous allons trouver 25 milliards d’euros pour arriver à l’équilibre budgétaire…

(1) Le Vif l’Express (vendredi 27 aout 2010). Toutes les clés pour comprendre la loi de financement. Disponible sur :  http://levif.rnews.be/fr/news/actualite/belgique/toutes-les-cles-pour-comprendre-la-loi-de-financement/article-1194805527546.htm

(2) R. THomaes (FEB). Entretien dans la Libre du samedi 28 et dimanche 29 août 2010.

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :