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Archives de février, 2010

Quel lien entre Universalisme et le détenu qui revendique le droit d’avoir du porc dans son assiette ?

Le débat sur la place de l’Islam dans notre société semble être partout dans l’espace démocratique public. A ce sujet, je tiens pourtant à souligner un paradoxe. J’ai assisté hier à un débat sur la place du religieux dans notre société aux facultés universitaires de Saint-Louis. Parmi les intervenants, des politiques entre autres. Alain Destexhe (Sénateur MR) a bien souligné que le débat sur le voile par exemple n’a encore jamais été porté dans un hémicycle belge. Il a pointé l’hypocrisie du monde politique qui tarde à aborder ces questions, pourtant fondamentales. Selon lui, c’est parce qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de les aborder de façon sereine. Oser le débat donc.

Dans le cadre de mon stage à la Chambre, le Député Xavier Baeselen (MR) m’a demandé de lui rédiger une note sur le fameux régime « halal ». Il s’agit du régime alimentaire des gens de confession musulmane qui –comme chacun le sait – exclut le porc. Il fait actuellement l’objet de nombreuses controverses en France et aux Pays-Bas. Le débat arrive chez nous. Quick France a décidé d’ouvrir une chaîne de fast food « halal ». Aux Pays-Bas, certaines prisons ont pris la décision de proposer exclusivement un régime halal aux détenus. Pour comprendre cette mesure, il faut savoir que proposer deux menus –un halal, l’autre, « non-halal » – est extrêmement coûteux car deux installations cuisinières distinctes sont requises. Cette décision fait donc appel au bon sens et au pragmatisme économique. Pourtant, des détenus (déjà cinq cas recensés jusqu’ici (1)) ont invoqué leur liberté de culte pour revendiquer du porc dans leur assiette. La Justice a statué en leur faveur, ce qui signe le retour du porc dans certaines prisons aux Pays-Bas.

En Belgique la polémique couve. Je n’ai pu retrouver aucune disposition légale afférente au statut des prisonniers qui règle la question du régime alimentaire halal excepté l’article 6 §1 de la loi du 12 janvier 2005 (2) qui stipule que « le détenu n’est soumis à aucune limitation de ses droits culturels (…) outre les limitations qui sont déterminées par ou en vertu de la loi ». De plus,  l’article 20 de la Constitution belge précise que « Nul ne peut être contraint de concourir d’une manière quelconque aux actes et aux cérémonies d’un culte, ni d’en observer les jours de repos ». Il me paraît donc clair qu’en vertu de ces dispositions, une prison (ou une école publique) prenant en charge des individus de confessions musulmane doive (= obligation) proposer un menu de type halal.

Il s’agit donc d’une obligation minimum. Le reste semble relever du pouvoir discrétionnaire des établissements pénitentiaires. A Forest (Bruxelles), la population carcérale est composée à 80% de musulmans. Ainsi, il a été décidé de proposer exclusivement un régime halal. Idem dans les écoles publiques de la commune de Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles). Le bourgmestre a invoqué une situation « d’apartheid alimentaire » à la cantine –soit, le fait que les élèves se regroupent à table en fonction de ce qu’ils ont dans leur assiette – pour justifier cette décision (voir (3)).

Se pose donc la question d’une possible discrimination entre les musulmans et les non-musulmans. En effet, on peut identifier une différence de traitement objective (articles 10 & 11 de la Constitution) entre les premiers qui ont droit à un régime alimentaire conforme à leurs pratiques religieuses et les seconds qui n’ont plus droit à avoir du porc dans leur assiette. On doit donc s’attendre à ce que la cour Constitutionnelle soit appelée à statuer sur le sujet très prochainement (le recours sera probablement introduit par des politiques). Reste à savoir si des raisons économiques peuvent justifier cette différence de traitement.

Enfin, revenons-en au cas de Quick en France. A ce sujet, l’intervention d’Agnes Tricore (avocate, Ligue des Droits de l’Homme) est éclairante : « Si Quick discrimine les non-musulmans, alors il faudrait aussi interdire les restaurants casher ou végétariens. Les restaurants n’ont aucune obligation d’universalité, quand bien même ils décideraient de rendre tous leurs restaurants halal. Et il n’est interdit à personne de manger halal ». Il faut donc opérer une distinction entre secteur privé et public lorsqu’on aborde le débat juridique.

Celui-ci clos, revenons en à la question de fond. Pourquoi le régime halal fait-il l’objet d’une vive polémique ? La réponse est simple, primitive. En dehors de tout débat pseudo-juridique, le constat est toujours le même : un groupe socio-culturel –les individus de tradition culturelle judéo-chrétienne – pour le nommer se sent menacé par un autre groupe –les individus de culte musulman – . Pourquoi ? Parce que le rapport de force jusqu’ici largement en faveur du premier se voit petit à petit remis en question. Très concrètement, le porc commence à être banni dans certaines assiettes.

J’en reviens donc à ma grande interrogation. Ceux qui me suivent comprendront combien la réponse à cette question –que je n’ai pas – est lourde de conséquences : une société multiculturelle est-elle possible ? La question est bien sûr extrapolable au plan macrosociologique : un monde multipolaire est-il possible ?   Est-il possible d’articuler des rapports de forces de façon pacifique ? Comment organiser « l’Unité dans la Diversité » et à quelles conditions ?

Organiser une société multiculturelle exige de sortir d’une logique de rapports de force qui semble être contingente à ce que je vais appeler la Nature Humaine. Comment y parvenir ? A mon sens, la réponse à cette question passe par un débat sur l’Universalisme. Soit, l’existence d’un cadre de référence qui transcende tous les particularismes (religieux entre autres) accepté de tous. L’idée est que ce cadre ne puisse être remis en question par le groupe dominant, ce qui découlerait de sa définition (son acceptation par tous). A noter que pour pouvoir sortir pleinement d’une logique de rapports de forces, il faudrait que l’interprétation des principes et valeurs inscrites dans ce cadre fassent l’objet d’une interprétation uniforme. Pour faire court : l’existence de ce cadre de référence est une condition nécessaire pour qu’un ensemble sociologique multiculturel sorte d’une logique de lutte hégémonique. Toutefois, ce n’est pas une condition suffisante car il est crucial que l’interprétation de ce cadre ne soit pas contingente à chaque groupe composant cet ensemble.

Or, il est fondamental de noter que l’Occident revendique l’universalisme de son cadre de valeurs, de son contrat social. Soit : la démocratie, l’Etat de droit, les droits de l’homme, la séparation des pouvoirs spirituels et temporels. La grande question de ce début de 21ème siècle est de savoir si effectivement (1) ce cadre est reconnus de tous et si (2) ce cadre fait l’objet d’une interprétation uniforme (ou plus ou moins uniforme). Difficile d’apporter une réponse définitive, mais observons que la partie est loin d’être gagnée. Premier exemple : la Chine reconnaît l’universalisme des droits de l’homme tout en réaffirmant le fait que chaque Etat est libre d’organiser son contrat social. Second exemple, le débat sur la Burka. D’un côté ceux qui invoquent le principe d’égalité homme-femme et des motifs de sécurité pour justifier son interdiction. De l’autre, ceux qui invoque la liberté de culte et la volonté libre de décider de la porter pour contester son interdiction.

D’une réponse négative à la question posée, il découlerait qu’un groupe socio-culturel impose son cadre de valeurs aux autres. Ainsi, la possibilité de l’existence d’un équilibre macro-sociologique absolu serait une fiction, ce qui signifie concrètement qu’une société multiculturelle est une idéologie. A méditer.

(1)    Voir sur  http://www.dhnet.be/infos/societe/article/288131/le-porc-de-retour-en-prison.html ; http://www.dvhn.nl/nieuws/nederland/article5045545.ece/Niet+mer+uitsluitend+halal+in+gevangenis

(2)    Loi de principes concernant l’administration des établissements pénitentiaires ainsi que le statut juridique des détenus. Voir au Moniteur belge.

(3)    http://www.fairelejour.org/spip.php?article2063

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Le « Travail Décent »?

Dans le cadre de mon stage d’observation au parlement fédéral, le Député Xavier Baeselen (MR) m’a demandé de formuler une proposition de résolution sur « le travail décent ». Il propose une approche libérale de  ce problème en mettant l’accent sur la responsabilisation des consommateurs via des politiques de « traçabilité » sociale des produits mis sur le marché européen. L’idée est de profiter de la co-présidence européenne de la Belgique au second semestre 2010 afin de porter cette idée sur la scène européenne.

Inutile de préciser que j’ai pris un malin plaisir à rédiger cette proposition de Résolution : une Bombe Atomique.

Proposition de résolution (traçabilité sociale)

La Chambre des Représentants,

  1. Considérant que le 21ème siècle est celui d’une idéologie nouvelle : le mondialisme. Soit, l’idée que le monde se mue en un « global village » et que les dimensions de celle-ci sont multiples : géopolitiques, économiques, sociales, culturelles ;
  2. Considérant que la crise des subprimes démontre les limites du paradigme économique fondé sur l’autorégulation des marchés dans lequel s’est inscrite jusqu’ici la mondialisation et qu’ elle représente une opportunité de réaffirmer le rôle central de l’Etat en tant que garant d’un cadre démocratique, un compromis social, au sein duquel se développent les rapports humains ;
  3. Considérant que les accords de libres échanges de l’Uruguay Round en se fondant sur la seule logique du marché, mettent en concurrence des économies dites « capitalistes » mais aux standards sociaux à géométrie variable ;Observant que les dits accords en omettant d’imposer un cadre commun à tous, sous la forme de standards sociaux minimum, ont ouvert la porte au dumping fiscal ;
  4. Rappelant que l’Organisation Internationale de Travail (OIT) a affirmé en 1999 cette nécessité d’un cadre social minimum en proposant le concept de « travail décent » reposant sur quatre piliers: garantir un revenu permettant de satisfaire les besoins essentiels ; respecter les libertés syndicales ; assurer un système de protection sociale ; construire le dialogue social ;
  5. Considérant que la Belgique héritera de la co-présidence de l’Union Européenne au second semestre de l’année 2010 ;Considérant que bien que l’Union européenne soit qualifiée de « soft power », elle est en mesure et donc en devoir d’user de sa position de première puissance commerciale afin d’œuvrer à la promotion et au respect des droits fondamentaux.

Demande au gouvernement

Dans le cadre de la co-présidence belge :

  1. De réaffirmer l’engagement belge et européen en faveur d’une mondialisation au service de l’humain en plaçant la  promotion et le respect des droits fondamentaux au cœur de ses accords commerciaux, diplomatiques et de coopération.
  2. De promouvoir la traçabilité sociale des produits sur le marché intra-communautaire, des produits fabriqués dans l’Union destinés à l’exportation et des produits fabriqués par des pays tiers avec qui l’Union ou ses membres concluent des accords de développement et de coopération.
  3. De promouvoir cette traçabilité en exigeant davantage de transparence et ce afin de responsabiliser le consommateur en posant des exigences d’informations minimum à indiquer sur les produits commercialisés.
  4. D’ouvrir un dialogue avec les partenaires commerciaux de l’Union afin d’éviter que ces politiques soient perçues comme une forme déguisée de protectionnisme en négociant les informations requises en accord avec ces partenaires.
  5. De mettre en place un organisme indépendant de contrôle de la validité des informations requises.

La décroissance, une idée à mettre à la poubelle?

La 14ème législature du Parlement Jeunesse s’est close sur le vote d’une résolution invitant à remettre en question le rôle de la croissance au sein de la politique économique. Préalablement au vote, le professeur Christian Arnsperger (Ucl), un expert de la décroissance, nous a exposé en vingt petites minutes le cadre théorique de ce concept. Son argumentation repose sur la constatation factuelle que l’homme doit aujourd’hui accepter sa finitude et celle du monde. Il en va de la survie de notre espèce. Le concept d’emprunte écologique proposé par les sciences exactes est le point de départ de cette réflexion.  Si tous les êtres humains accédaient au même train de vie que celui des occidentaux, de trois à dix planètes (selon les estimations) seraient nécessaires afin de pallier aux besoins matériels de l’humanité. Un second constat venant alimenter cette réflexion, basé sur les sciences humaines, est que l’être humain à tendance à nier la finitude de sa propre existence. Ainsi, l’enjeu de la réflexion sur la décroissance est l’acceptation de la nécessité d’une « auto-limitation » de nos besoins.

Partant de ce constat, trois scénarios sont envisagés par les économistes afin de gérer cette contrainte. Tout d’abord, certains invoquent la pure logique capitaliste, c’est-à-dire le mécanisme d’auto-régulation via le marché et l’innovation technologique qu’il stimule. Le fait que la rarérifaction d’une ressource implique la hausse de son prix est un puissant incentif à substituer cette ressource via l’innovation technologique. Cette approche, baptisée « capitalisme vert » est donc basée sur l’hypothèse implicite que les possibilités de substitutions sont infinies. Une seconde approche vise à internaliser les coûts sociaux de l’activité économique via la régulation du marché. Dans cette perspective communément appelée « social-démocratie » -largement répandue en Europe-, l’Etat joue un rôle central. Il est le garant des conditions de croissance à long-terme.

Les sceptiques disent que ces deux perspectives ont toujours pour seul moteur le profit : elles sont basées sur le paradigme de l’homo oeconomicus. L’accumulation des richesses et donc la croissance reste leur moteur principal. De ce point de vue, on peut se demander si elles intègrent l’idée de finitude c’est pourquoi le professeur Arnsperger propose une voie alternative. Sans aller dans les détails, il a proposé deux principes fondateurs d’un nouveau paradigme économique. Premièrement, il prône une relocalisation de l’activité économique. Produire local donc. Ensuite, il encourage la création des communautés locales économiquement autonomes, ceci dans le but de mettre de côté l’idée même de croissance. Difficile de ne pas voir dans ces propos un plaidoyer pour un retour à l’autarcie. Le professeur conclut son discours en évoquant le terme « Post-capitalisme ».

Si j’ai une certitude, c’est bien celle que j’eu aimé en entendre davantage sur le sujet. Personnellement, je dirais que l’idée de décroissance illustre une peur de l’Avenir. Peur fasse aux conséquences potentiellement chaotiques de la surconsommation. Toutefois, on peut se demander si les solutions suggérées par l’idée de décroissance sont pertinentes. Précisons que celle-ci est floue, il nous faut donc l’interpréter. Si la décroissance suggère une croissance atone ou négative, il faut la remiser au placard. Adhérer à ces principes, c’est renoncer au Progrès et donc au temps linéaire, à l’Histoire. De plus, observons que la croissance démographique exige la création d’emploi, ce qui suppose de la croissance ou une réduction du temps de travail. Sachant que la seconde alternative provoque une nouvelle répartition des richesses dans l’hypothèse où elle n’est pas uniforme, la création d’emploi semble être l’option à privilégier.

Et c’est çà qui m’amène à aborder le seul, l’unique, le vrai problème : nous sommes trop sur cette terre ; un tabou. Car oui, si nous n’étions pas six milliards d’êtres humains, l’idée même d’acceptation de la finitude de notre existence n’aurait probablement jamais émergée.

Quelle pensée plus malsaine que celle que si tous les africains accédaient à notre niveau de vie, notre survie serait en jeu ? L’Organisation des Nations Unies s’est enfin décidée à aborder ce sujet délicat. Il sera très difficile de mettre en place –à l’image de la Chine –  des politiques de natalité contraignantes. Réfléchissons donc à des solutions alternatives avant qu’un risque écologique systémique se déclenche. La croissance démographique exponentielle de l’espèce humaine met une pression sur les écosystèmes qui devient insupportable : la résilience d’un système écologique est limitée. Attaquons nous donc au vrai problème. Et si la solution est de conquérir d’autres planètes, commençons tout de suite à investir massivement dans la recherche spatiale…

« Oui » à la décroissance démographique donc.

Proposition de loi visant à pénaliser l’incitation aux jeux dangereux (jeu du foulard)

Dans le cadre de la Politic Academy, je fais un stage au parlement fédéral en qualité d’observateur attaché au parlementaire Xavier Baeselen (Mr). Il m’a demandé de formuler le préambule ainsi que la mise en forme d’une proposition de loi visant à pénaliser l’incitation -essentiellement via internet- à ce type de jeux. En toile de fond, le débat sur la censure de contenus en ligne par les autorités judiciaires. Ci-dessous, la dite proposition:

Proposition de loi visant à pénaliser l’incitation aux jeux dangereux (jeu du foulard)

Résumé

Création d’une infraction pénalisant l’incitation aux jeux dangereux.

Développements

Jadis, il y avait la marelle et 1,2,3 piano. Aujourd’hui, il y a les jeux dits « dangereux ». Ils sont responsables de la mort de 10 à 20 mineurs d’âge par an en France et ce, depuis quelques années (Le Monde jeudi 11 février 2010). Sont en cause les jeux d’agression (« Happy Slaping ») consistant à ruer un camarade de coups et à diffuser la scène sur le net et les jeux de « non-oxygénation » comme le jeu du foulard (appelé également « rêve indien »). Le jeu du foulard en particulier est au centre de la polémique. Les enfants s’étranglent en exerçant une pression sur la carotide, ce qui entraîne une diminution de l’oxygénation et semble t-il,  d’intenses sensations.

Si la polémique semble moins présente en Belgique, les faits suggèrent qu’elle mérite d’être placée au centre de débat et ce, dans une logique d’anticipation et de prévention. Les cas de Victoria, 13 ans (Laeken décembre 2008, Vlan 23 octobre 2009) et d’un adolescent de 14 ans (Arlon octobre 2009) et de 11 ans (Amay octobre 2009) démontrent que la problématique est loin d’être anecdotique.

A ce sujet, il est utile de rappeler que  l’article 2 de la convention des droits de l’homme consacre le droit à la vie comme le droit le plus fondamental. Cette disposition stipule notamment que « le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. » Ainsi, il incombe à l’autorité publique une obligation d’agir lorsque ce droit est menacé. Cette obligation se voit particulièrement stricte et renforcée dans le cas présent où les victimes sont des mineurs. A ce sujet, on observe que par le passé les cas recensés furent trop souvent assimilés à des suicides. Pourtant, on observe que les victimes n’ont pas le profile d’un suicidaire. Simplement, il s’agit d’enfants qui n’ont pas le recul nécessaire pour appréhender le danger.

Se pose la question des moyens à employer afin d’apporter une solution efficace à la problématique. Généralement, la solution apportée à un problème est d’autant plus efficace qu’on s’attaque à sa source. De ce point de vue, il faut noter que les règles de ces « schocking games » sont diffusées sur internet.  Une proposition de loi efficace s’attacherait donc à bannir ce genre de contenus sur le net. Sachant qu’une telle proposition mettrait deux droits fondamentaux en balance, à savoir la liberté d’expression et le droit à la vie, il serait tout à fait raisonnable de censurer de tels contenus au nom de la primauté du second droit sur le premier.

Cette proposition de loi vise à rendre cet objectif possible car il est nécessaire préalablement à tout blocage de contenus par le parquet que le phénomène soit l’objet d’une disposition particulière du code pénal. En vertu de l’article 39 bis du Code d’instruction criminelle, paragraphe 3, le parquet est habilité à bloquer ou faire bloquer des données informatiques à la condition qu’elles forment l’objet de l’infraction. A préciser qu’il est de la compétence de la Federal Computer Crime Unit de la police fédérale d’œuvrer à la mise en application de ces ordres de « confiscation » du parquet.

La présente proposition de loi introduit une telle disposition sous la forme d’une « infraction d’incitation à » et ce dans l’optique de renforcer l’objectif visé. Ainsi, celui qui fera la promotion des contenus visés saura et doit savoir qu’il s’expose à des risques pénaux graves qui figurent au Chapitre III du Code Pénal belge, traitant des atteintes aux mineurs, aux incapables et à la famille.

Proposition de loi :

Article 1 :

La présente loi règle une matière visée à l’article 78 de la Constitution.

Article 2 :

Création d’une nouvelle section 3 bis, chapitre III, livre II du Code pénal : « De la mise en péril de mineurs ».

Article 3 :

Ajout d’un article 427bis dans la section créée à l’article 2 :

« Sera puni d’un emprisonnement de un mois à un an et d’une amende de cinq-cents euros à dix mille euros, quiconque aura fabriqué, transporté, diffusé par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent en vue d’inciter des mineurs à se livrer à des jeux les mettant physiquement en danger lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur. »

Compte rendu de la 14ème législature du Parlement Jeunesse de la Communauté française de Belgique

J’ai participé cette semaine du 15 au 19 février à la 14ème simulation parlementaire du Parlement Jeunesse de la communauté française de Belgique en qualité de député. Cette année, la députation était appelée à se prononcer sur l’adoption on non de quatre projets de décrets ; le premier reconsidérant la laïcité dans les secteurs de l’administration, l’enseignement et le privé ; le second étant une réforme de l’accès aux professions médicales ; le troisième s’attachant à revaloriser la parentalité en créant un statut de parent au foyer et enfin, le dernier projet se donnant pour objectif de créer un système carcéral humain, éducatif et revalorisant. Il est important de noter que la règle de base est la non-partisanerie, ce qui signifie qu’aucun député n’est bridé par une discipline de parti.

Mes impressions générales. Tout d’abord, je ne participais pas à cette simulation dans l’optique de faire de la politique. Ainsi, n’ai-je personnellement pas joué le jeu à fond. Je me suis contenté de stimuler le débat sur des questions de fond en évitant de rentrer dans des luttes d’influences en usant d’artifices de style afin de convaincre les autres de mes opinions. J’ai constamment éprouvé quelques difficultés à me positionner –prendre parti– car pour moi débattre c’est avant tout être convaincu que sa propre opinion va être modifiée. Ici, il n’était le plus souvent pas question de débattre, mais bien de convaincre. Une pratique à laquelle je n’adhère personnellement que dès lors que j’estime avoir trouvé la solution à un problème – ma Vérité.

Ensuite, j’ai trouvé très préjudiciable le fait que l’hémicycle soit majoritairement composé de juristes. Le débat a beaucoup perdu en qualité car les réponses qu’une personne apporte à un problème sont toujours formatées par le prisme de sa formation. De ce point de vue, le pluralisme est important afin d’éviter que le débat soit prisonnier d’un cadre de réflexion précis. Pour être concret, un décret s’attaquait à la problématique du numérus clausus. L’essentiel de la discussion s’est focalisé sur la possible « discrimination » entre l’accès aux études de médecines pour lesquelles il y a un contingentement et celui aux autres formations médicales et filières d’études pour lesquelles la satisfaction du minimum requis à la réussite est une condition nécessaire et suffisante. Dans ce cas, le fait que l’hémicycle soit majoritairement composé de juristes fut un gros problème car le numérus clausus est avant tout un problème économique. Il répond à la nécessité de réguler l’offre d’un bien publique (au sens juridique et non économique du terme). Ainsi, si on ne comprend pas le problème, il me paraît difficile de pouvoir y apporter une solution pertinente. Si on extrapole la réflexion, la tension entre démocratie et technocratie est omniprésente dans un hémicycle.

Enfin, le Parlement Jeunesse (PJ) se donne pour objectif d’avoir un impact sur le monde politique. Ici, je tiens à souligner que cet objectif ne pourra jamais pleinement être rencontré dès lors qu’il est implicitement acquis depuis le début que chaque projet sera avalisé. En effet, il est délicat de rejeter l’adoption d’un décret alors que le ministre (un étudiant) qui l’a proposé bosse dessus depuis des mois.

Pour ce qui est du reste, le petit déj’ de luxe, l’accueil en grandes pompes tous frais payés, le lieu des débats ainsi que de nombreuses rencontres riches et intéressantes sont en soi des raisons qui devraient, cher lecteur, te pousser toi aussi à pondre une lettre de motivation dans l’optique de participer à la prochaine simulation.

Du Bonheur de la Richesse

La littérature économique sur le bonheur fait l’objet de recherches intensives. Bien sûr, le lien de corrélation entre le niveau de richesse –une donnée objective – et le bonheur – une donnée subjective – y occupe une place centrale.

La science économique postule que l’utilité marginale de la richesse est positive mais décroissante : l’utilité d’un euro supplémentaire pour un pauvre est supérieure à celle d’un euro supplémentaire pour un riche. Rien n’est plus faux. Théoriquement, cette affirmation a du sens mais elle ne se vérifie pas empiriquement. On observe que les besoins d’un être humains évoluent en fonction de sa richesse. Par exemple, Johnny Halliday ne conçoit pas de passer une nuit à un hôtel Ibis. Un milliardaire ne vole pas avec Ryanair mais en jet privé. Dans ce cas, l’utilité marginale d’une unité de richesse est constante et ce, quel que soit le niveau de richesse de l’individu.

Une première constatation donc : s’il existe un lien de corrélation entre bonheur et richesse, celui-ci ne découle pas du niveau de richesse absolu. Dès lors que les besoins augmentent en proportion de la richesse, le niveau de bonheur par rapport au niveau de richesse doit être constant.

N’y a-t-il donc aucun lien de corrélation entre richesse et bonheur ?

Des études accréditent l’hypothèse que le bonheur lié à la richesse est une notion relative. Un scientifique a fait cette expérience : il a interrogé un groupe de personnes leur demandant individuellement si elles préféraient recevoir un million, les autres ne recevant que le quart de cette somme, ou si elles préféraient que chacun reçoive deux millions.

La science économique postule qu’un agent rationnel choisirait la seconde option car deux millions excèdent un million en terme absolu. Pourtant, la majorité des gens préféraient la seconde option. Un résultat « somme toute » logique.

Cette étude suggère que l’être humain est plus heureux que son voisin dès lors qu’il est relativement plus riche que lui, un constat qui pose un fameux dilemme car il postule que le bonheur des uns suppose la pauvreté relative des autres. En clair : les pauvres seraient nécessaires au bonheur des riches. Ah la veule nature humaine ! Pourtant, une autre expérience intéressante met en exergue la nécessité d’une Justice Sociale. Laissez-moi la formuler sous la forme d’une question afin que vous puissiez vous interroger sur votre propre réaction. On propose à une de vos connaissances de lui donner 1000 euros. Celle-ci doit décider librement d’allouer la somme entre elle et vous. L’astuce est que vous possédez le dernier mot : le choix d’accepter la répartition proposée ou de la refuser auquel cas personne ne reçoit d’argent. Imaginez que votre ami vous donne 200 euros et se réserve le solde. Que faites-vous ?

On constate que les gens optent généralement en faveur du rejet de cette proposition. Ce faisant, ils préfèrent saborder le navire –sur lequel ils sont eux-mêmes embarqué –  plutôt que d’accepter une répartition jugée inégale ! Or, un agent rationnel devrait préférer recevoir 200 euros à zéro euro. Ceci prouve que des considérations d’équité doivent intervenir dans la répartition des richesses : une personne préfère généralement refuser une répartition des richesses qui pourtant l’enrichirait car celle-ci est jugée inéquitable. Dans le cadre de cette expérience, une répartition jugée équitable est de  l’ordre de 40/60 (pourcents).

Il ressort de cette analyse qu’une contradiction flagrante apparaît entre l’objectif individuel de maximisation relative de la richesse et l’objectif social d’une juste répartition. Comment les réconcilier ?

Résoudre cette contradiction suppose de sortir du paradigme de l’affirmation de soi par les autres; d’une conception relative du Bonheur. En suivant une telle logique, le risque auquel s’exposent bien d’entre nous est de chercher le bonheur dans la reconnaissance sociale. Pourtant, l’illusion sera toujours temporaire: il existera toujours un voisin possédant une plus grosse voiture, maison, davantage d’amis, une carrière professionnelle plus achevée, etc…le désir et l’ambition ne connaissent pas de limites. Oublions donc cette notion du Bonheur que véhicule notre société.

La vie s’apparente à un graphique de la croissance macroéconomique marqué par des phases de croissance et de décroissance –des hauts et des bas –, les hauts supposant l’existence de bas. De ce point de vue, le Bonheur peut difficilement s’envisager comme un état permanent et donc ne peut être un objectif en soi.  Au lieu de parler de « Bonheur », qui est à mon sens un cocktail de sentiments que chacun peut éprouver en des instants forts de sa vie, nous devrions parler de « Dignité humaine ». Une notion qui recouvre le fait d’avoir un toit, à manger, des vêtements, un travail. Celle-ci au contraire du bonheur est objectivement quantifiable. La dignité pour tous peut et doit être un objectif. Dans cette perspective, on doit se demander si l’humanité progresse. On peut parler d’un bilan mitigé: d’un côté des conditions de travail en rien comparables à celles du 19ème siècle, de l’autre des communes bruxelloises accusant un taux de chômage de 50% des jeunes.

La dignité pour tous, tout un programme.

Le voile qui cache la forêt

Le débat médiatique se focalise souvent sur le voile, un symbole. Toutefois, la réflexion doit susciter des interrogations bien au-delà des questions pratiques qu’elle soulève. Pour user d’une expression courante : c’est l’arbre qui cache la forêt.

La question du voile traduit un malaise profond : celui de la viabilité d’une société multiculturelle. Soit, l’idée d’une cohabitation harmonieuse d’êtres humains de cultures, langues, histoires, différentes. En bref, en toile de fond se pose la question d’une société aux identités multiples.

Depuis le début du très actuel débat sur l’insécurité à Bruxelles, on lit dans la presse des politiques asséner des slogans éculés du type « tolérance zéro ». J’observe qu’un autre slogan – tout aussi simpliste – et ayant trait à ce même débat, nous est servi à l’envi. Et ce, sans jamais s’exposer aux feux de la critique dont font l’objet les slogans qualifiés de « populistes ». Je cite : « l’unité dans la diversité » ou encore, « la diversité est une richesse ». Tout un programme.

Pourtant, pour reprendre l’expression de Jules Destrée, « laissez moi vous dire la grande et horrifiante vérité »: l’unité dans la diversité est une idéologie. Il en est et restera ainsi dès lors que nous n’aurons la force d’assumer ceci : elle ne se conçoit que dans un cadre particuliers qui se doit de transcender les particularismes de chacun. Ce cadre, doit être le ferment d’une identité commune et ce afin qu’une multitude de convictions et sensibilités puissent venir s’y greffer.

L’unité dans la diversité suppose donc un ferment commun, une idée qui se conçoit généralement  par la référence à un socle de valeurs communes, acceptées de tous. Le principe de neutralité est une de ces valeurs. La démocratie, l’Etat de droit et les libertés fondamentales en sont d’autres. Je citerai l’égalité homme-femme.

C’est à ce point précis que le débat prend toute sa dimension : il est de notre devoir de nous interroger sur l’universalisme de ces valeurs. Pour être concret, je ne suis pas certains que l’Islam connaisse l’idée d’une séparation des pouvoir religieux et spirituels. Autre exemple: la Chine réfute souvent l’universalisme des droits de l’Homme. Ce pays nous démontre au quotidien que capitalisme ne rime pas avec démocratie. En négociant l’adhésion de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce, les Occidentaux pensaient probablement  « noyauter » le régime communiste de l’intérieur. En ralliant l’Empire du Milieu à l’éthique capitaliste, ils espéraient secrètement l’avènement d’une démocratie chinoise. Jusqu’à présent, la manœuvre est un échec.

Ceci doit nous faire réfléchir, nous, les Occidentaux. Les valeurs dont nous revendiquons l’universalisme sont perçues par d’autres comme relatives. Je l’ai souligné, une collectivité multiculturelle –une famille, une société, un monde– exige la référence à un cadre commun. Or, dès lors que ce cadre n’est pas perçu comme universel de tous, il est nécessairement imposé par une culture.

Le cadre qui régit actuellement les affaires humaines et ce tant à l’échelle microsociologique –notre pays – qu’à l’échelle macrosociologique –le monde –,   est occidental. Il est occidental car l’Occident est aujourd’hui le maître du monde. Par conséquent, il découle davantage d’un rapport de force que d’un universalisme accepté de tous. Le rappeler, c’est s’interdire de faire preuve d’un humanisme candide et béat.

Or, les rapports de force évoluent. La Chine est en train de s’ériger en première puissance mondiale. Ou encore, pour être concret, la religion musulmane deviendra la première religion à Bruxelles dans vingt ans. Face à ces bousculements, les occidentaux évoquent l’émergence d’un monde multipolaire ou encore, ou niveau local,  d’une société multiculturelle. Une idée qui traduit une perte de contrôle de l’Occident sur les affaires du monde.

Car observez l’histoire. Celle-ci est parsemée de guerres, qui ne sont jamais que le point d’orgue d’une lutte d’hégémonie. A un point donné, le numéro deux acquiert suffisamment d’influence pour renverser le numéro un. Il impose alors son propre cadre de référence qui est maintenu dès lors qu’il conserve le contrôle. Qu’est-ce qui permet d’affirmer qu’une nouvelle logique se substituerait soudainement à celle-là ?!

Ainsi, je vous interroge: il y a-t-il une autre possibilité qui s’offre à nous que celle de se battre pour garder le contrôle ? Y a-t-il une autre possibilité qui s’offre à nous que celle d’imposer notre cadre à la collectivité, c’est à dire nos valeurs: la démocratie, la neutralité, l’Etat de droit, l’égalité homme-femme, la liberté d’association, la liberté d’opinion, la propriété individuelle ? Poser la question, c’est y répondre.

Revenons à la question du voile. Il suscite bien des controverses au sein de notre société car nous le percevons comme une violation d’une de nos valeurs: l’égalité homme-femme. Partant de ce point de vue, la seule position cohérente est d’interdire la Burka ou toute autre forme de voile complet, symboles d’une contradiction avec l’égalité homme-femme. En revanche, être cohérent avec ces mêmes valeurs, la liberté de culte pour être précis, exige d’accepter qu’une femme de confession musulmane puisse porter un foulard dans la sphère privée. Enfin, il y subsiste un conflit latent entre deux libertés fondamentales : la liberté de culte et la liberté d’association ou non. Il convient de trancher si le droit du patron de refuser d’engager une personne affichant des signes religieux prime sur celui de l’employé d’afficher ses convictions. A mon sens il appartient à une instance démocratique et donc représentative des sensibilités de la population de trancher la question.

Le principe de neutralité organise quant à lui la sphère publique.

J’irai un pas plus loin : la place de l’Islam suscite bien des débats car celui-ci semble mettre en cause le mode d’organisation de notre société en imbriquant le pouvoir spirituel et temporel.  Ne soyons donc pas naïfs  et ayons la force de dire « oui à l’Islam, mais à un Islam Occidental ».

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