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Transition énergétique: comment communiquer efficacement?

Si vous avez atterri sur ce Blog, ce n’est probablement pas par pur hasard. C’est que vous vous posez des questions, et, apparemment, les bonnes questions. En me lisant, vous pourrez vous apercevoir que je n’y vais pas avec le dos de la cuillère. Mon but ici est moins de convaincre que d’amorcer un questionnement chez mes lecteurs, c’est pourquoi j’ai tendance à chercher la faille, la flèche, qui pourrait déclencher ce questionnement.

Comme la plupart des gens,vous avez un job, peut-être des enfants, et relativement peu de temps à consacrer à des activités politiques ou à l’écriture. Ceci n’est pas un prétexte pour ne rien faire. Car il y a toujours quelque chose à faire, sans y investir son âme.Donc, comment s’y prendre, individuellement, pour sensibiliser les gens à la question énergétique?

L’économie peu se comparer à un gigantesque écosystème avec des espèces possédant chacune des caractéristiques génétiques et sociologiques propres. Pour déclencher le questionnement chez une personne, il faut trouver la bonne clé, ce qui requiert une grande faculté d’empathie. Ceci demande un peu d’exercice, mais l’idée est de se mettre dans la peau de votre interlocuteur et d’ajuster la trajectoire de votre flèche pour le toucher en plein cœur. Croyez-le, nul n’est infaillible. Ceci ne signifie pas pour autant qu’il faille vous mettre tout le monde à dos. En démocratie, 51%, c’est énorme. 25%, c’est un score qui permet de peser sur les événements. Donc, inutile de chercher à susciter le questionnement chez des gens hermétiquement fermés à toute discussion. Vous vous heurterez à un mur de certitudes, de clichés et de préjugés qui risque bien de vous ébranler.

Alors, comment faites vous pour sensibiliser des gens à la question énergétique, à votre niveau? Le moyen le plus efficace, à mon avis, c’est de procéder par ricochet. Identifiez d’abord les individus au fort potentiel de leadership dans votre entourage. Il existe beaucoup de types de leaderships donc je ne vais pas vous en donner une liste ici. Ce type d’individu aime les défis, donc, mettez le au défi, mais en respectant le principe d’empathie (i.e. un défi à sa mesure). Une question plutôt qu’une affirmation me semble plus efficace pour soulever un questionnement. Une fois ces personnes convaincues, elles se chargeront elles-mêmes, dans leur sphère d’influence, de susciter le questionnement auprès de leur entourage.

En définitive, c’est la force de l’exemple qui donne du charisme à une personne.Par exemple, les paons portent une queue qui pèse lourd. D’un point de vue évolutionniste, c’est un handicap (manque de réactivité face à un prédateur). Néanmoins, ce handicap devient un atout pour séduire les femelles  paons qui voient que ces individus arrivent à survivre malgré leur handicap relatif. Un individu résilient possède une force intérieure, une tranquillité et une confiance inspirante en période d’incertitude, vous pouvez devenir cette personne. Attention toutefois, évitez de vous replier sur vous-même. Quelqu’un en dehors du système perd toute influence. Et puis, le but ici n’est pas de devenir un martyr mais bien d’avancer avec force et confiance vers un avenir meilleur. De tout temps, des hommes et des femmes ont ouverts des possibles meilleurs à leur prochain. Lorsque vous serez parvenu à vous affranchir de vos peurs, tout en continuant à expérimenter le doute, vous posséderez une flamme intérieure source de vie et de rayonnement. Avant d’en arriver à ce stade, il vous faudra passer par cinq phases: le déni, la colère, le marchandage, la dépression, et, finalement, l’acceptation.

Au final, chacun n’est qu’un maillon d’une énorme chaîne d’interactions. Donc, on n’est pas grand chose. D’une part, il est illusoire de se dire qu’on peut, seul, influer sur la marche du monde, et, d’autre part, qu’on possède toutes les réponses. On n’est pas grand chose mais pas rien non plus. Tout est question d’équilibre. Rien ne sert de courir plus vite que la réalité, avoir raison trop tôt n’est jamais bon. Et s’il est trop tard, et bien, pourquoi s’en faire? Rien n’est écrit à l’avance, la théorie du chaos nous le confirme.

Enfin, nul n’est infaillible. Vous n’êtes pas Jésus, vous aussi avez vos « pêchés », vos angoisses, vos failles, vos incohérences, c’est humain! La meilleur façon de se protéger contre les agressions que vous devrez encaisser, c’est de vous présenter comme quelqu’un qui pose des questions, sans nécessairement avoir les réponses. Il vous sera alors beaucoup plus facile de ne pas vous attirer les foudres des personnes que vous cherchez à sensibiliser. La co-construction d’un raisonnement dans un dialogue réciproque (« tu me dis ceci, je te réponds cela, … ») abouti presque toujours à des résultats probants et renforce vos liens interpersonnels, ce qui vous apportera beaucoup de bonheur (dialectique).

J’applique tout de suite ce que je dis : si vous avez des remarques à me faire partager, sentez vous libre de les poster sous ce post!

La Laïcité sous l’angle socio-économique : analyse macrosociologique.

Ce samedi 30 octobre, l’hémicycle de la communauté française de Belgique était convié à une séance-débat pour fêter les 15 ans du parlement jeunesse (PJ). A cette occasion, il était prévu que les versions édulcorées de deux décrets qui avaient marqués les annales du PJ soient remis, l’espace de deux heures, sur le métier, l’un portant sur l’encadrement de la prostitution volontaire, l’autre sur la laïcité.

En tant que membre de la commission laïcité je possède, parmi d’autres, ce plaisir de connaître l’histoire parlementaire du décret ainsi que le cheminement intellectuel qui l’accompagne. Un recul qui n’a fait que me conforter un peu plus dans mes frustrations lorsqu’il me fut donné l’occasion, en trois petites minutes seulement, d’exposer à l’hémicycle mon point de vue sur le décret. Trois petites minutes pour expliquer un cheminement intellectuel de plusieurs semaines, la tâche était impossible, trop à l’étroit dans mon costume étriqué de député, j’ai cafouillé. D’ailleurs, j’ai déçu mes camarades qui travaillèrent avec moi en commission.

Mais la plénière est davantage le terrain des sophistes, un lieu de théâtre, qu’une Agora, un temple de la Vérité. Chacun cherchant à faire mouche de sa petite personne, les gens ne prennent pas le temps de s’écouter, de réfuter ou mettre en perspective les arguments des uns et des autres afin de construire le débat. La forme des échanges y est pour beaucoup, d’ailleurs il ne faudrait pas que certains se donnent l’illusion que le débat démocratique se fait en plénière. En réalité, c’est dans les méandres du parlement, durant des contacts informels et en commission et surtout dans les cabinets ministériels que se fait le gros du travail législatif.

Reste que j’observe que les mêmes arguments éculés furent mis en débat. Par conséquent, le ministre, en la personne de Martin Dethier, ne fut jamais véritablement mis en difficulté. Je l’ai déjà souligné par le passé, je le répète : chacun entrevoit les enjeux d’un débat à travers le prisme de sa formation, une forme de biais intellectuel dès lors que l’hémicycle serait majoritairement composé de gens issus d’un même horizon académique. Celui-ci étant en majeure partie constitué de politologue ou autres droïdes, c’est le plus souvent sous l’angle juridico-juridique qu’un débat est appréhendé.

Concernant la laïcité, le biais intellectuel dont le débat fut, pour la seconde fois, prisonnier, est une approche qualitative, par opposition à quantitative. Le juriste aborde toujours la problématique du port de signe religieux sous l’angle de l’individu. Par conséquent, le débat se focalise sur le respect de droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et la liberté de culte et se cristallise systématiquement sur des mesures restrictives à ces droits induites par le respect du principe de laïcité.

J’observe que lesdites mesures sont très difficiles, si pas impossibles,  à justifier sous cet angle d’approche tant elles semblent rogner sur les droits et libertés fondamentales, en particuliers eu égard à l’Islam qui se caractérise par le port de signes religieux ostentatoires. Dans ce cas, la laïcité ne peut qu’être vécue que comme l’expression d’une loi d’exception à l’égard de cette religion, une discrimination institutionnalisée.

En réalité il n’en est rien. Dans l’esprit de la loi française de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, la laïcité est un principe philosophique qui organise et garantit l’égalité de traitement entre les différentes religions et autres  convictions dites  « philosophiques ». La laïcité ne saurait être fermée ou ouverte, tolérante ou intolérante, elle se suffit à elle-même. Elle se justifie pour au moins deux raisons et exige d’être confortée à l’heure où la « multiculturalité », à défaut de « l’interculturalité » est une situation de fait dans certaines métropoles européennes, Bruxelles notamment.

D’une part, elle garantit la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, des affaires de l’Etat et de celles de l’Eglise, une valeur typiquement occidentale. En effet, le combat initié depuis les lumières contre l’obscurantisme religieux a abouti à raboter la religion, catholique, à sa dimension spirituelle. Mais ce serait oublier un peu vite que la vocation première d’une religion est institutionnelle. Longtemps, l’Eglise fut une institution qui régis la société, les rapports entre les hommes. Elle établit des normes, sous la forme d’un corpus de loi transcendantales, par opposition à immanentes.

Cette prétention à structurer le débat public est incompatible avec la démocratie, la loi des hommes, soit, selon la formule bien connue d’Abraham Lincoln « le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ». De ce point de vue, il est très clair que le fait religieux est subordonné à la loi des hommes, par conséquent, la liberté de culte ne saurait être inconditionnelle. En clair : la justice des hommes s’est substituée à celle de Dieu, d’où, peut-être, le célèbre « Dieu est mort » de Nietzsche. La laïcité est donc une forme de verrou sur les affaires de l’Etat, sur le domaine public, universel, qui par définition, appartient à tous les citoyens sans préjudice de leurs particularismes. Mais ce serait oublier qu’elle garantit aussi que l’Etat ne s’immisce dans la sphère religieuse, ce qui relève de particularismes, de certains individus.

Ensuite, si on se place d’un point de vue macrosociologique, on peut aborder le débat sous l’angle quantitatif. A cet égard, les lunettes d’économiste ou d’anthropologue sont précieuses. Partant du modèle de concurrence parfaite posant l’atomicité de la réalité sociologique du corps social comme hypothèse, la laïcité entrevue comme un principe structurant l’équilibre macrosociologique entre différents groupes , et non individus, il s’agit là d’un raisonnement agrégé, ne se justifierait pas. En effet, si 10 millions de belges arboraient 6 millions de symboles religieux différents, aucun de ces symboles ne serait en mesure de s’imposer « sur le marché de la réalité sociologique » plutôt qu’un autre. Dans ce cas, on voit mal comment le fait religieux, dont le port de symbole est l’expression la plus visible, provoquerait des tensions.

Si on se place dans le contexte d’une concurrence monopolistique, l’équilibre est aussi stable puisque le plus fort impose sa loi. Problème : les « petits » souffrent. Dans ce cas, la laïcité comme principe régulateur revêt la forme d’une  mesure antitrust et donne un espace de liberté, une bouffée d’air, aux individus issus d’une confession religieuse ou philosophique marginale. Inutile de préciser qu’en Belgique, c’est l’Eglise catholique qui occupe actuellement cette situation de monopole.

Enfin, la concurrence oligopolistique donne l’image de quelques grosses « enseignes » en proie à une lutte au coude à coude pour s’approprier un marché. Ce qu’il est crucial de noter, c’est que le débat sur la laïcité se pose aujourd’hui, plus d’un siècle après le vote de la loi de 1905, avec une acuité particulière, dans le contexte d’une société pluriethnique. Ce changement de réalité sociologique matérialise une remise en question du statu quo dans lequel l’église catholique est en situation de monopole au profit d’une dynamique oligopolistique. La montée de l’Islam y est pour beaucoup.

Or, dans cette situation ou des groupes portant des revendications identitaires sont en quelque sorte en compétition pour augmenter leur emprise ou à tout le moins la diffusion de leur idées dans la société, la laïcité agit une nouvelle fois comme un principe régulateur dont le mérite ultime, je le répète,  est de garantir que des particularismes ne s’approprient la sphère publique.

Si on applique ces principes, on doit comprendre qu’une distinction doit être faite entre une situation où beaucoup de fonctionnaires porteraient un signe religieux relevant d’une même confession de celle où quelques fonctionnaires porteraient un tel signe. Dans le premier cas, le principe de laïcité prenant l’expression de la neutralité de l’Etat se justifierait beaucoup plus que dans le second. Ou pour le dire autrement, l’arbitrage entre particularismes et universalisme  devrait être tranché en faveur du premier dans le premier cas, soit  les droits d’individus, à savoir la liberté de culte, et en faveur du second, la neutralité du secteur public dans le second cas. Où est la limite me direz-vous ? Eh bien, c’est assez simple, dès lors que le débat est porté sur la place publique, ce qui reflète le fait que le phénomène a pris une certaine ampleur. Tel est le cas. Je précise qu’il s’agit là d’une perception subjective. En fait, la dynamique des rapports de forces est sous-sous-jacente à ce raisonnement.

Enfin, vous m’aurez compris, je me méfie des revendications identitaires  lorsqu’elles cherchent à perfuser, dominer l’espace public, qui appartient à tout le monde. C’est pourquoi je me pose en ardent opposant du communautarisme, qui, pour moi, préside à une balkanisation de la société. C’est la forme que prend l’enseignement qui, selon moi, doit arbitrer le choix entre communautarisme et universalisme républicain, entre particularisme et universalisme.

Le premier choix justifiera que l’enseignement prenne une forme privée et que par conséquent il reflète les particularismes de chacun. En d’autres termes, les cathos iront dans une école catholique, les musulmans dans une école islamique, les juifs dans une école juive, etc. Par opposition, le second choix optera pour l’universel : dans cette conception, l’enseignement est un lieu de savoir, un lieu où l’individu est en construction, en devenir. Par conséquent, il est exclu qu’il y affiche ses déterminismes sociaux avant de les avoir mis en perspective. En quelque sorte, ce type d’enseignement, le modèle républicain à la française, vise à répliquer les conditions d’un modèle de concurrence parfaite, c’est-à-dire à produire une réalité sociologique atomistique : chaque individu est unique, certes il possède des particularismes, mais il est invité à s’en détacher, les mettre en relief, ce qui est indispensable si on veut entrer sereinement en contact avec l’autre.

Le modèle universaliste pose l’existence d’un socle commun de valeurs, universelles, comme un préalable à la viabilité d’une société multiculturelle. Le modèle communautarise ne pose pas cette condition. En fait, il postule qu’un panel hétéroclite de réalités sociologiques se côtoyant voir se juxtaposant les unes aux autres est capable de s’autoréguler en quelque sorte. Au nom du relativisme il prône une la tolérance absolue et le respect des convictions de chacun. En réalité il exacerbe ce qui nous divise plutôt que ce qui nous rassemble en enfermant un individu dans ses particularismes.

Aujourd’hui, le statu quo n’est plus possible en Belgique car se pose la question de la place de l’Islam. Un choix entre universalisme et particularisme devra être fait et c’est dans l’enseignement qu’il se matérialisera. J’ai des doutes quant au fait que la réalité institutionnelle évolue vers un enseignement républicain, le communautarisme est le choix de la facilité, mais c’est le piège à éviter. Il est crucial de créer des ponts entre les différentes cultures, un langage commun, un espace de dialogue, afin d’éviter un mini « clash des civilisations » dans les zones urbaines à la réalité sociologique fortement contrastée.

Etiquettes & identités multiples : pied de nez à la clusterisation sociale.

Matthieu Pigasse n’est pas à une contradiction près. Il est à la fois banquier et actionnaire du journal le Monde qu’il vient de racheter aux côtés de Pierre Bergé et Xavier Niel. Dans l’entretien du Vif de cette semaine (22 au 28 octobre 2010), il déclare que « la richesse d’un individu, c’est sa diversité, y compris ses paradoxes ou ses contradictions » et ajoute : «  J’ai une détestation des cases, des rangements tout faits, des étiquettes. Je suis banquier, je l’assume et j’aime ce que je fais. Je suis aussi dans la presse pour des raisons que j’ai évoquées. L’un et l’autre se nourrissent d’une certaine façon ». Du petit lait.

Il n’est rien de plus ennuyant que les gens monolithiques, ceux qui de la tour d’ivoire de leur identité bétonnée se permettent de juger. Ils ne vont surprendront pas, enfermés dans la normalité dictées par les groupes homogènes auxquelles ils appartiennent, ils feront toujours la distinction entre le « nous » et le « toi ».

« Chaque personne à quelque chose à t’apprendre », cette conviction intime qui fut léguée à chacun des disciples de la Vérité sur cette terre par Socrate, une philosophie de vie, expose ses individus. Constamment pris entre le marteau, le regard des autres qui lui ont déjà apposé quelques étiquettes, et la soif de rencontres hétéroclites, l’enclume, ces individus sont condamnés a louvoyer entre leurs contradictions ou a compartimenter soigneusement  leur vie. En fait, seule la solitude semble s’accommoder de leurs identités multiples.

Et c’est là que j’en viens à la théorie des clusters. Je dis souvent : « les gens, cessez de « clusteriser » ». Cessez un peu de faire dans le consanguin, à force de trop traîner exclusivement avec des gens qui partagent  cette matrice d’identité commune, vous allez perdre toute singularité, toute faculté à surprendre, à vous exposer, à risquer l’ouverture à l’autre et ses différences qui, forcément, vous changeront irrévocablement. La peur, la peur d’être seul, voilà ce qui gouverne ce monde et pousse les gens à clusteriser,  à s’assembler en « grappes » d’individus qui se ressemblent.

Et pendant ce temps, l’individu aux identités multiples souffre, car ses contradictions exacerbent ses sens. Lui clusterise aussi, mais dans des cercles hétéroclites. Rien ne le fait davantage souffrir que lorsqu’on essaye de l’assimiler à un de ces groupes, de le réduire à une de ses identités, une étiquette. C’est ce qui fait de lui un loup égaré parmi les brebis ou un mouton noir dans le troupeau, selon sa façon de jongler avec son panel de sensibilités. Un insoumis, condamné à une forme de solitude qui n’a de prix que son unicité. Peut-être est-ce là la définition du libertaire.

La liberté prélève un lourd tribu : ne jugez pas et vous serez jugé. Ce sacrifice vaut bien la faculté à s’émerveiller, à préserver l’enfant qui grandi en soi.

« Il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte » (Jacques Brel). *

 

 

*spéciale dédicace à un ami, il se reconnaîtra.

Transition écologique : reformater la pensée occidentale

Le paradigme néoclassique vs. écologique

Paradigme

Ma thèse est que toutes nos pensées, actions, normes sociales, institutions, sont définies par un carcan idéologique qui définit le périmètre de la vie en société. D’ailleurs, on pourrait dire que la société dans sa globalité est structurée en « strates » de systèmes s’imbriquant les uns dans les autres. On pourrait utiliser une poupée russe comme métaphore.  Par exemple, le jeu de l’innovation et de la libre concurrence qui s’impose aux entreprises est formaté par le système capitaliste qui régit l’ensemble de l’économie. Dans cette perspective, le capitalisme en tant que mode d’organisation de l’économie (les processus d’allocation de ressources rares) suppose à son tour la démocratie (l’inverse n’est pas vrai). Par exemple, cette dernière consacre la propriété privée ainsi que l’exercice de droits dits fondamentaux, tels que la liberté d’expression, qui  sont  inscrits dans l’ADN du libéralisme. D’où cette hypothèse que le régime autocratique chinois porte une contradiction.

Mais soit, ceci pour introduire l’idée qu’il existe un ensemble de paradigmes, c’est-à-dire des représentations du monde qui reposent sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée) définissant les cadres dans lesquels les échanges humains vont se développer.  L’expression « think out of the box » si chère aux anglo-saxons reflète bien cette idée.

Cet article défend la thèse que la prise en compte adéquate des défis environnementaux-démographiques-énergétiques réclame un changement profond du paradigme qui selon moi conditionne l’ensemble de la pensée occidentale depuis 3 siècles environs, soit, coïncide avec le début de la révolution industrielle. J’ai choisi d’étayer mon propos sous l’angle d’une discipline : la science économique.

Le paradigme néoclassique : la durabilité « faible »

Le paradigme dit « néoclassique » ultra-dominant peut  se résumer ainsi (N. Kousnetzoff, 1993):

Suivant l’approche néoclassique, les ressources naturelles sont des déterminants de la richesse nationale. Le capital naturel aussi bien que le capital humain doivent être traité de la même manière que le capital physique, car tous les trois sont parfaitement substituables. En effet, le capital naturel, même s’il est intrinsèquement irremplaçable, n’a de valeur pour l’homme que par les services qu’il lui rend. Le progrès technique, qui permet de repousser le limites de la croissance économique, résout aussi les problèmes sociaux et environnementaux. Les mécanismes du marché, guidés, si nécessaire, par une politique environnementale, assurent alors une gestion efficace du capital naturel. En ce qui concerne les ressources non-renouvelables, l’existence d’une rente permet aux entreprises d’investir pour substituer des ressources artificielles manufacturées aux ressources naturelles en voie d’épuisement. Enfin, concernant la pollution, la prise en compte des externalités négatives dans le calcul économique amène à instaurer soit des taxes qui font payer les dommages par les pollueurs ( par exemple une taxe sur le carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serre), soit des droits de propriété qui font partager les coûts des dommages entre les pollueurs et les pollués (par exemple, un marché de droits d’émissions).

L’économie environnementale (“environmental economics”) en tant que discipline repose sur ce paradigme. On parle de durabilité faible (“weak sustainibility”) car ses tenants reconnaissent que l’hypothèse de substituabilité du capital physique au capital naturel a ses limites. En d’autres termes, les biens manufacturés avec des ressources naturelles non-renouvelables, ne sont pas parfaitement substituable au capital naturel, ce qui revient –implicitement – à reconnaître que la croissance n’est pas illimitée. Précisément, c’est à partir de cette observation que les biologistes ont proposé une conception alternative, donc un nouveau paradigme, qui se situe aux antipodes de la vision néoclassique.

Le paradigme écologique: la durabilité “forte”

L’approche écologique peut se résumer ainsi (N. Kousnetzoff, 1993):

L’idée centrale du concept de « soutenabilité forte” (“strong sustainability”) ou écologique est que le champ naturel est différent du champ économique et social et le conditionne. Par ailleurs, les pressions anthropiques sur l’environnement dépendent de l’évolution des rapports sociaux: l’extension de l’appropriation privée des ressources naturelles peut conduire à leur épuisement. Dans l’acceptation maximaliste du paradigme écologique, il faut attribuer une valeur intrinsèque aux êtres naturels et à la biosphère, indépendamment de leur utilité économique et sociale. Dans une variante plus modérée, il suffit de prendre en compte les principales particularités des ressources environnementales: irréversibilité de certains dommages, incertitudes de phénomènes de long-terme (qui exige l’application du principe de précaution) et soumission aux lois de la thermodynamique.

 

Ces caractéristiques impliquent que les ressources environnementales et le capital physique et humain ne sont pas parfaitement substituables. Leur conservation exige le respect de certaines contraintes que la rente, la taxation ou l’attribution de droits de propriété ne peuvent garantir à elles seules. La question des limites naturelles de la croissance économique se pose alors dans les termes suivants (les trois principes d’Herman Daly):

 

–          Le taux d’épuisement des ressources naturelles renouvelables ne doit pas dépasser leur taux de régénération;

–          Le taux d’émission de polluants ne doit pas dépasser les capacités d’assimilation naturelle et anthropique;

–          Enfin, l’exploitation des ressources non-renouvelables doit se faire à taux égal à celui de la substitution par des ressources renouvelables.

 

Dans cette perspective de long-terme, la fàçon de traiter la variable temporelle doit, elle aussi, être reconsidérée. Le choix social propre au paradigme néoclassique suppose une préférence de tous les agents pour le présent, ce qui se traduit par un taux d’actualisation (“discount rate”) positif. Cette hypothèse favorise les générations présente et est donc en contradiction avec le principe d’équité intergénérationnelle énoncé dans le rapport Brundtland (1987).

 

La discipline académique (embryonnaire) qui se revendique de cette approche est la bioéconomie ou l’écologie (“bioeconomics” or “ecological economics”).

 

Une conception très différente du rapport à la Nature

Mythe de Prométhée

L’approche écologique, contrairement à l’approche néoclassique, émane de scientifiques, c’est-à-dire de techniciens des sciences dites “naturelles” par opposition à “humaines”. Cette césure entre les sciences de la nature et de l’homme est un héritage des philosophes du XVIIe et XVIIIe siècles qui exprimèrent l’idée que l’homme peut et doit soumettre la nature.  René Descartes pensait qu’ avec la connaissance l’homme pourrait “se rendre maître et possesseur de la nature”(2). C’est le mythe prométhéen : la foi en la sciences et le Progrès doit permettre à l’homme de devenir l’égal des dieux. Ainsi, la conception néoclassique n’est à mon sens qu’un dérivé d’un des mythes fondateurs de la pensée occidentale qui est que “l’homme est en dehors de la nature”. Dans cette perspective, la nature n’est qu’un sous-ensemble de l’économie, elle lui est subordonnée.

Temps linéaire

Une autre trait génétique du modèle néoclassique est une foi inébranlable en un progrès scientifique qui doit permettre de repousser les limites de la croissance à l’infini. Dans cette perspective, les hypothèse de substitution entre le capital physique et matériel n’est qu’un artifice visant  à légitimer cette croyance. Car c’est bien d’une croyance dont il s’agit, cette fois héritée, selon moi, de la culture hébreuse. “Au commencement…” nous est-il dit. Car pour l’Hébreu, et à sa suite pour l’homme occidental, il y a un commencement du temps. Il est linéaire et historique, le temps, et non cyclique comme dans les autres cultures. Il commence, il progresse et il s’achèvera. Le peuple hébreu nous a légué la conviction que le temps de l’homme est celui d’une histoire, que cette histoire a ses origines, qu’elle progresse et quelle doit progresser, grâce au concours de l’homme et à la sueur de son front, pour s’achever un soir de parousie, d’apothéose ou d’apocalypse. Seule entre toutes, notre culture sait qu’elle doit un jour mourir. Et elle est, sans doute, aussi la seule où l’imaginaire collectif est hanté, tout au long du temps, par la grande peur de la fin des temps (3).

Pour résumer, je pense que le paradigme néoclassique est un dérivé de deux traits caractéristiques de la culture occidentale: (1) l’homme est en dehors de la nature et (2) le temps est historique.

L’écologie, de nouveaux fondements pour la pensée

Ce qu’il convient de remarquer, c’est que la vision bioéconomique s’inspire de deux principes qui s’opposent à ceux énoncés dans le paragraphe précédent. C’est pourquoi il s’agit d’une véritable rupture. Pour commencer, la bioéconomie inflige une blessure d’orguei à la pensée occidentale en affirmant que l’homme est subordonné à la Biosphère et que par conséquent, sa survie est conditionnée par le respect des lois physiques et de l’équilibre de celle-ci. Dans cette vision, l’homme ne peut domestiquer le climat ou détruire des écosystèmes sous peine de compromettre son existence à long terme. D’ailleurs, d’aucuns n’hésitent pas à donner cette définition de l’écologie: “l’économie de la nature”, dont l’homme fait partie! La nature et l’homme ne forment qu’un tout, cette vision holistique est l’essence de la révolution bioéconomique.

Ensuite, la bioéconomie, bien que se fondant sur une vision évolutionniste du processus économique, introduit l’idée de finitude du monde induisant l’existence de limites à la croissance. Limite à la croissance matérielle, car contrainte par les lois de la thermodynamique et le caractère non-renouvelable et non-substituable de certaines ressources.

L’emprunte écologique: une formalisation de l’idée de limite écologique

 

Le plus grand mérite de l’écologie est de ramener l’homme à sa juste dimension en imposant l’idée de limites à son expension prédatrice. Nous avons besoin d’air, d’eau, de nourriture, d’un climat tempéré pour survivre. Par conséquent, une économie soutenable doit intégrer la contrainte environnementale. L’outil habituel utilisé afin d’intégrer cette contrainte est le concept “d’empreinte écologique”. Il découle directement de l’idée que dans un monde fini, les capacités de reproduction et d’assimilation de la terre sont limitées. Son origine remonte à l’article Ecological footprints and appropriated carrying capacity : what urban economics leaves out (empreinte écologique et capacités raisonnées de la planète : ce que la science économique urbanologique laisse de côté) du professeur William E. Rees , économiste environnemental qui en donne la définition suivante : « surface correspondante de la terre productive et des écosystèmes aquatiques nécessaires à produire les ressources utilisées et à assimiler les déchets produits par une population définie à un niveau de la vie matériel spécifié, là où cette terre se trouve sur la planète » (4).

Formellement:

(1) Empreinte écologique – Biocapacité = Dépassement écologique

avec

(2) Biocapacité = Surface * Bioproductivité

 

(3) Empreinte écologique = Population * Consommation par personne * Intensité en ressources et en déchets

A partir de ces définitions, l’enjeu du dévellopement durable est d’avoir une déficit de biocapacité, soit une “dette écologique” tendant vers zéro. D’emblée, trois remarques s’imposent:

1)      Croissance démographique et croissance économique quantitative

La croissance démographique met sous pression les écosystèmes et augmente le risque de dépasser les limites naturelles de la Biosphère. Par exemple, un homme va consommer un nombre limité de poissons quotidiennement. A population double, cette consommation va augmenter (plus ou moins proportionnellement). Or, qui dit finitude du monde dit aussi limite à la croissance démographique: l’homme s’étant hissé au sommet de la pyramide alimentaire, son seul prédateur est lui-même. Les autres espèces, à l’image de l’homme, seraient incapables d’auto-réguler leur démographie si elles occupaient notre position. D’ailleurs, les cas d’introduction d’espèces indigènes (les coccinelles par exemple) dans des écosystème continentaux confirment cette vision. Autre illustration: si 9 milliards de cochons peuplaient la terre, le méthane qu’ils rejeteraient dans l’atmosphère provoquerait aussi (probablement) des disfonctionnements climatiques. Tout ceci pour dire que c’est moins la croissance dans son aspect qualitatif que quantitatif qui pose problème. On entend souvent dire que “si le reste du monde accédait au niveau de vie de l’Occident qu’il nous faudrait de 4 à 5 planètes pour subvenir à nos besoins”. D’où cette évidence, il faudra que les riches “décroisssent” pour que les pauvres puissent “croître” dans une perspective soutenable. En fait, c’est le modèle à l’occidental globalisé qui n’est pas soutenable.

Mais surtout, l’intérêt du concept d’emprunte écologique est que ceteris paribus, c’est à dire pour une capacité biosphérique donnée, une consommation par habitation donnée (il s’agirait d’un chiffre abstrait ne tenant pas compte –à l’image du PIB/habitant – de la répartition de cette consommation) ainsi qu’une intensité en ressource et déchet donnée, il permet de calculer le niveau optimal de la population ( partant de l’hypothèse simplificatrice que celle-ci est répartie uniformément par rapport aux capacités biosphériques).

2)      Ressources non renouvelables et entropie

La problématique des ressources naturelles non renouvelables peut-être abordée indépendamment du facteur démographique. Même dans l’hypothèse ou la population mondiale serait contenue dans des proportions ne mettant pas en danger la viabilité des écosystèmes et des ressources naturelles renouvelables (forêts, stocks de poissons), le stock de ressources non renouvelables serait irréversiblement condamné à s’épuiser à mesure que nous puisons dedans pour subvenir à nos besoins. Or, comme l’a suggéré Nicholas Georgescu Roegen dans son livre “the Entropy Law and The Economic Process” (1971), le processus économique transforme irréversiblement un stock de matière première de basse entropie en un stock de plus haute entropie. Ce faisant, il contribue donc à accélérer le processus de dégradation de la matière. Pour être concret, on ne pourra pas recomposer le stock initial de cadmium contenu dans un téléphone portable lorsque celui-ci sera usagé. Bien sûr, les économistes néoclassiques n’ont probablement pas tout à fait tort lorsqu’ils postulent qu’une fois le cadmium épuisé, on trouvera un substitut. Toutefois, je suis beaucoup plus suspicieux à l’égard de l’hypothèse d’une substitution entre le capital technique formé à la base de matières premières et du capital naturel composé de ces mêmes matières premières. Pour être clair, une fois le petit jeu de substitution d’une matière première (épuisée) à une autre (encore non épuisé) terminé, nous connaîtrons la fin du progrès technique.

D’où l’intérêt de comprendre deux choses: (1) il n’y a pas de principe plus économique que le principe d’entropie. Le système capitaliste actuel, enfermé dans le cycle productiviste de la croissance, a une rythme d’épuisement des matières premières non renouvelables beaucoup trop important; (2) le temps est un paramètre à prendre en compte dans les calculs économiques. Sachant que le stock de ressources non renouvelables tend irréversiblement vers zéro, il y a des enjeu d’équité inter-générationnelle qui doivent être respectés. Lorsqu’on envisage la répartition de ces ressources, c’est sur un horizon infini, et pas en utilisant un taux d’actualisation positif justifié par l’hypothèse que les futurs générations vivront dans un confort matériel –induit par le progrès technique et la croissance…-supérieur au nôtre.

Cette double remarque débouche sur le constat qu’un système économique “économique”, devrait en réalité chercher à minimiser l’input de matières premières non renouvelables. Dans cette perspective, la valeur d’usage d’un objet doit être maximisée, ce qui implique de la réparer lorsque c’est possible. Autre chose: substituer une comptabilité en terme de flux de matières plutôt que monétaires serait plus approprié pour rendre compte de l’état de déplétion du stock de ces ressources (je pense en particuliers aux énergies fossiles). Cette logique s’accorde parfaitement avec la notion d’empreinte biologique puisque elle vise à minimiser le degré d’intensité en ressources (inputs) et déchets (outputs) rejetés par le processus économique.

Néanmoins, je dois dire qu’une chose me gêne souvent dans la vision écologiste (radicale): l’aspiration à créer une économie stationnaire. “Puisque la croissance et le progrès technologique provoquent des déséquilibres de la Biosphère, cessons la course au progrès”. La nature n’est  pas immuable, de plus les écosystèmes possède une capacité de résilience. Ceci pour affirmer  que tout est question de proportion, une croissance qualitative s’inscrivant dans le respect des limites des capacités d’assimilation et de résilience  de la Biosphère est souhaitable. D’ailleurs, les autres espèces connaissent, elles aussi, des évolutions. Simplement, comme l’a noté le grand Georgescu-Roegen, l’expression de celle-ci est en majeure partie endosomatique alors que celle des êtres humains  est principalement exosomatique. Dans cette vision, le progrès technologique n’est que le prolongement de nos membres physiques.

3)      Consommation et diminution du temps de travail

Il paraît évident que si nous ne parvenons pas à contrôler la démographie (9 milliards d’êtres humains d’ici 2050 selon l’ONU) qu’il nous faudra diminuer notre consommation encore davantage que si elle était stabilisée. Une façon d’y parvenir serait de convertir les gains de productivité induits par le progrès technique (et permettant de diminuer  l’intensité du processus économique en ressources et en déchets ) en temps libre (non rémunéré).

Changement de paradigme = changement d’institutions?

 

Souvenez-vous de l’hypothèse de base de mon article:  nos institutions, le système économique, nos actions, sont formatées par un paradigme, le rail de la pensée sur lequel nous évoluons. Il est assez amusant d’observer aujourd’hui que notre société est en train de basculer vers un nouveau paradigme et qu’il existe des contradictions émanant du fait que deux systèmes de pensée incompatibles essaient péniblement de cohabiter. Par exemple, les rapports du groupe intergouvernemental sur le climat (GIEC) s’inscrivent très clairement dans une perspective bioéconomique: il nous faut limiter les émissions de CO2 car leur niveau actuel est trop important par rappport aux limites d’assimilation de la Biosphère. A noter que le rapport Meadows et al (1972) intitulé “the limits to growth” rédigé par des experts du MIT mais commandité par le Club de Rome, proposait déjà des conclusions beaucoup plus dérangeantes que celles du GIEC (5). Cette conception de limite peut-être prise en compte par l’emprunte écologique, pas par le PIB, la mesure de la croissance.

Une autre double question brûlante est de savoir si d’une part le capitalisme peut accommoder de la révolution bioéconomique et d’autre part, si la démocratie dispose de la réactivité nécessaire à la mise en place d’une transition dans les temps vers une économie soutenable. Je ne possède pas les réponses, seulement des interrogations. Néanmoins, je note certains éléments. Pour commencer, la démocratie est un système réactif davantage que pro-actif. Il faut du temps pour que les leaders d’opinions gagnent les grandes batailles d’idées. Mais ce n’est pas tout: l’imposition de mesures impopulaires “d’en haut”  (la taxation du pétrole, ou la taxe carbone par exemple) qui pourtant s’inscrivent dans l’intérêt général offrent la garantie de ne pas être réélu. De ce point de vue, je suis convaincu que la crise pétrolière imminente va plonger les économies occidentales dans le chaos (voir article: “la fin du pétrole”). Ensuite, il me paraît évident que le privatisation de ressources naturelles non-renouvelables pose un problème. Le caractère non-renouvelable de ces ressources implique selon moi qu’elles doivent être gérées par  consensus démocratique, sensé représenter l’intérêt général.

J’ai assisté ce lundi 27 septembre ainsi que ce mardi 28 septembre à une conférence et un séminaire de Peter A. Victor, auteur du livre “Managing Without Growth: Slower by Design, Not Disaster” (6). Cet économiste canadien, proche de Tim Jackson (7), a élaboré un modèle macro-économique de croissance faible qui d’après les résultats de ses travaux serait viable dans ses dimensions économiques, écologiques et sociales. C’est là une première pierre à l’édifice, il nous faut  poursuivre dans cette voie. Par ailleurs, je tiens à donner la référence du livre  qui  selon moi est appelé à devenir le nouveau manuel de base en économie pour les années à venir: “Ecological Economics: An Introduction” (M. Common, S. Stagl; 2005, Cambridge university press). L’ouvrage se veut abordable pour tous. Le niveau de formalisation est basique.

 

(1) Descartes R. (1963), Discours de la Méthode, VI, 1637, Paris, Union Générale d’Editions, 10/18, p. 74-75.

(2) G. Daoust .Le temps linéaire. L’encyclopédie de l’Agora. Disponible sur : http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Temps–Le_temps_lineaire_par_Gaetan_Daoust

(3) Y. Cochet, M. Billard, N. Mamère, F. Rugy (6 janvier 2009). Proposition de loi tendant à réduire l’emprunte écologique de la France. Assemblé nationale. Disponible sur : http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion1369.asp

(4) Disponible sur : http://eau.sagepub.com/content/4/2/121.full.pdf+html

(5) Voir : http://iceblog.over-blog.com/article–the-limits-to-growth-le-rapport-meadows-club-de-rome–38409173-comments.html

(6) voir: http://www.amazon.ca/Managing-Without-Growth-Slower-Disaster/dp/184844205X

(7) Auteur du rapport “Prosperity without growth” (2009). UK Sustainable development commission.

Sources:

N., Kousnetzoff (1993). Le dévellopement durable. Quelles limites à quelle croissance?. L’économie Mondiale 2004: CEPI, pp. 93-106.

Un entretien d’embauche absurde

Lorsque les certitudes d’un homme se heurtent de plein fouet à celle de ses interlocuteurs, doit-il se renier ou les assumer quitte à en payer le prix?

 J’étais ce matin à la troisième phase d’un concours au service publique fédéral des finances (SPF finance) pour un entretien oral d’une heure.

 L’Etat belge va devoir trouver 25 milliards d’euros s’il souhaite retrouver l’équilibre budgétaire, une somme colossale, presque 10% du PIB national.

 Bien entendu, mes interlocuteurs me demandent les mesures que je suggère pour améliorer la situation. Là, je suis pris entre deux feux. Soit je lui ressors la liturgie de mes bouquins d’économie à propos de la relance keynésienne suivie de celle d’une politique de rigueur douce afin de ne pas étouffer la croissance dans l’œuf, soit je lui explique que toutes ces réformes ne sont à mon sens que cosmétiques –et je pèse mes maux – et que les bisounours c’est terminé.

 C’était plus fort que moi, j’ai opté pour la seconde option. J’ai donc gentiment exposé à mes interlocuteurs que la crise est loin d’être passagère, qu’en fait elle ne va qu’empirer avec le temps. Tout y passe, les déséquilibres macroéconomiques entre les états, le degré d’endettement des pays occidentaux et surtout, la crise de l’énergie.

 Et là, inévitablement, se dessine un mur d’incompréhension devant moi, et ce même si mes interlocuteurs font preuve de beaucoup d’intérêt. En réalité, je suis en train de leur dire que la croissance est justement le problème et qu’il nous faut donc réinventer notre modèle économique alors qu’ils attendent de moi que je leur explique comment relancer la croissance . Bien évidement, je suis bien en mal de donner des pistes concrètes. Si c’était le cas, je serais déjà prix Nobel. 

 Ai-je eu tort de ne pas leur compter la belle histoire qu’ils souhaitaient entendre ?

La vérité à (a) quel prix ?

Réussir la transition écologique : au cœur des enjeux de la Révolution Verte.

Une force politique monte partout en Europe : les verts. Après la révolution industrielle, la révolution sociale, la révolution écologique est en marche. Et pourtant, est-ce vraiment le cas ?

Partout, on entend parler de croissance, de croissance « verte » parfois, certes, mais de croissance néanmoins. Et ce n’est pas la crise économique qui vient démentir ce constat, on ne parle que de « relance par la croissance ».

Le terme « révolution » à une connotation radicale car il suppose des changements en profondeur d’un système, une rupture. Ici, c’est notre modèle économique qui est l’épicentre de la tourmente verte. Le constat est là, irrévocable : la communauté scientifique est presque unanime, si l’humanité poursuit en ce sens, elle va à sa perte. Pour la première fois donc, se pose la condition de notre survie. Ce constat qui nous affecte tous recèle une puissance fédératrice inédite: le problème écologique concerne l’humanité toute entière.

La dimension métaphysique du défi écologique recèle probablement la difficulté extrême de son acceptation. Fait inédit de l’ère moderne, nous sommes appelés à penser la finitude du monde : les ressources naturelles ne sont pas extensibles. Or, tout le paradigme économique actuel qui se base sur l’idée de croissance repose sur un déni de la nature humaine : il procède de l’idée que le monde ne connaîtrait point de limites, conception elle-même ancrée dans la croyance que l’esprit humain est infini. Cette conviction donne sa légitimité à l’idée typiquement occidentale que l’homme, à la différence des animaux, serait en dehors de la nature. L’homme serait alors la main de Dieu, l’outil du divin désigné pour mettre de l’ordre dans les affaires du monde. Le constat que nous sommes au sommet de la pyramide alimentaire renforce cette impression : le seul loup pour l’homme est l’homme.

Pourtant, il nous faut convenir que le constat écologique rend ce mode de raisonnement obsolète, inadapté, car il introduit un paradoxe : si la faculté d’autoréflexivité ne connaît pas de limites, est élastique à l’infini, le monde matériel lui, semble fini. L’essence de la révolution verte serait alors qu’il existe une discontinuité entre le monde matériel et immatériel : la croissance de l’esprit se heurterait aux limites du monde fini. L’accepter c’est condamner un modèle économique basé sur une consommation extensible de ressources matérielles finies.

Or, la mouvance écologique dominante qui prône actuellement une croissance verte via la « verdurisation » du capitalisme n’est que l’avocate du paradigme actuel : la relance de l’économie par la croissance verte basée sur les nouvelles technologies. Le raisonnement est celui-là : chaque problème possède sa solution. La recherche et l’innovation technologique vont nous permettre de trouver cette solution. Notre modèle actuel se base donc sur une logique cyclique (problèmes-solutions) extensible à l’infini. Il postule que la crise écologique  (les changements climatiques et la destruction de la biodiversité) sera résolue sans changement de paradigme économique, au même titre que les autres.

L’absurdité de ce qu’il convient à réduire à une croyance (donc irrationnelle) est flagrante tant elle récuse le constat de base des scientifiques qui dans son essence postule que les ressources du monde sont non-extensibles. A ce rythme de croissance économique, il nous faudrait bientôt plusieurs planètes pour que chaque être humain ait accès au niveau de vie des pays riches. D’où ce constat péremptoire : seul un modèle intégrant l’idée de finitude du monde matériel est durable et donc à même de réussir la transition écologique.

La propriété première d’un tel modèle serait de renverser notre rapport à la nature et par là-même deux mille ans de tradition philosophique occidentale en considérant que l’homme n’est pas en dehors de la nature mais au contraire tout en dedans. Au même titre que les animaux, l’homme serait alors soumis aux lois de la nature : sa prétention à être souverain de sa propre existence basée sur le refus de toute loi transcendantale, de toute loi qui lui serait extérieure, s’effondrerait. Ironie, ce contre-mouvement signerait le retour de Dieu par la grande porte : la survie de l’humanité serait subordonnée au respect de la loi naturelle, transcendantale.

Très bien, mais concrètement, comment intégrer cette idée de finitude ?

Le sujet est complexe, il s’articule selon moi autour de deux questions fondamentales : (1) le stock de ressources naturelles se déprécie t-il ?; (2) quel est le degré de substitution entre le capital humain (immatériel) et physique (matériel)?

Cette première interrogation pose la question de l’existence de déchets, dans l’absolu. La notion de « déchet absolu », par opposition à celle de « déchet relatif » est qu’aucun organisme vivant ne serait capable de le recycler, ce qui signifierait que l’adage de Lavoisier « rien ne se perd tout se transforme » se vérifierait mais à cette nuance près qu’une part de la matière transformée contribuerait à diminuer le stock de matière première i.e. le stock de matière utilisable dans un processus biologique ou industriel. Comme exemple, je pense en particulier aux déchets nucléaires. Le cas échéant, de la troisième propriété de Lavoisier « rien ne se crée » découlerait que notre stock organique de matières premières diminue : notre cycle économique fabriquerait des déchets qui ne sont recyclés par aucun organisme vivant.

C’est à ce point précis que la question du degré de substitution entre le capital physique et humain prend toute sa dimension. En effet, s’il y a substitution parfaite (une courbe d’indifférence qui prendre la forme d’une droite avec une pente de 1 pour les économistes), le stock de capital composé du capital humain (immatériel) et physique (matériel) demeure inchangé au cours d’un processus de croissance produisant des déchets. Simplement, la proportion entre ces deux types de ressources se modifie : le capital humain se substitue (nos connaissances) au capital physique (les ressources naturelles).

Cette hypothèse est absurde car si on la pousse à fond, elle signifie que l’immatériel est substituable au matériel alors même que la condition d’existence de l’immatériel, d’un savoir, est subordonnée à celle du matériel. Pour être concret, il nous faut manger pour produire des idées. On le voit, l’hypothèse d’une substitution parfaite du capital humain et physique est biaisée par la conception occidentale qui traditionnellement sépare le corps de l’esprit.

La conséquence d’une substitution imparfaite entre le capital humain et physique, ce qui d’après moi est une évidence, est que la croissance du capital humain n’est pas une parade à la régression du stock de capital physique par la création de déchets. D’où la conclusion qui s’impose : un modèle économique produisant des déchets n’est pas viable à long terme, le long-terme étant ici l’horizon infini. D’où cet enseignement fondamental : il nous faut créer un modèle économique qui ne produise aucun déchet. En effet, si on admet la définition du développement durable (sans entrer dans la polémique sur la traduction controversée du terme « sustainable ». Beaucoup préfèrent la traduction plus littérale de développement « soutenable ») qui est  « un développement qui répond « aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (rapport Bruntland 1987), la seule façon de ne pas hypothéquer les besoins matériels des générations futures est de leur transmettre un patrimoine matériel quantitativement équivalent (pas qualitativement car nous transformons des ressources via nos processus industriels, l’enjeux est de pouvoir recycler tous les bien utilisés), ce qui implique une production de déchets absolus nulle (j’insiste sur le terme absolu, désignant un déchet ne pouvant être recyclé par aucun organisme). On le voit, le cœur du concept de développement durable est l’équité intergénérationnelle. Il pose pour impératif moral que nous devons être solidaires envers les générations futures. Mais plus fondamentalement, le développement durable pose la condition de la pérennité de l’espèce humaine.

On le devine, à ce point de la réflexion se dessine les contours d’une question épineuse : qu’est-ce qu’un déchet absolu ? Car un déchet considéré comme absolu au temps t ne le sera peut-être plus en t+1 justement à cause de l’innovation technologique ! Par exemple, il est possible que les déchets nucléaires puissent fournir la matière première d’un processus industriel futur. Dans ce cas, le paradigme actuel est viable, tout ne serait que question de temps. Certes, mais n’est-ce pas un jouer à un jeu dangereux que de tout miser sur l’avenir ? Quid si une catastrophe majeure se produit et que nous ne disposons toujours pas des outils technologiques pour la contrôler, voir l’anticiper ?

Dans la même veine coule un autre débat : les organismes que l’ont qualifie de « naturels », créant de fait l’exclusion de l’espèce humaine de cette catégorie, produisent t-ils des déchets absolus ? J’observe que c’est une croyance très répandue du grand public que de croire que la nature est inoffensive et qu’en quelque sorte, seul l’être humain soit capable de mettre la pérennité de la vie en danger ce qui n’est qu’une version redondante de la conception occidentale de « l’être humain seul  être en dehors de la nature ». Dans cette perspective, les plantes, les animaux, à la différence des humains seraient résilients et ne produiraient pas de déchets non-recyclables pour une autre espèce ; sans l’homme, dame Nature connaîtrait équilibre et harmonie, seule notre espèce serait capable de tout foutre en bordel. Je n’ai pas la réponse à cette question, biologistes et économistes doivent travailler main dans la main pour y apporter réponse. Néanmoins, permettez que je vous interpelle: les vaches ne rejettent-elles pas du méthane au même tire que les plantes rejettent du dioxyde de carbone ?

Dans le cas où végétaux et animaux ne joueraient pas en permanence avec leur survie, il ne nous resterait qu’à adopter leur mode de fonctionnement pour redéfinir notre paradigme économique et assurer notre survie, notre salut. Dans le doute, et vu les enjeux, une application saine du principe de précaution ne réclamerait-elle pas que la volonté politique s’oriente vers des politiques de suppression des déchets dans chaque processus économique ? Le problème, on le voit, est que la démocratie est un système qui subit trop facilement la dictature du court terme. Il hypothèque l’émergence d’une volonté politique sur le long terme. Réussir la transition écologique exige de réformer notre système  institutionnel pour que le politique dispose d’incitant rationnels forts à orienter les marchés vers l’économie durable. Je ne vois qu’un moyen d’y parvenir : soumettre le politique à une chartre de responsabilité écologique soumise à l’assentiment populaire. Autre solution : légitimer des politiques impopulaire en se référent à la volonté politique contraignante d’un organisme supranational ( l’Europe par exemple…). D’autre part, à moins de nous en retourner dans nos cavernes (ce que prône à peu de chose près la mouvance écologique radicale), la transition écologique passe forcément par l’innovation technologique car je vois mal sur quel autre mécanisme nous pourrions nous appuyer pour verduriser nos processus industriels.

Enfin, et surtout, je me demande si tout n’est pas question de mesure. Si 200 vaches rejettent du méthane dans l’atmosphère, je suis convaincu que la résilience de la biosphère est suffisante. En revanche, je ne suis pas persuadé que ce constat s’applique à 6 MILLIARDS de vaches. Voyez-vous où je veux en venir ? L’humanité est en demeure de se poser cette question : ne sommes-nous pas trop nombreux sur cette terre ? Difficile de faire plus explosif. il est grand temps que le débat soit mis sur la table à l’ONU. Les occidentaux qui ont pillés toutes les ressources de la planète et qui sont responsable de trois-quarts des émissions historique des gaz à effet de serre, mais aussi de la destruction des écosystèmes (pêche industrielle par exemple), seront bien en mal de refuser à l’Afrique qui connaît une explosion démographique et économique dans certaine des ses régions et à l’Asie, d’accéder au même niveau de vie qu’eux. La solution au problème démographique, et donc écologique, est nécessairement globale. Sa gestion pacifique ne peut qu’impliquer un new deal Nord-Sud : une répartition plus équitable des richesses en contrepartie d’une politique de natalité contraignante. Enfin, et çà me désole de conclure sur une note aussi pessimiste : qu’adviendra t-il si la raréfaction des ressources naturelles, conséquences accélérée d’une mauvaise prise en compte du défi écologique, aboutissait à une guerre d’hégémonie ?

La crise est multiple : écologique (destruction des écosystèmes), démographique (surpopulation), technologique (technologies vertes), politique (déficit de gouvernance), économique (banques), sociale (problème nord-sud). Chacune de ses dimensions est une composante de l’équation dont il nous faut trouver la solution.

Dieu et la peur de l’inutile.

La conscience du Néant comme rempart contre l’obscurantisme religieux – La pertinence de la question du sens comme rempart contre les limites de la pensée rationnelle.

La religion répond au besoin profond de répondre à la question du sens. Sans récuser sa fonction, il est important de connaître la logique dont elle procède afin d’éviter  l’obscurantisme religieux et le repli identitaire, un des pièges de l’Histoire. Ce qu’on appelle le Néant, ou la prise de conscience de la limite de la pensée rationnelle, loin de disqualifier la possibilité de l’existence d’une entité supérieure, nous invite, à défaut de pouvoir transcender notre condition humaine, à penser notre propre morale. La question du sens conserve donc toute sa pertinence, car il est illusoire de penser que la science, la pensée rationnelle, puisse jamais apporter de réponse à la question du pourquoi (la science ne répond qu’à la question du comment), mais force de pouvoir lui donner réponse, nous devons la mettre en parenthèse lorsqu’il s’agit de définir les règles qui fondent la vie en société. La démarche est d’autant plus difficile qu’elle invite l’humanité à accepter sa condition et les limites de l’esprit humain.

Je vous propose de lire le cheminement philosophique qui aboutit à ce constat. Un philosophe l’a couché sur papier mieux que je ne le ferai jamais donc je vous propose de le lire sur : http://sami.is.free.fr/Dieu.html . Il s’agit là du lien vers la version résumée (courte et synthétisée), vous pouvez aussi lire la version intégrale.

Etapes de la réflexion :

1. Les questions -inévitables- de l’existence et de la mort se trouvent résolues par les prophètes, intermédiaires de Dieu.
2. Dieu est l’incarnation du sens créé par la religion. Les religions, prétextes fédérateurs et civilisateurs. Comment naît une religion.
3. Une cause de Dieu : le besoin d’un guide. Fragilités insoupçonnées et pourtant extrêmes des conceptions religieuses.
4. Difficile liberté, intolérable erreur, spectre terrifiant de l’inutilité.
5. La peur de l’inutile doit être dépassée.
6. Les Athées vont trop loin ; rationnellement, l’homme doit se contenter de rester agnostique.
7. L’inutile est chose tolérable à l’esprit fort
8. Conclusion : nécessité pour l’ensemble de l’humanité de penser une morale détachée de toute irrationnalité, ancrée dans la conscience de la mort.
9. Ultime remarque : il faut lire Albert Camus

J’ajouterai qu’il faut aussi lire Kant et sa critique de la raison pure.

tableau de Magritte. L’existentialisme.

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