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La Laïcité sous l’angle socio-économique : analyse macrosociologique.

Ce samedi 30 octobre, l’hémicycle de la communauté française de Belgique était convié à une séance-débat pour fêter les 15 ans du parlement jeunesse (PJ). A cette occasion, il était prévu que les versions édulcorées de deux décrets qui avaient marqués les annales du PJ soient remis, l’espace de deux heures, sur le métier, l’un portant sur l’encadrement de la prostitution volontaire, l’autre sur la laïcité.

En tant que membre de la commission laïcité je possède, parmi d’autres, ce plaisir de connaître l’histoire parlementaire du décret ainsi que le cheminement intellectuel qui l’accompagne. Un recul qui n’a fait que me conforter un peu plus dans mes frustrations lorsqu’il me fut donné l’occasion, en trois petites minutes seulement, d’exposer à l’hémicycle mon point de vue sur le décret. Trois petites minutes pour expliquer un cheminement intellectuel de plusieurs semaines, la tâche était impossible, trop à l’étroit dans mon costume étriqué de député, j’ai cafouillé. D’ailleurs, j’ai déçu mes camarades qui travaillèrent avec moi en commission.

Mais la plénière est davantage le terrain des sophistes, un lieu de théâtre, qu’une Agora, un temple de la Vérité. Chacun cherchant à faire mouche de sa petite personne, les gens ne prennent pas le temps de s’écouter, de réfuter ou mettre en perspective les arguments des uns et des autres afin de construire le débat. La forme des échanges y est pour beaucoup, d’ailleurs il ne faudrait pas que certains se donnent l’illusion que le débat démocratique se fait en plénière. En réalité, c’est dans les méandres du parlement, durant des contacts informels et en commission et surtout dans les cabinets ministériels que se fait le gros du travail législatif.

Reste que j’observe que les mêmes arguments éculés furent mis en débat. Par conséquent, le ministre, en la personne de Martin Dethier, ne fut jamais véritablement mis en difficulté. Je l’ai déjà souligné par le passé, je le répète : chacun entrevoit les enjeux d’un débat à travers le prisme de sa formation, une forme de biais intellectuel dès lors que l’hémicycle serait majoritairement composé de gens issus d’un même horizon académique. Celui-ci étant en majeure partie constitué de politologue ou autres droïdes, c’est le plus souvent sous l’angle juridico-juridique qu’un débat est appréhendé.

Concernant la laïcité, le biais intellectuel dont le débat fut, pour la seconde fois, prisonnier, est une approche qualitative, par opposition à quantitative. Le juriste aborde toujours la problématique du port de signe religieux sous l’angle de l’individu. Par conséquent, le débat se focalise sur le respect de droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et la liberté de culte et se cristallise systématiquement sur des mesures restrictives à ces droits induites par le respect du principe de laïcité.

J’observe que lesdites mesures sont très difficiles, si pas impossibles,  à justifier sous cet angle d’approche tant elles semblent rogner sur les droits et libertés fondamentales, en particuliers eu égard à l’Islam qui se caractérise par le port de signes religieux ostentatoires. Dans ce cas, la laïcité ne peut qu’être vécue que comme l’expression d’une loi d’exception à l’égard de cette religion, une discrimination institutionnalisée.

En réalité il n’en est rien. Dans l’esprit de la loi française de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, la laïcité est un principe philosophique qui organise et garantit l’égalité de traitement entre les différentes religions et autres  convictions dites  « philosophiques ». La laïcité ne saurait être fermée ou ouverte, tolérante ou intolérante, elle se suffit à elle-même. Elle se justifie pour au moins deux raisons et exige d’être confortée à l’heure où la « multiculturalité », à défaut de « l’interculturalité » est une situation de fait dans certaines métropoles européennes, Bruxelles notamment.

D’une part, elle garantit la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, des affaires de l’Etat et de celles de l’Eglise, une valeur typiquement occidentale. En effet, le combat initié depuis les lumières contre l’obscurantisme religieux a abouti à raboter la religion, catholique, à sa dimension spirituelle. Mais ce serait oublier un peu vite que la vocation première d’une religion est institutionnelle. Longtemps, l’Eglise fut une institution qui régis la société, les rapports entre les hommes. Elle établit des normes, sous la forme d’un corpus de loi transcendantales, par opposition à immanentes.

Cette prétention à structurer le débat public est incompatible avec la démocratie, la loi des hommes, soit, selon la formule bien connue d’Abraham Lincoln « le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ». De ce point de vue, il est très clair que le fait religieux est subordonné à la loi des hommes, par conséquent, la liberté de culte ne saurait être inconditionnelle. En clair : la justice des hommes s’est substituée à celle de Dieu, d’où, peut-être, le célèbre « Dieu est mort » de Nietzsche. La laïcité est donc une forme de verrou sur les affaires de l’Etat, sur le domaine public, universel, qui par définition, appartient à tous les citoyens sans préjudice de leurs particularismes. Mais ce serait oublier qu’elle garantit aussi que l’Etat ne s’immisce dans la sphère religieuse, ce qui relève de particularismes, de certains individus.

Ensuite, si on se place d’un point de vue macrosociologique, on peut aborder le débat sous l’angle quantitatif. A cet égard, les lunettes d’économiste ou d’anthropologue sont précieuses. Partant du modèle de concurrence parfaite posant l’atomicité de la réalité sociologique du corps social comme hypothèse, la laïcité entrevue comme un principe structurant l’équilibre macrosociologique entre différents groupes , et non individus, il s’agit là d’un raisonnement agrégé, ne se justifierait pas. En effet, si 10 millions de belges arboraient 6 millions de symboles religieux différents, aucun de ces symboles ne serait en mesure de s’imposer « sur le marché de la réalité sociologique » plutôt qu’un autre. Dans ce cas, on voit mal comment le fait religieux, dont le port de symbole est l’expression la plus visible, provoquerait des tensions.

Si on se place dans le contexte d’une concurrence monopolistique, l’équilibre est aussi stable puisque le plus fort impose sa loi. Problème : les « petits » souffrent. Dans ce cas, la laïcité comme principe régulateur revêt la forme d’une  mesure antitrust et donne un espace de liberté, une bouffée d’air, aux individus issus d’une confession religieuse ou philosophique marginale. Inutile de préciser qu’en Belgique, c’est l’Eglise catholique qui occupe actuellement cette situation de monopole.

Enfin, la concurrence oligopolistique donne l’image de quelques grosses « enseignes » en proie à une lutte au coude à coude pour s’approprier un marché. Ce qu’il est crucial de noter, c’est que le débat sur la laïcité se pose aujourd’hui, plus d’un siècle après le vote de la loi de 1905, avec une acuité particulière, dans le contexte d’une société pluriethnique. Ce changement de réalité sociologique matérialise une remise en question du statu quo dans lequel l’église catholique est en situation de monopole au profit d’une dynamique oligopolistique. La montée de l’Islam y est pour beaucoup.

Or, dans cette situation ou des groupes portant des revendications identitaires sont en quelque sorte en compétition pour augmenter leur emprise ou à tout le moins la diffusion de leur idées dans la société, la laïcité agit une nouvelle fois comme un principe régulateur dont le mérite ultime, je le répète,  est de garantir que des particularismes ne s’approprient la sphère publique.

Si on applique ces principes, on doit comprendre qu’une distinction doit être faite entre une situation où beaucoup de fonctionnaires porteraient un signe religieux relevant d’une même confession de celle où quelques fonctionnaires porteraient un tel signe. Dans le premier cas, le principe de laïcité prenant l’expression de la neutralité de l’Etat se justifierait beaucoup plus que dans le second. Ou pour le dire autrement, l’arbitrage entre particularismes et universalisme  devrait être tranché en faveur du premier dans le premier cas, soit  les droits d’individus, à savoir la liberté de culte, et en faveur du second, la neutralité du secteur public dans le second cas. Où est la limite me direz-vous ? Eh bien, c’est assez simple, dès lors que le débat est porté sur la place publique, ce qui reflète le fait que le phénomène a pris une certaine ampleur. Tel est le cas. Je précise qu’il s’agit là d’une perception subjective. En fait, la dynamique des rapports de forces est sous-sous-jacente à ce raisonnement.

Enfin, vous m’aurez compris, je me méfie des revendications identitaires  lorsqu’elles cherchent à perfuser, dominer l’espace public, qui appartient à tout le monde. C’est pourquoi je me pose en ardent opposant du communautarisme, qui, pour moi, préside à une balkanisation de la société. C’est la forme que prend l’enseignement qui, selon moi, doit arbitrer le choix entre communautarisme et universalisme républicain, entre particularisme et universalisme.

Le premier choix justifiera que l’enseignement prenne une forme privée et que par conséquent il reflète les particularismes de chacun. En d’autres termes, les cathos iront dans une école catholique, les musulmans dans une école islamique, les juifs dans une école juive, etc. Par opposition, le second choix optera pour l’universel : dans cette conception, l’enseignement est un lieu de savoir, un lieu où l’individu est en construction, en devenir. Par conséquent, il est exclu qu’il y affiche ses déterminismes sociaux avant de les avoir mis en perspective. En quelque sorte, ce type d’enseignement, le modèle républicain à la française, vise à répliquer les conditions d’un modèle de concurrence parfaite, c’est-à-dire à produire une réalité sociologique atomistique : chaque individu est unique, certes il possède des particularismes, mais il est invité à s’en détacher, les mettre en relief, ce qui est indispensable si on veut entrer sereinement en contact avec l’autre.

Le modèle universaliste pose l’existence d’un socle commun de valeurs, universelles, comme un préalable à la viabilité d’une société multiculturelle. Le modèle communautarise ne pose pas cette condition. En fait, il postule qu’un panel hétéroclite de réalités sociologiques se côtoyant voir se juxtaposant les unes aux autres est capable de s’autoréguler en quelque sorte. Au nom du relativisme il prône une la tolérance absolue et le respect des convictions de chacun. En réalité il exacerbe ce qui nous divise plutôt que ce qui nous rassemble en enfermant un individu dans ses particularismes.

Aujourd’hui, le statu quo n’est plus possible en Belgique car se pose la question de la place de l’Islam. Un choix entre universalisme et particularisme devra être fait et c’est dans l’enseignement qu’il se matérialisera. J’ai des doutes quant au fait que la réalité institutionnelle évolue vers un enseignement républicain, le communautarisme est le choix de la facilité, mais c’est le piège à éviter. Il est crucial de créer des ponts entre les différentes cultures, un langage commun, un espace de dialogue, afin d’éviter un mini « clash des civilisations » dans les zones urbaines à la réalité sociologique fortement contrastée.

Echec du fédéralisme à la belge et communautarisme : un vote unilatéral des flamands sur BHV est-il démocratique ?

L’échec du « fédéralisme à la belge » est-il avant tout celui du communautarisme ? Je me propose de traiter de cette question sous l’angle du  contentieux « gordelien » qui jusqu’ici est le point culminant de notre tragédie communautaire, j’ai nommé : BHV.

La question, fondamentale, est sous-jacente dans tous les débats : un vote unilatéral, communauté contre communauté, est-il démocratique ?

Dans les faits, on constate que deux conceptions s’opposent. Les flamands, qui disposent de la majorité à la Chambre, arguent qu’un vote unilatéral d’une communauté est démocratique car majoritaire. A l’opposé, les francophones qualifient un tel vote « d’ethnique » pour justifier son caractère anti-démocratique.

Il nous faut comprendre l’implication sous-jacente de ces prises de position. Les flamands se réclament de la logique républicaine : « le corps politique est un et indivisible ». Dans cette logique, un Député n’est pas un représentant d’un groupe ethnique mais un représentant de la nation, l’universel prime sur le particulier.

La logique républicaine pose le « vouloir vivre ensemble », une communauté de destin qui se matérialise par un projet politique, comme condition nécessaire et suffisante à son application. Or, cette condition est réalisée de façon pratique lorsque les partis sont nationaux, car dans ce cas, les lignes de divisions ne sont pas ethniques mais idéologiques. Inutile  de préciser qu’elle n’est pas réunie en Belgique.

A l’inverse, les francophones lorsqu’ils invoquent un vote ethnique, se réclament d’une conception communautariste de la nation. Dans cette logique, un Député est le représentant d’un groupe, linguistique dans ce cas-ci. Le particulier prime sur l’universel, ce qui signifie concrètement qu’un vote portant sur un particularisme qui fonde le groupe, doit nécessairement recueillir une majorité dans chaque groupe pour être démocratique. Les lois spéciales dans notre Constitution confirment que ce principe est une des clés de voute de notre organisation institutionnelle.

Conclusion : notre organisation institutionnelle se fondant sur une logique communautariste, un vote unilatéral sur BHV portant nécessairement une atteinte aux intérêts fondamentaux des francophones ne peut être démocratique.

Un contre-argument purement pragmatique est « qu’on ne peut être d’accord sur tout ! ». Ok, mais dans ce cas que faire si le désaccord subsiste, quelle logique appliquer ?

Le Pacte des belges est la règle d’or de la Belgique car il fait la synthèse des deux logiques énoncées plus haut : « la minorité ne peut refuser de négocier, la majorité ne peut imposer sa loi ». Traduction : en cas de blocage, seule la logique du compromis est acceptable (« win-win » ou « loose-loose », en fonction de si on voit le verre à moitié plein ou vide).

Et si blocage persiste ?

  1. La loi du plus fort reprend ses droits, on entre dans une configuration de type  « win-loose » : le Pacte des belges vole en éclat. Mais si çà se produit une fois, pourquoi pas deux, trois,… ?
  2. Statu quo.
  3. Dissolution du corps politique et donc de la nation. C’est la fin de l’Etat.

Soyons au moins conscient de quatre choses :

  1. Fait inédit dans notre histoire, le blocage actuel est TOTAL et PERSISTANT.
  2. Le statu quo n’est pas possible car il nous expose à une guerre inter-pouvoirs. La cour constitutionnelle a ordonné de trouver une solution à BHV. Si le politique ne se charge pas du dossier, le risque est grand que le pouvoir judiciaire s’en mêle.
  3. Une solution win-win sur BHV est impossible. C’est soit la scission sans contrepartie territoriale, soit la scission avec contrepartie.
  4. Une scission sans contrepartie est totalement inacceptable pour les francophones, elle touche à nos intérêts vitaux.

La conclusion qui s’impose : les flamands vont devoir consentir à l’élargissement de Bruxelles. En contrepartie, il est très probable que de lourdes concessions soient de mise côté francophone (transfert de compétences).

Et si les flamands refusent ? BHV fera sauter le pays.

Si çà devait arriver, il faudra veiller à ne pas reproduire les échecs du fédéralisme à la belge lorsque nous serons amené a penser l’Europe. Ce qui est absurde dans tout çà, c’est qu’en cas d’éclatement du pays, les communes à facilités à majorité francophone seraient probablement rattachées à Bruxelles (voir  mon article : « Bye, Bye Belgium ? » sur l’application du droit international).

La Nation en danger. L’Europe peut-elle la sauver, et à quel prix ?

Pris dans ma longue réflexion sur l’universalisme républicain, j’ai beaucoup fureté sur le net pour en savoir plus. Un passage d’un article d’Aurélien Bernier dans la Revue Républicaine m’a particulièrement interpellé (1) :

« Qu’est-ce que la nation ? Pendant la Révolution de 1789, les sans-culottes avaient pour mot d’ordre « Vive la Nation ! » Pourquoi ? Parce que la Grande Révolution a transformé le royaume de France en nation française. Les sujets deviennent alors un peuple de citoyens. L’apparition de la nation n’est pas celle d’un principe abstrait mais d’une pratique politique qui permet l’élaboration des règles de droit défendant l’intérêt collectif face aux intérêts individuels. Une conception à l’opposé du nationalisme puisqu’elle n’affirme aucune supériorité ethnique, aucune agressivité envers les autres peuples. La souveraineté nationale, au sens révolutionnaire, est un principe universel qui ne sépare pas la formation de la conscience nationale de l’émancipation et de la liberté. Elle a d’ailleurs stimulé les combats pour l’indépendance de nombreux pays européens dès les XVIIIe et XIXe siècles. Il faut donc balayer les pseudo-justifications de type économique qui prétendent la rendre obsolète.

Qu’est-ce que la souveraineté populaire ? C’est cette transformation du sujet en citoyen et l’exercice de droits politiques comme expression de la liberté en société. En tant qu’association volontaire définissant un contrat social, la nation en est le cadre. Ce qui fait qu’un peuple est un peuple, et non simplement une ethnie, une communauté, les habitants d’un territoire ou un regroupement de consommateurs… c’est la politique. C’est bien cela que la stratégie néolibérale de la mondialisation vise à détruire.

Enfin, qu’est-ce que l’Etat ? C’est l’outil que se donne le peuple pour mettre en œuvre son projet politique. Ce n’est pas nécessairement une machine au service des grandes puissances économiques ou un instrument qui écrase l’individu. Au contraire, replacer l’Etat au centre de l’économie, c’est redonner le pouvoir aux citoyens. »

Cette tirade m’a inspiré cette réflexion au sujet de l’Europe :

Le néolibéralisme, soit la libéralisation des échanges commerciaux dans l’espace économique international, sape les fondements de la nation, de l’autorité souveraine du peuple. Le premier obstacle sur son passage est bien sûr l’Etat-nation qui impose aux échanges économiques le cadre dans lequel ceux-ci doivent se développer. En d’autres termes, le néolibéralisme sape les fondements de la nation en ce qu’il détruit la mise sous tutelle démocratique de l’économie. Les accords de libre échange conclut au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce procèdent de cette logique.

Car en fait, de quels leviers de décision nos politiques disposent-ils encore ? La mondialisation impose la tyrannie de sa loi économique. Fait symptomatique, l’Europe se révèle incapable de développer un modèle social, elle donne cruellement l’impression de subir les lois économiques, dont « compétitivité » et « mobilité » sont les maîtres mots, découlant de la mise en compétition d’économies capitalistes aux standards sociaux à géométrie variable.

Pourtant, si les Etats-Nations européens ont consentis à transférer une part toujours plus importante de leur souveraineté nationale, c’est dans l’espoir de recomposer un projet politique au niveau européen permettant de limiter l’érosion réelle de celle-ci. Or, ce dessein exige de recomposer au niveau transnational un corps politique, une communauté de destin citoyenne ce qui, paradoxalement, passe, au moins en partie, par un « détricotage » de la nation, du corps politique national.

Problème : la difficulté de recomposer un corps politique européen est énorme car elle suppose l’existence ou l’émergence d’un peuple européen. A cet égard, les lignes de fractures sont multiples : politiques, culturelles, religieuses, économiques. Toutefois, on peut retrouver les éléments cités dans le cadre national. La France par exemple à réussi à faire triompher son projet politique de ces lignes de division.

A la vérité, la plus grande barrière à l’émergence d’une volonté souveraine européenne, d’un universalisme humain dominant sur une communauté de citoyens établie sur un territoire donné, est linguistique. La langue est l’élément homogénéisant qui en permettant de transcender les particularismes de chacun a permis d’établir la dimension universelle dont se réclame l’Etat-nation. A vingt-sept, réaliser cette « unité dans la diversité » semble impossible.

Avant d’aller plus loin, il me semble intéressant de revisiter l’histoire pour se rendre compte que les Etats ont réalisés leur union nationale par des politiques d’homogénéisation de leur langue. La France se distingue par sa politique d’assimilation volontariste. A des fins comparatives, il serait intéressant de revisiter les conditions d’émergence du « hochdeutsch », la version « standard » de l’allemand. Les revendications identitaires en Espagne et en Belgique démontrent que certains Etats européens n’ont toujours pas réalisés cette union.

A contrario, des mouvements similaires en Italie, Ecosse ou encore la séparation de la Serbie et du Monténégro démontrent que le facteur linguistique n’explique pas tout.

Le cas de la Belgique est particulièrement intéressant, car celle-ci à progressée vers une désunion nationale à mesure que la Flandre réalisait son union nationale à travers des politiques d’homogénéisation de ses parlers locaux.

Mais soit, sachant que l’histoire semble démontrer qu’il est impossible de transcender les particularismes linguistiques, la reconstitution du corps politique au niveau européen est-elle une utopie ?

A moins de répondre par l’affirmative, notre plus grand défi est d’inventer un nouveau modèle qui dépasse les contradictions de celui de la nation. Pensons un modèle politique où les citoyens seraient franco-européens, ispano-européens, germano-européens, etc…

Inévitablement, cette nouvelle structure serait fédérale. Elle serait composée des anciens Etats-nations. La structure politique interne de chaque Etat pourrait être conservée. Au niveau fédéral, on reproduirait le système bicaméral allemand. Une chambre basse rassemblerait des députés en fonction du poids démographique de chacun des Etats fédérés. Ces députés seraient élus sur base des règles définie par chacun des Etats. La chambre haute rassemblerait quant à elle des représentants du corps politique européen. Soit, des députés élus au suffrage universel sur base d’une unique circonscription pour tout le territoire de l’Europe. On devine assez vite la légitimité qu’auraient ces individus. A l’occasion des élections fédérales serait élu un Président au suffrage universel.

Il est intéressant d’imaginer comment ce système modulerait la vie politique : les candidats, les partis, le président, …car, inévitablement, il écraserait les particularismes de chacun, surtout linguistiques.

Pour commencer, il est très clair que les candidats au fédéral pourraient se passer de faire campagne en Slovénie, au Luxembourg et autres micros-Etats que sont Chypre et Malte. La pilule serait difficile à avaler. Ensuite, la majorité des candidats feraient probablement campagne en anglais.

La question des partis mérite également réflexion. Le niveau fédéral appellerait sans aucun doute la constitution de partis fédéraux. A contrario, au niveau des entités fédérées, les partis nationaux resteraient en place.

Enfin, le président ne pourrait en toute probabilité que s’exprimer dans un nombre limité de langues.

Peut-on dépasser ces contradictions ?

Concernant les candidats, on pourrait exiger que les listes comportent un quota de ressortissants des petits pays. Exiger que les listes comportent des candidats de chaque pays serait une erreur : en optant pour une approche communautariste, on ne favorise pas les conditions d’émergence d’un corps politique européen. Par rapport à la question des langues, on pourrait poser des exigences linguistiques. Trois langues semblent être un minimum pour un candidat se réclamant « européen ». Mais de toute façon, un candidat au niveau européen aurait un incitant à parler un maximum de langues.

Concernant les partis, il ne fait aucun doute que chaque parti national devrait se rattacher à un parti fédéral. A terme, la configuration politique nationale se calquerait sur le niveau fédéral, ce qui ne signifie pas pour autant que les ailes nationales des partis fédéraux ne puissent défendre des spécificités.

Enfin, concernant le président, je suis certain que l’homme qui l’emporterait serait un être exceptionnel.

A ces conditions pourrait se développer une véritable conscience politique européenne. L’enseignement serait complètement remodelé. Par exemple, le cours d’histoire, actuellement axé sur l’histoire nationale, serait complété d’un cours d’histoire européenne. La mobilité estudiantine serait accrue, le trilinguisme deviendrait la règle. Sans oublier que la presse, inévitablement, s’européaniserait.

Malgré tout ceci, la rançon de l’européanisme demeurerait terrible, surtout pour « les petits ». Car chacun le sait mais feint de l’ignorer, réaliser l’unité dans la diversité passe par la recomposition d’un universalisme. Or, qui dit universalisme dit homogénéisation et donc régression des particularismes de chacun.

Tel est peut-être le prix de la réhabilitation du politique en Europe. Il est si gourmand que je crains qu’elle doive se résigner à peser sur les affaires du monde. Face aux Etats-continent, notre diversité apparaît comme notre plus grande faiblesse. « L’Europe sera politique ou ne sera pas ». Car si elle s’avère incapable de réhabiliter la primauté du politique sur l’économique, elle sera en incapacité de préserver nos acquis sociaux et de mobiliser les européens autour d’un projet.

Pour ceux qui appellent une Europe fédérale de leurs vœux ou se demandent simplement la forme concrète qu’elle prendrait, voir : http://www.taurillon.org/Vers-une-Europe-federale . A lire!

(1) A., Bernier (jeudi 29 avril 2010). Sarkozy, fossoyeur de l’identité nationale. Revue Républicaine. Disponible sur : http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article1778

Mais au fait, la religion est-elle compatible avec la démocratie ?

Le mot culture implique le mot CULTE qui signifie hommage rendu à un dieu, et un dieu, c’est l’autorité suprême chez les croyant(e)s, un être INTROUVABLE qui se trouve à être placé au-dessus de la têtes de tout le monde par les croyant(e)s, une morale avec ses lois qui se doivent de s’appliquer à tous, suivant une logique conséquente, le dieu étant suprême, ainsi est sa loi  (1).

La Démocratie elle, c’est l’égalité des droits et libertés des individus sans égard, et sa conséquence directe est l’établissement de la JUSTICE HUMAINE, sans dieu ni diable (1).

Bien entendu, d’aucuns objecteront que la religion n’est pas un projet politique mais un ensemble de croyances personnelles qui n’ont aucune prétention à réguler la société, les rapports entre les hommes. C’est du moins ce à quoi l’organisation laïque des sociétés occidentales l’a réduite.

Il est vrai que la définition de la religion fait controverse, à chacun de se faire son opinion. En ce qui me concerne, je trouve réducteur de réduire la religion à sa dimension spirituelle, pour moi elle possède en tant que système de normes, une vocation institutionnelle; la laïcité a fortement raboté cette dimension en affirmant fondamentalement que la morale des hommes doit prendre le pas sur celle de Dieu. D’où, peut-être, le célèbre « Dieu est mort » de Nietzsche ?

Je ne suis ni anthropologue ni philosophe (quand bien même je ne désespère pas de le devenir au crépuscule de ma mort) mais si on accepte cette conception, les constitutions des Etats occidentaux qui fondent le contrat de base de la Loi humaine ne comportent t-elles pas un paradoxe en affirmant sans retenue la liberté de pratiquer une religion, donc selon la conception institutionnelle de la religion, de se rallier à un autre système de lois ? En clair, la liberté de culte, la liberté d’honorer un Dieu, plutôt que d’être considérée comme un des droits fondamentaux, ne devrait-elle pas être subordonnée au respect de ces droits ?

La question du voile résume bien cette contradiction: une femme voilée invoquera le plus souvent le prescrit religieux pour justifier le port de celui-ci. Mais la loi des hommes, considérée comme universelle en ce qu’elle s’applique à TOUS, ne doit-elle pas primer sur les particularismes de certains dès lors qu’un arbitrage doit-être fait ? En clair, la majorité démocratique n’a-t-elle pas le droit souverain de plier le prescrit religieux à sa volonté lorsqu’elle estime, souverainement, que celui-ci viole un de ses principes fondamentaux, j’ai nommé : l’égalité homme-femme ?

On doit se souvenir que démocratie signifie « souveraineté du peuple » et par conséquent subordonne toute référence transcendantale à la Loi des hommes. La religion dans sa dimension politique n’est pas compatible avec la démocratie. Second enseignement : il n’est nul raison d’interdire le voile si ce n’est pour des questions d’incompatibilité avec un droit de l’homme. Cette question doit être tranchée dans un hémicycle. Reste que même dans l’hypothèse d’une absence d’incompatibilité avec ledit droit, la question d’une interdiction générale doit être distinguée de celle d’une interdiction dans la sphère publique. En France, cette seconde question est réglée par l’application du principe de laïcité qui lui-même découle du républicanisme : le voile, au même titre que les autres signes religieux, n’a pas droit de cité dans l’espace public (à l’école, dans un hémicycle et dans les fonctions d’agent de l’Etat dans la conception républicaine française). En Belgique, c’est le flou artistique. Où sont passés les intellectuels ?

(1) Extrait d’une opinion sur un forum : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/05/005-integration-europe.shtml# . Exactitude étymologique vérifiée.

La laïcité « à la belge » : un compromis boiteux.

Cet article se propose de réviser les principes de la laïcité à la belge afin de les mettre en perspective avec le modèle français et d’en dégager les contradictions. Ensuite, je formule des propositions de réforme de notre système afin d’assurer les conditions d’un vivre ensemble multiculturel émancipateur pour tous.

La laïcité à la belge (1):

La laïcité belge se différencie sous de multiples aspects du modèle français. Au contraire de celui-ci, l’Etat n’exclut pas les cultes, il les reconnaît sous certaines conditions. A ce jour, six religions sont reconnues : le catholicisme, l’anglicanisme, l’orthodoxie, le judaïsme et l’Islam, auxquelles vient s’ajouter une communauté philosophique non confessionnelle.

Ces cultes sont financés par l’Etat qui prend en charge les traitements et pensions des ministres des cultes, des aumôniers et professeurs de religion ainsi que l’organisation des cours dans l’enseignement officiel. En outre, les cultes reconnus peuvent aussi bénéficier de moyens publics affectés à la rénovation de leurs bâtiments.

Cette différence marquée par rapport au régime français s’explique par le facteur historique. En France, la laïcité est l’aboutissement d’une lutte anticléricale. A contrario, la construction de notre régime politique ne se fit pas contre mais avec l’Eglise, par l’alliance des catholiques et des libéraux qui cherchèrent à s’affranchir du régime de Guillaume d’Orange. Ce roi protestant chercha à détruire l’emprise du clergé catholique sur les territoires de l’actuelle Belgique en proclamant l’égalité des cultes, c’est un des facteurs qui déclencha la révolution de 1830.

La neutralité dans l’enseignement et la fonction publique (1):

Le principe de neutralité de l’enseignement est énoncé à l’article 24,§1er de notre Constitution : « (…) la communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et élèves. Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’obligation scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle ». Cette disposition légale justifie la neutralité du corps enseignant et du personnel des établissements scolaires.

La question du port des signes religieux au sein de l’enceinte scolaire divise. Vu l’absence de législation, chaque établissement possède la liberté de fixer ses propres règles. Dans plus de 95% des cas, le port de ces signes fait l’objet d’une interdiction.

Dans la fonction publique, le devoir de neutralité est modulé selon l’existence ou l’absence d’un contact entre l’usager du service public et l’agent. Un agent directement en contact avec le public est soumis à un devoir de réserve objectif qui conduit à ne pas porter de signe religieux ainsi qu’à un devoir de réserve subjectif dans les attitudes et sa conduite à l’égard des usagers des services publics.

Les contradictions du modèle belge :

La thèse que je vais défendre est que le système belge, contrairement au système français, est un bricolage sujet à de multiples contradictions. C’est le résultat d’un compromis qui si maintenu en l’état porte les germes de conflits à venir, notamment lorsqu’on envisage la place de l’Islam dans notre société. Sa grande faiblesse est qu’il repose sur une logique de rapports de forces qui présente le risque de nous exposer à la dérive communautariste, prémisse à l’éclatement du corps social.

Une des premières contradictions de notre modèle est qu’il existe une différence de traitement objective entre un croyant dont la religion est reconnue et les autres. Pour faire concret, un hindou n’a pas droit à une reconnaissance officielle de sa confession, c’est une discrimination qui loin de se justifier pour des raisons objectives repose sur une simple logique de rapports de forces. L’hindouisme n’est pas reconnu par l’Etat tout simplement parce que ses pratiquants constituent une minorité qui n’a pas atteint la masse critique pour porter ses revendications au cœur de l’espace public.

De cette contradiction en découle directement une autre : le fait que chaque citoyen au sens républicain du terme contribue financièrement, via l’usage de deniers publics prélevés par l’impôt, à financer les particularismes d’individus, soit le régime confessionnel d’autrui. Cette situation contredit clairement le principe de l’utilisation universelle des deniers publics cher à l’idéal républicain. Le Pacte Scolaire de 1954, qui établit les modalités de financement de l’enseignement catholique, porte également cette contradiction.

Ensuite, la neutralité belge provoque une incertitude juridique en posant des balises floues dans l’enseignement et la fonction publique. Elle porte les germes d’un conflit avec l’Islam en ce qu’elle établit une différence de traitement entre cette religion et les autres. En effet, l’Islam se singularise par le port de signes religieux ostentatoires, au contraire de la plupart des autres « grandes religions » (on voit dans cette expression l’absurdité du modèle belge)  de notre pays (l’hindouisme se manifeste aussi par le port de tels signes). Dès lors, en pratique, toute interdiction de port de signes religieux dans l’enseignement ou la fonction publique ne peut que viser le foulard islamique et aboutir à la stigmatisation d’une communauté. Sans oublier le risque qu’une école catholique bannisse le voile mais pas le port de la croix catholique par exemple.

Enfin, l’enseignement dispensé par l’Etat prévoit que chacun puisse choisir un cours confessionnel ou non confessionnels dans la liste des sept (voir plus haut). Je suis d’avis qu’il n’est pas du ressort de l’Etat de permettre à l’école la pratique du culte. L’école est un lieu d’étude, pas de pratique religieuse, par conséquent, c’est d’étude dont il doit être question. Sans oublier que ce système consacre ouvertement une approche communautariste : à chacun sa confession.

Le risque d’une dérive communautariste

On le voit, le modèle belge est loin de repousser le religieux dans la sphère privée. En particulier, le catholicisme conserve une emprise importante sur l’Etat via l’omniprésence et le maintien de l’enseignement catholique.

Quel est le problème me direz-vous, nous avons en Belgique une tradition de cohabitation pacifique entre l’Etat et le religieux. Ceci est certes vrai, mais il convient d’observer que cet équilibre est fragile car le modèle belge ne garantit pas qu’il ne puisse légitimement être remis en question. En effet, il serait logique pour chacune des religions reconnues par l’Etat d’aspirer à la même reconnaissance que le catholicisme. Pour être concret, refuser à l’Islam l’ouverture d’un réseau d’enseignement islamique subventionné par l’Etat constituerait une différence de traitement flagrante entre le catholicisme et l’Islam qui ne pourrait se justifier en droit. Seules des raisons historiques du style « le catholicisme vient de chez-nous et l’Islam d’ailleurs », un raisonnement communautariste, basé non sur le droit et le traitement égal de tous, pourrait légitimer un refus de financer un enseignement islamique. Or, l’ouverture d’un enseignement propre à chaque religion aurait pour conséquence directe l’éclatement du corps social et la balkanisation de notre société.

Un parachèvement de la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme condition d’un vivre ensemble pluriel

La Belgique est à la croisée des chemins entre la laïcité et le communautarisme, elle doit choisir entre ces deux options. Je suis d’avis que le modèle républicain bien que considérant son imperfection,  n’est pas sujet aux contradictions du modèle belge. Il rétablit une égalité en droit entre les religions qui fait défaut au modèle belge et en ce, évacue le risque d’une dérive communautariste. Je suis convaincu que le métissage du corps social doit nous pousser vers la laïcité comme modèle d’organisation d’un vivre ensemble pluriel, juste et équitable pour tous. Par conséquent, je me pose en faveur d’un parachèvement de la séparation entre l’Eglise et l’Etat en Belgique. Concrètement, ceci signifie l’application du principe de laïcité à la sphère publique dont le principal aboutissement serait la création d’un enseignement républicain, ce qui signifie une déconfessionnalisation des réseaux, un tabou en Belgique.

Toutefois, je suis pour certaines mesures d’assouplissement par rapport au modèle français. Ainsi, si je trouve que la pratique religieuse doit être confinée à la sphère privée, je suis convaincu que l’institution d’un cours multiconfessionnel dans l’enseignement en substitution d’un simple cours confessionnel permettrait de donner aux élèves des éléments de réflexions critiques pour d’une part relativiser leur propres référents religieux et d’autre part, jeter des ponts avec les autres cultures. Ensuite, je suis pour un financement des cultes « à l’allemande », ce qui signifie que l’Etat joue un simple rôle d’intermédiaire dans le financement de ceux-ci en centralisant les préférences de chacun. Selon ce système, chaque contribuable doit indiquer à l’Etat la confession qu’il pratique ou qu’il entend subsidier. De la sorte, chaque culte serait financé au prorata de son nombre de fidèles et l’égalité de traitement entre les religions garantie. Ainsi, le risque d’une lutte tribale des groupes religieux pour augmenter leur influence au sein de la sphère publique serait évacué.

Lutter contre la discrimination à l’embauche et les inégalités sociales en amont

Jean Jaurès affirmait que la république est « laïque et sociale ». Sans son corollaire qui est de lutter contre les inégalités sociales et la discrimination, l’idéal républicain n’est qu’un fantasme. En amont de la laïcité, un effort doit être fait pour promouvoir le dialogue, l’entente, le respect et la tolérance entre les différents individus qui composent la société. Tel est le prix à payer pour éviter la dérive communautariste et fonder une société multiculturelle respectueuse des convictions de chacun. Je suis d’ailleurs persuadé que l’échec du fédéralisme belge est avant tout celui d’un communautarisme exacerbé. Rétablir le vivre ensemble en Belgique passerait par une réhabilitation du corps politique, un débat assez loin des préoccupations actuelles.

(1) informations tirées du préambule au décret laïcité de la quatorzième simulation du parlement de la communauté française de Belgique.

La laïcité « à la française » : un idéal émancipateur pour tous.

Cet article propose (au risque d’être parfois approximatif) d’exposer ce en quoi la vision républicaine dont se réclament nos voisins français peut constituer un modèle fédérateur d’ethnies multiples et par la même contribuer à réhabiliter le vivre ensemble dans un contexte social aux identités multiples. Je conclus en opérant le lien avec la question de la place de l’Islam qui conditionne le vivre ensemble bruxellois.

Mes réflexions se basent sur un article de Dominique Schnapper (1)  mais de façon plus large elles sont un condensé de  mes lectures issues du dossier « la laïcité, le communautarisme et les principes républicains » compilé par l’Observatoire du Communautarisme (2).

L’idéal républicain

En un mot, la vision républicaine de la Nation est un concept permettant d’articuler les particularismes autour d’un socle de valeurs universelles. La république est un corps politique dont les constituants sont les citoyens. Chacun de ceux-ci possèdent une partie de la souveraineté de la Nation et sont égaux en droit devant la Loi. Ceci justifie la pratique politique qui considère qu’un Député ne représente pas un groupe particulier mais le corps politique  en excluant l’idée que des « communautés politiques » ou des « groupes ethniques » particuliers puissent être reconnus en tant que tel dans l’espace public. La maxime « la République est une et indivisible » synthétise bien l’essence de ce corpus philosophique. Bien évidement, l’idéal républicain repose sur une distinction entre ce qui relève du domaine public, et donc par essence concerne tous les citoyens, de ce qui relève de la sphère privée qui elle concerne des individus. L’individu, par opposition au citoyen, est concret, il s’identifie à des communautés, à des particularismes.

Le pari de l’idéal républicain est que le corps politique, universel, doit primer sur les communautés, qui ne reflètent que des particularismes. Cette condition est essentielle pour se prémunir d’une balkanisation de la société et d’une appropriation de l’espace public, de ce qui relève de l’universel, de tous, par quelques-uns.

La laïcité et « l’école du citoyen » comme principes organisant le vivre ensemble

La laïcité est l’instrument par lequel l’idéal républicain prend corps et réalise son objectif émancipateur pour chaque individu, sans préjudice de sa couleur de peau, son sexe, ses convictions philosophiques ou religieuse. Elle se pose en un principe d’intégration en considérant que dans l’espace public, les hommes sont des citoyens libres et égaux. Ainsi, l’Etat, qui est l’émanation des citoyens formant la Nation est par définition concerné par les matières relevant du domaine public. En ce, il ne peut reconnaître ni financer aucune religion (voir loi de 1905) ou conviction philosophique (athéisme, déisme,…) qui par définition ne concerne que les seuls fidèles et par la même relève du domaine privé. C’est ce qui fonde la laïcité. En refusant de reconnaître une religion ou une forme de conviction philosophique plutôt qu’une autre, la laïcité organise l’égalité, le respect des particularismes de chacun.

Dans l’optique républicaine, l’école relève du domaine public. Elle est le lieu où la rencontre des citoyens  rend l’intégration possible. Toute personne, quelle que fût son origine où ses croyances, est susceptible d’être intégrée dans la société politique si elle reçoit l’éducation nationale par laquelle des individus issus de tous horizons deviennent des citoyens. Ceci implique, vous l’aurez compris, que l’école est organisée sur des bases universelles et de ce fait ignore volontairement les particularismes, soit : le sexe, les origines et les convictions religieuses de chacun. Ce raisonnement justifie le bannissement du port de signes convictionnels dans le cadre scolaire. Une méprise courante est de penser que les lois qui organisent cette interdiction relèvent d’un cas d’exception visant l’Islam, le foulard islamique en particulier. Il n’en est rien, car tous les signes convictionnels (religieux ou philosophiques) sont bannis. La laïcité s’organise donc bien autour du principe d’égalité. L’école est alors considérée comme le lieu de savoir, ou chaque individu est invité à prendre une certaine distance par rapports à ses origines, à s’inscrire dans une démarche auto-réflexive. C’est ainsi que la République entend former des citoyens critiques et responsables, elle peut alors légitimement se réclamer d’une logique d’intégration émancipatrice pour chacun.

Critique

La vision républicaine possède bien entendu ses détracteurs. Les penseurs communautariens s’appuient sur la critique Marxiste pour justifier leur doctrine communautariste: en traitant également des personnes inégales, le prétendu universel républicain légitimerait les discriminations réelles. Cette critique évoque le plus souvent la situation des Afro-américains et des filles voilées pour qui une interdiction du port du voile dans l’espace public constitue un préjudice important puisqu’elle les exclus de la gestion des affaires de l’Etat, de la fonction publique.

Cette critique fait sens. Elle s’expose néanmoins au  contre-argument qu’il faut « comparer le prix » des autres politiques possibles. Et là, vous le devenez, la critique à l’égard du communautarisme, de politiques particularistes (prenant la forme de discriminations positives), est virulente. Elle s’articule principalement autour de trois points. Pour commencer, ces politiques enferment l’individu dans ses particularismes, en ce qu’elles confortent l’idée qu’un individu ne naît pas comme un être avec une identité à construire, mais avec une identité donnée. Ensuite, elles ne facilitent pas l’intégration sociale en organisant un repli identitaire qui débouche sur une forme de balkanisation de la société. Enfin, elles rendent caduc le principe d’égalité entre des groupes. En effet, comment assurer l’égalité de divers groupes si on leur donne des droits différents (nldr : c’est la logique des accommodements raisonnables) ?

L’Etat providence :

Habituellement, les politiques sociales doivent corriger les défauts de l’universalisme républicain et assurer réellement l’égalité des chances. L’Etat doit intervenir en faveur des plus faibles. Dans cette optique, l’échec de l’intégration n’est pas imputé à un disfonctionnement du modèle républicain mais aux politiques sociales, la différence entre celles-ci et les politiques communautaristes, est que les premières sont destinées à tous, pas à une ethnie en particulier. L’Etat Providence rencontre donc les aspirations de la critique marxiste qui prône une égalité réelle et pas simplement formelle. Toutefois, les politiques sociales étant dans la pratique souvent orientée vers des groupes particuliers, elles constituent une forme de discrimination positive tendant à leur « ethnicisation ». Dans ce cas, on passe du formel à l’individuel, de l’universel au singulier. On peut donc dire qu’en pratique chaque politique sociale est une forme de discrimination positive.

Sortir d’une logique de rapports de forces :

Au final, la laïcité est davantage un concept philosophique qu’une spécificité française. Son grand mérite est de proposer une logique qui se soustrait à celle des rapports de forces en créant un espace qui est la condition de coexistence des libertés. Le communautarisme au contraire procède d’une logique tribale qui expose au risque que chaque groupe essaye de maximiser son emprise sur l’Etat, de s’approprier l’espace public. Au contraire, le républicanisme civique garantit qu’aucun groupe ne puisse s’approprier cet espace, la Nation.

Cette conclusion pèse de tout son poids lorsqu’on envisage la question de la place de l’Islam en Europe (qui dans le cas qui nous intéresse, se pose avec une acuité particulière à Bruxelles). La question est moins celle du voile que celle d’une peur d’un retour à une forme d’obscurantisme découlant des revendications d’un Islam politique. Car soyons clair, la laïcité en établissant une césure stricte entre le pouvoir temporel et spirituel entérine définitivement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La Laïcité, en ce qu’elle réduit la religion à ses aspects cultuels implique que celle-ci doit renoncer à sa prétention à l’organisation institutionnelle d’une société, ce qui très clairement signifie qu’il est exclut qu’une religion revendique un quelconque projet politique.

On dit souvent de l’Islam que c’est une religion d’Etat, sa spécificité est d’instaurer un véritable système juridique. Contrairement à Jésus, Mahomet a établit son propre Etat islamique dans la ville de Médine. Or, toutes les revendications idéologiques visant à faire adopter par l’Etat les principes de l’Islam portent les germes d’une profonde incompatibilité avec le modèle occidental dont, je le répète, une des spécificités est la séparation des pouvoirs temporels et religieux.

Le modèle belge s’écarte sur bien de ses aspects du modèle républicain. Il sera intéressant d’en analyser les principes dans un premier temps afin peut-être d’en tirer des enseignements ou d’en souligner les contradictions. Au terme de cette démarche, j’espère peut-être aboutir à des propositions critiques claires afin d’envisager la question d’une société multiculturelle plus sereinement. Suite au prochain épisode.

(1)   Cet article D., Schnapper (juin 2000). L’universel républicain revisité. VEI enjeux, 121.

(2) Voir : http://www.communautarisme.net/Laicite-communautarisme-et-principes-republicains_r40.html

Société multiculturelle : la tentation et les dangers du communautarisme

Avec le débat sur l’identité nationale, la question du vivre ensemble pluriethnique fait l’objet d’un débat très vif chez nos voisins français. Cet article propose de réviser les principes d’une doctrine visant à fonder une société multiculturelle : le communautarisme. Il commence par en définir les contours et en proposer une définition. Ensuite, il en dénonce les dérives et les dangers afin d’en cadrer les enjeux au sein de la société belge, la capitale en particulier.

1. Définition

Le terme « communautarisme » est un néologisme fréquemment utilisé en langue française depuis les années 1980. Pierre-André Taguieff (1) en pose les contours.

Extraits du texte « Vous avez dit communautarisme ? » de Pierre-André Taguieff paru dans Le Figaro le 17 juillet 2003.

« Le terme «communautarisme» [désigne], avec une intention critique, toute forme d’ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit «postmoderne» où l’«ouverture», et plus particulièrement l’«ouverture à l’autre», est fortement valorisée […]. Par ailleurs, le «communautarisme» est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d’un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe (telle «communauté»), bref à contrôler les opinions et les comportements de tous ceux qui appartiennent en principe à ladite «communauté». »

« Autre traduction possible, en éthique de l’authenticité : «Sois ce que tu es», le sous-entendu étant que mon «être» m’est donné par l’ensemble de mes appartenances. «Communautarisme» s’oppose donc à la fois à «individualisme» et à «cosmopolitisme». Mais le terme «communautarisme» désigne aussi une idéologie dont la fonction est de légitimer la reconstruction […] des «communautés», dans le cadre des États-nations modernes fondés sur le principe normatif de l’homogénéité culturelle et ethnique […]. […] La «communautarisation» constitue une contestation interne de la construction nationale. »

Taguieff distingue quatre définitions à partir de ces contours assez flous:

1. Mode d’auto-organisation d’un groupe social, fondé sur une «parenté ethnique» objet de croyance, dans une perspective ethnocentrique plus ou moins idéologisée, sur le modèle «nous versus les autres». «Communautarisme» devient synonyme de «tribalisme».

2. Vision essentialiste des groupes humains, chacun étant doté d’une identité essentielle dont on suppose qu’elle est partagée par tous ses membres ou représentants. L’individu est réduit à n’être qu’un représentant plus ou moins typique de ce qu’on imagine être le groupe dans sa nature abstraite ou son essence. L’imaginaire «communautariste» partage cette vision essentialiste avec la pensée raciste ou l’idéologie nationaliste.

3. Politique en faveur des identités de groupe, culturelles ou ethniques, fondée sur la reconnaissance de la valeur intrinsèque et du caractère irréductiblement multiple de ces identités au sein d’une même société, toutes étant supposées également dignes de respect, donc jugées libres de s’affirmer dans l’espace social (mais non pas, à strictement parler, dans l’espace public, qui suppose l’existence d’un champ d’interactions transcendant les «communautés»). Telle est la vision angélique du «multiculturalisme», celle qu’en donnent ses partisans déclarés.

4. Mais le «communautarisme» peut aussi désigner l’usage politique d’un mythe identitaire fondé sur l’absolutisation d’une identité collective. Ou encore caractériser une politique fondée sur le «droit à la différence» suivi dans toutes ses implications et radicalisé en obligation, pour chaque individu, de maintenir avant tout «sa différence», c’est-à-dire l’appartenance de groupe qu’il privilégie (disons, une «culture» d’origine, religieuse le plus souvent, naturalisée). En ce sens, le «communautarisme» apparaît comme une forme de néo-racisme cuturel et différentialiste.

2. Une approche différentialiste de la société multiculturelle

Le communautarisme inspire les doctrines politiques de la société « multiculturelle » ou « pluriethnique ». Toujours selon Taguieff (mais rassurerez-vous, je le rejoints à 100% sur ce point), il implique « une conception de la société désirable comme un ensemble de «communautés» ou de «minorités» juxtaposées, chacune vivant selon ses valeurs et ses normes propres, au nom d’une conception de la tolérance fondée sur le relativisme culturel radical. Mais la tolérance exigée va au-delà de la simple non interdiction, qui revient à reléguer l’expression des identités dans la sphère privée : elle tend à se confondre avec une revendication de reconnaissance positive dans l’espace public. Tolérer ne signifie pas ici supporter ce qui est jugé difficilement supportable, mais respecter inconditionnellement les manières d’être et de penser d’un groupe, en évitant de dévaloriser son autoreprésentation et d’affecter l’estime de soi de ses membres. C’est pourquoi le recours au langage «politiquement correct» dérive nécessairement de la politique de la reconnaissance : l’impératif non discutable est qu’il faut éviter de porter atteinte à l’image ou à la dignité de tout groupe social «minoritaire». Dans cette perspective, le modèle de l’assimilation est récusé en ce qu’il ferait violence aux spécificités ou aux particularismes jugés intrinsèquement et également respectables.«  »

3. Un risque d’éclatement du corps social

Le danger principal du communautarisme est qu’il préside à l’éclatement du corps social. André Bellon (2), l’explique très clairement dans son allocution au Sénat français lors du colloque « La République face aux communautarismes » (24 novembre 2006). Extrait choisis à propos de la discrimination positive (3) (gras ajouté).

« Au fond, que veut-on traiter lorsqu’on veut utiliser de telles méthodes (ndlr : des politique de soutien à un groupe possédant des caractéristiques ethniques particulières)? Un problème social ? Est-ce à dire que tout descendant d’immigré est en situation difficile ? Que le statut social des autres est bon ? Doit-on traiter sa situation sociale en considérant le descendant d’immigré comme un être à part ? En fait, la discrimination dite positive tend à globaliser le problème non pas dans ses caractéristiques sociales, mais dans sa particularité communautaire. (…) Qui plus est, de telles méthodes tendent à dire que les catégories ethniques, religieuses ou sexistes, ont des intérêts différents entre elles. Le corps social n’existe alors plus ; l’intérêt général disparaît. La collectivité nationale s’émiette en catégories relevant de traitements différents : par exemple, la substitution du principe de parité (ndlr : sur les listes électorales) au principe d’égalité signifie l’égalité de deux « groupes » et non plus l’égalité des individus ; ces deux catégories (hommes/femmes) auraient donc par nature des intérêts différents qui nécessitent qu’on les représente « en tant que ». »

Et de conclure par ces mots : « Ces évolutions ne sont, en fait, que le reflet des incapacités de notre société, de l’absence de vrai politique sociale ; la discrimination dite positive n’est pas un progrès, mais l’alibi cherchant à masquer les échecs, en particulier celui d’une politique syncrétique. Elle n’est, finalement, que la conséquence naturelle de l’oubli des principes républicains. Loin de vouloir les sauver, on crée des faux semblants ».

4. La tentation du communautarisme en Belgique :

Pourquoi aborder ce sujet si ce n’est pour en cadrer les enjeux pratiques ? Je l’ai écris dans mon billet précédent « Justice et insécurité à Bruxelles : remonter à la racine du « Mal Sécuritaire », la réalité sociologique métissée de la capitale exige d’y redéfinir les jalons du vivre ensemble, de définir un modèle de cohabitation interculturelle. Or, lorsque j’observe qu’Ecolo, le PS et le CDH sont partisan des accommodements raisonnables, je constate que la tentation communautariste nous guette. Plus crucialement, le débat sur la place de l’Islam à Bruxelles, qui –nous dit on- pourrait devenir la première religion dans la capitale d’ici vingt ans, comporte des enjeux et des dangers qui doivent absolument être balisés et faire l’objet d’un débat en profondeur. En passant, j’épinglerai les positions communautaristes de Mme Milquet et M. Moureaux qui pour moi se justifient pour des raisons bassement électoralistes.

Je suis pour ma part convaincu que l’enjeu du vivre ensemble multiethnique passe par une réflexion sur l’universalisme, l’existence d’un socle commun de valeurs, qui s’impose à tous. Le communautariste est une dérive qui repose sur une vision naïve de la société multiculturelle.

Suite au prochain épisode.

(1)     Philosophe, directeur de recherche au CNRS, auteur entre autres de La Nouvelle Judéophobie (Editions des Mille et une nuits), de L’Illusion populiste (Berg international) et de Du progrès (Librio).

(2)     Ancien Président de la Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée nationale.

(3)     Voir : A., Bellon (24 novemmbre 2006). La discrimination « positive » : un instrument contre la République. Disponible sur : http://www.communautarisme.net/La-discrimination-positive-un-instrument-contre-la-Republique_a869.html

Justice Sociale et Liberté individuelle sont-elles compatibles ? Rawls : Une théorie libérale de la Justice.

Dans la série, « par delà la Droite et la Gauche »

De prime abord, il semble exister un « trade-off » (littéralement, « compromis) entre les deux valeurs centrales de la vie en société : la liberté et l’égalité. Le clivage gauche-droite est né de la difficulté d’opérer la synthèse entre ce qui semble constituer deux pôles situés aux antipodes. La gauche en ayant pour dessein la Justice Sociale, privilégie l’égalité, alors que la droite  privilégie la liberté. A l’heure où seul subsiste le modèle libéral, dont l’atome mère est la liberté individuelle, subsiste cette interrogation fondamentale : n’est-il pas possible d’opérer la jonction entre ces deux tendances dans le cadre de nos sociétés libérales?

C’est précisément la tâche à laquelle John Rawls (1921-2002), penseur phare du XXème siècle, s’est attelé avec ferveur. Dans son livre « a theory of Justice » (1971) notamment, il développe une théorie libérale de la Justice basée sur le concept « d’inégalité juste ». Le concept central de sa pensée est que les inégalités ne pourraient être justifiées que si la société en tire elle-même un plus grand avantage. Une personne talentueuse aura donc droit légitimement aux revenus plus élevés que lui vaut son talent si la collectivité en profite aussi (via un impôt plus élevé par exemple ) (1) (2).

Il existe deux types d’inégalités : sociales et génétiques. Je suis persuadé que l’enseignement est l’outil qui doit corriger les premières. Ainsi, « à talent égal mais situation sociale inégale », l’enseignement doit rétablir l’égalité des chances, ce qui signifie concrètement que l’Etat doit déployer davantage de moyens dans les écoles défavorisées. Rawls se détache de la vision libérale classique qui ne considère que les inégalités sociales en prenant en compte le facteur génétique (1). Ce dernier pourrait donner sa légitimité à la fonction de redistribution de l’Etat des riches envers les plus pauvres, et donc justifier une taxation plus importante de l’individu plus talentueux, mais selon moi ce raisonnement coince car il postule que les gens au patrimoine génétique plus riche, « plus talentueux », percevront nécessairement une rémunération plus importante. En d’autres termes, je doute qu’à situation sociale égale, un individu au patrimoine génétique plus riche qu’un autre perçoive un salaire plus élevé.

Car en fait, la logique des marchés est tout autre. Les différences de salaires sur le marché ne se justifient pas pour des motifs de talent mais pour des motifs de rareté. Certes, il y a un lien de corrélation entre les deux, mais ces sont deux éléments sont distincts. Par exemple, à complexité de tâche identique, un métier à risque sera mieux rémunéré (prime de risque). Le salaire n’est qu’un indicateur de la rareté sur le marché. Dès lors, devenir riche est moins une question de talent que de positionnement. Tout l’enjeu pour un travailleur est de se rendre indispensable en développant une compétence pour laquelle la demande est supérieure à l’offre sur le marché du travail.

En fait, le seul motif qui selon moi pourrait justifier la fonction de redistribution de l’Etat est une responsabilité sociale des riches envers les plus pauvres : ceux qui ont tiré leur épingle du jeu – pas nécessairement les individus dotés du meilleur potentiel génétique- font face à un impératif moral d’aider les victimes des mauvaises contingences de la vie. La science économique fournit quant à elle une base justificative alternative qui se fonde sur le postulat que l’utilité marginale de la richesse est décroissante, ce qui signifie concrètement que l’utilité d’un euro supplémentaire pour un individu donné a une utilité inférieure à celle d’un euro supplémentaire pour un  individu moins riche. Par exemple, l’utilité d’un euro pour un milliardaire est inférieure à celle de cette même somme pour un sans-abri. Ainsi, on pourrait augmenter le bien-être de la société, mesuré en utilité, en transférant une partie de la richesse du premier vers le second. Toutefois, je n’aime pas ce raisonnement car il établit qu’une société égalitaire (à 100%) est celle ou tous les individus possèdent la même richesse (ou l’utilité marginal de chaque euro pour chaque individu est identique. Dans ce cas, il est impossible d’augmenter le bien-être social en diminuant la richesse d’un individu au profit d’un autre), ce qui rend caduc le concept « d’inégalité juste » qui au contraire tolère des différences de richesse (3).

En conclusion, un impératif moral de solidarité envers les plus faibles se traduisant dans la pratique par une fiscalité redistributive et une éducation assurant l’égalité des chances sont pour moi les deux facteurs qui en fondant une Justice sociale dans une démocratie libérale réconcilient les valeurs que sont la Liberté et l’Egalité, la droite et la gauche pour le dire sans nuance. De ce point de vue, je suis d’accord avec Rawls pour qui  le système de la démocratie libérale est encore aujourd’hui le système le plus désirable qui soit, au moins à court et moyen terme. Et cela parce que Justice et liberté sont compatibles et fondent le contrat social démocratique (voir 2).

Reste que l’impératif moral de solidarité ne se justifie qu’en regard des contingences de la vie. Ainsi, il est incompatible avec toute forme d’assistanat ou de précarisation coupable. Ou pour le dire plus platement : je ne me considère pas moralement en devoir d’être solidaire avec un individu qui de son propre fait se trouve dans le manque. Or, vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, les pauvres « coupables » de leur condition et les autres,  équivaut à rentrer dans un débat sur le poids des déterminismes. Il est selon moi impossible de résoudre cette contradiction. Dans ce cas, soit on privilégie la liberté en faisant reposer la solidarité sur une base volontaire, soit on privilégie l’égalité en imposant cette dernière.

L’idéal de Justice sociale ne mérite t-il pas cette entorse à la liberté individuelle ?

Certes, mais le préjudice qui lui est fait doit être réparé sous la forme d’incitants, ce qui signifie concrètement que travailler davantage ou cesser de chômer doit rapporter davantage que les bénéfices de la solidarité. On peut alors parler de « liberté juste ».

(1)     Source : Wikipedia. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Rawls

(2)     Voir : http://www.denistouret.net/ideologues/Rawls.html

(3)     Par ailleurs, le postulat que l’utilité marginale de la richesse est décroissante est vrai dans l’absolu, mais pas relativement car les besoin de chacun évoluent proportionnellement avec le niveau de richesse ce qui implique que l’utilité marginal de la richesse soit constante (l’utilité d’un euro pour Bill Gates et dans l’absolu moins importante que pour moi mais étant donné que M. Gates possède un train de vie 1 milliard de fois plus élevé que le mien, on pourrait affirmer qu’elle est identique).

Risque d’éclatement de la zone euro : entre pessimisme et optimisme.

La Zone Euro traverse une crise existentielle. La situation financière grecque affole les marchés. A un point tel que d’aucuns pointent le risque d’une nouvelle déflagration systémique au cœur du réseau bancaire. Des économistes de renoms, Joseph Stiglitz en tête, vont jusqu’à évoquer la fin de l’euro (1). Alors que les dirigeant de l’Ecofin réunis ce dimanche 9 mai à Bruxelles tentent de se mettre d’accord sur la mise en place d’un fond monétaire européen doté d’une réserve de 60 milliards, le prix nobel  déclare en substance – dans un lapsus révélateur – à propos des 110 milliards d’aide à la Grèce octroyés en contrepartie de l’austérité que « les conditions apparemment excessivement dures imposées à l’Espagne ( sic!) seront en réalité contre-productives pour prévenir une contagion ».

Mon père, économiste chez ING et expert des marchés financiers, affirmait ceci à table ce vendredi : « le financement octroyé à la Grèce s’apparente à une bouteille d’alcool qu’on offrirait à un alcoolique titubant ». Comprendre : la Grèce est au troisième stade de l’endettement, celui où on doit emprunter pour rembourser la charge des intérêts de la dette. A court terme, la situation hellénique devrait se stabiliser car les fonds prêtés éviteront de devoir recourir au marché des capitaux qui exige un rendement exorbitant. Toutefois, la dette extérieure ne va cesser de grimper jusqu’à 140% du PIB. Tout porte à croire que les 110 millions d’aide s’apparentent à un chèque en blanc i.e. que, inévitablement, la Grèce fera défaut. En effet, comme le précise Eric Dor, professeur à l’université catholique de Lille dans la Libre de ce samedi 8 et dimanche 9 mai, « la Grèce risque de tomber dans le même piège que l’Argentine. L’austérité budgétaire à laquelle la Grèce est contrainte va renforcer la récession et déprimer les recettes fiscales. Le déficit public va rester élevé, le PIB va diminuer plus vite que la dette publique et le ratio d’endettement va donc continuer à s’élever ».

« Un âne ne trébuche jamais deux fois sur la même pierre » commande la vindicte populaire. Pourtant, tout porte à croire que ce dicton ne s’applique pas à un âne « appâté par le gain », le secteur financier en l’occurrence. On peut lire dans ce même numéro de la Libre que les grandes banques européennes sont « gorgées » d’obligations d’Etats grecques, portugaises et espagnoles. Or, avec la crise grecque, ces obligations sont passées en l’espace de quelques semaines du statut de placement sûr à celui de « junk bonds » (papier pourri). De ce fait, les banques sont forcées d’acter des provisions dans leur comptes ce qui les exposent à des problèmes de solvabilité à court terme. Dès lors, le scénario de la crise des subprimes, où les banques ne se prêtaient plus entre elles, menace de se reproduire. Les banquiers, gagnés par l’appât du gain, la promesse de rendement mirobolant sur les obligations grecques, ont financé massivement le déficit grec en veillant parallèlement à se protéger par l’achat de Credit Default Swaps (CDSs). Ironie donc, le scénario « à la Goldman Sachs », la banque d’affaire américaine qui spéculait largement sur l’effondrement du marché des crédits subprimes est en train de se reproduire.

Deux conclusions s’imposent : (1) l’autodiscipline des marchés est une fiction et (2) les dirigeants de ce monde n’ont toujours pas tiré les leçons de la crise financière. Certes, la responsabilité des autorités grecques dans le maquillage des comptes d’Etat ne peut être occultée, mais les marchés possèdent in fine une responsabilité écrasante en ce qu’ils ont alimenté le déficit grec. Pourtant, si les marchés ne sont pas forcés à l’autodiscipline, c’est parce que les banques ne disposent toujours pas d’incitant à minimiser les risques. D’éminents économistes l’ont dit, Angela Merkel l’a rappelé dans des propos musclé qui furent interprétés au travers du prisme des enjeux cruciaux du scrutin en Rhénanie-Nord-Westphalie (qu’elle à perdu du reste): il faut à tout prix éviter le syndrome du « too Big to Fail », problème classique de « moral hazard ». Si les banques savent qu’un Etat ne peut être expulsé de la zone euro et que par conséquent tout sera entrepris pour le sauver, elles n’ont aucun incitant à minimiser la prise de risque en évitant de concevoir des prêts  au dit Etat. Dès lors, qu’observe t-on (?!): les banques agiter le spectre d’un nouveau tsunami financier si on ne leur vient pas en aide ! Cercle vicieux donc, que nos dirigeants n’ont manifestement toujours pas compris.

S’il est peut-être déjà trop tard, –le risque de contagion aux PIGS est réel, le Portugal et l’Espagne sont déjà dans le collimateur des marchés– se pose la question des solutions à implémenter.

(1) Briser le cercle luciférien de la spéculation :

Ce premier élément exige une régulation accrue du secteur financier. A ce sujet, je commencerai par pointer la responsabilité, accablante, que possède la Royaume-Uni. Londres bloque toute réforme au niveau européen qui compromettrait les intérêts de la City, seconde place financière mondiale. Néanmoins, un rayon de soleil pointe à l’horizon. Les Tories de David Cameroun ont certes gagné les élections, mais sans majorité absolue. Il est très probable qu’ils négocient une coalition avec les libéraux-démocrates de Nick Clegg qui ont fait de la séparation entre banques d’affaires et de collecte de dépôts un de leur chevaux de bataille. Reste à voir si cet élément pourra être intégré au programme de la coalition. Rien n’est moins sûr. Ce pays est très peu rompu à l’art du compromis, peut-être que les Tories préféreront opter pour un gouvernement minoritaire ou provoquer de nouvelles élections. Le parti de Nick Clegg est idéologiquement plus proche du Labour.

Ensuite, il est urgentissime de réguler l’ingénierie financière. Quand on lit que les dirigeants de Goldman Sachs comparaient cyniquement certains de leur produits à Frankenstein, il y a de quoi crier au loup (lire rapports commission US). Je pense aux produits dérivés mais surtout aux CDSs. Sur ce dossier, l’Union et les Etats-Unis doivent travailler de concert. D’ailleurs, le contexte est favorable, Obama vient de relancer les discussions sur la réforme du secteur bancaire.

(2) Remédier au déficit institutionnel européen :

L’Europe doit remédier à ses carences institutionnelles. L’union monétaire est une construction inachevée, la politique monétaire et centralisée dans les mains de la BCE, mais la coordination des politiques économiques, aux mains des Etats, demeure superficielle. L’hétérogénéité des économies des Etats membres les exposent à des chocs asymétriques potentiellement meurtriers. En effet, un Etat ne disposant plus des leviers de sa politique monétaire, seules des politiques structurelles (donc sur le long terme) peuvent remédier à un déficit de compétitivité ; actuellement, une dévaluation, salutaire à court terme pour relancer l’économie à travers les exportations, est exclue.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy esquissaient les contours de cette réforme dans leur lettre ouverte conjointe de ce 6 mai (2). Les deux partenaires y mettent en exergue les éléments suivant :

(1) Renforcer la surveillance des indicateurs du Pacte de stabilité et de croissance et veiller à des sanctions en cas d’inexécution des obligations en découlant. Je pense en particulier à un mécanisme d’exclusion temporaire de la zone euro. Il présenterait un quadruple avantage :

  1. forcer les Etats à l’autodiscipline budgétaire de façon effective ;
  2. neutraliser le syndrome du « too big to fail »;
  3. permettre à un Etat déficitaire de rétablir ses finances en recourant à la dévaluation ;
  4. apporter de la clarté juridique.  En l’espèce, les Traités n’envisagent pas ce cas de figure, d’où la polémique politico-juridique à propos d’une éventuelle exclusion de la Grèce.

(2) Elargir les mécanismes de surveillance aux questions structurelles et de compétitivité;

(3) Elaborer un cadre robuste pour la résolution des crises;

(4) Renforcer le contrôle européen de la fiabilité des statistiques (Eurostat).

La création d’un fond monétaire européen (une branche auxiliaire de la BCE ?) participerait à rencontrer les objectifs 2 et 3.

Il est crucial de noter que ces solutions exigent d’être implémentées au niveau communautaire, ce qui nécessitera le concours des 27 à la majorité absolue ou qualifiée. Les réticences seront nombreuses. Par exemple, le ministre des finances britannique déclarait au Conseil européen extraordinaire de ce dimanche que « s’il y a une proposition de créer un fond de stabilisation pour l’euro, cela doit-être du ressort des pays de l’eurogroupe » (La Libre, lundi 10 mai p.18). Comprendre : « sans nous ».

En attendant, comment endiguer la spéculation ? La question demeure entière, « le risque d’un effondrement de la zone euro est réel » disent certains. Je pense qu’il n’en est rien, cependant, il est probable qu’elle perde quelques morceaux dans la tempête…

« Alea jacta est » ? (Dixit « Quick » sur son tweet la veille de la chute du gouvernement…)

(1) l’expansion.com (4 mai 2010). Pour Joseph Stiglitz la zone euro est menacée. Disponible sur : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/pour-joseph-stiglitz-la-zone-euro-est-menacee_231667.html

(2) Disponible sur :  http://q.liberation.fr/pdf/20100506/25052_la-lettre-de-nicolas-sarkozy-et-angela-merkel.pdf.

J’ai résolu BHV ! Attention, ceci est une fiction…

Quand Dlamot joue les plombiers…

Lorsqu’on envisage des solutions sur l’épineux dossier BHV, on se trouve vite dans l’impasse. En effet, partant d’une part du postulat que BHV est un problème territorial lié à l’enclavement de Bruxelles et d’autre part que l’arrondissement sera un jour scindé, la solution passe inévitablement par un élargissement visant à assurer le lien territorial avec la Wallonie. Or, si les francophones ne plient pas, se serait aux flamands à accorder l’inconcevable. On comprend alors qu’on se  dirige vers un cul-de-sac car céder une parcelle de territoire serait très lourd de symbolique pour la Flandre. Il faut y avoir vécu un temps et revisiter l’histoire de notre pays pour acquérir l’empathie nécessaire à la compréhension de l’autre communauté qui aujourd’hui nous fait défaut.

Bien. Dans ce cas, si aucune des parties ne cède, il va falloir sortir de la crise par le haut. Redéfinir les contours de notre pays, tel est l’enjeu, il demande davantage que cinq minutes de courage politique. Le contexte requiert l’émergence d’hommes d’Etat capables de transcender les clivages partisans et linguistiques qui minent notre pays. Si quelqu’un doit sortir du bois, ce sera la Providence qui nous l’envoi car aucun politique n’a, dans la configuration institutionnelle actuelle, des incentifs suffisants à se poser en défenseur du foyer commun.

Si on veut repartir d’une page blanche, les concessions de mise, en particulier pour la Flandre, seront bien plus lourdes que les compensations exigées sur BHV. La Flandre en proie au démon nationaliste possède la main. Car si les francophone se cabrent aujourd’hui c’est par appréhension que leur partenaire possède un agenda caché. Donc, une autre Belgique n’est possible qu’à la condition que la Flandre renonce, à jamais, avec force, à son projet de former un Etat-Nation, ce qui exige qu’elle inscrive son futur en  rupture complète avec son passé. De cette condition découle la plaine reconnaissance de Bruxelles comme région autonome.

Côté francophones, de lourdes concessions seront également de mise. S’ils désirent toujours se poser en belges, ils devront accepter que leur langue et leur culture soient mise sur un pied d’égalité avec la culture flamande et la langue de Vondel. Fin de l’arrogance et de l’impérialisme ethnico-culturel francophone donc. Les francophones devront apprendre le néerlandais.

Enfin, troisième concession, la structure du pays devra ignorer le concept de majorité démographique au profit de celui de parité. Actuellement, le gouvernement n’est qu’à mi- chemin de ce principe puisque les flamands squattent le poste de premier tribun depuis quarante ans.

Je ne doute pas qu’à ce stade la pilule soit déjà très difficile à avaler. Mais soit, poursuivons.

Une saine logique voudrait que la taille d’une circonscription coïncide avec celle des enjeux du scrutin. Le découpement en Provinces (à l’exception notable de BHV) lors des élections de la Chambre participe à cultiver l’esprit de clocher des belges. Une circonscription fédérale lors des scrutins nationaux, en plus de désamorcer la bombe BHV,  favoriserait l’émergence de poids lourds, des champions nationaux, capables de porter les enjeux du pays. De plus, ils posséderaient une légitimité nationale, coïncidant avec les intérêts d’une communauté, belge, de destin commun. Sans oublier que les vieux réflexes sous-régionalistes seraient lourdement sanctionnés. Le principe est simple : dessiner le système institutionnel de façon à ce que les politiques aient les bons incentifs à défendre l’intérêt national.

Dans cette optique, on doit garder le découpage administratif en régions. Le principe de territorialité, tel que nous le connaissons aujourd’hui, y serait d’application et ce afin d’éviter qu’une communauté puisse se sentir sous la menace d’une colonisation (comme c’est actuellement le cas en périphérie bruxelloise). Plus encore, l’établissement d’une personne dans une région serait subordonnée à l’exigence qu’elle connaisse la langue de celle-ci. Exit « l’olievlek » donc.

En revanche, seuls deux niveaux de gouvernance subsisteraient : le pouvoir central et celui de proximité. Soit : les communes et le fédéral. Exit les gouvernements des provinces, régions et communautés. Sans oublier que Bruxelles, la capitale, serait gérée par un unique conseil communal paritaire. Ainsi, les 19 communes actuelles seraient fusionnées en une « méga-commune ». Le même principe, sans gestion paritaire il va de soi,  s’appliquerait à toutes les grandes villes. Enfin, chaque commune serait sous tutelle du pouvoir central exclusivement pour les aspects touchant à l’intérêt national.

Il va de soi que tous les partis seraient nationaux avec une aile linguistique francophone et l’autre flamande. Toujours en vertu du principe de parité, la présidence de chaque parti respecterait une alternance linguistique. Les listes seraient également paritaires. De même, au niveau national, toujours dans ce souci de respecter l’équilibre linguistique, seraient élus les 75 premiers candidats francophones et les 75 premiers candidats néerlandophones par ordre des scores en terme de voix de préférences. Exit le Sénat et les votes ethniques communauté contre communauté.

Dans ces conditions, je n’ai aucune objection à ce que le mode de scrutin reste proportionnel et que le droit de vote reste obligatoire. A noter qu’avec un tel système le premier ministre serait libéral. Le grand perdant serait sans aucuns doutes le PS. Les socialistes sont certes surpuissants en Wallonie mais pas en Flandre. Toutefois, dans tous les cas, le scrutin serait à deux tours : les citoyens se prononceraient sur la coalition à mettre place. Exit les accords préélectoraux et l’Etat-PS donc.

Le premier ministre serait issu de la plus importante famille politique. Toujours en respect du principe de parité, il serait une fois francophone et l’autre fois néerlandophone. Idem pour le bourgmestre de Bruxelles. Le gouvernement et le conseil communal Bruxellois seraient bien sûr paritaires. Exit la mainmise flamande sur le poste de premier.

Dépassement de la logique des rapports de force et du communautarisme. Exit les partis nationalistes et 180 ans d’histoire « déchirée »

Vous vouliez une réforme de l’Etat ? Vous l’avez.

Attention, ceci est une fiction.

Je le répète, ceci est une fiction. Francophones, la Belgique à papa c’est terminé. Mettez-vous bien çà dans le ciboulot.

tableau de René Magritte: la Folie des Grandeurs.

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