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STEADY STATE 4 (1): réformer le système monétaire.

D’où vient l’argent ? Qu’est-ce que l’argent ?

Ce texte est inspiré d’un billet d’Herman Daly sur le journal de son blog : The Daly News (traduction de l’anglais). L’idée ici est de résumer très brièvement l’histoire de la monnaie afin que chacun aie les cartes en mains pour appréhender le débat que je souhaite initier: la réforme du système monétaire. Ce point est probablement le plus technique de tous les billets à paraître sur l’économie stationnaire. Reste que c’est également le plus crucial : il est impératif que les citoyens comprennent le fonctionnement du système monétaire pour appréhender les enjeux de la transition vers une économie soutenable. Commençons par répondre à ces deux questions : A) qu’est-ce que l’argent ? B) d’où vient l’argent ? Après avoir tiré les enseignements qui s’imposent, je pourrai aborder les pistes de réformes en vue d’effectuer la transition vers une économie stationnaire dans mon prochain billet.

A) Qu’est-ce que l’argent ?

L’argent, c’est avant tout une idée. Une idée qui possède trois fonctions :

1.      agir comme intermédiaire des échanges

2.      fournir une unité de compte

3.      représenter un stock de valeur

L’argent tire sa valeur de la confiance qu’ont les gens dans sa capacité à acheter d’autres biens. Par exemple, si vous me donnez un bout de papier contre une télévision, je ne vais l’accepter pour paiement que moyennant le fait que j’ai confiance de pouvoir acheter d’autres biens avec ce bout de papier. Je ne m’attarderai pas sur la façon dont le prix d’un bien, et donc sa valeur d’échange, est fixé. Par contre, observons que pour remplir sa fonction, la valeur de l’argent, c’est-à-dire son pouvoir d’achat réel, doit rester stable. Si ce n’est pas le cas, ses utilisateurs vont perdre confiance dans cette monnaie, ce qui va provoquer l’effondrement de sa valeur. Dans les faits, l’Etat rend obligatoire l’acceptation de sa monnaie comme moyen de paiement, ce qui augmente très fort le « capital confiance » de cette monnaie.

B) D’où vient l’argent ?

Historiquement, la monnaie a évolué en trois phases : (1) la monnaie-marchandise (e.g. l’or) ; (2) la monnaie fiduciaire (e.g. un certificat lié à l’or) ; (3) la monnaie-papier (des certificats non liés à un bien. e.g. les billets) (je n’ai pas retrouvé les termes exacts en français, j’ai fait au mieux):

La monnaie-marchandise

1.      L’or a un véritable coût d’extraction et une valeur propre en tant que bien en plus de sa valeur d’échange en tant que monnaie. Ces deux valeurs tendent à s’égaler. Si l’or en temps que bien vaut plus que l’or en tant que monnaie, alors les pièces d’or seront fondues en lingots et revendues jusqu’à ce que le prix de l’or en tant que bien égale la valeur de l’or en tant que monnaie. L’offre de monnaie i.e. la quantité de monnaie en circulation, va être déterminée par le rythme d’extraction d’or et pas par le gouvernement ou les banques. Ceci peut être vu comme un avantage, mais du côté des désavantages, l’offre de monnaie n’est pas liée à l’activité économique. En outre, choisir un bien comme étalon standard fourni une monnaie commune pour le commerce international.

Sous ce système, les déficits commerciaux d’une Nation étaient réglés en or, et les surplus accumulés en or. Etant donné que l’or était aussi une monnaie nationale, l’offre de monnaie dans les Etats déficitaires diminuait, et inversement pour les Etats bénéficiaires. En conséquence, le niveau des prix diminuait dans les Etats déficitaires, ce qui stimulait les exportations et décourageait les importations. Au contraire, elle augmentait dans les Etats bénéficiaires, ce qui stimulait les importations et décourageait les exportations. Ce mécanisme restaurait l’équilibre de la balance des paiements sur le long terme, les déséquilibres commerciaux se corrigeaient automatiquement, mais moyennant des ajustements pénibles des prix et du taux d’emploi.

La monnaie-fiduciaire

2.      La monnaie fiduciaire en tant qu’étalon standard fonctionnerait de la même façon que l’or-marchandise s’il y avait une relation proportionnelle entre le nombre de billets en circulation et l’or existant (un billet pour un lingot par exemple). Mais avec ce type de monnaie, on a évolué vers le système de réserves fractionnelles toujours en vigueur. Les orfèvres avaient pour habitude d’effectuer des prêts en or aux gens, mais l’or est lourd est difficilement transportable. Pour éviter cet inconvénient, de l’argent fiduciaire fut créé représentant la valeur de l’or prêté par l’orfèvre à l’emprunteur. Dès lors qu’on faisait confiance aux orfèvres, ce document circulerait avec la même valeur que si c’était l’or qu’il représentait. C’est ce qui s’est passé, les gens commencèrent à s’échanger les certificats émis par l’orfèvre comme si c’était l’or qu’ils représentaient. Bientôt, les orfèvres devinrent banquiers. Très vite, ils comprirent que tous les déposants ne retiraient pas le stock d’or dans leur coffre au même moment. C’est ainsi que, attiré par l’appât du gain, ils se mirent à émettre des prêts pour un montant excédant la valeur de l’or contenue dans leurs coffres. Cette pratique fut légalisée pour les besoins de l’expansion du commerce européen. Statistiquement, elle fonctionne dès lors que les déposants ne retirent pas tout leur or à la fois –une panique financière qui mène à la faillite.

Suite à des paniques financières répétées, il fut convenu d’assurer les dépôts des banques par une banque centrale. En cas de rush sur une banque, celle-ci interviendrait comme prêteur en dernier recours  pour éteindre l’incendie. Mais ce mécanisme d’assurance a provoqué un incitant pour les banques à prendre encore plus de risques (hasard moral en économie). Le système de réserves fractionnelles permettait aux banques d’émettre une quantité de monnaie (sous la forme de prêts) bien plus importante que ce qu’elle avait dans ses coffres en or.

La monnaie-papier

3.      Au bout du compte, on a cessé de lier la valeur de l’argent à celle de l’or, et du vulgaire papier fut déclaré « monnaie » par le gouvernement. La monnaie est imprimée par le gouvernement à un coût de production négligeable, ce qui présente un avantage certains par rapport à l’or qui possède un coût d’extraction important. En tant qu’émetteur de la monnaie, le gouvernement fait un profit sur la différence entre la valeur marchande du papier (presque nulle) et sa valeur monétaire (5euros, 10 euros, etc ; en fonction du chiffre marqué sur le papier). Chacun doit renoncer à l’équivalent d’un euro de services ou de biens pour avoir un euro papier, à l’exception de l’émetteur de la monnaie qui ne renonce à presque rien (seulement le coût du papier) pour avoir un euro représentant un pouvoir d’achat réel. Aujourd’hui, le système de réserves fractionnelles est tout à fait dématérialisé : chaque billet ne représente plus une quantité d’un bien réel (historiquement, l’or). En vérité, un billet ne représente rien, si ce n’est une idée.

Il est impératif de comprendre que la quantité de monnaie-papier créée par les banques privées en tant que prêts est largement supérieure à la quantité d’argent créée par les gouvernements. 95% de l’argent en circulation est émis par les banques sous la forme de DETTE. Une partie des revenus sur ce nouvel argent émis sous forme de dette, les intérêts sur le prêt, est reversée aux déposants. Le reste des intérêts va dans la poche des banquiers.

Dans le système monétaire actuel, l’argent est composé de la monnaie (pièces, billets) plus la totalité des dépôts à vue. La monnaie est créée par le gouvernement et celui-ci ne charge aucun intérêt pour ce service. Les dépôts à vue sont créés par les banques « out of nothing » (il existe des plafonds fonction des réserves à la banque centrale) et celle-ci chargent un intérêt pour ce « service ». Par exemple, lorsque vous contractez un emprunt pour acheter une maison, vous n’emprunter pas l’argent de quelqu’un d’autre. En réalité, la banque vous prête de l’argent qui n’existait pas avant, qu’elle créée en inscrivant le prêt à votre nom. Lorsque vous remboursez votre prêt, ceci détruit l’argent (le principal) qu’elle vous a prêté initialement. Cette destruction d’argent sera étalée sur toute la durée de remboursement du prêt.

Pour aborder le débat qui va suivre, il est primordial de comprendre les éléments suivants :

1. Les banques ne créent que le montant du principal lorsqu’elles effectuent un prêt alors que l’emprunteur doit rembourser le principal plus les intérêts. Tous les emprunteurs sont donc en compétition dans le monde réel pour essayer de capter ce montant. Au temps t, il est impossible que tous les emprunteurs remboursent leur prêt en même temps. Certains d’entre eux feraient nécessairement défaut puisque seul le montant global du principal de ces prêts est en circulation. La désynchronisation des remboursements permet au système de ne pas s’écrouler.

2. Les banques ont un incitant à prêter toujours plus car cela fait augmenter les perspectives de gains tirés des intérêts (et les risques liés à un défaut de remboursement)

3. Lorsque le montant cumulé des intérêts sur les prêts contractés par les gouvernements, les particuliers, et les entreprises devient trop important par rapport à la totalité de l’argent en circulation, le risque de défaut de certains emprunteurs devient très important, ce qui pousse les banques à prêter toujours davantage, donc à créer toujours plus d’argent, pour éviter des défauts en cascade. La crise financière de 2009 a été provoquée par ce mécanisme (elle n’est toujours pas finie, le système financier mondial va inévitablement s’écrouler, la question est de savoir quand : voir mon article « Chinamérique, pourquoi le système financier mondial va t’il s’écrouler ? » ).

4. Puisque les banques doivent créer toujours plus d’argent dette pour éviter un écroulement du système tout entier, il faut que l’économie réelle croisse en conséquence, sans quoi l’injection de liquidités croissantes dans le circuit économique provoque de l’inflation (il y a plus d’argent en circulation alors que la production de biens et services reste identique. Dans ce cas, le pouvoir d’achat d’une unité de monnaie diminue. Concrètement, les prix augmentent).

C) Conclusion :

Le système monétaire actuel nécessite la croissance pour se maintenir, sans quoi il s’écroule. Il va s’écrouler, ce n’est qu’une question de temps. Dès lors que le rythme de remboursement des prêts équivaut au rythme d’émission de nouveaux prêts, la masse monétaire reste stable. Si celui-ci est supérieur au rythme d’émission, la masse monétaire se contracte, et inversement. Dans une économie sans croissance du PIB, la masse monétaire se contracte à mesure que les gens remboursent leur dette. Or, sans dette, pas d’argent!

Si vous n’avez pas saisi tout le contenu de ce billet, je vous encourage à regarder l’excellente vidéo « l’argent-dette » de Paul Grignon qui décrit de façon simple et ludique le fonctionnement du système financier : un « must watch » absolu !!!

Par rapport à l’écroulement du système financier, je vous suggère de regarder cette excellente vidéo de  Richard Heinberg: « the End of Growth » . Certains argueront que cette source est trop partisane. A ceux-là, je conseille de taper « american collapse » sur youtube, ils découvriront une bibliothèque variée sur le sujet.

Ces fondations posées, je pourrai aborder dans mon prochain billet la question des réformes monétaires à implémenter pour effectuer la transition vers une économie stationnaire.

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Si j’étais politicien, mon crédo serait « l’enseignement, l’enseignement, et encore l’enseignement ».

Car si à chaque dix-huitième anniversaire la société a réussi à transformer un individu en citoyen responsable, celle-ci a gagné le pari d’une vie. En disant çà, je m’inscris dans l’idéal émancipatoire républicain et affirme haut et fort la responsabilité du corps social : il est du devoir de la société d’investir dans la formation de citoyens.

L’enseignement a vocation à éveiller les dimensions multiples qui façonnent un individu. Il doit donner à chacun les outils de sa propre émancipation, les outils de sa construction identitaire. En effet, Sartre ne disait t-il pas que l’identité ne repose pas exclusivement sur le passé, mais qu’elle est inséparable du futur ?

La conséquence directe en est qu’aucune discipline académique ne saurait être négligée ou considérée moins importante qu’une autre. Mais soit, passons à l’évocation de mesures concrètes :

–         fusion des trois types d’enseignements secondairestronc commun jusqu’à l’âge de 16 ans. But : éviter le nivellement par la bas et la ségrégation sociale, favoriser le dialogue et la mixité sociale, former des citoyens responsables.

–         Tronc commun : math,géo,histoire, arts, français, cours multiconfessionel (voir ci-dessous), éducation à la citoyenneté (ci-dessous), science, informatique. + langues voir ci-dessous (matière transversale).

–         A partir de l’âge de 16 ans, libre choix de la filière technique/générale.  But : laisser chacun s’orienter en fonction des ses aptitudes techniques vs intellectuelles.

–         Formation à un groupe de métiers dans l’enseignement technique. But : éviter le chômage structurel, donner les outils d’une reconversion.

–         Tronc commun dans l’enseignement général du second cycle plus spécialisation dans quatre groupes de disciplines de base (minimum un choix de spécialisation): littérature et histoire, mathématique et physique, bio-chimie,  sport (uniquement pour les sportifs à haut potentiel repérés dans le cadre de la mesure qui suit). But : préparer la transition vers un type de filière d’étude dans le supérieur.

–         Sport : choix d’un sport individuel et d’un sport d’équipe. Regroupement d’écoles en bassins pour les infrastructures (économies d’échelles). Une heure de sport au quotidien. Création d’un championnat structuré par bassin en 3 niveaux : province-région-national. But : effacer une absurdité occidentale consistant à séparer le corps de l’esprit, créer une élite sportive, donner le goût de l’effort, favoriser l’esprit d’équipe, limiter les dépenses de soins de santé.

–         Déconfessionnalisation de l’enseignement et fusion de tous les réseaux : cours multiconfessionnel. But : favoriser la tolérance et la prise de recul par rapports à ses origines, éviter le communautarisme.

–         Ajout d’un cours d’éducation à la citoyenneté. A terme, chaque citoyen doit comprendre la Constitution du pays dans ses grandes lignes. But : chacun doit être capable d’appréhender le débat politique pour pouvoir y participer de fàçon responsable (en exprimant son vote).

–         Création d’une école de devoirs par bassin scolaire. Choix libre des parents d’y placer leur enfant. Lorsqu’un enfant est en décrochage scolaire, avertissement aux parents et médiation. Établissement d’un contrat entre les parents et l’école. Si aucune amélioration substantielle, enquête de l’école et éventuellement prise en charge forcée ou obligation pour les parents de suivre une formation (justification : responsabilité sociale de la société). But : lutter contrer le décrochage scolaire et la délinquance, responsabiliser les parents.

–         Le directeur est maître à bord. Réhabilitation du statut de maître. Le directeur arbitre les plaintes contre les professeurs mais il possède le dernier mot sauf circonstances graves qui mettraient l’intégrité de l’enfant en danger. But : restaurer l’autorité du maître (celui qui dispense le savoir).

–         Gestion décentralisée des écoles. Le politique définit les objectifs à atteindre, chaque école définit les moyens. En contrepartie, une épreuve commune est organisée en fin de tronc commun (16ans). Les résultats obtenus servent comme indication pour l’orientation de filière (général/technique) et les options dans le dernier cycle du général. Mais surtout : des statistiques et une moyenne nationale est établie. Un dialogue est engagé avec les écoles en dessous de la moyenne et le ministère de l’éducation. Un diagnostic est établi. Si la cause est sociale, davantage de moyens (humains, infrastructures, financiers,…) sont affectés à ces écoles (arbitrage permanent des moyens donc, le budget n’est pas extensible à l’infini). But : tirer tout le monde vers le haut, rendre sa responsabilité au corps enseignant, s’assurer que le politique reste dans son rôle et se concentre sur l’essentiel, assurer l’égalité des chances. S’il le faut, des cours de remédiation et de rattrapage supplémentaires sont organisés et le volume horaire adapté (notamment en usant du mécanisme des écoles de devoirs).

–          Langues : début de l’enseignement de la première langue en première primaire (choix de l’école entre l’allemand ou le néerlandais). Début d’enseignement de l’anglais dès la troisième primaire. Cours de grammaire intensif et puis immersion progressive dans certaines matières. But : favoriser l’ouverture d’esprit, former des citoyens européens.

–         Sanctionner la mauvaise orthographe/grammaire dans toutes les matières, ce compris les mathématiques. Ratio : la langue est le disque dur d’un individu…

–         Obligation pour chaque professeur de suivre un syllabus ou des livres (non imposés).  Ratio : structuration du savoir, contrôle accru.

–         Primaire : constitution de petites classes. But : permettre un suivi individualisé de l’instituteur.

–         Politique de redoublement : nombre illimité de fois en primaire. Deux fois maximum ensuite. Après deux redoublements, la société est en droit légitime de se désolidariser de l’individu : direction l’enseignement professionnel.

–         Formation continue des enseignants : séminaires, colloques, mobilité accrue (échanges entre les écoles).

–         Obligation de passer un test d’orientation à l’issue du second cycle du secondaire. Si raté en première année alors qu’opté pour une filière déconseillée ET que poursuite dans la même voie, augmentation du minerval. Après deux échecs, système « à l’anglaise » pour l’étudiant qui souhaite continuer ses études.

–         Libre choix des parents de l’établissement scolaire.

–         À l’université : généralisation du système des mineures. Programme de base imposé mais aucune limitation du nombre de crédits tant que réussite. Diversification des méthodes d’enseignement : ex-cathedra, travail groupe, séminaires, lectures et discussions, présentations, … Augmentation du minerval pour les formations post-master (car pay-back period très courte…). But décloisonner les savoirs, diversifier les compétences, encourager l’esprit critique et la créativité, encourager le dépassement de soi.

Au niveau des objectifs, voici comment je me situe :

Maternelle (4-5 ans): jeu

Primaire (6-12ans): savoirs de base

Secondaire :

–         premier cycle (12-16ans): formation de citoyens

–         second cycle (16-18) : préparation au supérieur ou formation à un groupe de métiers techniques.

Universitaire : formation d’élites .

Je pense être assez proche de la conception finlandaise.

Chômage de masse des jeunes : pour une réforme de l’accès aux études.

En avant pour une réflexion qui va en bousculer plus d’un. Elle émane du constat que le chômage des jeunes explose. Alors que l’éventail de formations proposées n’a jamais été aussi large,  il y a totale inadéquation entre l’offre et la demande de travail sur le marché. Et le problème devient critique, il est temps de réfléchir à des solutions.

Ma réflexion est ancrée dans le constat factuel et à la fois idéologique que l’enseignement en Belgique est considéré comme un bien public (au sens juridique du terme) et par conséquent financé par l’impôt prélevé sur la collectivité. Ainsi, chacun finance en fonction de ses revenus, l’enseignement de tous. Les allocations de chômage dont bénéficie automatiquement un jeune après son « stage d’attente » au sortir de ses études émanent également d’un processus de solidarité.

Mettons les pieds dans le plat, ce système ne tient pas la route car il oublie d’établir un juste équilibre entre responsabilité individuelle et collective. Chacun est libre, bien sûr, de choisir ses études, mais il y a une contrepartie à cela : la responsabilité individuelle. Dans le système actuel, celle-ci est occultée par la responsabilité collective qui finance les allocs, un paradoxe.

Pour le dire platement, le marché de l’emploi ne fonctionne pas, il y a inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi car un étudiant qui s’engage dans une filière bouchée ne bénéficie pas d’incentifs suffisants à assumer les conséquences futures de son choix. Il convient donc d’opérer des corrections à l’entrée et non à la sortie, lorsqu’il est trop tard.

Une mesure simple serait d’établir un cadastre des études qui établirait un inventaire minutieux des besoins du marché du travail. Bien entendu, cet organisme travaillerait sur un horizon de cinq ans minimum. Les différentes professions seraient alors classées en plusieurs catégories : vert, orange, rouge. Cette information serait mise à disposition des écoles et des élèves, on gagnerait déjà beaucoup en efficacité : « une personne informée en vaut deux » dit le dicton.

Pouvoir poser un choix en connaissance de cause est un premier pas. Toutefois, le volet « information » ne suffit pas à lui tout seul. Comme pour la sécurité, il faut travailler en aval sur la prévention et en amont sur les sanctions. Une diminution des allocs pour les métiers rouges serait inefficace car intervenant trop tard. En revanche, une hausse du minerval pour les voies bouchées (les socialistes diront une baisse pour les études « profitables », question de point de vue) serait un premier pas intéressant. Je vois déjà les néos-communistes crier au scandale. Et pourtant, cette politique n’en serait que plus égalitaire car chacun contribuerait enfin dans une juste proportion aux coûts de sa formation…

Concluons par un dernier point : fermeture des usines à chômage. Les filières ne dégageant pas des perspectives d’emploi à long-terme seraient retirées de l’offre de formations (filières « noires »?!). Quitte à les ouvrir à nouveau plus tard.

Franchement, il est temps de réformer l’accès aux études. Le financement doit rester public et l’accès universel car je suis très attaché à l’égalité des chances, une qualité que beaucoup de systèmes en Europe ne garantissent pas. Hausser le prix du minerval pour certaines filières n’est pas une remise en question de ce choix collectif mais une mesure pragmatique pour apporter une solution à ce problème : les chômeurs coûtent cher à la collectivité.

Si le montant des allocs économisées se révélait supérieure à la hausse du prix des études, cette mesure serait économiquement efficiente.

Réforme de la monarchie : pour un roi fantoche ?

Un consensus politique semble se dégager sur la nécessité de réformer la monarchie. Il est question d’évolution vers une institution protocolaire, l’exemple scandinave est souvent cité.

Le point qui fait le plus débat est l’article 109 de la Constitution qui stipule que le Roi sanctionne et promulgue les lois. A ce titre, on se souvient de la crise qui intervient dans la nuit du 3 au 4 avril 1990 lorsque Baudouin fit savoir à son premier ministre Wilfried Martens qu’il ne signerait pas la loi Lallemand-Michielsen dépénalisant l’avortement. Le constitutionaliste A. Alen (Kul) eu l’esprit fertile lorsqu’il proposa d’utiliser l’article 93 de la Constitution sur « l’impossibilité de régner » pour déclarer la Roi en incapacité de régner durant trente-six heures. Vingt ans plus tard, on aimerait qu’une telle situation ne puisse se reproduire. En effet, la transition royale est proche et si durant ces années Albert II n’a jamais provoqué la confrontation, on peut émettre des réserves par rapport à la personnalité controversée du futur roi. Un premier point donc, la future montée sur le trône de Philippe est la raison qui pousse le politique au débat. On entend dire que la signature des lois pourrait être confiée aux présidents d’assemblées et la sanction réservée au gouvernement (1), à l’image de ce qui se fait au niveau des entités fédérées.

Actuellement, le Palais nomme l’informateur, formateur, explorateur, conciliateur… Ce rôle politique du Roi durant les crises et la formation d’un gouvernement est également mis en cause. Le constat est que les présidents de partis sont à la manœuvre et que les présidents d’assemblées devraient pouvoir remplacer le rôle actuel du Roi en actant le résultat des négociations (2).

M’est avis que le modèle des entités fédérées n’est pas extrapolable au fédéral. A ce niveau, un fragile équilibre induit par la bipolarisation communautaire et la multiplication des acteurs (deux fois plus qu’au niveau régional) est à respecter. Le Roi en fait partie. Il est le seul à pouvoir s’élever au-dessus de la mêlée, ce qui lui permet d’assumer un rôle de médiateur et conciliateur précieux en temps de crise. Bien entendu, cette mission ne peut être menée avec succès que si le souverain, à l’image d’Albert II, est perçu de tous comme neutre, ce qui exige qu’il soit en retrait. On se souvient de nombreux dérapages de Philippe sur le terrain communautaire. Il faudra corriger çà car un Roi ne peut mettre un pied dans l’ornière communautaire sous peine d’être taxé de partialité et donc de ruiner sa crédibilité. Reste que la fonction de Roi est mieux taillée pour cette tâche de ciment des communautés, d’arbitre, que celle de président d’assemblée, un politicien issu d’une formation politique et donc par définition dans la mêlée. Sans compter que la fonction de premier ministre est squattée depuis trente ans par les flamands et que le caractère francophone de la famille royale participe à contrebalancer ce déséquilibre.  Ok pour réformer donc, mais si la Belgique doit rester un Etat fédéral, des équilibres subtils sont à respecter.

Toutefois, la priorité est l’alternance linguistique au poste de premier ministre. Trente ans sans Premier francophone : inacceptable.

(1)   D. Reynders, La Libre (samedi et dimanche 20 et 21 mars).

(2)   Voir (1).

Justice et insécurité à Bruxelles : réformer le modèle bruxellois.

Le sujet de l’insécurité dans la capitale est omniprésent dans les médias, il faisait le gros titre du Vif de la semaine du 12 février. Les slogans qualifiés de populistes du type « tolérance zéro » sont partout ; le débat sur la fusion des six arrondissements de police  vire à l’empoignade communautaire ; les juges crient au manque de moyens, le sentiment d’impunité n’a jamais été aussi grand ; la note de réforme de l’application des peines du Ministre De Clerck (CD&V) est sous le feu de la critique. Bref, l’institution judiciaire est en crise.

Ce mercredi 10 mars, Armand De Decker (MR), président du Sénat, faisait une sortie dans la Libre. Il y dénonçait la montée de la violence à Bruxelles et le climat d’impunité qui règne et proposait d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires. Cette intervention musclée sur la justice et la sécurité à Bruxelles intervint après un assassinat violent  à Uccle. Réactions choquée de tous les partis francophones, y compris au MR.

Je me rappelle d’une statistique dans un article de la Libre qui doit marquer les esprits au fer rouge (malheur, j’ai perdu la référence du dit l’article). Il y aurait actuellement plus de 100.000 demandeurs d’emplois à Bruxelles dont 60.000 n’ont pas leur diplôme du secondaire. Les statistiques d’Actiris du mois de février indiquaient quelques 6000 offres d’emploi. D’où la conclusion de l’auteur de l’article : la racine de la crise sécuritaire à Bruxelles est l’insécurité socio-économique. Celle-ci dégénère en violence urbaine. Dans ce cas, comme le dénonce Michaël Dantinne, criminologue et pénologue (Ulg) dans un article du Vif du 12 février, vouloir placer la charge du problème sur l’individu est très confortable pour l’Etat.

En effet, l’échec est collectif. Sans vouloir verser dans la polémique ou les caricatures xénophobes,  les chances sont grandes –je ne dispose pas des chiffres – pour que la population des sans emplois soit en majorité composée d’immigrés. Ce postulat demande confirmation mais observons néanoins qu’il implique ce constat : notre modèle d’intégration est un échec. A ce sujet, je me rappelle d’un édito de la Libre : « non, Bruxelles n’est pas le nouveau Chicago sur Seine ». Et pourtant, lorsqu’on se balade rue de la Loi, le cœur de nos institutions démocratiques, en direction du Jardin Botanique, le contraste une fois dépassé celui-ci est saisissant. J’avoue avoir été choqué. Comment cela est-il possible à  un kilomètre de distance? Vous passez d’un quartier chic, propre, aseptisé, au ghetto en un clin d’œil. Osons dire les choses. Le sentiment est plutôt bizarre pour un liégeois, la Cité Ardente a une réputation sulfureuse sur ce plan.

Le politique n’a une fois de plus pas anticipé le problème. Comment alors ne pas avaliser le constat flamand que Bruxelles est mal gérée ? Ce serait trop facile, les flamands dénoncent une réalité rendue possible par un jeu institutionnel impraticable qu’ils imposent. En effet, comment ne pas dénoncer l’hypocrisie du jeu institutionnel bruxellois lorsqu’on sait que le poste de gouverneur de Bruxelles, qui possède les pouvoirs de coordination en matière de police, est vide depuis le 1er janvier 2009 et qu’il  faut une loi à majorité spéciale, recueillant la majorité dans les deux groupes linguistiques, pour transférer ces compétences vers la région (1) ?

Le modèle institutionnel bruxellois me semble définitivement avoir atteint ses limites. Il est temps de le réformer.

(1) le Vif, 12 février 2010, p.26.

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