les idées qui font des petits!

Articles tagués ‘permaculture’

OGMs: pour ou contre?

 Pour commencer, je préciserai que je ne suis pas un expert dans le domaine génétique, loin de là. Néanmoins, ce manque d’expertise scientifique, technique, n’est pas un obstacle pour aborder le débat sur le plan de la métacritique. Mon frère fait des études de bioingénieur. Parfois, nous confrontons nos points de vue par rapport à la question la plus épineuse de ce siècle. A savoir, la faim dans le monde et la forte dépendance de l’agriculture moderne aux intrants chimiques et aux énergies fossiles.

 Le débat sur les organismes génétiquement modifiés (OGMs) prend une place importante dans ce débat. Lorsque j’ai posé la question de leur désirabilité à mon frère, il m’a répondu sans dogmatisme, usant de bon sens scientifique. De son propre avis, la question de la faim et devenue si prégnante qu’on peut difficilement négliger la piste des OGMs qui permettent de multiplier les rendements. Si on ne peut évacuer les risques liés à leur utilisation, les incertitudes sont majeures, l’enjeu consisterait à les minimiser.

 Je me propose de vous donner mon avis sur la question car la discussion m’a permis d’éclairer considérablement ce débat. Je commencerai par poser deux jalons importants à la discussion :

 Premièrement, il convient selon moi de dissocier le problème de la faim dans le monde de celui de l’utilisation des OGMs. A mon sens, on instrumentalise la faim dans le monde pour légitimer la nécessité du recours aux OGMs. Ce faisant, on se dispense de poser le problème en terme d’alternatives.

 Deuxièmement, il convient de noter que les OGMs sont exploités par des intérêts privés. Les recherches publiques sur ce sujet concernent en majeure partie la gestion des risques. Le moteur de ces innovations biotechnologiques est le profit. Le privé n’en a cure du fait qu’un milliard de personnes sont sous-alimentées.

 Ces deux réflexions acquises, je vais poser un débat de fond sur l’enjeu fondamental du recours aux OGMs. Doit-on promouvoir leur utilisation ou non ? La réponse à cette question dépend de notre vision de notre rapport à la Nature. Je distingue deux grands paradigmes. Le premier, posé par Descartes et son « il nous faut domestiquer la nature tout entière », est le cœur de la culture occidentale. Il pose une vision anthropocentrée dans laquelle l’homme est en dehors de la nature, il doit la soumettre à sa volonté, la domestiquer. Le refus de la finitude est au cœur de ce paradigme : le Progrès technique doit permettre à l’homme de repousser à l’infini les limites que nous impose la Nature. Le temps est linéaire, l’Homme est capable de transcender sa condition animale en usant de son intelligence pour s’élever au-dessus des contingences imposées par son milieu.

 Le choix d’un recours massif aux OGMs s’intégrerait dans ce paradigme. L’homme possède le pouvoir, presque divin, de modifier le code génétique d’une plante pour modifier le comportement de celle-ci dans des circonstances précises (par exemple, une résistance accrue à un envahisseur particulier). Ce faisant, il influe directement sur la sélection naturelle en donnant à des organismes un avantage compétitif.

 Modéliser les risques émanant d’une modification du patrimoine génétique d’une plante est selon moi utopique. Pour ce faire, il convient de connaître l’entièreté du système dans lequel la plante s’insère. Un écosystème est un système complexe dynamique, on ne peut modéliser l’impact d’une modification de la chaîne trophique dans ce système sans en connaître toutes les boucles d’actions et retro-actions. De ce point de vue, j’appelle de mes vœux uns sciences davantage consciente de ses limites.

 Dans ce paradigme, la nature est malléable. Elle est à disposition de l’homme et celui-ci peut l’exploiter selon ses propres besoins, la nature est objet. Le pouvoir d’ingérence génétique de l’homme est un choc exogène qui va entamer la résilience d’un écosystème, voir préluder à son effondrement, mais peu importe car le potentiel d’innovation biotechnologique de l’homme est infini. La limite imposée par la nature au temps t sera repoussée à chaque fois, le temps est linéaire, son moteur est le Progrès.

 Le second paradigme défend quant à lui une toute autre vision du rapport à la Nature. Il représente un mouvement émergeant, encore marginal en Occident, dont les défenseurs sont les bioéconomistes ou économistes écologistes. Ses deux concepts clés sont interdépendance et limite. Il pose l’interdépendance de l’économie et de la nature. De cette interdépendance découle le fait que la survie de l’économie, du métabolisme humain, est conditionnée par le bon « fonctionnement » de la Biosphère. Les écosystèmes nous fournissent des services (régulation du climat, dégradation des déchets, séquestration du CO2, filtration de l’eau et de l’air, …) qui garantissent le maintien de la vie sur Terre. Dans cette perspective, l’économie n’est qu’un sous-ensemble de la Biosphère, elle doit s’y intégrer harmonieusement, ce qui suppose de limiter son impact environnemental en dessous du seuil de résilience des écosystèmes. Dans son essence, ce modèle repose sûr une conception circulaire  mais dynamique du temps ; l’Homme coévolue avec son environnement.

 La question du recours aux OGMs prend un caractère tout à fait différent dans ce cadre conceptuel. Les modifications génétiques présentent le risque d’entamer irréversiblement la résilience des écosystèmes ce qui nous invite à la prudence lorsqu’on y a recours. C’est pourquoi, assez logiquement, les penseurs de l’interdépendance se posent davantage en faveur de la permaculture. Il s’agit d’une forme d’ingénieurerie biologique, strictement non-génétique, consistant à faire cohabiter des variétés de plantes possédant des caractéristiques complémentaires pour augmenter les rendements. Ici, le maître mot est diversité puisque l’agriculture doit-être adaptée à son milieu.

 Cette technique permet d’obtenir des rendements intéressants mais elle est encore marginale. La question est de savoir pourquoi. La réponse est simple : un OGM peut-être breveté (j’éluderai ici la question de la « brevetisation » du vivant), pas une technique de permaculture. Dès lors, le marché n’a aucun incitant à développer et à investir dans la recherche en permaculture. Si on pose une réflexion sur le fond, on aboutit à ce constat : le modèle compétitif du marché produit un résultat suboptimal. En fait, la généralisation de la permaculture exigerait de développer un modèle de coopération au sein duquel chaque acteur aurait un intérêt rationnel à partager ses connaissances en ingénierie biologique.

L’enjeu de ce siècle?

Le temps du monde fini : le développement soutenable concrètement

A présent que j’ai cadré les enjeux de la « Révolution Verte » (voir articles des deux mois précédents), je peux poser quelques principes qui doivent guider son implémentation concrète :

1)      substituer l’énergie organique renouvelable à l’énergie mécanique non-renouvelable. En d’autres termes, des engins tels que la brosse-à-dent électrique, le « souffleur de feuille mortes », le coupe pain automatique, par exemple, devraient être bannis du marché. L’homme peut très bien effectuer ces tâches lui-même pour un effort marginal ;

2)      Appliquer le principe de subsidiarité au commerce international : seuls peuvent être importés les biens qui ne sont pas produits localement. Concrètement, cela signifie un retour du protectionnisme certes, mais aussi et surtout des savoir-faire locaux. Quoi qu’il arrive, cette transition se fera naturellement lorsque le prix du baril implosera, c’est-dire lorsque son prix reflétera réellement sa rareté ;

3)      Appliquer le principe de subsidiarité au transport. En clair : le vélo en centre-ville, tram et métro pour les distances entre deux points éloignés d’une métropole, bus et trains pour la banlieue. A terme, la voiture doit disparaître ;

4)      Stabiliser la démographie ;

5)      Implémenter l’idée de limite aux capacités de la Biosphère en utilisant l’empreinte écologique pour déterminer un « crédit carbone » par habitant. Ceci implique bien sûr de passer d’une comptabilité monétaire à une comptabilité énergétique. Le marché fera le reste. Par exemple, il passera d’une conception marchande de la valeur à une conception d’usage de la valeur. Par définition, seuls les biens indispensables seront produits en priorité puisque les autres feront exploser inutilement le quota d’empreinte écologique. La croissance quantitative fera place à la croissance qualitative : le paradigme du monde fini se substituant à celui du monde infini, l’expansion du système étant contrainte par une limite supérieure, le système sera forcé de se réorganiser en permanence de l’intérieur pour augmenter son efficacité éco-énergétique. En fait, le rôle du progrès technologique sera encore plus important qu’aujourd’hui ;

6)      Utiliser les énergies fossiles pour financer la transition vers le renouvelable ;

7)      Réorienter l’agriculture mécanique vers la permaculture, seule solution durable permettant d’obtenir des rendements proches de ceux de l’agriculture industrielle.

8)      Évoluer vers une production décentralisée de l’énergie : chaque habitation doit évoluer vers l’autosuffisance. En outre, grâce à une mise en réseau, les surplus des uns doivent pouvoir alimenter les besoins des autres (interconnectivité).

En fait, la mesure 5) suffit à elle seule à réorienter drastiquement notre développement. Les gens sont-ils prêts à accepter ces changements ? Honnêtement, j’en doute. C’est donc dans la douleur que le monde accouchera de la quatrième révolution énergétique.

Opérationaliser les acquis de la révolution bioéconomique : le biomimétisme.

Biomimétisme

Avec l’empreinte écologique, le « biomimétisme » doit être le second concept central permettant d’opérationnaliser les acquis de la pensée bioéconomique en tant que nouveau paradigme dictant les principes d’une économie soutenable.

Le biomimétisme est un concept simple mais très difficile à opérationnaliser. Il s’agit d’observer le mode de fonctionnement des écosystèmes et d’en reproduire les schémas. L’idée sous-jacente est que les écosystèmes sont en place depuis des temps immémoriaux, ce qui laisse à penser que leurs structures sont durables. Un double piège à éviter toutefois : (1) la nature n’est pas figée et (2) l’homme coévolue avec son environnement. Par conséquent, il ne s’agit pas de dire stop à tout développement.

Le sujet est d’une rare complexité et tout reste à faire dans ce domaine caractérisé par une incertitude scientifique patente.

Système résilient

Un concept central dans la réflexion portant sur le biomimétisme est la résilience i.e. la capacité d’un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction (Walker).Les études d’écologistes décèlent trois caractéristiques augmentant la résilience d’un système (1):

–          La diversité

–          La modularité

–          La proximité des rétro-actions

Diversité

La diversité possède plusieurs aspects : (1) le nombre d’éléments qui composent le système (capital naturel, humain, technique); (2) la densité des interconnections entre ces différents éléments (lien social); (3) la variété du nombre d’activités productives dans le système (autosuffisance); (4) la capacité de réponse différenciée à chaque choc (flexibilité); (5) la diversité des capacités bioproductives (fermes, maraîchers, aquaculture, arbres fruitiers,…).

En outre, il est crucial de préciser que la diversité s’applique aussi entre les systèmes : chaque système doit être adapté aux paramètres biophysiques de son milieu. Par conséquent, il doit exister autant de systèmes qu’il existe de milieux environnementaux différents. L’idée est de reproduire le phénomène de spéciation des populations d’une espèce qu’on retrouve dans la nature. Chaque communauté doit élaborer ses propres solutions opérationnelles en usant au maximum de ses propres moyens.

Modularité

D’après les écologistes Brian Walker et David Salt, le terme modularité concerne la “manière selon laquelle les composants d’un système sont liés entre eux ”. La globalisation a fortement renforcé l’imbrication des économies nationales. Or, le système financier global qu’on présente si souvent comme une réussite, aggrave – on l’a vu avec la crise des subprimes –le risque de propagation à tout le système d’un choc local (Pour rappel, la crise financière provient des Etat-Unis). Autre exemple : la fièvre mexicaine qui rapidement s’est transformée en pandémie et a menacé de déclencher une panique généralisée.

Dans une situation plus modulaire, chacun des sous-ensembles du système global possède une liberté accrue de s’auto-organiser pour apporter une réponse à un choc exogène calibrée en fonction de son contexte local . Mais d’une façon plus évidente, la manière la plus simple de diminuer la probabilité d’un risque systémique est de réduire au maximum l’interdépendance, les interconnexions entre les systèmes, ce qui implique d’appliquer le principe de subsidiarité aux échanges commerciaux : seul est importé ce qui ne peut être produit localement. La logique de la mise en réseau prend alors le pas sur celle de la dépendance réciproque.

Rétro-actions

Une rétro-action matérialise un phénomène de feedback positif ou négatif sur le système, provoqué par l’activité économique. Pour prendre un exemple à l’avant plan de l’actualité, l’exploitation de l’énergie nucléaire produit des déchets radioactifs, un feedback négatif. Les pays occidentaux ont souvent occulté le débat à propos de ces déchets en les envoyant en-dehors du champ de vision de leur opinion publique : dans l’espace, sous la mer, dans des contrées lointaines. L’Union Européenne a récemment initié un processus législatif pour que lesdits déchets ne puissent à l’avenir plus quitter la juridiction de l’ensemble de ses états-membres ; un exemple de resserrage d’une boucle rétroactive. L’idée de resserrer les boucles de rétro-actions de l’activité humaine émane du constat que les gens sont beaucoup plus responsables de leur actions dès lors qu’ils en voient les conséquences directes sur leur vie.

Le grand défi bioéconomique est d’utiliser la nature comme un allié, à l’image des espèces naturelles, de telle sorte que l’activité économique stimule un maximum de rétro-actions positives. Par exemple, la plantation d’arbres fruitiers va produire  au minimum deux feedbacks positifs : (1) la récolte de fruits et (2) des bénéfices en terme de séquestration du carbone rejeté par l’activité économique.

De ce point de vue, il est urgent d’étudier les boucles de rétro-actions positives et négatives à l’œuvre dans notre environnement. Le problème qui se pose ici est que les effets de l’activité humaine sur un écosystème ne peuvent être modélisés que si la totalité des relations intervenant dans le système sont connues. Sans oublier que les écosystèmes sont des systèmes complexes dynamiques d’une part et que nous en faisons partie intégrante –l’homme coévolue avec son environnement –. C’est pourquoi l’idée que l’homme soit capable de « manager la nature », la soumettre à sa volonté, me semble utopique.

Pour l’heure, le grand défi touchant au management de la nature est de ramener l’érosion de la biodiversité dans des proportions raisonnables. Le moyen le plus évident pour y parvenir est de diminuer l’impact environnemental de l’économie. Le concept d’empreinte écologique est l’outil adéquat pour relever ce défi.

Local vs global : une révolution  ?

Difficile en lisant ces lignes de ne pas échapper au constat que le paradigme bioéconomique émergent s’inscrit en totale rupture avec la logique globalisante de l’économie néolibérale. L’acquis bioéconomique s’opérationnalise à travers le concept de résilience, proche de la notion d’autosuffisance qui affirme la nécessité d’une action modulée en fonction des paramètres biophysique de l’environnement local. On peut parler de révolution copernicienne, c’est pourquoi il est intéressant de poser cette question : cette approche est-elle ancrée dans une réalité pragmatique ou s’agit t-il d’une douce utopie déconnectée de la réalité des faits ?

Cette assertion ne manquera pas, je n’en doute pas, de déstabiliser le lecteur : l’approche bioéconomique est pleinement ancrée dans la réalité biophysique, au contraire, l’économie néolibérale est totalement déconnectée de cette réalité. Pourquoi me direz-vous ? La réponse est assez simple : l’économie globalisée est énergivore, elle n’est pas soutenable car elle s’appuie sur l’exploitation de ressources fossiles (gaz, charbon, pétrole) non-renouvelables. La réalité bioéconomique de la globalisation, c’est une spécialisation de la production à l’échelle mondiale induisant une multiplication du transport de molécules –de matières – et par conséquent requérant toujours davantage d’énergie pour bouger ces molécules ; une hérésie du point de vue biophysique.

L’imminence du pic pétrolier, le moment ou l’offre de pétrole atteindra son pic de production, laisse à penser que la révolution bioéconomique sera tôt ou tard une réalité de fait. Nous allons devoir amorcer une « descente énergétique », le meilleur moyen d’y parvenir est de resserrer la taille des circuits économiques et d’amorcer la transition vers une économie soutenable.

La permaculture et le mouvement des villes en transitions

Partant de la réflexion autour du pic pétrolier, Rob Hopkins a fondé en 2005 le mouvement des villes en transitions, des communautés cherchant à maximiser leur résilience. Il est professeur, son domaine d’expertise est la permaculture i.e., une science systémique qui a pour but la conception, la planification et la réalisation de sociétés humaines écologiquement soutenables, socialement équitables et économiquement viables. Cette discipline se base sur une éthique, dont découlent des principes et des techniques permettant une intégration des activités humaines avec les écosystèmes (voir wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Permaculture ): pour répondre au problème écoénergétique, la permaculture s’inspire du fonctionnement des écosystèmes comme modèles optimaux d’utilisation d’énergie.

Ainsi, j’observe que le paradigme bioéconomique émergent possède des bases conceptuelles solides qui sont actuellement opérationnalisées par les villes en transition (pour plus d’informations à ce sujet, voir  wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Villes_en_transition ):  les économistes de demain ne seraient t-ils pas les écologistes ?

Si on accepte que (1) l’écologie est l’économie de la nature et (2) l’homme fait partie de la nature, la réponse me semble évidente.

(1)    Voir : Les trois ingrédients d’un système résilient. Villes  et communautés en transition. Disponible sur : http://villesentransition.net/transition/pages/resilience/les_trois_ingredients_dun_systeme_resilient

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :