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La seconde Grande Dépression expliquée aux nuls

En parallèle de ma série de 10 billets sur l’économie stationnaire (je dois encore effectuer les recherches et les lectures nécessaires avant de publier le prochain article), je me propose de lancer une série de 5 billets pour expliquer le choc auquel l’économie mondiale s’apprête à faire face. Je m’efforcerai d’être synthétique et de produire au maximum un raisonnement qualitatif pour éviter les nombreux écueils dûs à l’incertitude qui entoure ce sujet. En outre, il y a tellement d’information qui circule à ce propos que je suis  contraint d’opérer un choix discrétionnaire pour sélectionner les sources les plus synthétiques, didactiques et pertinentes.

N’hésitez pas à poster des liens intéressants dans les commentaires !

Voici l’ordre de publication de ces billets

  1. Le Pic Pétrolier, c’est quoi ?
  2. Le Pic de la dette, c’est quoi ?
  3. Les trois phases de la seconde Grande Dépression
    • La déflation (2008-2012)
    • L’inflation (2013-2020)
    • L’hyperinflation (2021-2029)
  4. Hypothèses sur les conséquences probables de l’effondrement
  5. Investir dans un monde post-pic
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An Inconvenient Truth II

Le grand public a pu découvrir avec Al Gore, candidat démocrate aux présidentielles de 1999 déchu de la fonction suprême dans des conditions bien occultes, avec une acuité toute particulière, la problématique du réchauffement climatique. Son film, « An Inconvenient Truth », lui vaudra de remporter le prix Nobel de la paix (2007).

Le mérite d’Al Gore est d’avoir placé la problématique climatique à l’avant-plan de l’agenda politique international. Reste qu’un élément central de la discussion n’a pas été abordé : l’explosion démographique, un tabou aujourd’hui encore à peine évoqué dans les cénacles de l’Organisation des Nations Unies (ONU). La faute aux démographes dont la thèse dominante est que les pays industriels ont stabilisé leur population, là où les pays en voie de développement connaissent aujourd’hui une phase de transition. Ainsi, par extrapolation, les pays en voie de développement connaîtront la même évolution future et la population mondiale devrait se stabiliser aux alentours de 9 milliards en 2050.

Premièrement, il convient de noter que cette thèse repose sur le constat que les pays industrialisés ont connu plusieurs « phases », la dernière étant la stabilisation. Ensuite, elle est subordonnée au développement (assimilé à la croissance économique) des pays pauvres. C’est pourquoi elle nous place dans une impasse. En effet, on peut souvent lire que si chaque homme accédait au niveau de vie à l’occidental qu’il nous faudrait de quatre à cinq planètes pour satisfaire à nos besoins (voir le rapport « Planète vivante » du World Wildlife Fund (WWF), 2010).

L’observateur attentif sera avisé de noter qu’une vision bioéconomique sous-tend ce raisonnement : la capacité de l’environnement à accueillir une espèce est limitée (« carrying capacity »). Les écologistes utilisent une courbe de croissance logistique (voir graphe 1) pour décrire le phénomène d’expansion démographique d’une espèce. Selon cette perspective, la croissance démographique d’une espèce dépend de la densité de sa population. Au début, la population croît de façon exponentielle. Ensuite, son taux de croissance tend vers zéro à mesure que la population avoisine la capacité maximale de l’environnement.

Les questions qu’appelle cette observation est de savoir si (1) la population humaine actuelle excède la capacité de l’environnement et (2) si tel est le cas, ce que le futur nous réserve.

Quant à la première interrogation, le rapport Planète vivante 2010 du WWF indique très clairement que l’humanité possède actuellement une dette écologique, c’est-à-dire que nous consommons et produisons chaque année davantage de ressources et de déchets que ce que la biosphère produit et assimile chaque année. Le rapport note que selon les données de 2007, les dernières disponibles, l’Empreinte écologique de la population mondiale excède de 50 % la biocapacité de la Terre, c’est-à-dire la surface actuellement disponible pour produire les ressources renouvelables et absorber le CO2 (on ne parle ici que des ressources renouvelables).

Pour répondre à la seconde question, il nous faut repenser aux travaux de Malthus (1766-1834), le premier économiste (classique) à théoriser l’avenir de l’espèce humaine prise dans sa globalité.  Il prédit que la population augmente de façon exponentielle ou géométrique (par exemple : 1, 2, 4, 8, 16, 32, …) tandis que les ressources croissent de façon arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, …). Ainsi, la croissance d’une espèce serait limitée par la productivité des terres agricoles, par conséquent la famine agit comme un mécanisme d’autorégulation lorsque cette limite est dépassée. A noter que le WWF nous parle de limite de capacité de la biosphère, mais le raisonnement est le même : il introduit l’idée de limite à l’expansion de l’activité économique.

Les économistes néoclassiques ont discrédité les thèses pessimistes de Malthus en s’appuyant sur l’observation que les pays industrialisés ont connu une croissance démographique soutenue depuis la révolution industrielle : alors que la terre était un facteur de production considéré par les  classiques (Ricardo par exemple), les néoclassiques ont fini par ne plus considérer que le capital technique (K) et le travail (L) comme facteurs de production. L’argument dominant pour invoquer la caducité des thèses des classiques est que ceux-ci ont omis de prendre en compte le progrès technique. En effet, celui-ci a permis de multiplier le rendement agricole par un facteur important. D’où cette idée, centrale dans les thèses néoclassiques, que le progrès technologique induit par la croissance permet virtuellement de repousser à l’infini la limite naturelle de la productivité des terres et donc la limite à la croissance démographique.

Qu’en est-il ?

Premièrement, les néoclassiques oublient un élément important dans la discussion : le fait que les pays industrialisés ont appuyé (c’est toujours le cas) leur développement sur la colonisation d’autres terres agricoles. La France, la Grande Bretagne par exemple, étaient des empires coloniaux. Par conséquent, la croissance démographique en Europe ne s’est pas faite ceteris paribus, c’est-à-dire avec une quantité fixe de terres exploitables. Le manque de prise en compte du progrès technologique ne peut donc à lui seul discréditer les thèses de Malthus. Ensuite, les néoclassiques oublient une nouvelle fois que si l’histoire semble démontrer une corrélation très forte entre croissance démographique et progrès technologique, que cette relation coïncide avec l’exploitation des ressources fossiles (charbon et pétrole) non renouvelables. En effet, le graphe de l’évolution mondiale de la population depuis les confins de l’humanité (voir graphe 2) montre deux choses : (1) la croissance démographique exponentielle de l’espèce humaine est un phénomène récent ; (2) ce phénomène coïncide avec la révolution industrielle, soit le début de l’ère du Progrès et de la croissance certes, mais aussi et surtout de l’exploitation de ressources fossiles non-renouvelables.

La conclusion qui s’impose: la croissance démographique est fonction de notre capacité à exploiter de l’énergie. L’humanité a connu trois phases jusqu’ici (voir graphe 2) (Common et Stagl 2005). La première, la plus longue (99pc), est celle du chasseur-cueilleur. Durant cette phase, l’homme est nomade, il utilise des objets rudimentaires lui permettant d’accroître sa puissance, son exploitation d’énergie. C’est ce qui nous distingue des animaux : alors que ceux-ci usent uniquement d’énergie endosomatique, c’est-à-dire produite  avec leur corps à travers la consommation de nourriture, nous sommes capables d’exploiter de l’énergie exosomatique, c’est-à-dire produite à l’extérieur de nos membres (le feu par exemple). Dans cette perspective, le progrès technique est le prolongement de nos membres. Durant cette première phase, l’homme n’utilisait qu’un Equivalent d’Energie Humaine (EEH), une mesure équivalente à la quantité d’énergie somatique requise pour faire fonctionner un métabolisme humain quotidiennement (10Mj/jour en moyenne). La seconde phase est amorcée par la révolution agricole : l’homme se sédentarise, il devient alors capable d’exploiter 2-3 EEH en plus chaque jour. Ainsi, l’énergie par humain a presque doublé durant cette phase (2-3 EEH +  1EEH = 4EEH), ce qui s’est accompagné par une croissance démographique importante (multiplication par le facteur 200 environ.) Enfin, la troisième phase est amorcée par le révolution industrielle qui se caractérise par l’exploitation de ressources située dans la lithosphère, soit sous la surface de la terre. Avec l’exploitation du pétrole et du charbon, l’homme devient alors capable d’exploiter jusqu’à 93 HEE par individu (USA, 1997). Toutefois, les variations entre les pays sont énormes puisque le Bangladesh exploite à cette époque 4 EEH en moyenne par habitant. Toujours est-il que la population mondiale augmente de 0.9 milliards en 1800 à plus de 6milliards maintenant. On peut parler d’explosion démographique donc, un phénomène récent. D’ailleurs, il est intéressant de noter que tenant compte de la population globale, chaque humain utilise 20HEE (il s’agit d’une moyenne ne tenant pas compte des disparités socio-économiques), soit plus ou moins un cinquième de la consommation des Etats-Unis. Ainsi, pour produire uniquement avec des humains ce que nous produisons actuellement avec des machines, il faudrait que la population mondiale soit multipliée par 20 ! Soit, 120 milliards d’humains en plus.

Nous sommes donc accro à l’énergie et la croissance démographique semble dépendre de notre capacité à augmenter l’exploitation d’énergie exosomatique. Dès lors que cette relation se vérifierait, une conclusion s’impose dans la discussion : l’explosion démographique que le monde connait depuis 1800 est rendue possible par l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables. On peut s’attendre à ce que la croissance démographique cesse lorsque le stock de ces ressources entrera en déplétion dès lors que nous serions incapables de continuer à augmenter notre exploitation d’énergie exosomatique. Plus grave, la relation s’inversera si l’exploitation de cette énergie diminue, une hypothèse plus que réaliste. En effet, le stock de ressources pétrolières entre en déplétion. Le charbon, le nucléaire et le gaz pourront remplacer le pétrole, mais pour combien de temps et à quel prix? Sachant qu’il est traditionnellement établi que trois facteurs régulent une population, à savoir, la famine, la guerre et la maladie, – J’ajouterais les catastrophes écologiques induites par la pollution. En effet, remarquons qu’une exploitation grandissante d’énergie (avec l’exploitation du charbon) se fera au prix d’une augmentation de la pollution – la perspective n’est guère très réjouissante.

Malthus n’a jamais été autant d’actualité, de même que le rapport Meadows et Al. (1972) (ou rapport du club de Rome, le seul modèle connu à ce jour envisageant l’économie dans sa globalité et ayant cette particularité de définir la croissance démographique comme paramètre endogène (c’est-dire comme variable dépendante)).

Il est grand temps de procéder à trois changements radicaux :

1. Stabiliser la population mondiale

2. Investir massivement dans les énergies renouvelables

3. Diminuer notre consommation ABSOLUE d’énergie

J’entends déjà le lecteur murmurer : « oui, mais la fusion nucléaire va nous sauver ». Oui bon, en attendant le miracle, jetez un coup d’œil aux prévisions de croissance de la demande mondiale d’énergie …

Et si les énergies fossiles nous permettaient de maintenir une croissance démographique artificielle?

Source :

M., Common, S., Stagl (2005). Ecological Economics. An introduction: cambridge university press , 560p.

Société résiliente : L’intriguant cas de Cuba

Un contexte économique difficile

« En 1959, Fidel Castro, a la tête d’une armée, renverse la dictature de Batista. Suite à une détérioration des liens entre Cuba et les États-Unis résultant de nationalisations dans l’île, ces derniers tentent une invasion en 61 puis imposent un embargo — toujours en vigueur — depuis 1962. Cuba se met alors sous la protection de l’empire soviétique, dont il tire un pétrole bon marché en échange de canne à sucre, ainsi que la plupart de ces biens de consommation.

Suite à l’effondrement de l’URSS, Cuba se retrouve sans marché exportateur, sans pétrole, et toujours soumis à un embargo de la part des États-Unis. Va alors s’ensuivre la « période spéciale » , (chute de 35% du PIB) pendant laquelle le pays va se réorganiser dans l’urgence. Il a fallu repenser l’agriculture qui utilisait des tracteurs et des pesticides sur des cultures d’exportation, pour une agriculture vivrière demandant plus de main d’œuvre. Il a fallu réorganiser les transports, en reconvertissant les poids lourds en transports publics, en réhabilitant le covoiturage et la bicyclette, … » (voir : Un pays montre l’exemple sur I+I= salade ? Disponible sur : http://madeinearth.wordpress.com/2009/04/24/un-pays-montre-lexemple/ )-

Des indicateurs de développements similaires à ceux des pays développés

En dépit de ce contexte historique difficile, il ressort du rapport « Prosperity without growth » de Tim Jackson (voir article précédent: le dilemme de la croissance) que Cuba est un pays tout à fait singulier. En règle, les économistes établissent une corrélation positive entre le niveau de richesses d’un pays et ses indicateurs de développement humain (voir figure 8 pour l’espérance de vie, figure 9 pour le taux de mortalité infantile, figure 10 pour le niveau d’éducation). Les figures 8, 9, 10 montrent une courbe aux rendements certes décroissants, mais la relation n’en demeure pas moins établie.

Pourtant, si on observe bien les nuages de points sur ces graphiques, on s’aperçoit que Cuba (le Chili également) déroge à cette impitoyable règle. Par exemple, la mortalité infantile y est de 6 morts pour mille naissances, une statistique identique à celle des Etats-Unis, le pays le plus riche de la planète (figure 9) : Cuba possède des statistiques identiques à celle des pays les plus développés alors que le revenu par habitant des cubains est de l’ordre de 7 fois inférieur à celui des américains !

Cuba, une économie soutenable

Un rapport du World Wildlife Fund (WWF) dressant (voir : WWF. (2006). Living Planet Report. Disponible sur :  http://assets.panda.org/downloads/living_planet_report.pdf ) la carte de la « soutenabilité » des différentes économies nationales du globe indique que seul Cuba posséderait une économie « soutenable » (voir p. 22). Selon l’indicateur utilisé dans ce rapport, une économie est soutenable à la double condition que (1) elle possède des indicateurs de développement humain supérieurs à la  moyenne de tous les pays et (2) que son emprunte écologique par habitant ne dépasse pas la capacité biologique moyenne de la terre par habitant. Certes, cette approche est critiquable et il conviendrait dans l’esprit d’une démarche scientifique rigoureuse d’examiner de près comment la capacité de résilience de la terre (écosystèmes, pollution, etc) est évaluée, mais par rapport à un indicateur comme le PIB, le progrès semble très net. L’important ici est de souligner que seul Cuba remplit cette double condition.

Cuba, une société plus résiliente que la moyenne ?

Le double constat factuel d’un contexte économique difficile, combiné au fait que ses indicateurs de développement humain sont similaires à ceux des pays occidentaux m’amène à poser cette hypothèse : la résilience de la société cubaine est supérieure à la moyenne. Par le terme résilience, j’entends “La capacité d’un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction.”(Walker. Voir : http://villesentransition.net/transition/pages/resilience/quest-ce_que_la_resilience )

Au vu des arguments développés dans cet article et mon article précédent, il y a certainement des leçons à tirer du modèle cubain. Le fait que Cuba ait dû se réorganiser dans un contexte de pénurie du pétrole est un point crucial dans la discussion.

Cuba, un exemple pour le monde ?

Rob Hopkins et l’étude de la résilience des systèmes

Pour ceux que çà intéresse –je consacrerai peut-être un article au sujet –, Rob Hopkins, le fondateur du mouvement pour la Transition, a étudié les facteurs clés qui permettent d’augmenter la résilience d’une société humaine (voir : http://villesentransition.net/transition/pages/resilience/les_trois_ingredients_dun_systeme_resilient ). Inutile de préciser que le cas cubain à inspiré ses recherches. Mais surtout, l’étude des écosystèmes peut nous fournir de précieuses informations à ce sujet.

Et c’est ainsi que la bio-économie est née…

Le dilemme de la croissance.

Les plus assidus ont certainement remarqué que Frappes Chirurgicales n’est pas un ensemble de réflexions éparses. Au contraire, on peut deviner une certaine continuité dans la réflexion. Actuellement, un sujet mobilise toute mon attention, je l’ai d’ailleurs déjà qualifié de « plus grand chantier de la pensée postmoderne » : notre économie peut-elle se passer de la croissance ?  

 Tim Jackson, professeur d’économie et président de la commission pour une économie soutenable financée par le gouvernement britannique a récemment écrit un rapport intitulé « Prosperity without growth. The transition to a sustainable economy » – La prospérité sans croissance. La transition vers une économie soutenable – sur ce sujet (voir :  http://www.sd-commission.org.uk/publications/downloads/prosperity_without_growth_report.pdf ). Je me propose ici d’en résumer l’enjeu principal.

 La fin de l’âge de l’irresponsablité

 Reprenons les faits voulez-vous. Ce début de siècle fait face à une crise sans précédent qui menace notre survie à long terme. Elle est la résultante d’un faisceau de facteurs interdépendants: la surpopulation, la destruction des écosystèmes, le changement climatique, la pénurie énergétique, les inégalités nord-sud.

 Ces facteurs combinés forment une nouvelle contrainte que notre système économique basé sur une croissance infinie induite par la consommation massive d’énergies fossiles et de matières premières est incapable de prendre en compte : la contrainte de la finitude. Les ressources naturelles ne sont pas extensibles, les écosystèmes ont une capacité de résistance limitée.  

 Comme l’écrit Jackson, durant le dernier quart du XXème siècle, l’économie globale a doublé de taille alors que 60% des écosystèmes ont été détruits. Les émissions de carbone ont augmenté de 40% par rapport à 1990, date de signature du Protocole de Kyoto. Compte tenu des prévisions démographiques, un monde de 9 milliards de personnes dans lequel chacun aspirait au niveau de prospérité de l’occident est tout simplement impossible. La taille de notre économie serait multipliée par le facteur 15  à l’horizon 2050 et 40  ( !) à la fin de ce siècle. En un mot, l’âge de l’irresponsabilité est  dernière nous.

 Les géologues situent le Pic Pétrolier, le point où l’offre de pétrole va plafonner à l’horizon 2010. Je vous propose de regarder cette petite vidéo de trois minutes afin que vous preniez la mesure de cette affirmation :  

 Si vous m’avez compris, vous devez ressentir le syndrome du stress post-pétrolier, c’est-à-dire ceci (à lire, j’insiste!):    http://villesentransition.net/transition/vision_positive/le_syndrome_du_stress_post-petrole    Sinon ? C’est que vous êtes toujours à côté de la plaque. Secouez vous. 

 La croissance : le problème

 Vous êtes avec moi ? Bien, au-delà des vertus cauchemardesques et  des conséquences imminentes de la fin de l’énergie bon marché, bien que les plus cyniques diront que c’est là l’élément déclencheur qui nous poussera activement à réinventer un modèle économique soutenable, se pose une question de fond : le problème n’est-il pas justement la croissance ?

 En effet, sans afficher un raisonnement simpliste, on peut dire que la crise, financière, écologique, énergétique, démographique, a été provoquée par un système tenu en équilibre par la croissance. Un peu comme une bicyclette,  si on arrête de pédaler, c’est la chute.

 Le rapport de Jackson explicite très clairement ce mécanisme connu de tous les économistes : l’économie de marché repose sur l’efficience technologique. Les acteurs sur un marché sont à la merci de la recherche de la rationalisation et l’innovation permanente pour assurer leur survie. Des améliorations continues de la technologie signifient que davantage peut être produit avec le même capital (humain et technique). Ces gains d’efficacité, en diminuant les coûts de l’entreprise, stimulent la demande, ce qui contribue à un cercle d’expansion vertueux de l’économie. Le problème c’est que moins de capital humain est nécessaire pour produire la même quantité de biens et que dès lors l’économie doit grandir assez vite pour que ces gains de productivité soient compensés. Si tel n’est pas le cas, l’augmentation de la productivité induit une hausse du chômage.

 Si l’économie ralentit pour une raison quelconque, c’est tendance continue à la hausse de la productivité va donc provoquer une hausse du chômage qui en retour va provoquer une baisse des salaires, donc diminuer les pouvoir d’achat des consommateurs. Cette baisse du pouvoir d’achat peut se traduire en perte de confiance des consommateurs qui va encore diminuer un peu plus la demande et enclencher un cercle négatif de contraction de l’économie.

 La récession va à son tour avoir un impact désastreux sur les finances publiques : les charges sociales dues à la hausse du chômage augmentent alors que les recettes (impôts) diminuent du fait du ralentissement de l’économie. L’Etat doit alors emprunter non-seulement pour maintenir son niveau de dépense mais aussi pour relancer la consommation. Au final, si l’économie ne « récupère » pas, elle s’enfonce dans une spirale négative qui peut mener un Etat à la faillite. 

 Comme l’indique Jackson, le point crucial ici est que la résilience, c’est-à-dire la résistance au changement d’un tel système, est faible. Lorsque l’économie se contracte, les mécanismes qui jadis contribuaient à son expansion se retournent contre elle et commencent à travailler dans le sens inverse.

 D’où ce constat péremptoire qui nous place aujourd’hui devant un fameux dilemme : dans une économie basée sur la croissance, la croissance est indispensable au fonctionnement du système. Il s’agit d’un paramètre fonctionnel encré dans la dynamique du système. Une économie capitaliste ne connaît pas l’état statique, elle est faite de cercles successifs d’expansions et de contractions. 

 Le dilemme de la croissance

A partir des deux points précédents on peut parler du « dilemme de la croissance :

 (1) d’un côté elle n’est pas soutenable car elle pressurise les écosystèmes et se goinfre insatiablement d’un stock de ressources limité. 

 (2) de l’autre elle est une condition nécessaire pour que le système ne s’enferme pas dans la spirale négative de la récession.

 Tout le défi aujourd’hui est de dépasser cette contradiction. Si j’en étais capable, je serais déjà prix Nobel. Je constate que Jackson semble plaider pour une économie stationnaire. A ce sujet, je me rappelle que le disciple du grand Georgescu Roegen, Herman Daly, s’est attiré les foudres de son maître pour avoir défendu l’hypothèse de la viabilité d’une économie stationnaire.

 Alors, demain la décroissance ? 

Oil Peak: the world after 9/11

« La vie a besoin d’illusions, c’est-à-dire de non-vérités tenues pour des vérités » (Friedrich Nietzsche)

« le pétrole c’est le sang noir du Diable » (proverbe saoudien)

Ce film développe explicitement la thèse (énoncée dans mon billet précédent) selon laquelle il existe un lien étroit entre l’imminence du Pic pétrolier (Oil Peak) et les attaques du 11 septembre : inspirées des vues exposées par le stratège Samuel Huntington dans son livre « The Clash of Civilizations », la guerre contre le terrorisme n’est qu’un prétexte pour renforcer le contrôle stratégique des Etat-Unis sur les ressources pétrolières et endiguer le déclin de l’Occident en le mobilisant contre un ennemi commun. Al Quaïda, Ben Laden ne sont que des outils de propagande, une devanture qui dissimule la politique énergétique prédatrice des Etats-Unis dans la région du Golfe persique et de la mer Caspienne.

Certains crieront à la théorie du complot. Et pourtant, seule cette version colle aux faits. La face du monde a profondément changé depuis les attentats du 11 septembre, il est temps que l’opinion publique en prenne la mesure et sorte de l’état de déni dans lequel on essaye de la confiner.

“Do not give them the benefit of the doubt, act now!”

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