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Pic pétrolier : traduction en mots d’un sentiment d’urgence.

 Lorsque j’évoque la question du pic pétrolier, dont je suis devenu, par la force des choses, un spécialiste, je me heurte à trois convictions biens ancrées dans l’imaginaire collectif qui tiennent du fantasme. Premièrement, l’idée que le problème est bien compris, « qu’on sait ». Deuxièmement, l’idée « qu’on trouvera bien une solution ». Troisièmement, l’idée que « l’urgence n’est pas là », que « nous avons le temps ». Ces trois croyances sont fausses, et donc dangereuses.

Comprendre l’enjeu du Pic dans toute sa dimension requiert une approche systémique et des connaissances transdisciplinaires, ce qui n’est pas l’apanage de notre système éducatif. Ce papier vise à exposer les trois points suivant : (1) la nature du problème, (2) son caractère insoluble au sens où on l’entend traditionnellement, (3) son caractère urgent.

Une compréhension systémique du problème :

Le raisonnement trouve son point d’ancrage in abstracto dans la théorie des systèmes et de la complexité. Un système est un ensemble constitué d’éléments en interaction. Par exemple, des atomes, des molécules, des organes, des êtres humains, des entreprises, des Etats, etc. Il est appelé complexe lorsque son évolution et son comportement ne peut être prédit à l’avance.

La physique nous apprend qu’un élément en mouvement a besoin d’énergie. Les éléments d’un système nécessitent de l’énergie pour être en interaction. On sait que tout organisme vivant, une plante, un animal, un humain, une économie, est un système qui se maintient en vie en puisant de l’énergie et de la matière dans son environnement, c’est un système thermodynamique ouvert. Sans cet afflux d’énergie, un organisme meurt, il tend vers ce qu’on appelle l’équilibre thermodynamique. L’afflux d’énergie dans le système doit être renouvelé en permanence car l’énergie se dégrade lorsqu’elle est utilisée.

On sait qu’un système peut croître en complexité si l’afflux d’énergie dans le système augmente. La complexité se mesure par trois facteurs : l’interconnectivité des composants du système, la vitesse de leurs interactions et leur interdépendance. Lorsque le système croit en complexité, il s’éloigne de l’équilibre thermodynamique, ce qui nécessite un afflux plus important d’énergie. En d’autres termes, le coût métabolique de maintenance du système augmente.

Enfin, on sait que lorsque le système croît en complexité il se transforme qualitativement. Ceci explique pourquoi, lorsque l’afflux d’énergie dans le système diminue, celui-ci s’effondre, plutôt que de se contracter pour revenir à l’état de complexité inférieur.

A présent, visualisons comment on peut appliquer ces concepts à l’économie. L’économie est un système thermodynamique ouvert. Elle puise de l’énergie et de la matière dans son environnement. Avec cette énergie, elle transforme de la matière pour en faire des biens de consommation et du capital productif. Au plus elle puise de l’énergie dans son environnement, au plus elle peut augmenter le nombre d’interactions entre ses composantes (les entreprises par exemple) ainsi que la diversité et le nombre des biens fabriqués. En d’autre termes, elle croît en complexité. Par exemple, de nouveaux métiers et marchés apparaissent.

Toute civilisation croît en complexité grâce au surplus d’énergie qu’elle puise dans son environnement. Toute civilisation complexe avant la nôtre (l’empire romain par exemple) a pu croître en complexité en extrayant un surplus énergétique à partir de l’exploitation agricole de la terre. Les plantes  produisent ce surplus. Elles captent les rayons solaires, un flux d’énergie, au travers du mécanisme de la photosynthèse. On les appelle les producteurs primaires car sans elles la vie sur Terre serait impossible. En effet, les herbivores se nourrissent des plantes et les carnivores se nourissent d’herbivores. Chacun d’eux est un système thermodynamique ouvert qui se maintien loin de l’équilibre thermodynamique (la mort) en extrayant le surplus énergétique nécessaire à sa survie dans son environnement. Les animaux sont des producteurs dits « secondaires ». 

Les hommes, producteurs secondaires,  ont appris a exploiter au mieux le revenu énergétique tiré de la terre. En domestiquant les plantes et des animaux, ils ont peu à peu réussi à maximiser le surplus alimentaire tiré de l’exploitation des terres. Ce surplus alimentaire a permis à notre espèce de se multiplier et de dégager des ressources pour permettre à une partie de la population de se consacrer à d’autres activités que l’extraction du surplus alimentaire. En accroissant leur degré de spécialisation et leur nombre, les hommes ont réussi à produire plus, l’économie des hommes s’est peu a peu éloignée de l’équilibre thermodynamique, elle a crû en complexité.

A mesure qu’une civilisation croît en complexité, les coûts de maintenance du système augmentent car, comme déjà précisé, la croissance a un coût métabolique. Dit autrement, il faut plus d’énergie pour croître, ce qui signifiait pour les civilisations avant la nôtre qu’il fallait soit augmenter le rendement thermodynamique des terres, avec la technologie ou en travaillant plus, soit mettre de nouvelles terres en jachère.

La civilisation industrielle est beaucoup plus complexe que la plus complexe des civilisations agricole, l’Empire romain. Au regard de la longue histoire humaine, c’est une anomalie. Son degré de complexité, la civilisation industrielle le doit à la découverte d’un subside énergétique et à la découverte de la façon de l’exploiter. Avec le moteur à vapeur et puis plus tard à explosion, les hommes ont trouvé le moyen d’exploiter les réserves d’hydrocarbures stockées dans la lithosphère. Le pétrole, le charbon et le gaz sont des ressources stocks que la nature a mis des milliards d’années à synthétiser. Ce stock est fini et non renouvelable car l’énergie se dégrade une fois qu’elle est utilisée pour produire du travail. Dit autrement, « les ressources fossiles, c’est du one shot ». Leur exploitation à donné aux hommes l’accès à une ère d’abondance sans précédent,l’âge de l’opulence énergétique.

Le surplus énergétique que nous procurent les ressources fossiles nous a permis de nous affranchir, pour la majeure partie d’entre nous, de la « contrainte » de l’exploitation directe de la terre, à laquelle notre survie fut, de tout temps, chevillée. La population humaine a été multipliée par 700 grâce à l’existence de ce surplus énergétique, une mesure de son succès biologique, mais qui est artificielle. L’exploitation des ressources fossiles a ouvert la voie de percées dans tous les domaines des sciences car nous avions les ressources nécessaires pour permettre à des gens d’étudier et puis de penser et d’expérimenter durant de longues années en vue de rendre intelligible le monde qui nous entoure. L’exploitation des ressources fossiles a permis à l’humanité d’effectuer de gigantesques percées technologiques en même temps qu’elle nous a donné cette illusion d’une toute puissance infinie. Le mythe prométhéen du Progrès infini est une affreuse méprise.

La société industrielle a pu croître à un rythme et un degré de complexité effrayant par comparaison aux autres civilisations. Cette croissance est le fait de l’exploitation à un rythme toujours plus accéléré d’un surplus d’énergie stocks. Le changement climatique, l’érosion des terres, la destruction des écosystèmes, sont la traduction de l’impact du pouvoir de transformation sur leur environnement que les hommes ont hérité de l’exploitation du stock d’hydrocarbure. Les hommes sont non seulement en train de dilapider leurs ressources les plus précieuses à un rythme effréné, mais en plus, la taille de l’économie des hommes par rapport à son environnement est devenu trop importante pour que celui-ci puisse se maintenir dans un état stable. C’est un problème car notre survie dépend de la qualité de l’eau que nous buvons, de l’air que nous respirons, des terres que nous exploitons, de la stabilité du climat.

A présent, j’espère que la nature du problème auquel nous faisons face apparaît clairement : à cause du pic pétrolier, l’afflux d’énergie dans le système thermo-industriel va diminuer, la civilisation industrielle va s’effondrer. Un effondrement au sens physique du terme signifie que le système change brutalement d’état qualitatif. Les coûts de maintenance du système étant trop élevés, le système doit se réorganiser pour réduire sa complexité.

Le caractère insoluble du problème

La masse des gens pense qu’une alternative au pétrole existe, c’est faux. D’une part, le pétrole possède des propriétés qualitatives inégalables : il est (était en fait) facilement extractible, liquide et donc facilement transportable, et il contient une énergie très concentrée. D’autre part, il intervient dans la fabrication de presque tous les objets du métabolisme industriel. Enfin, la mondialisation, qui n’est autre qu’une spécialisation des tâches à l’échelle du monde, est possible grâce au pétrole. Aucun substitut au pétrole n’existe. Vous pensez peut-être que cette affirmation est fausse, je vous invite à faire vos recherches. Il est probablement indispensable de préciser que la technologie n’est pas de l’énergie, elle permet éventuellement d’exploiter celle-ci plus efficacement, mais ce n’est pas de l’énergie.

L’histoire nous apprend qu’une transition énergétique prend plusieurs décennies. Nous ne sommes pas passés du bois au charbon et puis du charbon au pétrole en un claquement de doigt. Il faut que l’appareil de production se réorganise qualitativement pour devenir adaptif aux caractéristiques (stock vs flux, continu vs intermittent, rendement thermodynamique, coût, etc..) de la nouvelle source d’énergie utilisée. Le coût d’une transition est très important, et l’échelle (le monde) de cette transition donne le tournis. Mais surtout, pour être parfaitement honnête, parler de transition dans ce contexte est inapproprié puisqu’aucun substitut n’existe. En pareille circonstance, le changement ne peut être qu’adaptif ou maladaptif.

 Le fait qu’une solution traditionnelle au problème n’existe pas s’explique assez logiquement par la nature du problème. En fait, le Pic pétrolier n’est pas un « problème » au sens où il existerait une solution pour le résoudre. Un problème peut être résolu en accroissant le degré de complexité d’un système. La résolution d’un problème à un coût métabolique, cela requiert de l’énergie. Par exemple, les civilisations agricoles avaient des problèmes d’irrigation de leurs terres. Elles ont résolu ces problèmes en développant un système d’irrigation très performant. L’administration de ce système avait un coût métabolique puisqu’il fallait payer des fonctionnaires et des gens pour entretenir les canaux d’irrigation. Ici, c’est justement le contraire qui doit être fait : diminuer le degré de complexité du système de façon adaptive.

 En d’autres termes, le pic pétrolier signifie que l’afflux d’énergie dans le système va diminuer. Celui-ci va être forcé de se déplacer d’un état thermodynamique A vers un état thermodynamique B qualitativement différent. Au plus le système essaie de prolonger le statu quo, au plus la rapidité des changements sera violente et imprévisible. Il se pourrait même que le système s’effondre complètement si le choc PERMANENT (la production va diminuer continuellement) ne s’accompagne pas de changements adaptifs de TOUTES les composantes du système.

Nous avons aujourd’hui un système économique et des institutions, la démocratie représentative, le marché, le système financier, qui sont adaptifs à la croissance. Par exemple, le remboursement de la dette avec intérêts exige de la croissance.Le maintien des acquis sociaux de l’Etat-Providence exige de la croissance. Ces institutions vont essayer de maintenir le statu quo dont dépend leur survie le plus longtemps possible. Ceci est normal mais ne signifie en rien qu’elles ne devront pas pour autant s’adapter à la nouvelle réalité physique du monde ou disparaître. Ainsi, le système financier actuel basé sur la croissance exponentielle de la dette exige que l’activité économique croisse pour que la dette soit remboursée avec intérêts. Si la taille de l’économie se contracte physiquement, ces dettes ne pourront jamais être remboursées. Il faudra soit que le système financier implose (déflation) ou explose (hyperinflation). Le coût métabolique de la démocratie et de son armée de fonctionnaires sera trop grand, il faudra que l’Etat diminue de taille et décentralise ses niveaux de gouvernance ou alors ce sera la dictature. La dictature permet à court terme de réduire les coûts de transactions de la démocratie et donc de regagner une marge adaptive. A plus long terme, un régime dictatorial est très instable puisqu’il nourrit l’instabilité sociale du fait de son manque de légitimité. Les marchés devront être réencastrés dans le contexte social pour recréer de la confiance entre les gens, confiance indispensable au commerce.

Enfin, il est évident qu’une démographie galopante est un facteur aggravant. Un autre facteur aggravant est le fait que les élites essaient à tout prix de prolonger un statu quo intenable. L’analyse suggère qu’à long terme elles mettent leur survie en danger car le système ne peut survivre sans se réorganiser, c’est physiquement impossible. On ne négocie pas avec les Lois de la physique.

Le caractère urgent du problème

La production de pétrole stagne depuis 2004. Nous sommes sur un plateau de production. Ceci est dû à deux facteurs : premièrement, la destruction de la demande dûe à la récession économique qui frappe le monde. Deuxièmement, le fait que la production de pétrole conventionnel, environ 76millions de barils par jour sur un total de 86 millions, est en phase de déplétion à concurrence de 4 millions de barils par an. Il faut donc, chaque année, rien que pour maintenir le niveau de production constant, développer l’équivalent de 4 millions de baril par an de nouvelles capacités. Pour l’instant, la mise en production de pétrole non -conventionnel (sables bitumineux, off-shore, gas to liquid, coal to liquid, etc) parvient à compenser la déplétion des champs traditionnels, mais, sans entrer dans les détails, cette production finira aussi par plafonner. A ce moment là, nous entrerons en phase de déplétion. Il y aura, chaque année, de moins en moins de pétrole à consommer. Comme le monde ne peut importer du pétrole, la question de la répartition de ce surplus reste en suspend. Il faut s’attendre à des guerres de ressources, très probablement, et à un rationnement imposé par les gouvernements. En d’autres termes, une fois qu’on passera le point critique de la phase de déplétion, il est très improbable que le marché continue à allouer l’offre pétrolière via le mécanisme des prix, mais la question reste en suspend.

Il est impossible de faire un pronostic sur l’avenir bien qu’il est certain que nous entrons dans une phase qualifiée de « révolutionnaire », si on regarde les choses d’un point de vue social. Si on regarde les choses d’un point de vue physique, on peut dire que le système entre dans une phase chaotique prélude à sa réorganisation. Il évolue depuis deux siècles dans des bandes de fluctuation relativement stables. Les récessions ou les périodes de surchauffe que l’économie a connue depuis deux siècles n’ont pas entamé irréversiblement la capacité d’absorption des chocs par le système, ce qui l’aurait forcé à transformer qualitativement sa dynamique de fonctionnement. Le pic pétrolier va obliger le système à sortir des bandes de fluctuations dans lesquelles il peut survivre. Demain est un autre monde.

Voici ce que je pense : à court et moyen terme, nous allons assister à la fin de la croissance physique. Je ne parle pas ici de certaines zones du globe mais de l’économie globale. On devrait assister à une montée progressive du chômage due à la pression démographique et à une destruction de la dette (déflation dûe au deleveraging). L’inflation devrait rester relativement basse à court moyen terme, mais les gouvernements vont faire tourner la planche à billets pour refinancer leur dette et contrer la pression déflationniste exercée par la destruction d’activité. A long terme, nous aurons une hyperinflation lorsque l’économie commencera à se contracter physiquement à cause du fait qu’on entre en phase de déplétion. En effet, il y aura chaque année de moins en moins de biens produits par rapport aux liquidités en circulation.

Une fois entré en phase de déplétion, le système va s’effondrer. Ceci signifie que des métiers vont disparaître (déspécialisation), ce qui provoquera des mouvements migratoires. Nous assisterons également à des actes de violence, dont le nombre et la gravité sera fonction des caractéristiques socio-démographiques des populations. Une population ayant érigé la compétition et l’individualisme au rang de ses valeurs cardinales a beaucoup moins de chances de s’en tirer par le haut qu’une population mettant prioritairement l’accent sur le sens de la communauté et de la coopération.

La rapidité et l’ampleur de l’effondrement sont impossibles à évaluer puisque le rythme de déplétion est inconnu. Il est par exemple tout à fait envisageable qu’un pays sécurise militairement son approvisionnement au détriment d’autres pays. Dans ce cas, l’effondrement serait extrêmement brutal dans certaines zones là ou d’autres pays pourraient juste avoir à réorganiser leur appareil de production pour recommencer à produire des biens jadis importés. Ce faisant, ces pays parviendraient à relancer leur l’appareil productif et donc à surmonter les tensions sociales inhérentes à la destruction d’activité. Il est également possible que le monde se mette d’accord pour répartir de façon démocratique le surplus pétrolier. Dans ce cas, le scénario d’avenir serait tout à fait différent.

En maximisant le pourcentage de la population éduqué à la pensée systémique et à la problématique énergétique, on maximise la capacité adaptive d’une société puisque les gens ne peuvent prendre les bonnes décisions de façon décentralisée que s’ils ont les bonnes clés d’interprétation des faits. En l’absence d’une bonne compréhension de la nouvelle réalité économique, les gens préféreront voter pour l’ordre au sacrifice d’une partie de leur liberté. L’enjeu n’est pas trivial.

Transition énergétique: les défis qui nous attendent en images

Chers lecteurs,

le Post Carbon Institute, un think tank américain, vient de publier une vidéo sur son site qui résume de façon ludique, objective et concrète, les défis de la transition énergétique:

Surtout, n’hésitez pas à la poster sur votre profile Facebook avec un petit mot pour allécher les badauds. Malheureusement, elle est en anglais, j’espère qu’un internaute la traduira dans le délai le plus bref.

Un Joyeux noël à tous!

Prophétie Maya, fin du monde et effondrement de la civilisation: la réalité face aux Mythes

Assistons nous à la fin du Monde? Chacun se souvient de la funeste prévision du calendrier Maya qui prévoit un effondrement en 2012. L’idée d’un fin du Monde est aussi vieille…que le monde. Et pourtant, l’Histoire montre que les civilisations naissent, grandissent, stagnent et meurent. Jared Diamond  dans son livre « Collapse » (effondrement en français) et Joseph Tainter dans son livre « The Collapse of complex societies » s’intéressent à ces phénomènes historiques. Ils ont revisité l’histoire pour identifier des facteurs à l’origine du déclin des civilisations. Aujourd’hui, en ces temps incertains, ces deux auteurs bénéficient d’une assise importante.

Pour ma part, voici un moment que je cible mes lectures sur les rapports entre énergie-entropie-dette-croissance et monnaie. J’ai été amené a m’intéresser à des auteurs tels le britannique Frederick Soddy (1877-1956), prix Nobel de chimie en 1921, l’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950),  l’économiste-mathématicien roumain Nicholas Georgescu-Roegen (1904-1996) et l’économiste américain Herman Daly (1938- ). Il existe une filiation évidente entre ces quatre auteurs. Aujourd’hui, le physicien Reiner Kümmel et le physicien-économiste Robert Ayres peuvent être considéré comme les deux grands héritiers de l’héritage intellectuel de ces quatre auteurs.

En substance, que nous disent-ils?

Premièrement, on peut affirmer que leur pensée à posé les jalons d’un nouveau paradigme en sciences économique: la bioéconomie ou l’économie écologique. Le consensus de ces auteurs est que la sciences économique, la science des choix en situation de rareté, doit être fondée sur la théorie scientifique. Historiquement, les sciences exactes ont connu trois Révolution: Newton, Darwin et Carnot. Newton introduit la mécanique classique. Sans aller dans les détails, cette branche de la physique permet de calculer et de prédire à tout instant « t » la position dans l’espace d’un objet, son accélération, et le temps requis pour qu’il touche le sol. Darwin introduit l’évolutionnisme et la notion de spéciation. Enfin, Carnot introduit la thermodynamique et ses phénomènes irréversibles. La thermodynamique est la science de la transformation des flux d’énergie et des stocks de matière.

La science économique, dans sa tentative de devenir une science prédictive, fut fondée sur le paradigme de la physique mécanique, elle n’a jamais connu de « révolution paradigmique » depuis. Or, tous les phénomènes économiques s’apparentent bien d’avantage à des phénomènes thermodynamiques que mécaniques. L’objectif du processus économique est de transformer un stock de matières premières pour le rendre valorisable au yeux des consommateurs ( valeur évaluée subjectivement par celui-ci). Tous les êtres vivants obéissent aux lois de la thermodynamique. Ils « avalent » de l’énergie (sous forme de nourriture) pour fonctionner  et rejettent des déchets (des excréments) en fin de processus. De même,  l’économie s’apparente à un être vivant, un métabolisme qui transforme de la matière et rejette des déchets dans l’environnement en fin de processus.

Quelles sont les implications révolutionnaires de cette nouvelle conception de l’économie, et en quoi peut-elle nous apporter un éclairage scientifique par rapport au phénomène d’effondrement des sociétés au terme d’un long processus de maturation?

La thermodynamique est une science complexe, mais chacun à déjà entendu l’expression des ses deux lois. La première loi, appelée loi de conservation, indique que « rien ne se crée, rien ne se perd ». En d’autres termes, le stock d’énergie-matière contenu dans l’univers est constant. La seconde loi, née du mémoire du polytechnicien français Sadi Carnot en 1824, nous apprend que « tout se transforme ». Donc, si on combine les deux lois, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

La première loi ne remet pas en cause les principes de la mécanique, mais la seconde loi les complètent. La seconde loi introduit la notion d’entropie, toujours mal comprise et controversée.

Lorsque de l’énergie est convertie en travail mécanique pour faire fonctionner une machine, une partie de cette énergie est dissipée en chaleur. Ce processus est irréversible. La loi de l’entropie est une mesure du désordre physique. Elle nous apprend qu’à chaque transformation physique, le désordre dans le système augmente. Tous les organismes vivants luttent contre le désordre en absorbant de la matière-énergie de basse entropie. Ceci leur permet de lutter contre le désordre mais se fait au prix de l’augmentation du désordre dans le système dans lequel ils évoluent, c’est-à-dire l’univers. Le rendement marginal de cette lutte contre le désordre est décroissant puisqu’un jour chaque être vivant meure. Un homme naît, grandi, vieilli et meure.

La Terre est un système thermodynamique fermé, ce qui signifie qu’elle échange de l’énergie (la lumière solaire) avec l’univers. L’économie peut-être modélisée comme un sous-système du « Système Terre ». En clair, l’économie se développe physiquement dans l’environnent de la Terre, elle est prisonnière du ‘Vaisseau Terre ». Elle est ce qu’on appelle un système thermodynamique ouvert. Il s’agit d’un système qui échange de l’énergie et de la matière avec l’environnent. En clair, les hommes puisent de la matière-énergie dans leur environnement pour la transformer au cœur du processus économique. Une fois le bien usagé, il est rejeté dans l’environnement. Il existe donc bien des échanges de matière-énergie entre l’économie et l’environnement.

A mesure qu’une civilisation croît, elle devient dépendante d’un flux d’énergie de plus en plus important. Une augmentation du flux entropique qui la traverse signifie que davantage de molécules sont en mouvement au cœur du système. Dès lors, comme pour un organisme vivant, sa longévité dépend de l’efficacité avec laquelle elle lutte contre l’augmentation de cette  complexité, contre l’entropie.

La société est obligée d’innover dans tous les domaines pour gérer cette complexité sans quoi elle finit par s’écrouler progressivement sur elle même. Elle a recours à l’innovation technique (technologies), sociales (structures socio-institutionnelles), juridique (nouvelles normes). Si son taux d’innovation est décroissant elle doit consacrer une part toujours plus importante de ces ressources pour gérer sa complexité, et donc elle finit par stagner puis par s’effondrer. Des études sérieuses du physiciens Ayres montrent que le progrès technologique possède un rendement marginal décroissant. Par exemple, nous pensions il y a 20 ans qu’au début du siècle les voitures voleraient, on en est loin.

C’est là un premier élément de réponse à la question posée. Voici un second élément: à mesure qu’une société augmente sa complexité, et donc croît, se développe, elle augmente sa dépendance au flux énergétique qui permet de la « maintenir en vie ». Aujourd’hui, 85% de l’énergie primaire (i.e. découverte à l’état naturel dans la nature, sans transformation de l’homme) qui alimente notre économie, est issue de l’exploitation des fossiles (gaz, charbon, pétrole). Cette énergie est non-renouvelable et rejette massivement du CO2 dans l’atmosphère, ce qui est doublement problématique à long terme.  A court terme, l’économie est confrontée au problème des rendements marginaux décroissants des sources d’énergie exploitée d’une part, et de la technologie dont elle dépend pour assurer l’accès à sa nourriture vitale d’autre part. La prospective énergétique s’apparente au principe de la cueillette des fruits d’un arbre fruitier. On commence par récolter les fruits facilement accessible et puis on doit progressivement utiliser une échelle et faire des acrobatie toujours plus périlleuses pour accéder à l’énergie vitale contenue dans les pommes.

La recherche de pétrole suit les même principe. Depuis 1970, nous découvrons chaque année moins d’énergie que nous en consommons (3 barils consommés pour 1 découvert) alors que la demande agrégée d’énergie de toutes les économies du monde ne cesse de croître. Historiquement, nous sommes passés du bois, au charbon, au pétrole, au gaz et enfin, au nucléaire. Certaines de ses énergies sont plus compétitives que d’autres, ce qui explique pourquoi elles ont pris le devant de la scène. Reste que le pétrole possède toutes caractéristiques d’une énergie « parfaite »: il présente le triple avantage d’être liquide, facilement extractible, et de posséder un rendement thermodynamique intéressant.

Aujourd’hui, le retour net sur l’énergie investie, c’est-à-dire la quantité d’énergie investie pour extraire une quantité standard d’énergie (un baril de pétrole par exemple), ne cesse de diminuer. Ceci signifie que dans le contexte de hausse de la demande induite par l’industrialisation des pays « émergeants » (Chine, Inde, Brésil), le « système monde » doit consacrer une part toujours plus importante de ses ressources pour maintenir le flux entropique qui le traverse.

Si l’offre énergétique plafonne et que la part de richesse consacrée à la découverte, l’extraction, et l’acheminement de cette énergie est supérieure à la progression du taux d’efficacité avec laquelle la matière-énergie est utilisée pour produire des biens et services, l’économie est condamnée à se contracter progressivement.

Cette contraction produit du chômage, chômage qui se traduit par une hausse des prestations sociales et in fine , par un accroissement de l’endettement public. Le problème est qu’une dette est l’anticipation d’un droit sur une production physique future. Un individu s’endette, une société s’endette, un Etat s’endette, car il pense que ses revenus futurs lui permettront de rembourser le capital emprunté avec intérêt. Ceci suppose donc, dans le monde matériel, une croissance de la production physique des biens et services. Si la dette augmente plus vite que la croissance réelle de la production matérielle, elle constitue une véritable pyramide de Ponzi, condamnée a s’écrouler le jour où la production se contracte. Concrètement, ceci doit se traduire par une explosion du système financier (hyperinflation) ou par son implosion (déflation).

Des auteurs jouent les Cassandre, disant que l’économie mondiale a atteint ce point critique de non retour. Leur argument est que nous aurions  atteint le Pic pétrolier (« Peak oil » en anglais) en juin 2008, lorsque le prix du baril a culminé à 147$ le baril. Je ne développerai pas cette théorie dans le cadre de cette contribution mais ce qui est certain c’est que si l’offre d’énergie venait à plafonner, l’économie ne peut que se contracter à moins que le degré d’efficacité avec lequel nous transformons de l’énergie en bien et services (« Progrès thermodynamique » ou intensité énergétique) augmente plus vite que la hausse du prix de l’énergie. De telle sorte, les ressources supplémentaires devant être consacrées à l’extraction de l’énergie sont compensées par une faculté à produire autant (auquel cas l’économie stagne) ou PLUS (auquel cas l’économie peut continuer à croître avec les ressources non consacrées à cette extraction. Dans le cas contraire, je le répète, l’économie ne peut que se contracter progressivement. On peut alors commencer à parler d’effondrement.

Tout porte à croire que nous sommes entré avec la crise de 2007 dans l’ère de l’énergie chère. Il est IMPERATIF que nos sociétés réévaluent leur rapport à l’énergie et amorcent une descente énergétique. Dans cette optique, la relocalisation de la production, la promotion des transports en commun, l’isolation des bâtiments sont des priorités. La taxe carbone est le meilleur moyen de réorienter l’économie et les choix des consommateurs vers la « sobriété énergétique ».

A long terme, Pic pétrolier ou pas, le risque d’effondrement est bien réel car la contrainte climatique s’imposera à nous. L’Agence Internationale de l’Energie nous donne 5 ans pour agir afin de rester dans la zone d’une augmentation maximale de 2°C, considérée comme sûre par les scientifiques (en réalité, ce débat est très compliqué tant l’incertitude est patente). Donc, si nous souhaitons surfer entre les contraintes du Pic pétrolier, d’un effondrement du système financier et du changement climatique (qui n’est, soi dit en passant, que la partie émergée de l’Iceberg), il faut agir MAINTENANT.

Bienvenue dans le meilleur des mondes!

Crise de la dette souveraine : la Seconde Grande Dépression ?

Je passe de longues heures au cœur de l’actualité politique et économique, faisons le point. La tourmente de la crise financière se fait chaque jour un peu plus oppressante. Et lorsqu’on aborde la question sous l’angle des solutions à long terme, difficile de rester optimiste. Je dispose de peu de temps donc j’irai droit au but.

La Grèce va mal, très mal, la restructuration ou le défaut sont inéluctables. Des financiers pensent que l’Europe pourrait la laisser tomber, « pour faire un exemple ». Le rachat par la BCE de titres pourris dont les banques regorgent initie peut-être la manœuvre. D’autres parlent d’ « eurobonds » comme d’une fin inéluctable, ou encore de transferts fiscaux massifs intra-européens, ce qui passe par une recapitalisation du fond de stabilité afin d’assurer une solidarité européenne qui aujourd’hui fait  défaut.

Et de fait, les économistes ont dès la création de l’Union monétaire mis en garde du fait que celle-ci étant une zone hétérogène (mobilité du travail faible), qu’elle serait  exposée à des chocs asymétriques préludes à son éclatement. La prétendue autodiscipline du Pacte de compétitivité, mécanisme inachevé supposé suffisant pour permettre une convergence des économies européennes, a failli. A présent, il nous faudrait passer à la vitesse supérieure, et créer une solidarité inconditionnelle entre les Etats, ce qui suggère un fédéralisme budgétaire, et donc, la mise sous tutelle européenne des finances publiques des Etats. La mutualisation des dettes est probablement inévitable si on souhaite éviter l’éclatement de la zone euro. En même temps, celle-ci signifierait un pas supplémentaire vers  l’intégration sans précédent. Les difficultés politiques sont nombreuses, l’adhésion de l’Allemagne à cette idée sera difficile bien qu’on puisse supposer que « les allemands finiront par faire ce qu’on attend d’eux ».

Reste qu’une intégration plus poussée vers un fédéralisme budgétaire ne serait probablement que le début de la sortie de crise. En effet, « mutualisation » des dettes ne signifie en rien « disparition ». L’endettement des Etats européen est colossal et, bien qu’une mutualisation des dettes permettrait d’apaiser les marchés en faisant baisser les taux, rien n’indique que ce niveau d’endettement soit soutenable. Dans un contexte de croissance morose, le pire est à craindre, et l’austérité ne ferait que renforcer la spirale « dépressioniste ».

L’impasse est de taille, il reste une option, en théorie contraire à l’esprit du traité européen, mais qui se vérifie déjà en pratique : la planche à billet. La BCE pourrait inonder le marché de liquidités pour faire fondre la dette en produisant de l’inflation et relancer la croissance via la consommation. Dans les faits, on constate que l’expansion de la masse monétaire via la courroie de transmission qu’est le crédit ne fonctionne pas car les ménages épargnent massivement au lieu de consommer ; la fameuse trappe de liquidités évoquée par Keynes. En fait, on pourrait arguer que ce comportement est rationnel, les agents économiques anticipent une hausse future des taxes pour payer la charge de la dette souveraine, conformément aux prévisions de Ricardo.

A ce sujet, pensons que l’argent épargné sur les comptes d’épargne n’est pas en sécurité car si le marché interbancaire se grippe une nouvelle fois, ce qui est en passe de se réaliser, ce nouveau « credit crunch » venant confirmer le spectre du « double dip » provoquera des faillites en cascade des banques. Dans ce cas, les épargnants perdront leur épargne, le niveau de garantie théorique de 100 000 euros de l’Etat belge ne pouvant être honoré par celui-ci, également insolvable.

Donc, le spectre d’une apocalypse est bien réel. La situation grecque peut mettre le feu aux poudres mais les situations italiennes, espagnoles, portugaises, ne sont pas beaucoup plus rassurantes. Oui, c’est grave docteur !

Qu’elle alternative subsiste t-il ?

Une d’entre elle est évidente est conduirait nécessairement à un appauvrissement massif de tous (bien que permettant d’éviter le pire) : une restructuration simultanée et coordonnée des dettes souveraines.

Je pensais à une autre solution, très keynésienne : la relance via l’investissement public. Problème : les Etats sont massivement endettés. Dans ce cas, il faudrait réformer le traité européen pour rendre le pouvoir de création monétaire aux Etats, leur donner la possibilité de se financer directement et gratuitement à la BCE. Cet argent servirait uniquement à lancer de grands chantiers d’investissements en vue d’une transition vers une économie soutenable : modernisation du réseau de transports publics, investissements massifs dans les énergies renouvelables, isolation des bâtiments, etc. Idéalement, ces investissements devraient être planifiés de façon démocratique et décentralisée et faire l’objet de marchés publics. Le risque inflationniste serait sous strict contrôle de la BCE : l’argent créé représenterait la valeur des infrastructures et permettrait, sous la forme d’un retour via la taxation, d’amortir la dette souveraine. Cette idée est belle en théorie mais en pratique on assisterait probablement à une hausse vertigineuse du coût des matières premières conduisant à un emballement de l’inflation. Lorsque ce n’est pas l’économie financière qui pose problème, c’est l’économie réelle.

J’ai bien peur que la Seconde Grande Dépression ne s’annonce, conséquence d’un financement de la croissance à crédit depuis (20 ?) ans. La bonne nouvelle c’est que nous serons peut-être amené à nous poser la question de la viabilité (et la finalité) d’un modèle de développement basé sur une croissance infinie…vu les termes du débat public actuel, le chemin est encore éminemment long.

J’aurais tant à écrire, mais, malheureusement, le temps me manque.

Pic pétrolier, pic de la dette et hyperinflation: petit résumé

Preuve s’il en est une que Frappes Chirurgicales est à la pointe sur ce sujet, Dan O’ Brian a posté aujourd’hui une vidéo qui explique magistralement les causes et les conséquences du double Pic de la dette et du pétrole. Difficile à mon sens de faire mieux, mais l’information contenue dans la vidéo est extrêmement condensée et exige beaucoup de prérequis en économie. La bonne nouvelle, c’est que vous avez toutes les cartes en main pour comprendre cette vidéo si vous me lisez régulièrement (sic!)…et si vous maitrisez l’accent irlandais. J’attends vos commentaires!

STEADY STATE 3 : limiter les inégalités

A) Limiter les inégalités, pourquoi ?

1. Une distribution équitable des richesses comme substitut à la croissance

Ricardo et le profit comme moteur de l’expansionnisme économique

 La réduction des inégalités sociales est une pierre angulaire de l’économie stationnaire, une condition absolue pour que ce modèle économique soit viable. Henry Wallich (1914-1988), économiste et banquier central américain de renom a dit « que la croissance est un substitut à l’égalité des revenus. Aussi longtemps qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir, ce qui rend les différentiels salariaux tolérables ».

S’il est une vérité dérangeante, c’est celle que le capitalisme avec pour moteur le profit, débouche sur une concentration toujours plus grande de la richesse dans les mains du capital (voir graphe 1; source: rapport « Enough is enough: ideas for a sustainable economy in a world of finite resources« ).

Geneviève Azam explique très bien la mécanique de ce processus d’accumulation dans son livre « le temps du monde fini, vers l’après-capitalisme » (2010 ; p21) :

David Ricardo, influencé par Thomas Malthus, anticipait l’état d’un état stationnaire, d’un suspens de l’histoire, du fait de la rareté des ressources naturelles conjuguée avec la croissance de la population. En raisonnant à partir de la situation en Angleterre, il montrait que la pression de l’augmentation de la population exigerait la culture de terres de moins en moins fertiles et engendrerait de ce fait une hausse des coûts de production et celle corrélative des prix agricoles et alimentaires. Or, les céréales étant la base de la consommation ouvrière, l’augmentation des prix alimentaires, tout en enrichissant les propriétaires fonciers, se traduirait par une augmentation des salaires et une baisse inéluctable des profits, conduisant finalement à un blocage de l’expansion économique. Pour retarder la venue de cet état stationnaire, Ricardo a préconisé le libre-échange qui fut adopté par l’Angleterre de manière à permettre les importations massives de céréales et la baisse des prix agricoles. Le profit ainsi restauré pouvait alimenter le processus d’accumulation. Le libre échange fut ainsi la réponse donnée à la limite des ressources en un lieu, limite qui pourrait être compensée par des échanges avec un ailleurs à conquérir par le commerce.

 Le libre échange a repoussé l’illusion d’un monde infini en permettant de nourrir le processus expansionniste qui semble être la condition de survie du capitalisme. Cette idée était d’autant plus séduisante que Ricardo avance que dans le commerce international il n’y a pas de perdants : le libre-échange enrichirait pacifiquement chaque pays, c’est la doctrine du doux commerce si chère à Montesquieu. En pratique, on voit que c’est loin d’être le cas, ce qui n’est pas une surprise si on comprend bien la dynamique prédatrice qui sous tend le processus d’expansionnisme du capitalisme –l’expansionnisme économique suppose un impérialisme économique qui débouche sur l’exploitation et l’asservissement d’autres peuples. Ce débat est très intéressant, mais ce n’est pas l’objet de cet article. Ici, ce qui compte, c’est que dans une économie stationnaire, il y a une limite supérieure à l’utilisation des ressources. Dès lors, on ne peut compter sur une croissance infinie pour éluder le problème de la répartition des richesses. Ceci est vrai dès lors qu’on admet qu’il n’a pas de découplage entre la croissance de l’économie et son impact matériel (il faut toujours plus de ressources pour continuer à croître), hypothèse largement confirmée par Tim Jackson, pour ne citer que lui. Dans ce cas, une plus grande égalité dans la distribution des revenus est un substitut à la croissance.

Progrès technologique et croissance qualitative

Toutefois, soyons honnête, mais aussi optimiste, il ne faut pas occulter le troisième paramètre de l’équation IPAT (voir mon article précédent : « STEADY STATE 2 : limiter la population ») : le progrès technologique. Partant du principe que la population serait stabilisée, et que l’input de matière première serait stabilisé, la technologie permettrait de restaurer une croissance. En effet, avec cette double limite supérieure, la production serait contrainte d’augmenter son éco-efficacité en permanence pour dégager de nouveau surplus. Surplus qui seraient réinvestis dans une forme de croissance qui n’augmenterait pas l’impact environnemental de l’économie. En effet, si vous disposez de 100 watt d’énergie pour votre activité économique et que vous arrivez à en économiser 10 suite à des innovations technologiques développées à partir d’un stock identique de ressources, vous pouvez réinvestir ce surplus dans une activité qui par définition ne pourra consommer davantage de ressources puisque l’input de matière serait limité. En d’autres termes, il s’agirait de faire plus avec autant, de passer d’une conception quantitative de la croissance à une conception qualitative, ce qui matérialiserait un équilibre dynamique.

Ce raisonnement est séduisant mais la réalité est plus compliqués. D’un point de vue physique, la thermodynamique nous enseigne que « faire plus avec autant » est une équation impossible : on ne créée pas de la matière ni de l’énergie. Dès lors, il est crucial de se poser cette question : comment font les écosystèmes, des systèmes complexes dynamiques,  pour se développer ? La réponse est simple : ils captent l’énergie solaire à travers la photosynthèse. Voilà la solution, la seule qui ne confine pas la théorie biomimétique de l’équilibre dynamique au rang de théorème impossible. Mais ne nous trompons pas : une croissance qualitative ne signifie pas une augmentation du stock de capital. Non, celui-ci est maintenu constant, c’est le principe d’une économie stationnaire. Simplement, son utilisation est dynamique : la production est réorganisée en permanence en fonction des préférences et de l’évolution des possibilités technologiques. Ceci implique bien sûr de disposer d’un flux infini d’énergie (à l’échelle de l’humanité) que seul le soleil peut nous fournir. Le « cradle to cradle », le modèle 100% de recyclage, n’est possible qu’à cette condition (bien qu’en réalité il y ait toujours une dégradation entropique de la matière).

2. Les bénéfices d’une société plus égalitaire

La rapport de la première conférence sur l’économie stationnaire (p.58) mentionne des bénéfices d’une distribution plus équitables des revenus et des richesses. Ils citent le livre de Wilkinson et Pickett, « The Spirit Level » qui en liste quelques uns :

  •       Meilleure santé et espérance de vie plus longue
  •       Moins de problèmes de dépendances (drogues, alcool,etc)
  •       Moins de violence et un sentiment d’insécurité moins patent
  •       Taux de fécondité des adolescents moins élevé
  •       Les enfants ont un meilleur niveau de bien être
  •       Moins d’obésité
  •       Moins de maladies psychologiques (dépressions…)
  •       Plus de mobilité sociale

Et puis, le graphe 2 ci-dessous parle de lui-même, right ( source: source: rapport « Enough is enough: ideas for a sustainable economy in a world of finite resources« )?

Sans oublier que les sociétés inégalitaires exacerbent la compétition pour acquérir un statut social. Une compétition qui débouche sur une augmentation de la consommation et qui donc amplifie un  davantage le problème environnemental. Un enjeu majeur de l’économie stationnaire est d’orienter les comportements de compétition vers des comportements de coopération.

Enfin, un argument classique pour justifier les inégalités est que celles-ci favorisent les innovations. Cet argument est largement infirmé par le graphe 3 ci-dessous (source: rapport « Enough is enough: ideas for a sustainable economy in a world of finite resources« ). En réalité, les sociétés les plus créatives sont aussi les plus égalitaires.

B) Limiter les inégalités, comment ?

Plusieurs solutions sont envisagées :

  1. une redistribution de la richesse par la taxation (cf. la Suède). Une écofiscalité (e.g. taxation de la pollution) pourrait fournir la manne de redistribution.
  2. l’imposition de plafonds inférieurs et supérieurs aux revenus (cf. le Japon)
  3. L’encouragement de la démocratie d’entreprises. En particulier, les coopératives recèlent un potentiel important pour organiser la production de façon démocratique. Dans les formes capitalistes d’entreprises, la responsabilité sociale et environnementale des actionnaires devrait être développée.
  4. introduire un revenu citoyen minimum de base inconditionnel. Cette mesure est plus connue sous le nom « d’allocation universelle » est a fait (et fait toujours) l’objet de nombreux débats et recherches académiques. Il faudrait un article pour développer cette proposition, mais précisons ici que ce revenus minimum remplacerait les bénéfices directs versés actuellement par l’Etat (allocations de chômage et familiales, etc).
  5. Promouvoir des mécanismes alternatifs de récompense des bonnes performances en entreprises (plus de congés ? ).

Crise de la dette souveraine : l’Occident au bord de la faillite ?

Le souverain au bord du gouffre :

« Comment réagirait un investisseur privé à qui l’on demanderait d’investir dans une entreprise dont la dette représenterait plus de cinq années du chiffre d’affaires, dont les pertes annuelles seraient supérieures à la moitié du chiffre d’affaire, et dont les emprunts annuels dépasseraient le chiffre d’affaire ? Il fuirait. Telles sont pourtant les caractéristiques de la France d’aujourd’hui ».

Ce passage fracassant tiré du livre de Jacques Attali « Tous Ruiné dans dix ans. Dette publique: dernière chance » (ed. Fayard, p. 169, 2010) illustre bien le péril qui menace l’Occident : la faillite. Loin d’être un cas à part, la situation française illustre bien l’acuité de la crise de la dette souveraine récemment accélérée par le sauvetage des banques suite à la crise financière des crédits subprimes.

Quelques statistiques « choc » tirées de ce livre illustreront ce propos :

–          En 2010, le ratio de la dette publique des pays développés par rapport à leur PIB est en moyenne de 80% pour les pays les plus riches du G20, alors qu’il n’est que de 40% pour les pays émergents membres du même club (p.139) ;

–          En 2010, la dette publique américaine atteint 11 trillions de dollars, soit 54% du PIB et 674% des revenus fiscaux ; Les emprunts annuels représenteront 248% des revenus fiscaux ; le Trésor américain doit refinancer chaque année plus de la moitié de sa dette ; il le fait pour moitié avec des capitaux venus de l’étranger, dont la moitié en provenance du Japon et de la Chine. En 2009, les intérêts sur les bons du Trésor américain représentaient déjà 34% de la charge de la dette, avec un taux d’intérêt moyen de 3,3% (p.109)

–          La dette publique européenne représente 80% du PIB ; Grande Bretagne : 100% ; Grèce : 135% dont les deux tiers à l’étranger ; France : 83%, 535% des revenus fiscaux, les emprunts annuels représentent 137% des revenus fiscaux (p.109-10).

–          En moins de deux ans, -situation inédite- de 2009 à 2010, la dette publique en Europe a augmenté de 14,5 points de PIB. En Grande-Bretagne et Irlande la dette a augmenté de 30 points (p.105).

Entre les marchés et le souverain, autant dire que c’est à celui qui dégainera le premier. Pour l’instant, la dette publique est supportable du fait de l’effondrement des taux d’intérêt mais cette situation n’est que provisoire : les créancier exigeront un rendement supérieur dès que les premières difficultés à rembourser la dette souveraine se manifesteront. Dès lors, la tentation d’un recours à la planche à billets, on le voit avec la décision de la réserve fédérale américaine (Fed) de racheter des bons du Trésor américain pour 600 milliards de dollars, est réelle, de même que la risque d’un retour à l’inflation ; la guerre des monnaies a commencé. Mais surtout, quelle étrange situation que celle où les « pauvres » financent les riches : entre la Chine et l’Amérique, c’est « l’équilibre de la terreur ».

A la lecture de ces événements, difficile de ne pas penser que nous sommes aujourd’hui à la veille d’un nouveau retour de l’Histoire. On peut craindre un moratoire sur la dette comme l’indique Jacques Attali (la Grèce par exemple) qui se traduira par d’immenses pertes des banques ayant souscrits aux émissions du Trésor de ces pays (p. 111). Des pertes qui en dernier recours se répercuteront sur les créanciers de base, soit, les consommateurs. Tout alors devient possible, y compris le pire.

Le scénario du pire

Dans son livre, Jacques Attali décris avec un réalisme saisissant ce qui attend le monde si l’Occident ne parvient pas à rétablir la santé de ses comptes : la ruine de tous. En effet, la mondialisation de la finance a renforcé l’interdépendance des économies du globe ce qui accroit le potentiel de dégâts d’un risque systémique ainsi que l’imprévisibilité de ce type de risque. Jacques Attali imagine un « scénario du pire » en quatre étapes :

1)      Le surendettement souverain s’alourdit sous l’effet combiné des plans de relance, de la baisse des recettes fiscales, de l’allongement de la durée de vie couplée à une baisse de natalité et au vieillissement de la population (hausse des dépenses de soins de santé et des pensions ; cette thématique fera l’objet de mon prochain article) ; Par exemple, la dette publique du Japon devrait passer de 204% à 245% du PIB en 2014 et à 300% en 2020 (p.140).

2)      L’euro fait faillite et l’économie s’enfonce dans la dépression mondiale ;

3)      Faillite du dollar et retour de l’inflation mondiale ;

4)      Dépression et effondrement de l’Asie.

Mais d’autres scénarios sont possibles, par exemple le cas où les pays émergents décideraient de couper le robinet de crédit : les taux augmenteraient ce qui accroitrait le risque de défaut, un risque qui aurait très vite des répercussions systémiques…

Dans la fin de son essai, Jacques Attali envisage les réformes à implémenter pour trouver une solution « par le haut » au problème de la dette souveraine. Dans l’ensemble, il préconise des ajustements structurels drastiques (difficile de ne pas y voir la marque de son passage comme président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) au début des années 90) : (1) des coupes dans les « mauvaises dépenses » qui génèrent la « mauvaise dette » i.e. qui ne génèrent pas de la croissance (doubles emplois et gaspillage dans la fonction publique) ; (2) une augmentation des impôts (TVA, suppression des niches fiscales, tranche d’impôt sur les revenus supplémentaire,etc) ; (3) des investissements dans des actifs générateurs de croissance à long terme (enseignement, énergies renouvelables, …).

La partie immergée de l’Iceberg

Personnellement, je retiens deux éléments de la lecture de ce bouquin : (1) l’histoire de la dette souveraine est jalonnée de cas de défaut du souverain (la France a déjà fait défaut à six reprises ; p.169), une situation coïncidant avec le point d’inflexion dans les rapports de force entre le créancier et son débiteur –la montée de la Chine pour être concret ou le remplacement du « Consensus de Washington » par celui de Pékin –; (2) même s’il n’existe pas de théorie économique de la dette optimale – des Etats font défaut avec une dette de 20% là ou d’autres se portent (relativement) bien avec une dette de 250% du PIB (Japon) –, la situation présente laisse à penser que la probabilité d’un défaut de l’Occident est réelle.

Les plans d’austérité fleurissent un peu partout en Europe (Espagne, Grande-Bretagne, Portugal, Grèce,…), ce qui confirme la pertinence des propos de Jacques Attali.Néanmoins, ce serait trop simple d’arrêter la réflexion ici. Il mentionne à deux reprises dans son livre qu’il faut à tout prix éviter de céder à l’illusion de la décroissance et de poursuivre: « A terme comme par le passé, la seule vraie solution au problème de la dette sera la croissance des richesses. Elle devra être durable, c’est-à-dire ne pas créer de nouvelles créances sur l’environnement » (p.221). Ce passage trahit un raisonnement linéaire :

(1)    La croissance dans son acceptation normative actuelle, c’est-à-dire l’augmentation du PIB, a toujours  été synonyme d’une dégradation accrue de l’environnement. A ce jour, il n’existe aucune preuve empirique d’un découplage entre la croissance du PIB et son impact sur l’environnement. Que du contraire, les émissions de C02 ont augmenté de 40% par rapport à 1990, date de signature du protocole de Kyoto (voir Rapport « Prosperity without Growth » de Tim Jackson (2009)). A ce stade, la croissance « verte » qu’évoque implicitement cet extrait –« ne pas créer de nouvelles créances sur l’environnement » – est un mythe (voir mon article : « Croissance verte : nouveau Mythe ? »).

(2)     La probabilité que nous entrions dans une nouvelle ère de croissance est nulle. La situation économique actuelle est préoccupante, nous faisons face à un quadruple défi : (1) l’urgence écologique : climat (cf. rapport Stern pour le coût du réchauffement climatique), écosystèmes (à ce propos, voir mes articles sur la biodiversité et le rapport Sukhdev pour le coût de la perte de la biodiversité), pollution des nappes phréatiques, acidification des océans, érosion des terres agricoles ; (2) l’urgence éco-énergétique : les estimations les plus pessimistes du Pic Pétrolier sont pour 2010 alors que la demande énergétique mondiale ne cesse d’augmenter (cf. prévision Chine et Inde).(à ce propos, voir mes articles sur la transition éco-énergétique et la fin du pétrole (bon marché)) ; (3) L’urgence démographique : surpopulation au niveau mondial (voir article : « An inconvenient truth II »), vieillissement de la population européenne (à l’exception notoire de la France) ; (4) crise de la dette souveraine et système financier international délabré (l’acceptation des directives Bâle III par le G20 réuni à Séoul édulcore à peine ce constat).

Par conséquent, Jacques Attali ne s’attaque qu’à la partie émergée de l’iceberg, et c’est un euphémisme. En fait, bien que l’auteur ne se trompe pas sur le diagnostic, il refuse d’en voir les conséquences et table une nouvelle fois sur les vieilles recettes (austérité et politique de relance keynesienne) pour renouer avec la croissance. En effet, p.146 il écrit que « Pour rétablir en Europe, en 2060, un niveau d’endettement public raisonnable, voisin de 60% du PIB, il faudrait passer d’un déficit structurel de 3,5% en 2010 à un excédent structurel de 4,5% en 2020, et le conserver jusqu’en 2030 ! Cela supposerait de réduire les dépenses publiques de 8% du PIB, soit 20 à 25% du budget. Cela exigerait de réaliser de l’ordre de 300 milliards d’euros d’économie ou à augmenter d’autant les impôts. (…) Perspective quasi impossible ».Ce passage admet explicitement que l’austérité est « impayable » car elle provoquerait beaucoup trop de remous sociaux et renforcerait la spirale dépressive à laquelle nos économies cherchent péniblement à échapper (pour mieux comprendre ce phénomène, voir mon article : « Le dilemme de la croissance »). Par conséquent, il nous faut renouer avec la croissance. Problème : comme je viens  de l’expliquer, la probabilité que nous entrions dans une nouvelle ère de grande prospérité est nulle. D’ailleurs, l’OCDE reconnaît explicitement dans ses prévisions que la croissance économique des trois prochaines décennies sera de 30% inférieure à celle des trois dernières décennies (The Economist, 25/06/2009). Conclusion : nous sommes dans un cul de sac. Voilà deux décennies que l’Occident finance la croissance à crédit, à présent il risque de payer ses frasques au prix fort.

Une lueur d’espoir

En fait, Jacques Attali évoque dans un passage très éphémère (p.30) le cœur du problème de la dette souveraine : « le remboursement d’un intérêt (…) implique une croissance réelle de l’économie », c’est la base même d’une économie capitaliste. Donc, à la vérité, nous sommes aujourd’hui les otages de la croissance avec laquelle, il me semble avoir assez insisté sur ce point, nous ne sommes pas prêts de renouer. Si on applique un raisonnement par l’absurde, nous entrons dans une phase de décroissance ou à tous le moins de stagnation synonyme d’écroulement du système financier mondial puisque la croissance est nécessaire pour financer la dette souveraine, An Inconvenient Truth III.

En réalité ceci n’est pas tout à fait exact car il subsiste une alternative à cette vision apocalyptique. A l’heure de la globalisation, tout le potentiel de croissance forte se situe en Asie. Il faudrait que le flux asymétrique d’échanges commerciaux entre la Chine et l’Occident s’inverse , que la Chine se concentre sur son marché intérieur, pour que nous puissions sortir de la crise sans dégâts, ce qui implique que la Chine laisse sa monnaie s’apprécier, ce qui diminuerait sa compétitivité et aurait un impact négatif sur ses exportations, donc un impact positif sur la balance commerciale de l’Europe et des Etats-Unis,  mais en revanche accroitrait le pouvoir d’achat de ses citoyens. Un pouvoir d’achat synonyme de davantage d’importations et donc de croissance pour les pays occidentaux. Donc, à défaut d’être endogène, la source de croissance doit-être exogène.

Ce sont les déséquilibres marcoéconomiques gigantesques entre les Etats-Unis et la Chine qui sont la cause première de la crise financière et donc de la crise souveraine (voir article: « Crise financière: qui doit payer« ). Pékin est accusé par les américains d’empêcher artificiellement le yuan de s’apprécier pour favoriser ses exportations, une accusation qui ne manque pas de fondements. Les Chinois ont jusqu’ici refusé de laisser leur monnaie s’apprécier et ont dénoncé toute tentative de protectionnisme larvé de l’Europe et surtout des Etats-Unis, qui menacent de taxer les produits chinois. La guerre des monnaies est ouvertement déclarée, la Fed a injecté 600 milliards de dollars dans le circuit monétaire pour procéder à une dévaluation compétitive du dollars. Résultat des courses, le sort de l’euro est entre les mains de la Chine et des Etats-Unis, le « G2 », la « Chinamérique ». Mais si l’Europe s’enfonce à nouveau dans la crise, la Chine, et surtout les Etats-Unis qui auront mis tant de cœur à saper l’autorité de l’euro, paieront une partie des pots cassés.

Par conséquent, il faut éviter une guerre des monnaies destructrice et accroître la coopération internationale. Sur ce terrain, le G20 réunis à Séoul a enregistré quelques menus progrès dans sa déclaration d’intention bien que chinois et américains aient campé sur leur position. On peut y lire que les pays du G20 s’engagent à « aller vers des systèmes de taux de change déterminés par le marché« ; Ils le feront en « augmentant la flexibilité des taux de change pour refléter les fondamentaux économiques sous-jacents et en s’abstenant de dévaluations compétitives de leurs monnaies » (La Libre Belgique, samedi 13 et dimanche 14 novembre, p. 28). Gageons que la volonté politique y sera.

Toutefois, je tiens à ne pas occulter un élément crucial dans la discussion: même dans l’hypothèse où la Chine se reconcentrerait sur son marché intérieur, la menace imminente d’une crise pétrolière n’est pas écartée. Pour rappel, le prix du baril a culminé à 144$ le baril en juin 2008 pour s’écrouler à 34$ le baril à l’horizon du mois de novembre de la même année en raison d’une chute drastique de la demande  conséquence directe de la crise financière. Depuis, le cours du dollars a atteint son plus haut niveau (87 dollars/baril). Certes, la spéculation y est pour quelque chose (la Fed annonce un programme de relance de la consommation avec ses mesures « d’assouplissement quantitatif ») mais surtout, la demande croissante d’énergie de la Chine et de l’Inde alimente cette tendance à la hausse. Une tendance qui d’après moi ne s’inversera pas, que du contraire. A moins que la production ne touche un plafond, c’est à dire que nous atteignions le fameux Pic pétrolier, auquel cas les prix s’envoleront, précipitant de fait l’économie dans une récession et chutant en même temps que la demande s’écroule, etc. Par conséquent, même dans l’hypothèse où la croissance chinoise permettrait à l’économie mondiale d’éviter une nouvelle crise financière, l’hypothèse d’une crise de l’énergie à contre-rebours n’est pas à écarter.

Plus que jamais, toutes les forces productives doivent s’orienter vers la transition éco-énergétique.

Dans mon prochain article, j’aborderai la problématique –évoquée subrepticement dans cet article– du vieillissement démographique en Europe, mais plus particulièrement, en Belgique.

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