les idées qui font des petits!

Articles tagués ‘université’

Emploi : décloisonner le monde professionnel et académique.

J’ai lancé la réflexion de l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi dans mon billet précédent (voir : Chômage de masse des jeunes : pour une réforme de l’accès aux études) ou je ne fais pas précisément dans la dentelle. Ceux qui me lisent, rassurez vous : j’ai quitté mon ton consensuel pour mieux le retrouver.

Le débat émane du constat péremptoire qu’il y a un problème d’adéquation entre la demande et l’offre sur le marché du travail. Les statistiques sur le chômage des jeunes affolent les compteurs, il est temps de trouver des solutions.

A mon avis, une première piste de réflexion est que les deux sphères, académiques et professionnelles sont déconnectées alors qu’elles sont nécessairement interdépendantes. L’idée serait donc de rétablir « un couloir de communication », des passerelles, des synergies, entre elles.

Dans cette logique, une tendance qu’il convient de renforcer est la collaboration de l’étudiant et d’une entreprise dans le cadre du projet de fin d’étude. L’enjeu est de convertir la production intellectuelle de l’étudiant en une plus-value –le mot est lâché – pour l’entreprise. Trop souvent, on observe que les mémoires sont exclusivement lus par le promoteur et puis remisé à la bibliothèque électronique de la faculté, une perte intellectuelle sèche. L’étudiant est dans un contexte idéal pour faire une recherche de haut niveau, autant que le fruit de cette recherche profite à la collectivité. Les avantages d’une telle synergie sont clairs, sans compter qu’un projet réussi peut se transformer en passeport pour un premier emploi. L’université devrait donc faire un appel d’offre à projets, jouer le rôle d’intermédiaire entre la sphère professionnelle et académique. Dans cette logique, les mémoires purement académiques devraient quant à eux avoir pour finalité d’être publiés, afin que d’autres puissent capitaliser –le mot est lâché – sur les résultats obtenus.

On peut probablement aller beaucoup plus loin. Une tendance clé sur le marché de l’emploi est la recherche de compétences spécifiques, d’un profil, davantage que d’un diplôme. La formation universitaire est toujours trop orientée vers les savoirs, surtout en Belgique. Toutefois, observons que la finalité de ce type d’enseignement n’est pas d’apprendre des recettes de cuisines, mais bien de donner du contenu, des outils pour penser et se penser dans un domaine précis afin de le dépasser. Cette exigence n’est pas inconciliable avec celles du marché du travail. Le problème est que le vecteur de transmission des savoirs est trop souvent le même, ce qui confine l’étudiant au développement de certaines compétences à l’exclusion d’autres.

Comment varier ces vecteurs donc ?

Une première approche est de faire varier le mode d’interrogation aux examens : choix multiples, oral, essais, réponse concise, timing restreint/long, question de connaissance/application/dépassement, etc. Ces techniques, je suppose que chacun les a vécues ou du moins les connaît. Ce n’est pas suffisant. Il faut changer de paradigme au niveau de la forme de l’enseignement qui se fait encore trop souvent ex-cathedra. Travaux de groupes, lectures préparatoires  et puis discussions, productions personnelles (« papers »), séminaires, présentations, participation active (en Autriche, les gens se battent pour répondre aux questions du professeur), évaluation continue, etc. Ces méthodes sont également connues, il faut les développer.

Ensuite se pose la question de « l’opérationnalité » d’un universitaire. Celui-ci doit-il être opérationnel à la fin de ses études, l’université a-t-elle vocation à former des individus opérationnels ? La réponse dépend du contexte sur le marché de l’emploi. On y constate un changement de paradigme : un employé n’effectue plus la majorité de son parcours professionnel, comme c’était souvent le cas jadis, dans la même boîte. Ainsi on a évolué vers une plus grande flexibilité et mobilité des travailleurs. Le problème est que confrontée à cette mobilité accrue, les entreprises ne forment plus. Elles n’ont plus d’incentifs suffisants à investir dans leur capital humain –le mot est lâché – car à tout moment, un concurrent puissant menace de venir débaucher les étoiles qu’elle a formé : un peu comme pour la réduction de gaz à effet de serre, personne ne veut bouger en premier (problème du « free-riding »).  Dans ce cas on court à la catastrophe car l’université ne fait que la moitié du boulot.

Comment trouver une solution à ce problème ?

« Légiférer dans le sens de la contrainte pour les entreprises » diront certains, c’est à dire obliger légalement les entreprises à former. Délicat. « Généraliser les stages » diront d’autres, une tendance très claire dans les programmes d’universités, et pour cause. C’est une possibilité, certes, mais qui ne fait que rallonger la durée des études. Le stage ne vise qu’à octroyer un avantage compétitif, si on le généralise, on annule ce dernier en quelque sorte. D’ailleurs, si on suit cette logique, on conviendra qu’une université y adhérant essayera de se distinguer par rapport à ses concurrentes en dopant ses volumes de stages. Si on la pousse jusqu’au bout, on comprendra que l’université dévie de son objectif en essayant de former des gens opérationnels. L’attrait du stage  est que le même principe s’applique pour le sauvetage des banques durant la crise : les coûts sont supportés par la collectivité et les bénéfices individualisés car celui-ci est le plus souvent non-rémunéré.

Il reste une troisième option, proche du modèle américain : concilier études et boulot. Une des faiblesses structurelle de l’emploi en Belgique est qu’on envisage le parcours d’une personne en deux phases : la formation et puis le travail. Une erreur. La tendance est au « lifelong learning », la formation continue tout au long de la carrière. Les pays nordiques sont à la pointe dans ce domaine, la Belgique est à la traîne. Or, si une telle logique s’applique à la sphère professionnelle, pourquoi ne pas la généraliser ? « Les études sont trop lourdes que pour effectuer un job à côté » argueront certains ». « Les américains le font bien rétorqueront d’autres ». Réplique cinglante : « l’enseignement US c’est de la crotte ».

Bien, je peine à trouver la réponse à la question. Mesdames, Messieurs, le débat est ouvert.

Valeureux liégeois, réaffirmons ce que nous sommes : des vainqueurs!

Liège va mieux. Par exemple, on peut constater une amélioration substantielle de la propreté de la ville. La nouvelle gare et les victoires du Standard ont donné un coup de boost au moral des valeureux liégeois. Reste à trouver un projet fédérateur pour la ville. On est passé à côté de Liège 2015, espérons que la ville gagnera le concours pour accueillir l’exposition internationale de 2017 sur le site de Coronmeuse (1).

Toutefois, on a l’impression de ne pas être dans le coup. Le renouveau wallon s’effectue sur l’axe Bruxelles-Namur-Luxembourg. Nous n’y figurons pas. Liège, pourtant, possède un autre atout dû à sa position géographique particulière : l’Euregio, le triangle Liège-Maastricht-Aachen. Le redéploiement économique liégeois doit s’appuyer sur ces deux partenaires privilégiés. Le déclin liégeois a commencé après la guerre, lorsque nous avons coupé les ponts avec notre partenaire commercial privilégié, l’Allemagne. Il est temps de renouer les liens et de réapprendre l’allemand.

Construire le campus universitaire en dehors de la ville fut une erreur stratégique fatale. Les autorités liégeoises ont pêché par orgueil en voulant créer un campus à l’américaine. Objectif raté : l’université n’accueille que des provinciaux, pour ne pas dire que des liégeois au sens restrictif du terme. Les autres vont à Louvain-la-Neuve. D’autre part, le centre-ville compte en majorité des gens du troisième âge et des mendiants. Si on veut que Liège puisse compter sur la scène européenne, il est temps de se bouger. C’est pourquoi il est urgent que les autorités publiques mettent en place des politiques de recentralisation de l’Université en ville. Ceci dans le but de revitaliser la population de la ville d’une part, et de renforcer l’attractivité de celle-ci d’autre part.

Comment faire ? « On casse tout chef » ? Certainement pas. Ce qui marche au Sart-Tilman, ce sont les centres de recherche. Ils peuvent être excentrés de la ville sans que çà pose le moindre problème (comme à Leuven par exemple). Utilisons les locaux issus des politiques de recentralisation pour attirer les laboratoires de firmes à haute valeur ajoutée, créons une Sart-Tilman Valley. Évidemment, il faudrait veiller à ce que ces firmes se spécialisent dans des activités de redéploiement économique de la région ce qui exige un partenariat public-privé (je pense en particulier aux spin-offs de l’université) renforcé et une vision stratégique à long-terme.

Se pose bien sûr la question de l’espace de relocalisation disponible en ville. Tout d’abord, j’observe que les locaux du Val-Benoît sont en décrépitude, un exemple magistral de mauvaise gestion. La faculté d’ingénieurs y avait établis jadis ses quartiers. Ensuite, on a construit Belle-île en dehors de la ville pour aussitôt recentraliser les activités commerciales en construisant le mont Saint-Michel et les Galeries Saint-Lambert. Je n’ai pas les chiffres, mais il me semble que Belle-Ile et les Galeries marchent plutôt bien. En revanche, le Mont Saint-Michel n’est pas indispensable (sans compter la Médiacité, un centre commercial de plus), il constitue un complexe facultaire idéal. Troisièmement, le musée des Sciences (haut dessus de l’Aquarium) sucks. N’hésitons pas à le remplacer par les quartiers généraux d’une faculté (comme ce fut jadis également le cas.) Enfin, je pense aux locaux de Lambert-Lombard rue Saint-Gilles. La faculté de médecine quant à elle peut rester à proximité du CHU. L’hôpital militaire de Saint-Laurent me semble également être un bâtiment idéal.  Ce sont quelques exemples. Avec un peu de bonne volonté on peut certainement trouver un lieu pour un complexe facultaire  en Outre-Meuse.  Les bâtiments de l’université ont juste besoin d’être centralisés par facultés. En plus de cela, il convient de trouver des bâtiments situés dans le cœur de la ville pour l’administration générale. Le Vingt Août peut faire l’affaire à la condition expresse que la place Cockerill soit rénovée.

Je ne vais pas m’arrêter là. Il y a actuellement un projet pour faire revenir le tram à Liège. Continuons dans cette logique à l’extérieur et l’intérieur de la ville, ce qui exige une politique de mobilité à long-terme. Pensons efficacité et inter modalité. A patte dans l’espace Saint-Lambert-Cathédrale, en vélo pour les courtes distances, en tram pour les déplacements à moyenne distance au cœur de la ville, en bus pour les déplacements depuis les faux-bourgs, en train pour les longues distances. Idéalement, une société devrait gérer tout le réseau (sauf le réseau ferroviaire, bien entendu). Enfin, la gratuité des transports en communs pour les étudiants (comme à Leuven) s’impose. Changement de paradigme donc : je n’ai pas mentionné la voiture.

Ce n’est pas tout. Les autorités ne font rien pour promouvoir les espaces estudiantins. L’université devrait récupérer les cafés dans le Carré et les convertir en bars de facultés tenus par les cercles facultaires. On peut penser à un contrat de gestion pour éviter les dérapages. Il faudrait aussi faire une promotion intégrée des différents lieux de sortie qui du reste ne manquent pas.

La ville doit également mener une politique de logements à long-terme. Soumettre la location de kot à des conditions (salubrité, assurance gaz et incendie, etc.) strictes est un premier point. Ensuite, l’université doit imposer un contrat  de location standard (10 mois de location par défaut) en contrepartie de quoi les propriétaires pourraient publier leur offre de logement dans une base de données online tenue par l’université. Il faudrait aussi construire des kots à projet, des espaces de logement pour les erasmus ainsi que construire et/ou réserver des résidences subsidiées (étudiants défavorisés).

Enfin, la police à un rôle essentiel à jouer. Elle doit établir des normes strictes (et les faire respecter) pour que la cohabitation entre les jeunes et vieilles générations soit possible. Je pense particulièrement au tapage de nuit, aux jeunes qui pissent/gerbent en pleine ville et au trafic urbain. Idéalement, un organe de concertation représentatif regroupant les étudiants, les travailleurs, les retraités et les autorités publiques serait un instrument pour promouvoir un vivre ensemble constructif et pacifique. Ici s’achève la mission de l’Etat. Le marché est capable de faire le reste.

Pour terminer, l’université de Liège doit envisager une fusion ou à tout le moins un partenariat renforcé avec les universités de Maastricht et Aachen. On peut gagner en efficacité en réalisant des synergies entre les programmes, en organisant une mobilité interne pour les chercheurs, en se concertant sur les horaires, en organisant une campagne marketing commune, et en fusionnant les publications. Le trilinguisme français-allemand-anglais du staff de l’université affecté au relation extérieures est une priorité.

On le voit, de telles politiques s’inscrivent sur le long-terme. Elles exigent que l’Etat se mette au-dessus de la mêlée, dans l’intérêt général. A l’issue de la guerre, la Belgique était la seconde puissance économique mondiale. Liège qui fut la première ville du continent à amorcer la révolution industrielle était alors le poumon économique du pays. Valeureux liégeois, réaffirmons ce que nous sommes : des vainqueurs.

(1) Le Soir online, mercredi 10 mars 2010. Disponible sur :   http://www.lesoir.be/regions/liege/2010-03-10/un-consensus-pour-liege-2017-757917.shtml

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :