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Face-à-face N-S II: ma question à Elio Di Rupo.

Dans le cadre d’un second face-à-face nord-sud, le Soir et De Standaard organisent un débat le 7 juin à l’ancienne Belgique. Quatre ténors de la politique belge en les personnes de Didier Reynders, Elio Di Rupo, Bart De Wever et Yves Leterme s’affronteront. A cette occasion, 100 lecteurs de chacun de ces deux journaux seront sélectionnés pour être présent et poser une question à l’orateur de leur choix. Je figure parmi les heureux élus et soumettrai à cette occasion cette (double) question à M. Di Rupo:

Introduction:


Le PS affiche comme priorité le redéploiement économique de la Wallonie (cf. Plan Marshall), objectif louable s’il en est un. En parallèle, vous prétendez défendre les chômeurs, les pauvres, les opprimés, la veuve et l’orphelin. Dès lors, ne trouvez-vous pas que votre parti est en proie à un conflit d’intérêt: d’un côté le PS à un intérêt objectif à maintenir sa base électorale (les pauvres) dans l’indigence, de l’autre, il prétend nous sortir du marasme économique. Et à ce titre, il est victime d’un fameux paradoxe: l’objectif de redistribution est subordonné à l’existence des riches, les socialistes (à moins de partager la pauvreté) se nourrissent du vice qu’ils dénoncent. En bref, je pense que l’électorat du PS est inversement proportionnel au nombre de riches, votre parti n’est que l’avocat d’intérêts corporatistes, ceux des pauvres.

Question :

1) En regard de cette double observation, M. Di Rupo, qu’est-ce qu’un socialiste aujourd’hui? Qu’est-ce qu’un socialiste aujourd’hui si ce n’est un libéral de gauche, çàd quelqu’un qui cherche à assurer la condition de base pour que le modèle libéral puisse réellement porter un idéal émancipateur pour tous, j’ai nommé: l’égalité des chances. En fait, quelle différence subsiste t-il sur le plan idéologique entre le PS et le MR, si ce n’est une différence de perception (PS défenseurs du bien-être social vs MR parti des nantis)?

2) Pour dire vrai, il me semble que le modèle libéral a triomphé à tous les niveaux, pour moi, chaque parti pratique une forme de libéralisme différente. Dès lors, n’est t-il pas démago et lénifiant de parler de “bain de sang social” et de “crise libérale” (cf . les régionales de 2009)? Selon moi, votre discours est facile, sans nuance, dangereux, d’autant qu’il pratique l’amalgame: la crise actuelle n’est que celle d’une forme débridée de libéralisme économique (qui par ailleurs est pratiquée aux Etats-Unis, pas en Europe). Dès lors, est-ce faire preuve d’honnêteté intellectuelle que de faire l’amalgame avec le discours du MR, d’autant que c’est là profiter de l’indigence intellectuelle de ceux là-même que vous défendez.

Merci d’avance pour votre réponse.

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Mais au fond, qu’est-ce qu’un socialiste ?

Dans la saga « sortir d’une logique de rapports de forces »

A l’origine, le socialisme est une « Doctrine économique et politique qui préconise la disparition de la propriété privée des moyens de production et l’appropriation de ceux-ci par la collectivité. » (Dictionnaire Hachette encyclopédique, 2002, page 1506). Il s’oppose donc au système capitaliste basé sur la propriété individuelle des moyens de production.

Karl Marx dénonce le vice rédhibitoire du capitalisme qui est d’entretenir, voir de renforcer la situation de rapports de forces existant entre les hommes depuis leur naissance : ceux-ci ne naissent pas égaux. Le prolétaire, le travailleur, doit vendre sa force de travail au capitaliste afin de pouvoir créer de la valeur à l’aide des moyens de productions détenus par ce dernier. Le salariat en fondant un rapport de dominant à dominé est alors entrevu comme une forme d’aliénation.

A l’origine, le socialisme comme modèle d’organisation d’une société dénonce l’inégalité originelle entre les hommes et a pour finalité de fonder une société égalitaire en proposant la collectivisation des moyens de production. Sa pierre angulaire est que l’action de chaque individu est subordonnée à « l’intérêt général » de la collectivité.

Empiriquement, il est très clair que la chute du mur de Berlin en 1989 confirme le caractère utopique  de « la dictature du prolétariat ». Toutefois, au-delà des réalisations historiques, l’analyse marxiste, s’il est vrai qu’elle se donne des objectifs louables, se heurte à une impasse : la définition de l’intérêt général. En effet, elle présuppose l’existence et la définition d’un intérêt général, donc commun et par la-même accepté de tous auquel chacun serait soumis. Or, afin de sortir d’une situation de rapports de forces entre les hommes, il faudrait que cette loi soit  transcendantale, universelle, dans le cas contraire, elle ne serait que le reflet de la volonté du dominant. Je pense que l’inexistence de l’intérêt général comme norme transcendantale, -par définition immanente car définie par des hommes- rend caduc les moyens employés par l’analyse marxiste  -le collectivisme-  pour atteindre ses objectifs.

Cette impasse qui confine le Marxisme au rang d’utopie implique que dans les faits un système marxiste dans sa forme la plus pure ne peut que déboucher sur « un capitalisme d’Etat ». Un groupe devant nécessairement définir l’intérêt général, il soumet les autres à sa propre loi (la Nomenklatura dans le cas des ex-républiques soviétiques). De ce point de vue, je rejoints l’analyse de la théorie des choix publiques qui applique les concepts de l’analyse microéconomique à la science politique. Cette théorie postule que les agents de l’Etat, hommes politiques et fonctionnaires, loin de chercher à maximiser un hypothétique intérêt général transcendantal, cherchent à l’image du consommateur lambda à maximiser leur propre intérêt, ce qui inclut l’intérêt collectif tel qu’ils le concoivent, mais également leur chance d’être réélus et leur utilité (revenus, pouvoir).

La différence fondamentale entre le socialisme et le capitalisme est que le premier postule que l’égalité de fait entre les hommes est possible alors que le second accepte que les hommes naissent inégaux (milieu et patrimoine génétique). Le premier récuserait notre condition « naturelle » au contraire du second. L’un est utopiste, l’autre pragmatique et réaliste.

Reste que le mérite principal du socialisme est de poser cette question : comment organiser une société égalitaire ? Comment sortir d’une logique de rapports de force entre les hommes ?

Le libéralisme,  en fondant l’égalité en droit fait la moitié du chemin. En consacrant la liberté et la propriété individuelle comme droits naturels, inaliénables, çàd préexistant à tout contrat social passé entre les hommes (Locke), il vise à établir l’égalité des chances afin que chaque individu dispose des leviers pour remettre en question le rapport de force dans lequel il naît à sa naissance. « Personnalité, Liberté, Propriété […] sont antérieures et supérieures à toute législation humaine » commande Bastiat. D’une part, en reconnaissant la propriété individuelle, il confirme la logique capitaliste basée sur l’acceptation d’une inégalité entre les hommes, mais d’autre part, en visant à donner les outils à chacun permettant de briser ce rapport de dominant à dominé, il s’inscrit dans la même logique émancipatrice que le socialisme. Ainsi, dire que le libéralisme est social est un pléonasme. Toutefois, la différence entre le socialisme et le libéralisme est que le premier vise à sortir complètement d’une logique de rapports de forces alors que le second accepte que celle-ci soit immanente à la nature humaine.

La liberté d’entreprendre est le moyen par excellence par lequel un individu peut accéder à la souveraineté sur son existence en travaillant pour son compte et non celui d’un tiers. C’est le moyen par lequel il peut accéder à la condition de dominant, le capitaliste, dans la logique marxiste. En ce sens, je rejoints Ludwig von Mises lorsqu’il écrit dans l’Action Humaine que le capitalisme libéral défend non pas les riches mais au contraire lutte pour que chacun puisse remettre en cause une position établie : « les gens qui se battent pour la libre entreprise ne défendent pas les intérêts de ceux qui se trouvent aujourd’hui être riches » (1).Donc, le libéralisme, en réfutant l’égalité entre les hommes, accepte certaines formes d’inégalités. Toutefois, il vise à donner à chacun les outils nécessaires à l’émancipation. Dans cette logique, un enseignement de qualité pour tous figure au top des préoccupations des libéraux.

La critique récurrente du libéralisme capitaliste est la primauté de la liberté sur d’autres aspects tels que l’exclusion sociale et la solidarité. Exceptés les anarcho-capitalistes, les libéraux reconnaissent à l’État un rôle de secours aux plus faibles, tant que cette intervention ne se transforme pas en assistanat. Ainsi, Friedrich Hayek défend un tel rôle pour l’État tandis que Milton Friedman propose un impôt négatif (2).

La question initiale posée par l’analyse marxiste reste d’actualité, mais aujourd’hui, seul le modèle d’une démocratie libérale subsiste. Dès lors, qu’est-ce aujourd’hui que le socialisme ? On l’assimile souvent à la social-démocratie, mais ce terme me semble un peu « fourre tout ». Dans les faits, il me semble que le modèle libéral comme mode d’organisation des sociétés occidentales a triomphé. Les socialistes dans ce cas ne seraient que les défenseurs d’intérêts corporatistes, ceux des pauvres ; leur existence ne se justifierait que pour des motifs de redistribution des richesses des plus riches vers les plus pauvres. Bien, mais dans ce cas, le socialisme moderne est en proie à une fameuse contradiction : l’objectif de redistribution est subordonné à l’existence des riches, les socialistes (à moins de partager la pauvreté) se nourrissent du vice qu’ils dénoncent. On est loin de la philosophie émancipatrice d’origine.

Jusqu’à preuve du contraire, le libéralisme capitaliste comme mode d’organisation de société fut le projet le plus émancipateur pour l’humanité.

(1)   Source : Wikipédia. Critiques du libéralisme économique. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Critique_du_lib%C3%A9ralisme_%C3%A9conomique

(2)   Ibidem.

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