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Pic pétrolier, pic de la dette et hyperinflation: petit résumé

Preuve s’il en est une que Frappes Chirurgicales est à la pointe sur ce sujet, Dan O’ Brian a posté aujourd’hui une vidéo qui explique magistralement les causes et les conséquences du double Pic de la dette et du pétrole. Difficile à mon sens de faire mieux, mais l’information contenue dans la vidéo est extrêmement condensée et exige beaucoup de prérequis en économie. La bonne nouvelle, c’est que vous avez toutes les cartes en main pour comprendre cette vidéo si vous me lisez régulièrement (sic!)…et si vous maitrisez l’accent irlandais. J’attends vos commentaires!

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Risque d’éclatement de la zone euro : entre pessimisme et optimisme.

La Zone Euro traverse une crise existentielle. La situation financière grecque affole les marchés. A un point tel que d’aucuns pointent le risque d’une nouvelle déflagration systémique au cœur du réseau bancaire. Des économistes de renoms, Joseph Stiglitz en tête, vont jusqu’à évoquer la fin de l’euro (1). Alors que les dirigeant de l’Ecofin réunis ce dimanche 9 mai à Bruxelles tentent de se mettre d’accord sur la mise en place d’un fond monétaire européen doté d’une réserve de 60 milliards, le prix nobel  déclare en substance – dans un lapsus révélateur – à propos des 110 milliards d’aide à la Grèce octroyés en contrepartie de l’austérité que « les conditions apparemment excessivement dures imposées à l’Espagne ( sic!) seront en réalité contre-productives pour prévenir une contagion ».

Mon père, économiste chez ING et expert des marchés financiers, affirmait ceci à table ce vendredi : « le financement octroyé à la Grèce s’apparente à une bouteille d’alcool qu’on offrirait à un alcoolique titubant ». Comprendre : la Grèce est au troisième stade de l’endettement, celui où on doit emprunter pour rembourser la charge des intérêts de la dette. A court terme, la situation hellénique devrait se stabiliser car les fonds prêtés éviteront de devoir recourir au marché des capitaux qui exige un rendement exorbitant. Toutefois, la dette extérieure ne va cesser de grimper jusqu’à 140% du PIB. Tout porte à croire que les 110 millions d’aide s’apparentent à un chèque en blanc i.e. que, inévitablement, la Grèce fera défaut. En effet, comme le précise Eric Dor, professeur à l’université catholique de Lille dans la Libre de ce samedi 8 et dimanche 9 mai, « la Grèce risque de tomber dans le même piège que l’Argentine. L’austérité budgétaire à laquelle la Grèce est contrainte va renforcer la récession et déprimer les recettes fiscales. Le déficit public va rester élevé, le PIB va diminuer plus vite que la dette publique et le ratio d’endettement va donc continuer à s’élever ».

« Un âne ne trébuche jamais deux fois sur la même pierre » commande la vindicte populaire. Pourtant, tout porte à croire que ce dicton ne s’applique pas à un âne « appâté par le gain », le secteur financier en l’occurrence. On peut lire dans ce même numéro de la Libre que les grandes banques européennes sont « gorgées » d’obligations d’Etats grecques, portugaises et espagnoles. Or, avec la crise grecque, ces obligations sont passées en l’espace de quelques semaines du statut de placement sûr à celui de « junk bonds » (papier pourri). De ce fait, les banques sont forcées d’acter des provisions dans leur comptes ce qui les exposent à des problèmes de solvabilité à court terme. Dès lors, le scénario de la crise des subprimes, où les banques ne se prêtaient plus entre elles, menace de se reproduire. Les banquiers, gagnés par l’appât du gain, la promesse de rendement mirobolant sur les obligations grecques, ont financé massivement le déficit grec en veillant parallèlement à se protéger par l’achat de Credit Default Swaps (CDSs). Ironie donc, le scénario « à la Goldman Sachs », la banque d’affaire américaine qui spéculait largement sur l’effondrement du marché des crédits subprimes est en train de se reproduire.

Deux conclusions s’imposent : (1) l’autodiscipline des marchés est une fiction et (2) les dirigeants de ce monde n’ont toujours pas tiré les leçons de la crise financière. Certes, la responsabilité des autorités grecques dans le maquillage des comptes d’Etat ne peut être occultée, mais les marchés possèdent in fine une responsabilité écrasante en ce qu’ils ont alimenté le déficit grec. Pourtant, si les marchés ne sont pas forcés à l’autodiscipline, c’est parce que les banques ne disposent toujours pas d’incitant à minimiser les risques. D’éminents économistes l’ont dit, Angela Merkel l’a rappelé dans des propos musclé qui furent interprétés au travers du prisme des enjeux cruciaux du scrutin en Rhénanie-Nord-Westphalie (qu’elle à perdu du reste): il faut à tout prix éviter le syndrome du « too Big to Fail », problème classique de « moral hazard ». Si les banques savent qu’un Etat ne peut être expulsé de la zone euro et que par conséquent tout sera entrepris pour le sauver, elles n’ont aucun incitant à minimiser la prise de risque en évitant de concevoir des prêts  au dit Etat. Dès lors, qu’observe t-on (?!): les banques agiter le spectre d’un nouveau tsunami financier si on ne leur vient pas en aide ! Cercle vicieux donc, que nos dirigeants n’ont manifestement toujours pas compris.

S’il est peut-être déjà trop tard, –le risque de contagion aux PIGS est réel, le Portugal et l’Espagne sont déjà dans le collimateur des marchés– se pose la question des solutions à implémenter.

(1) Briser le cercle luciférien de la spéculation :

Ce premier élément exige une régulation accrue du secteur financier. A ce sujet, je commencerai par pointer la responsabilité, accablante, que possède la Royaume-Uni. Londres bloque toute réforme au niveau européen qui compromettrait les intérêts de la City, seconde place financière mondiale. Néanmoins, un rayon de soleil pointe à l’horizon. Les Tories de David Cameroun ont certes gagné les élections, mais sans majorité absolue. Il est très probable qu’ils négocient une coalition avec les libéraux-démocrates de Nick Clegg qui ont fait de la séparation entre banques d’affaires et de collecte de dépôts un de leur chevaux de bataille. Reste à voir si cet élément pourra être intégré au programme de la coalition. Rien n’est moins sûr. Ce pays est très peu rompu à l’art du compromis, peut-être que les Tories préféreront opter pour un gouvernement minoritaire ou provoquer de nouvelles élections. Le parti de Nick Clegg est idéologiquement plus proche du Labour.

Ensuite, il est urgentissime de réguler l’ingénierie financière. Quand on lit que les dirigeants de Goldman Sachs comparaient cyniquement certains de leur produits à Frankenstein, il y a de quoi crier au loup (lire rapports commission US). Je pense aux produits dérivés mais surtout aux CDSs. Sur ce dossier, l’Union et les Etats-Unis doivent travailler de concert. D’ailleurs, le contexte est favorable, Obama vient de relancer les discussions sur la réforme du secteur bancaire.

(2) Remédier au déficit institutionnel européen :

L’Europe doit remédier à ses carences institutionnelles. L’union monétaire est une construction inachevée, la politique monétaire et centralisée dans les mains de la BCE, mais la coordination des politiques économiques, aux mains des Etats, demeure superficielle. L’hétérogénéité des économies des Etats membres les exposent à des chocs asymétriques potentiellement meurtriers. En effet, un Etat ne disposant plus des leviers de sa politique monétaire, seules des politiques structurelles (donc sur le long terme) peuvent remédier à un déficit de compétitivité ; actuellement, une dévaluation, salutaire à court terme pour relancer l’économie à travers les exportations, est exclue.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy esquissaient les contours de cette réforme dans leur lettre ouverte conjointe de ce 6 mai (2). Les deux partenaires y mettent en exergue les éléments suivant :

(1) Renforcer la surveillance des indicateurs du Pacte de stabilité et de croissance et veiller à des sanctions en cas d’inexécution des obligations en découlant. Je pense en particulier à un mécanisme d’exclusion temporaire de la zone euro. Il présenterait un quadruple avantage :

  1. forcer les Etats à l’autodiscipline budgétaire de façon effective ;
  2. neutraliser le syndrome du « too big to fail »;
  3. permettre à un Etat déficitaire de rétablir ses finances en recourant à la dévaluation ;
  4. apporter de la clarté juridique.  En l’espèce, les Traités n’envisagent pas ce cas de figure, d’où la polémique politico-juridique à propos d’une éventuelle exclusion de la Grèce.

(2) Elargir les mécanismes de surveillance aux questions structurelles et de compétitivité;

(3) Elaborer un cadre robuste pour la résolution des crises;

(4) Renforcer le contrôle européen de la fiabilité des statistiques (Eurostat).

La création d’un fond monétaire européen (une branche auxiliaire de la BCE ?) participerait à rencontrer les objectifs 2 et 3.

Il est crucial de noter que ces solutions exigent d’être implémentées au niveau communautaire, ce qui nécessitera le concours des 27 à la majorité absolue ou qualifiée. Les réticences seront nombreuses. Par exemple, le ministre des finances britannique déclarait au Conseil européen extraordinaire de ce dimanche que « s’il y a une proposition de créer un fond de stabilisation pour l’euro, cela doit-être du ressort des pays de l’eurogroupe » (La Libre, lundi 10 mai p.18). Comprendre : « sans nous ».

En attendant, comment endiguer la spéculation ? La question demeure entière, « le risque d’un effondrement de la zone euro est réel » disent certains. Je pense qu’il n’en est rien, cependant, il est probable qu’elle perde quelques morceaux dans la tempête…

« Alea jacta est » ? (Dixit « Quick » sur son tweet la veille de la chute du gouvernement…)

(1) l’expansion.com (4 mai 2010). Pour Joseph Stiglitz la zone euro est menacée. Disponible sur : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/pour-joseph-stiglitz-la-zone-euro-est-menacee_231667.html

(2) Disponible sur :  http://q.liberation.fr/pdf/20100506/25052_la-lettre-de-nicolas-sarkozy-et-angela-merkel.pdf.

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