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Peak Oil : quelle(s) politique(s) publique(s) ?

Que nous le voulions ou non, il va falloir, tôt au tard, élaborer une stratégie pour mitiger les effets du Pic. Et là, c’est tout sauf simple.

Tout d’abord se pose la question de l’objectif poursuivi. En effet, le Pic c’est une offre pétrolière qui plafonne pour le monde, quid d’une région en particulier ? Il y aura forcément des gagnants et des perdants. A mon sens, l’objectif c’est : comment augmenter la probabilité d’un soft landing ? Car atterrissage il y aura, ça c’est une certitude. Simplement, comme nous le disais Keynes : « in the long run we are all dead ». Tout est flux, processus, impermanence, la réalité est un continuum. Il nous faut donc décider, ici et maintenant.  

Ensuite se pose la question du choix des instruments. Quel instrument maximise la probabilité d’atteindre le résultat souhaité ? Là aussi le choix n’est pas évident. D’un côté le marché et sa dynamique du prix comme régulateur des décisions économiques. De l’autre les instruments gouvernementaux « command and control » ou  décentralisés.

Le marché peut-il régler le « problème » tout seul?

En théorie « oui ». Une demande excédentaire devrait favoriser une hausse du prix selon la « loi » de l’offre et de la demande. Cette hausse du prix devrait déboucher sur une réallocation des préférences des agents économiques afin d’équilibre l’offre et la demande. En réalité, le problème ici est « un peu » plus complexe. Premièrement, pour qu’il y ait réallocation des préférences il faut qu’il existe un substitut ; ce n’est pas le cas. Ici, on devrait plutôt parler de « destruction » d’une partie de la demande. Ce qui équivaut à dire que des agents économiques sont exclus du marché. En théorie le mécanisme fonctionne toujours mais tout dépend de l’ampleur et de la vitesse du phénomène. Ici, il nous faut introduire la question de la « marge adaptative » disponible. Concrètement, un automobiliste privé de son automobile peut prendre le train, dans beaucoup de cas. Il existe une marge adaptative qui est fonction du taux de saturation des transports alternatifs, d’une part, et de la possibilité d’emprunter ces transports. Dans d’autres cas, c’est tout simplement du capital qui devient obsolète. Il s’ensuit une baisse de productivité qui peut diminuer les ventes et avoir un effet domino sur les clients de l’entreprise. On le voit, le système enclenche des feed-backs positifs qui induisent des effets non-linéaires. Au final on doit s’attendre à ce que l’activité se contracte, avec des destructions d’emplois à la clé. Cette destruction d’emplois augmente le stock de chômeurs. En l’absence de mécanismes de régulation sociale, les salaires doivent en théorie diminuer, ce qui augmente la compétitivité du travail par rapport aux machines. Sur le long terme, et pour autant que le gonflement du stock de chômeurs ne débouche pas sur un chaos social, le facteur travail devient plus compétitif que le capital. A ce moment on assiste à une démécanisation progressive au profit de la demande de travail. Sur le long terme, on doit s’attendre à ce que le chômage se résorbe. L’activité économique se renouvèlera après une longue période. On devrait assister à une récession prolongée avec des phases de reprise (lorsque la hausse des prix de l’énergie a débouché sur une destruction importante de la demande, ce qui a fait fortement chuter le prix du baril, inaugurant par là une reprise).

En pratique c’est une toute autre affaire. Il faudra gérer l’instabilité systémique induite par les chocs à répétition. La grogne sociale a le potentiel de tout faire capoter.

Jusque là ce n’est pas encore (trop) compliqué. Certes, mais c’est sans compter la dynamique non-linéaire qui pourrait opérer au niveau international. En effet, il est parfaitement candide de penser que les marchés vont allouer la rareté lorsque nous entrerons en phase de déplétion. En pratique, cela voudrait dire que seuls les plus riches pourraient continuer à rouler en voiture, de façon indiscriminée en fonction de la région du monde où ils habitent. C’est une possibilité mais elle est beaucoup trop mécanique. En effet, d’autres logiques, politiques, sociales, sont à l’œuvre. Par exemple, un pays comme l’Arabie saoudite connaît un boom démographique. Le régime politique y est très instable, il dépend largement de la manne pétrolière, celle-ci permet de garantir la paix sociale. La croissance démographique de ce pays « cannibalise » une part toujours plus importante de la production. C’est autant de barils qui ne seront pas écoulés sur les marchés internationaux. Par ailleurs, certains pays seraient tentés de préserver l’ordre social chez eux en recourant à la force militaire. En d’autres termes, le déclin de la production introduit une instabilité systémique supplémentaire qui laisse présager des effets non-linéaires. Le bon sens voudrait que des quotas soient alloués à chacun mais on doit s’attendre à ce que les parties prenantes réalisent une analyse coût-bénéfices pour évaluer la pertinence de l’option coopérative vs non-coopérative. Là, on doit s’attendre à ce que le stock d’armes de destruction massive joue comme un puissant incitant à trouver une solution concertée. Ceci nous amène donc à l’hypothèse que les protagonistes se voient octroyer des quotas. Après, il reste encore à voir comment les états décideront d’allouer lesdits quotas. On peut privilégier l’hypothèse des marchés développée ci-dessus mais ce n’est pas certain.

Le marché peut donc régler le problème, encore faut-il gérer l’instabilité systémique induite par les chocs énergétiques. En fait, le marché peut toujours régler le problème à long terme pour la simple raison que le processus d’échange est naturel. Simplement, comme nous le rappelle Keynes : in the long run we are all dead. Ceci nous amène donc à penser que l’Etat jouera un rôle important dans la dynamique en cours. Il reste à savoir lequel !

Ici, je me contente d’envisager le rôle actif que l’Etat pourrait jouer afin de maximiser l’hypothèse d’un soft landing. Premièrement, il y a l’option militaire (je ne pose pas de jugement de valeur, je raisonne logiquement). Celle-ci pourrait déboucher sur un chaos mondial en très peu de temps. Au fond, sécuriser notre approvisionnement de pétrole est déjà ce que les Etats font depuis deux siècles, souvent à notre insu. On peut-être certain que les états-majors ont déjà étudié le problème depuis longtemps et cherchent à l’anticiper. Il ne faut pas se leurrer, c’est là que les décisions se prennent. Simplement, il est possible que cette fois on passe très vite un point critique. Il faudra financer ces guerres, ce qui a un coût. Historiquement de nombreux empires ont buté sur ce problème. Les guerres de ressources cannibalisent une part toujours plus importante du budget de l’Etat. Jusqu’au jour où celui-ci s’effondre sous le poids de sa dette. Analyser la situation des Etats-Unis sous cet angle me semble très pertinent.

Deuxièmement, il y a l’option de mener des politiques publiques visant à s’affranchir de la pétro-dépendance. Un Etat qui ne dispose pas d’une force militaire importante prendrait logiquement ce chemin. De toute façon, la facture pétrolière finirait inévitablement par plomber le solde de sa balance commerciale. Forcé ou non, il devrait revoir sa politique énergétique. Ici on dispose des instruments command & control du type normes d’émission. Ce type d’instruments est très lisible mais rigide et inefficace sur le plan économique ; D’autre part, on dispose des instruments décentralisés avec le marché des quotas et la taxe carbone. Ceux-ci ont la réputation d’être efficaces en théorie, bien que la pratique soit moins convaincante. La taxe carbone, pour sa lisibilité, a ma préférence. Je n’ai pas peur de l’affirmer : toute autre politique (incitative par exemple) est contreproductive par rapport à l’objectif visé. L’enjeu politique n’est pas de dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre mais de leur expliquer ce à quoi l’inaction nous exposerait (un effondrement économique violent). Quel politique est-il capable de dire cela sans terminer sa carrière automatiquement à l’administration communale ? Il doit être possible d’avoir un débat public mature sur la question. Mais la politique c’est beaucoup d’émotions et bien peu de raison. Je ne suis pas convaincu de faire confiance à « l’intelligence des masses ». Peut-être qu’une classe politique soudée sur ces questions, la fameuse « Raison d’Etat », nous permettrais de sortir de l’ornière. On le voit, le risque de dérapage n’est jamais bien loin.

En complément de cela, un Etat peut (et devrait) miser sur des politiques visant à renforcer la résilience du territoire en investissant dans ses monopoles naturels :

–         l’inter-modalité

–         le réseau ferroviaire

–         le parc de centrales

–         la formation

–         l’éducation

Une taxe carbone significative devrait favoriser mécaniquement, au meilleur coût, l’isolation, la production de nourriture organique, la concentration en milieu urbain, la production de produits à basse intensité en carbone.

Donc, si on résume le débat, une taxe carbone et des investissements dans les monopoles naturels sont les instruments à privilégier pour organiser progressivement la transition vers une économie post-pétrole. C’est, à mon avis, au vu de l’incertitude et de l’instabilité systémique mondiale que le Peak Oil va provoquer, la réponse la plus prudente pour maximiser la probabilité d’un soft landing.

C’est ici qu’on bute sur la question de la compétitivité. Il est essentiel que nous conservions notre capacité à vendre nos produits au reste du monde (pour rappel, l’objectif est de maximiser la probabilité d’un soft landing…). En l’absence du levier monétaire (dévaluation), nous avons l’obligation de surveiller nos coûts et de proposer des produits innovants de qualité. Si un Etat décide de se doter d’une taxe carbone alors que les autres ne suivent pas il plombe sa compétitivité. Par conséquent, il me semble improbable d’introduire une taxe carbone sans diminuer en parallèle les charges sociales.

A mon sens il y deux manières de diminuer les charges sociales : tailler dans les « acquis sociaux » ou mener des politiques qui permettront d’alléger le coût de la sécurité sociale. On le voit, introduire un changement n’est possible qu’à la condition d’adopter une approche systémique.

Premièrement, on peut cesser l’acharnement thérapeutique. Il coûte très cher et est inutile. Il est le reflet d’une société qui refuse la vie en niant la mort. Il serait préférable de développer à la place des services d’accompagnement aux mourants. Ensuite, il serait sage de promouvoir l’activité physique. Dans le secteur des médicaments il y a également quantité de médicaments qui ont un effet négligeable. Il serait préférable de promouvoir les médecines alternatives pour régler les problèmes bénins et alléger la facture.

Je pourrais allonger le raisonnement mais je pense avoir démontré l’essentiel : le pic aura un effet systémique. On ne peut amortir ses conséquences sans mener des réformes systémiques de notre modèle éducatif, bancaire, de santé, etc. Nous n’aurons pas besoin d’idéologues à la barre mais de gens réalistes et décidés, capables d’évoluer dans la complexité des crises successives sans chavirer. Métier ingrat, mal payé, et impopulaire.

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Quel rôle pour la démocratie dans le défi climato-énergétique?

Je viens encore de lire une salve de constats très pessimistes sur la crise écologique à laquelle l’humanité fait face. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est que les scientifiques commencent à dire publiquement ce qu’ils pensent tout bas: à savoir que « the earth is f*****…et nous avec. (cf. ce magnifique article de Naomi Klein: http://www.newstatesman.com/2013/10/science-says-revolt ).

J’avoue que je suis énervé car, passionné depuis toujours par la politique, et m’étant écarté par dépits de l’action publique, je fais un double constat. Premièrement, le fait que les problèmes sont connus…mais aussi des solutions directement opérationnelles. Deuxièmement, le fait que le système économique actuel est incapable de tendre vers ces solutions.

Et donc, nous voilà en proie avec cette vieille question : quel rôle pour la démocratie face au marché? Et donc, quel rôle pour l’Etat? Je pose ce constat, assez péremptoire, que le modèle actuel nie tout rôle actif à la démocratie. A mon sens, la démocratie n’est plus qu’une illusion, il n’y a plus de démocratie car il n’y a plus de capacité collective à décider des grandes orientations sociétales. Car c’est cela la démocratie, right?

L’Etat joue un rôle à la périphérie, il lui est nié toute capacité d’action en vue d’atteindre des objectifs précis. Je citais l’exemple concret de l’isolation du parc de logements, dans un état de délabrement total. Nous avons un stock de chômeurs, un secteur responsable pour 40% de la facture de mazout, une création potentielle d’emplois peu qualifiés…qu’attend-on pour à la fois créer de l’emploi, rendre notre économie plus résiliente face à des chocs pétroliers, diminuer notre déficit de la balance commerciale, créer de l’emploi, diminuer nos émissions de Co2 ?

Alors c’est là qu’émergent les questions. Fondamentalement, l’Etat peut-il décider de mener une politique d’isolation massive? Cela ne serait-il pas faire de la concurrence au sacro-saint marché? Et puis, quid d’imposer aux gens d’isoler leur logement?

Fondamentalement, se pose la question de la volonté collective et de sa légitimité. Comment passe t’on de l’individuel au collectif? On le sait, le marché nous dit que l’intérêt collectif est la somme des intérêts individuels. Autant dire directement que le collectif n’existe pas, il n’existe que des individus, l’individu prime sur la collectivité dans cette optique.

Or, la démocratie procède d’une logique foncièrement antinomique à celle du marché. La démocratie c’est la dictature de la majorité. Ou plutôt l’institutionnalisation pacifique d’un rapport de force. Le  postulat implicite de la démocratie c’est que l’intérêt collectif ( ou « général ») ne se résumerait pas à la somme des intérêts individuels. La démocratie, c’est la croyance en la capacité collective à transformer un programme politique dans le réel, right?

Dès lors, si, politicien, je me fais élire pour mettre en place une politique d’isolation massive des logements je dois pouvoir le faire concrètement, çàd traduire mon programme dans le réel, right? Or, en disant cela, je me suis fais traiter de communiste! On ma suggéré qu’on commencerait par isoler les logements, et puis autre chose, et qu’on finirait comme en 40.

Très bien, mais dans ce cas, si on est prié de ne toucher à rien, quel est le rôle du politique, si ce n’est d’en être réduit au rôle de simple figurant, de théâtre fantasque?

On peut postuler que le politique fasse émerger une volonté collective que le marché devrait réaliser. Tout cela ne tient pas debout…

Et donc, j’en reviens à ma question de base: quel rôle pour la démocratie aujourd’hui? Et quelle légitimité à agir (sachant qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs…) ? Car là, j’ai cette vive impression que c’est une institution qu’on conserve comme paravent pour donner l’illusion que chacun participe à la détermination des grandes orientations sociétales. Panem et circenses.

Si, par exemple, un politicien élu souhaite que les banques aient 100% de réserves, mesure qu’il a ardemment défendue dans son programme, on se doute bien que la mise en place concrète de cette mesure ne se ferait pas sans casser des oeufs. Concrètement, il y aurait des restructurations dans le secteur bancaire. J’ai argué que cette conséquence serait légitime, car reflet de la volonté démocratique, réaction assez indignée…

J’ai poussé la caricature plus loin en disant que si un politicien était élu sur la base du programme « interdiction de vendre Coca-cola sur le territoire national », qu’il devait légitimement pouvoir mettre en œuvre cette mesure. Indignation! C’est tout juste si je ne me suis pas fais traiter d’Hitler.

Je ne sais pas si le lecteur situe bien le malaise, le nœud du problème. Comment articuler collectif et individuel, d’une part, et répartir les rôles entre la démocratie et le marché, d’autre part. Mon constat étant qu’à l’heure actuelle, il n’y aurait plus de démocratie, au sens de la capacité d’un peuple à décider des grandes orientations collectives qu’il souhaite prendre pour l’avenir (mais je peux me tromper sur le sens à donner à ce terme…) ET de traduire celles-ci, concrètement, dans le réel.

Pour moi, tout est politique, absolument tout. On doit pouvoir discuter de tout. Je constate que notre survie collective est en jeu et que notre modèle actuel est incapable d’évoluer dans la bonne direction. Sachant que par « bonne direction » je postule l’existence d’une direction qui serait meilleure qu’une autre par rapport à des objectifs…politiques ! La priorité politique, selon moi, c’est de relever le défi climato-énergétique. Pourquoi ? Car il en va de notre survie collective. Si nous sommes morts, inutile de penser à danser. Or, les marchés sont incapables d’avancer spontanément vers cet objectif dans les temps requis.

On peut aussi décider que l’objectif en question ne peut être atteint, et que le statu quo lui est préférable. Très bien, mais décidons, collectivement. De mon point de vue, seule la décision démocratique porte la marque de la légitimité. Le marché n’est pas légitime, celui-ci doit être subordonné à la volonté démocratique. Je constate que cette position est très loin de faire consensus.

Comme dirait Méluche: « Nous on peut! »

En passant

Demain, l’effondrement ou la renaissance culturelle?

En 1972, une équipe de scientifiques du prestigieux Massachusetts Institute of Technology modélise le « Système-Monde » pour évaluer les conséquences d’une croissance exponentielle de la production matérielle et de la population humaine dans un monde fini. L’étude conclu à un effondrement intervenant avant la seconde moitié du XXIe siècle. Ses conclusions seront raillées, marginalisées, surtout par les économistes, qui lui reprochent une vision malthusienne. 40 ans plus tard, les données empiriques confirment le scenario du dépassement, suivi de l’effondrement. Où allons-nous ?

Tout organisme vivant se maintient en vie grâce à un afflux constant d’énergie. L’économie est un organisme vivant, elle puisse de l’énergie et de la matière dans son environnement pour transformer cette matière en capital productif et en biens et services de consommation. Au cours de ce processus de transformation, l’énergie est irréversiblement dissipée sous la forme d’un travail et de chaleur : c’est la Loi de l’entropie.

La croissance de tout organisme a un coût métabolique. Pour croître en complexité, un organisme vivant a besoin d’être « nourri » par un flux d’énergie toujours plus important. Depuis le début de la révolution industrielle, la taille de l’économie humaine croît exponentiellement. Du point de vue de la longue histoire humaine, cette croissance est une anomalie. Le degré de complexité de l’embryon de civilisation globale est nettement supérieur à celui de la plus complexe des civilisations du passé : l’Empire romain.

Ce degré de complexité de notre civilisation trouve son origine dans l’exploitation toujours plus accélérée du stock d’hydrocarbures que l’homme a découvert dans la lithosphère. Le charbon, le gaz et le pétrole sont des ressources stock non renouvelables que la nature a mis des millions d’années à synthétiser. La découverte des technologies permettant de les exploiter, le moteur à vapeur et le moteur à combustion, a ouvert une ère de prospérité sans précédent. Il ne faut néanmoins pas confondre cause et conséquence, la foi dans le rêve prométhéen du Progrès éternel est un mythe civilisationnel.

En effet, tout organisme vivant, toute civilisation, voit son développement limité par une contrainte thermodynamique : le surplus net d’énergie dont il dispose. La pensée économique occidentale n’intègre pas cette contrainte. En sciences économiques, le travail et le capital sont les seuls facteurs de production. L’énergie est le trou noir d’une science née avec Adam Smith à l’aube de l’ère de l’opulence énergétique. Durant l’ère d’abondance caractérisée par la disponibilité d’un subside énergétique en apparence illimité, cette objection n’apparaissait pas pertinente car la civilisation pouvait, à court terme, évoluer en dehors de toute contrainte thermodynamique.

Cette situation est en train de changer. En 2010, l’Agence Internationale de l’Energie a confirmé que le pic de production du pétrole conventionnel a été atteint en 2006. Le pic de production total a été atteint en 2008. Depuis 2004, l’offre de pétrole stagne. La théorie du plateau ondulant explique très bien comment la réalité physique du processus économique a repris ses droits : l’économie globale croît, l’offre et la demande pétrolière croissent jusqu’à ce qu’on s’approche du maximum de production de l’époque, ce qui fait monter le prix du baril. Lorsque le prix atteint un niveau trop élevé, l’économie entre en récession, ce qui débouche sur une destruction de la demande. La consommation baisse suite à quoi on repasse sous le maximum de production actuel, le prix du baril baisse. Cette situation va perdurer jusqu’à ce que la production de pétrole non-conventionnel (sables bitumineux, huiles de schistes, pétrole off-shore, etc) ne puisse plus compenser le rythme de déplétion des champs de production de pétrole conventionnel (on shore).

L’économiste E.F. Schumacher introduisit la distinction entre économie primaire et économie secondaire. L’économie primaire englobe les secteurs qui produisent le surplus net d’énergie  (par exemple, l’industrie pétrolière, l’agriculture, les charbonnages, etc.). L’économie secondaire utilise cette énergie pour transformer de la matière en biens et services. Or, la production de pétrole non-conventionnel est très intensive en capital et en énergie. Aujourd’hui déjà, des ressources financières colossales doivent être prélevées sur l’économie secondaire pour financer la production du surplus énergétique net produit par l’économie primaire, ce qui se fait au détriment de la croissance de l’économie secondaire.

Ceci implique que, dans un premier temps, la croissance physique de l’économie secondaire (i.e. plus de biens et de services) va s’arrêter. Dans un second temps, la production de pétrole non-conventionnel ne permettra plus de compenser le rythme de déplétion de la  production de pétrole conventionnel. A ce moment, étant donné que la Terre ne peut importer du pétrole, il y aura, chaque année, de moins en moins de pétrole disponible : le surplus d’énergie « nourrissant » l’économie secondaire va diminuer.

D’un point de vue théorique, ceci est très problématique. Lorsqu’un organisme vivant croît en complexité, il se transforme qualitativement. Concrètement, l’économie ne produit pas plus de la même chose. L’introduction de nouvelles technologies transforme qualitativement le processus économique. Les composantes du système accélèrent leur intégration et renforcent leur interdépendance dans un processus de destruction créatrice. Ceci explique pourquoi lorsque l’afflux d’énergie dans le système diminue, celui-ci s’effondre brutalement plutôt que de revenir au stade de complexité antérieur en se contractant progressivement. Notre civilisation « croissantiste » est dans une impasse.

L’énergie n’est pas illimitée. Elle a, de tout temps, constitué le facteur limitant, la ressource la plus rare pour tout organisme vivant évoluant sur Terre, un environnement fini. L’énergie, dans sa définition la plus pure, est un pouvoir de transformation. Or, donner un pouvoir de transformation illimité à une espèce évoluant dans un environnement limité s’apparente à donner un bidon d’essence à un pyromane pour mettre le feu à une maison de paille. Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et des terres, la « question écologique », sont l’expression du pouvoir de transformation que l’homme a acquis sur son environnement en exploitant le stock d’hydrocarbures. Grâce à ce pouvoir de transformation, en apparence illimité, la taille de l’économie humaine est devenue trop importante par rapport à celle de son environnement que pour ne pas le détruire irréversiblement. C’est un « problème » puisque la survie de notre espèce dépend de la qualité de l’air que nous respirons, la stabilité du climat, l’accès à l’eau potable, etc. Notre espèce est en situation de dépassement.

A moins d’une prise de conscience à l’échelle planétaire, l’avenir s’annonce sombre. En effet, d’une part, aucun substitut au pétrole n’existe. En effet, le pétrole possède des propriétés qualitatives inégalables : facilement extractible, liquide, transportable, il contient une énergie très concentrée. En outre, il intervient dans la fabrication de presque tous les objets du métabolisme industriel. Enfin, la mondialisation, qui n’est autre qu’une spécialisation des tâches à l’échelle du monde, est possible grâce au pétrole bon marché.

D’autre part, notre espèce doit réduire drastiquement l’empreinte de son activité sur la biosphère ou se condamner à l’autodestruction.

L’Histoire nous apprend qu’une transition énergétique prend plusieurs décennies. Nous ne sommes pas passés du bois au charbon et puis du charbon au pétrole en un claquement de doigt. L’appareil de production doit se réorganiser qualitativement pour devenir adaptif aux caractéristiques (stock vs flux, continu vs intermittent, coût, etc) de la nouvelle source d’énergie. Le coût et l’échelle (le monde) de cette transition donne le tournis. Mais, en vérité, parler de « transition » dans ce contexte est inapproprié puisqu’aucun substitut n’existe. Le changement ne peut être qu’adaptatif ou maladaptatif.

Le fait qu’aucune solution traditionnelle n’existe s’explique logiquement. Le Pic pétrolier n’est pas un « problème » stricto sensu. Un problème peut être résolu en accroissant le degré de complexité d’un système par le biais de l’innovation. Or, la résolution d’un problème a un coût métabolique, cela requiert de l’énergie. Par exemple, les civilisations agricoles avaient des problèmes d’irrigation de leurs terres qu’elles ont résolues en développant un système d’irrigation très performant. L’administration de ce système avait un coût métabolique : il fallait payer des fonctionnaires pour administrer les canaux d’irrigation. Ici, l’enjeu est de diminuer le degré de complexité du système de façon adaptive.

En conclusion, le pic pétrolier signifie que l’afflux d’énergie dans le système va diminuer. L’avenir est incertain car celui-ci va être forcé de se déplacer d’un état thermodynamique A vers un état thermodynamique B qualitativement différent. Au plus le système essaie de prolonger le statu quo, au plus la rapidité des changements sera violente et imprévisible. Il se pourrait même que le système s’effondre complètement si le choc permanent et continu ne s’accompagne pas de changements adaptatifs de toutes ses composantes.

Le système économique et ses institutions, la démocratie représentative, les marchés, le système financier, sont adaptifs à la croissance. Par exemple, le remboursement de la dette avec intérêts exige de la croissance. Le financement de la hausse du coût des pensions et des soins de santé exige de la croissance. L’analyse des systèmes révèle que le système ne pourra survivre aux chocs énergétiques qui s’annoncent sans se transformer, c’est physiquement impossible.

Entre chaos et révolution culturelle, duquel côté l’Histoire basculera t’elle?

Pic pétrolier : traduction en mots d’un sentiment d’urgence.

 Lorsque j’évoque la question du pic pétrolier, dont je suis devenu, par la force des choses, un spécialiste, je me heurte à trois convictions biens ancrées dans l’imaginaire collectif qui tiennent du fantasme. Premièrement, l’idée que le problème est bien compris, « qu’on sait ». Deuxièmement, l’idée « qu’on trouvera bien une solution ». Troisièmement, l’idée que « l’urgence n’est pas là », que « nous avons le temps ». Ces trois croyances sont fausses, et donc dangereuses.

Comprendre l’enjeu du Pic dans toute sa dimension requiert une approche systémique et des connaissances transdisciplinaires, ce qui n’est pas l’apanage de notre système éducatif. Ce papier vise à exposer les trois points suivant : (1) la nature du problème, (2) son caractère insoluble au sens où on l’entend traditionnellement, (3) son caractère urgent.

Une compréhension systémique du problème :

Le raisonnement trouve son point d’ancrage in abstracto dans la théorie des systèmes et de la complexité. Un système est un ensemble constitué d’éléments en interaction. Par exemple, des atomes, des molécules, des organes, des êtres humains, des entreprises, des Etats, etc. Il est appelé complexe lorsque son évolution et son comportement ne peut être prédit à l’avance.

La physique nous apprend qu’un élément en mouvement a besoin d’énergie. Les éléments d’un système nécessitent de l’énergie pour être en interaction. On sait que tout organisme vivant, une plante, un animal, un humain, une économie, est un système qui se maintient en vie en puisant de l’énergie et de la matière dans son environnement, c’est un système thermodynamique ouvert. Sans cet afflux d’énergie, un organisme meurt, il tend vers ce qu’on appelle l’équilibre thermodynamique. L’afflux d’énergie dans le système doit être renouvelé en permanence car l’énergie se dégrade lorsqu’elle est utilisée.

On sait qu’un système peut croître en complexité si l’afflux d’énergie dans le système augmente. La complexité se mesure par trois facteurs : l’interconnectivité des composants du système, la vitesse de leurs interactions et leur interdépendance. Lorsque le système croit en complexité, il s’éloigne de l’équilibre thermodynamique, ce qui nécessite un afflux plus important d’énergie. En d’autres termes, le coût métabolique de maintenance du système augmente.

Enfin, on sait que lorsque le système croît en complexité il se transforme qualitativement. Ceci explique pourquoi, lorsque l’afflux d’énergie dans le système diminue, celui-ci s’effondre, plutôt que de se contracter pour revenir à l’état de complexité inférieur.

A présent, visualisons comment on peut appliquer ces concepts à l’économie. L’économie est un système thermodynamique ouvert. Elle puise de l’énergie et de la matière dans son environnement. Avec cette énergie, elle transforme de la matière pour en faire des biens de consommation et du capital productif. Au plus elle puise de l’énergie dans son environnement, au plus elle peut augmenter le nombre d’interactions entre ses composantes (les entreprises par exemple) ainsi que la diversité et le nombre des biens fabriqués. En d’autre termes, elle croît en complexité. Par exemple, de nouveaux métiers et marchés apparaissent.

Toute civilisation croît en complexité grâce au surplus d’énergie qu’elle puise dans son environnement. Toute civilisation complexe avant la nôtre (l’empire romain par exemple) a pu croître en complexité en extrayant un surplus énergétique à partir de l’exploitation agricole de la terre. Les plantes  produisent ce surplus. Elles captent les rayons solaires, un flux d’énergie, au travers du mécanisme de la photosynthèse. On les appelle les producteurs primaires car sans elles la vie sur Terre serait impossible. En effet, les herbivores se nourrissent des plantes et les carnivores se nourissent d’herbivores. Chacun d’eux est un système thermodynamique ouvert qui se maintien loin de l’équilibre thermodynamique (la mort) en extrayant le surplus énergétique nécessaire à sa survie dans son environnement. Les animaux sont des producteurs dits « secondaires ». 

Les hommes, producteurs secondaires,  ont appris a exploiter au mieux le revenu énergétique tiré de la terre. En domestiquant les plantes et des animaux, ils ont peu à peu réussi à maximiser le surplus alimentaire tiré de l’exploitation des terres. Ce surplus alimentaire a permis à notre espèce de se multiplier et de dégager des ressources pour permettre à une partie de la population de se consacrer à d’autres activités que l’extraction du surplus alimentaire. En accroissant leur degré de spécialisation et leur nombre, les hommes ont réussi à produire plus, l’économie des hommes s’est peu a peu éloignée de l’équilibre thermodynamique, elle a crû en complexité.

A mesure qu’une civilisation croît en complexité, les coûts de maintenance du système augmentent car, comme déjà précisé, la croissance a un coût métabolique. Dit autrement, il faut plus d’énergie pour croître, ce qui signifiait pour les civilisations avant la nôtre qu’il fallait soit augmenter le rendement thermodynamique des terres, avec la technologie ou en travaillant plus, soit mettre de nouvelles terres en jachère.

La civilisation industrielle est beaucoup plus complexe que la plus complexe des civilisations agricole, l’Empire romain. Au regard de la longue histoire humaine, c’est une anomalie. Son degré de complexité, la civilisation industrielle le doit à la découverte d’un subside énergétique et à la découverte de la façon de l’exploiter. Avec le moteur à vapeur et puis plus tard à explosion, les hommes ont trouvé le moyen d’exploiter les réserves d’hydrocarbures stockées dans la lithosphère. Le pétrole, le charbon et le gaz sont des ressources stocks que la nature a mis des milliards d’années à synthétiser. Ce stock est fini et non renouvelable car l’énergie se dégrade une fois qu’elle est utilisée pour produire du travail. Dit autrement, « les ressources fossiles, c’est du one shot ». Leur exploitation à donné aux hommes l’accès à une ère d’abondance sans précédent,l’âge de l’opulence énergétique.

Le surplus énergétique que nous procurent les ressources fossiles nous a permis de nous affranchir, pour la majeure partie d’entre nous, de la « contrainte » de l’exploitation directe de la terre, à laquelle notre survie fut, de tout temps, chevillée. La population humaine a été multipliée par 700 grâce à l’existence de ce surplus énergétique, une mesure de son succès biologique, mais qui est artificielle. L’exploitation des ressources fossiles a ouvert la voie de percées dans tous les domaines des sciences car nous avions les ressources nécessaires pour permettre à des gens d’étudier et puis de penser et d’expérimenter durant de longues années en vue de rendre intelligible le monde qui nous entoure. L’exploitation des ressources fossiles a permis à l’humanité d’effectuer de gigantesques percées technologiques en même temps qu’elle nous a donné cette illusion d’une toute puissance infinie. Le mythe prométhéen du Progrès infini est une affreuse méprise.

La société industrielle a pu croître à un rythme et un degré de complexité effrayant par comparaison aux autres civilisations. Cette croissance est le fait de l’exploitation à un rythme toujours plus accéléré d’un surplus d’énergie stocks. Le changement climatique, l’érosion des terres, la destruction des écosystèmes, sont la traduction de l’impact du pouvoir de transformation sur leur environnement que les hommes ont hérité de l’exploitation du stock d’hydrocarbure. Les hommes sont non seulement en train de dilapider leurs ressources les plus précieuses à un rythme effréné, mais en plus, la taille de l’économie des hommes par rapport à son environnement est devenu trop importante pour que celui-ci puisse se maintenir dans un état stable. C’est un problème car notre survie dépend de la qualité de l’eau que nous buvons, de l’air que nous respirons, des terres que nous exploitons, de la stabilité du climat.

A présent, j’espère que la nature du problème auquel nous faisons face apparaît clairement : à cause du pic pétrolier, l’afflux d’énergie dans le système thermo-industriel va diminuer, la civilisation industrielle va s’effondrer. Un effondrement au sens physique du terme signifie que le système change brutalement d’état qualitatif. Les coûts de maintenance du système étant trop élevés, le système doit se réorganiser pour réduire sa complexité.

Le caractère insoluble du problème

La masse des gens pense qu’une alternative au pétrole existe, c’est faux. D’une part, le pétrole possède des propriétés qualitatives inégalables : il est (était en fait) facilement extractible, liquide et donc facilement transportable, et il contient une énergie très concentrée. D’autre part, il intervient dans la fabrication de presque tous les objets du métabolisme industriel. Enfin, la mondialisation, qui n’est autre qu’une spécialisation des tâches à l’échelle du monde, est possible grâce au pétrole. Aucun substitut au pétrole n’existe. Vous pensez peut-être que cette affirmation est fausse, je vous invite à faire vos recherches. Il est probablement indispensable de préciser que la technologie n’est pas de l’énergie, elle permet éventuellement d’exploiter celle-ci plus efficacement, mais ce n’est pas de l’énergie.

L’histoire nous apprend qu’une transition énergétique prend plusieurs décennies. Nous ne sommes pas passés du bois au charbon et puis du charbon au pétrole en un claquement de doigt. Il faut que l’appareil de production se réorganise qualitativement pour devenir adaptif aux caractéristiques (stock vs flux, continu vs intermittent, rendement thermodynamique, coût, etc..) de la nouvelle source d’énergie utilisée. Le coût d’une transition est très important, et l’échelle (le monde) de cette transition donne le tournis. Mais surtout, pour être parfaitement honnête, parler de transition dans ce contexte est inapproprié puisqu’aucun substitut n’existe. En pareille circonstance, le changement ne peut être qu’adaptif ou maladaptif.

 Le fait qu’une solution traditionnelle au problème n’existe pas s’explique assez logiquement par la nature du problème. En fait, le Pic pétrolier n’est pas un « problème » au sens où il existerait une solution pour le résoudre. Un problème peut être résolu en accroissant le degré de complexité d’un système. La résolution d’un problème à un coût métabolique, cela requiert de l’énergie. Par exemple, les civilisations agricoles avaient des problèmes d’irrigation de leurs terres. Elles ont résolu ces problèmes en développant un système d’irrigation très performant. L’administration de ce système avait un coût métabolique puisqu’il fallait payer des fonctionnaires et des gens pour entretenir les canaux d’irrigation. Ici, c’est justement le contraire qui doit être fait : diminuer le degré de complexité du système de façon adaptive.

 En d’autres termes, le pic pétrolier signifie que l’afflux d’énergie dans le système va diminuer. Celui-ci va être forcé de se déplacer d’un état thermodynamique A vers un état thermodynamique B qualitativement différent. Au plus le système essaie de prolonger le statu quo, au plus la rapidité des changements sera violente et imprévisible. Il se pourrait même que le système s’effondre complètement si le choc PERMANENT (la production va diminuer continuellement) ne s’accompagne pas de changements adaptifs de TOUTES les composantes du système.

Nous avons aujourd’hui un système économique et des institutions, la démocratie représentative, le marché, le système financier, qui sont adaptifs à la croissance. Par exemple, le remboursement de la dette avec intérêts exige de la croissance.Le maintien des acquis sociaux de l’Etat-Providence exige de la croissance. Ces institutions vont essayer de maintenir le statu quo dont dépend leur survie le plus longtemps possible. Ceci est normal mais ne signifie en rien qu’elles ne devront pas pour autant s’adapter à la nouvelle réalité physique du monde ou disparaître. Ainsi, le système financier actuel basé sur la croissance exponentielle de la dette exige que l’activité économique croisse pour que la dette soit remboursée avec intérêts. Si la taille de l’économie se contracte physiquement, ces dettes ne pourront jamais être remboursées. Il faudra soit que le système financier implose (déflation) ou explose (hyperinflation). Le coût métabolique de la démocratie et de son armée de fonctionnaires sera trop grand, il faudra que l’Etat diminue de taille et décentralise ses niveaux de gouvernance ou alors ce sera la dictature. La dictature permet à court terme de réduire les coûts de transactions de la démocratie et donc de regagner une marge adaptive. A plus long terme, un régime dictatorial est très instable puisqu’il nourrit l’instabilité sociale du fait de son manque de légitimité. Les marchés devront être réencastrés dans le contexte social pour recréer de la confiance entre les gens, confiance indispensable au commerce.

Enfin, il est évident qu’une démographie galopante est un facteur aggravant. Un autre facteur aggravant est le fait que les élites essaient à tout prix de prolonger un statu quo intenable. L’analyse suggère qu’à long terme elles mettent leur survie en danger car le système ne peut survivre sans se réorganiser, c’est physiquement impossible. On ne négocie pas avec les Lois de la physique.

Le caractère urgent du problème

La production de pétrole stagne depuis 2004. Nous sommes sur un plateau de production. Ceci est dû à deux facteurs : premièrement, la destruction de la demande dûe à la récession économique qui frappe le monde. Deuxièmement, le fait que la production de pétrole conventionnel, environ 76millions de barils par jour sur un total de 86 millions, est en phase de déplétion à concurrence de 4 millions de barils par an. Il faut donc, chaque année, rien que pour maintenir le niveau de production constant, développer l’équivalent de 4 millions de baril par an de nouvelles capacités. Pour l’instant, la mise en production de pétrole non -conventionnel (sables bitumineux, off-shore, gas to liquid, coal to liquid, etc) parvient à compenser la déplétion des champs traditionnels, mais, sans entrer dans les détails, cette production finira aussi par plafonner. A ce moment là, nous entrerons en phase de déplétion. Il y aura, chaque année, de moins en moins de pétrole à consommer. Comme le monde ne peut importer du pétrole, la question de la répartition de ce surplus reste en suspend. Il faut s’attendre à des guerres de ressources, très probablement, et à un rationnement imposé par les gouvernements. En d’autres termes, une fois qu’on passera le point critique de la phase de déplétion, il est très improbable que le marché continue à allouer l’offre pétrolière via le mécanisme des prix, mais la question reste en suspend.

Il est impossible de faire un pronostic sur l’avenir bien qu’il est certain que nous entrons dans une phase qualifiée de « révolutionnaire », si on regarde les choses d’un point de vue social. Si on regarde les choses d’un point de vue physique, on peut dire que le système entre dans une phase chaotique prélude à sa réorganisation. Il évolue depuis deux siècles dans des bandes de fluctuation relativement stables. Les récessions ou les périodes de surchauffe que l’économie a connue depuis deux siècles n’ont pas entamé irréversiblement la capacité d’absorption des chocs par le système, ce qui l’aurait forcé à transformer qualitativement sa dynamique de fonctionnement. Le pic pétrolier va obliger le système à sortir des bandes de fluctuations dans lesquelles il peut survivre. Demain est un autre monde.

Voici ce que je pense : à court et moyen terme, nous allons assister à la fin de la croissance physique. Je ne parle pas ici de certaines zones du globe mais de l’économie globale. On devrait assister à une montée progressive du chômage due à la pression démographique et à une destruction de la dette (déflation dûe au deleveraging). L’inflation devrait rester relativement basse à court moyen terme, mais les gouvernements vont faire tourner la planche à billets pour refinancer leur dette et contrer la pression déflationniste exercée par la destruction d’activité. A long terme, nous aurons une hyperinflation lorsque l’économie commencera à se contracter physiquement à cause du fait qu’on entre en phase de déplétion. En effet, il y aura chaque année de moins en moins de biens produits par rapport aux liquidités en circulation.

Une fois entré en phase de déplétion, le système va s’effondrer. Ceci signifie que des métiers vont disparaître (déspécialisation), ce qui provoquera des mouvements migratoires. Nous assisterons également à des actes de violence, dont le nombre et la gravité sera fonction des caractéristiques socio-démographiques des populations. Une population ayant érigé la compétition et l’individualisme au rang de ses valeurs cardinales a beaucoup moins de chances de s’en tirer par le haut qu’une population mettant prioritairement l’accent sur le sens de la communauté et de la coopération.

La rapidité et l’ampleur de l’effondrement sont impossibles à évaluer puisque le rythme de déplétion est inconnu. Il est par exemple tout à fait envisageable qu’un pays sécurise militairement son approvisionnement au détriment d’autres pays. Dans ce cas, l’effondrement serait extrêmement brutal dans certaines zones là ou d’autres pays pourraient juste avoir à réorganiser leur appareil de production pour recommencer à produire des biens jadis importés. Ce faisant, ces pays parviendraient à relancer leur l’appareil productif et donc à surmonter les tensions sociales inhérentes à la destruction d’activité. Il est également possible que le monde se mette d’accord pour répartir de façon démocratique le surplus pétrolier. Dans ce cas, le scénario d’avenir serait tout à fait différent.

En maximisant le pourcentage de la population éduqué à la pensée systémique et à la problématique énergétique, on maximise la capacité adaptive d’une société puisque les gens ne peuvent prendre les bonnes décisions de façon décentralisée que s’ils ont les bonnes clés d’interprétation des faits. En l’absence d’une bonne compréhension de la nouvelle réalité économique, les gens préféreront voter pour l’ordre au sacrifice d’une partie de leur liberté. L’enjeu n’est pas trivial.

Transition énergétique: comment communiquer efficacement?

Si vous avez atterri sur ce Blog, ce n’est probablement pas par pur hasard. C’est que vous vous posez des questions, et, apparemment, les bonnes questions. En me lisant, vous pourrez vous apercevoir que je n’y vais pas avec le dos de la cuillère. Mon but ici est moins de convaincre que d’amorcer un questionnement chez mes lecteurs, c’est pourquoi j’ai tendance à chercher la faille, la flèche, qui pourrait déclencher ce questionnement.

Comme la plupart des gens,vous avez un job, peut-être des enfants, et relativement peu de temps à consacrer à des activités politiques ou à l’écriture. Ceci n’est pas un prétexte pour ne rien faire. Car il y a toujours quelque chose à faire, sans y investir son âme.Donc, comment s’y prendre, individuellement, pour sensibiliser les gens à la question énergétique?

L’économie peu se comparer à un gigantesque écosystème avec des espèces possédant chacune des caractéristiques génétiques et sociologiques propres. Pour déclencher le questionnement chez une personne, il faut trouver la bonne clé, ce qui requiert une grande faculté d’empathie. Ceci demande un peu d’exercice, mais l’idée est de se mettre dans la peau de votre interlocuteur et d’ajuster la trajectoire de votre flèche pour le toucher en plein cœur. Croyez-le, nul n’est infaillible. Ceci ne signifie pas pour autant qu’il faille vous mettre tout le monde à dos. En démocratie, 51%, c’est énorme. 25%, c’est un score qui permet de peser sur les événements. Donc, inutile de chercher à susciter le questionnement chez des gens hermétiquement fermés à toute discussion. Vous vous heurterez à un mur de certitudes, de clichés et de préjugés qui risque bien de vous ébranler.

Alors, comment faites vous pour sensibiliser des gens à la question énergétique, à votre niveau? Le moyen le plus efficace, à mon avis, c’est de procéder par ricochet. Identifiez d’abord les individus au fort potentiel de leadership dans votre entourage. Il existe beaucoup de types de leaderships donc je ne vais pas vous en donner une liste ici. Ce type d’individu aime les défis, donc, mettez le au défi, mais en respectant le principe d’empathie (i.e. un défi à sa mesure). Une question plutôt qu’une affirmation me semble plus efficace pour soulever un questionnement. Une fois ces personnes convaincues, elles se chargeront elles-mêmes, dans leur sphère d’influence, de susciter le questionnement auprès de leur entourage.

En définitive, c’est la force de l’exemple qui donne du charisme à une personne.Par exemple, les paons portent une queue qui pèse lourd. D’un point de vue évolutionniste, c’est un handicap (manque de réactivité face à un prédateur). Néanmoins, ce handicap devient un atout pour séduire les femelles  paons qui voient que ces individus arrivent à survivre malgré leur handicap relatif. Un individu résilient possède une force intérieure, une tranquillité et une confiance inspirante en période d’incertitude, vous pouvez devenir cette personne. Attention toutefois, évitez de vous replier sur vous-même. Quelqu’un en dehors du système perd toute influence. Et puis, le but ici n’est pas de devenir un martyr mais bien d’avancer avec force et confiance vers un avenir meilleur. De tout temps, des hommes et des femmes ont ouverts des possibles meilleurs à leur prochain. Lorsque vous serez parvenu à vous affranchir de vos peurs, tout en continuant à expérimenter le doute, vous posséderez une flamme intérieure source de vie et de rayonnement. Avant d’en arriver à ce stade, il vous faudra passer par cinq phases: le déni, la colère, le marchandage, la dépression, et, finalement, l’acceptation.

Au final, chacun n’est qu’un maillon d’une énorme chaîne d’interactions. Donc, on n’est pas grand chose. D’une part, il est illusoire de se dire qu’on peut, seul, influer sur la marche du monde, et, d’autre part, qu’on possède toutes les réponses. On n’est pas grand chose mais pas rien non plus. Tout est question d’équilibre. Rien ne sert de courir plus vite que la réalité, avoir raison trop tôt n’est jamais bon. Et s’il est trop tard, et bien, pourquoi s’en faire? Rien n’est écrit à l’avance, la théorie du chaos nous le confirme.

Enfin, nul n’est infaillible. Vous n’êtes pas Jésus, vous aussi avez vos « pêchés », vos angoisses, vos failles, vos incohérences, c’est humain! La meilleur façon de se protéger contre les agressions que vous devrez encaisser, c’est de vous présenter comme quelqu’un qui pose des questions, sans nécessairement avoir les réponses. Il vous sera alors beaucoup plus facile de ne pas vous attirer les foudres des personnes que vous cherchez à sensibiliser. La co-construction d’un raisonnement dans un dialogue réciproque (« tu me dis ceci, je te réponds cela, … ») abouti presque toujours à des résultats probants et renforce vos liens interpersonnels, ce qui vous apportera beaucoup de bonheur (dialectique).

J’applique tout de suite ce que je dis : si vous avez des remarques à me faire partager, sentez vous libre de les poster sous ce post!

Conversation d’un ours polaire avec un scientifique: le changement climatique, c’est grave docteur?

« Le changement climatique, c’est grave docteur ? »

En fait, ce n’est que la partie de émergée de l’Iceberg, les scientifiques pensent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère : l’Anthropocène.

« C’est quoi « l’anthropocène » ? »

Eh bien, les stratigraphes découpent le temps en « ères géologiques ». Ils raisonnent sur 400 milliards d’années. Ils pensent que l’être humain est aujourd’hui devenu la première force de transformation de la planète.

« Ah bon, plutôt chouette ça,non ? »

Non, la Terre est un univers fini dans lequel le vivant et le non-vivant sont interconnectés. La toute puissance humaine est une illusion, l’homme n’est pas en dehors de la nature.

« Quelle toute puissance humaine ? »

Le feu thermo-industriel. La puissance que lui procure la découverte de l’énergie fossile, cette formidable réserve d’énergie stockée dans les entrailles de la terre.

« Ça veut dire que l’humanité est foutue ? »

En publique on essaye de paraître optimiste mais beaucoup moins en coulisse…

« Pourquoi ? »

Parce que le catastrophisme n’amène pas les gens à agir.

« Et pourquoi les gens n’agissent t-ils pas ? »

Parce que nous sommes des sauterelles. Comme toute espèce, l’être humain se développe tant que la nature ne lui impose pas des limites. Les humains sont une « espèce K » comme disent les biologistes, va voir la définition au dictionnaire.

« Mais est-ce tout ? »

Non, non, en fait, il existe de nombreux mécanismes génétiques et culturels  qui empêchent le changement. Ces mécanismes sont hérités de l’époque où nous vivions en tribu nomade, dans une situation de rareté. Dans une société d’abondance, ces mécanismes sont devenus « maladaptifs » comme disent les scientifiques.

« Est-ce la fin de l’Histoire ? »

Eh bien, l’espèce humaine possède le potentiel de son autodestruction, c’est clair. Mais la vie en a vu d’autre, toute espèce est mortelle.

« Dès lors, pourquoi s’en faire ? »

Parce que dans un monde fini aux ressources rares, seuls les individus au plus grand potentiel d’adaptation survivront…

« Allons-nous connaître des guerres, des révolutions, le retour des totalitarismes ou la démocratie est-elle capable d’anticiper les problèmes ? »

Plutôt les 3 options négatives.

« Ah mais vous êtes plutôt d’une nature pessimiste vous ! »

Non, juste un scientifique. Je n’en veux à personne, suis en paix avec moi-même, mais je sais que c’est ce qui va se passer.

« Pourquoi continuer à informer les gens alors ? »

Car l’espoir fait vivre, c’est humain.

« Un conseil à donner aux gens ? »

Non, si ce n’est de s’informer sur ce que veut dire le mot « résilience ». De toute façon, je peux vous donner des conseils, il n’y a qu’à se baisser, vous les connaissez, mais vous ne les appliquerez pas. L’être humain n’est pas pleinement autonome, c’est un mythe. Il fait partie d’un corps social et son plus grand désir est celui d’être reconnu. Il est naturel pour lui de jouer les règles du jeu du système. Il faudrait qu’il comprenne les règles du jeu avant d’espérer les changer. Et une fois qu’il les connaît, il faut qu’il se refuse à les exploiter à son propre profit, un fameux dilemme moral. Peu d’esprit on cette capacité de résilience. Les élites ont très bien conscience de la nécessité de bifurquer, mais chacun cherche à assurer son petit confort, à éviter de prendre des risques pour le bien collectif. C’est humain, chacun essaye de survivre.

« Et des solutions existent ? »

Oui, mais il faut que chacun accepte de remettre en question son mode de vie pour le bien collectif.

« Et cette remise en question est-elle profonde ? »

Oui, elle concerne tous les domaines de la vie.

C’est pour cela que le changement ne sera pas endogène mais exogène, il viendra d’un choc externe, le système devra se réorganiser sous peine de s’écrouler. Ceux qui l’on comprit passent pour des demeurés aujourd’hui.

Prophétie Maya, fin du monde et effondrement de la civilisation: la réalité face aux Mythes

Assistons nous à la fin du Monde? Chacun se souvient de la funeste prévision du calendrier Maya qui prévoit un effondrement en 2012. L’idée d’un fin du Monde est aussi vieille…que le monde. Et pourtant, l’Histoire montre que les civilisations naissent, grandissent, stagnent et meurent. Jared Diamond  dans son livre « Collapse » (effondrement en français) et Joseph Tainter dans son livre « The Collapse of complex societies » s’intéressent à ces phénomènes historiques. Ils ont revisité l’histoire pour identifier des facteurs à l’origine du déclin des civilisations. Aujourd’hui, en ces temps incertains, ces deux auteurs bénéficient d’une assise importante.

Pour ma part, voici un moment que je cible mes lectures sur les rapports entre énergie-entropie-dette-croissance et monnaie. J’ai été amené a m’intéresser à des auteurs tels le britannique Frederick Soddy (1877-1956), prix Nobel de chimie en 1921, l’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950),  l’économiste-mathématicien roumain Nicholas Georgescu-Roegen (1904-1996) et l’économiste américain Herman Daly (1938- ). Il existe une filiation évidente entre ces quatre auteurs. Aujourd’hui, le physicien Reiner Kümmel et le physicien-économiste Robert Ayres peuvent être considéré comme les deux grands héritiers de l’héritage intellectuel de ces quatre auteurs.

En substance, que nous disent-ils?

Premièrement, on peut affirmer que leur pensée à posé les jalons d’un nouveau paradigme en sciences économique: la bioéconomie ou l’économie écologique. Le consensus de ces auteurs est que la sciences économique, la science des choix en situation de rareté, doit être fondée sur la théorie scientifique. Historiquement, les sciences exactes ont connu trois Révolution: Newton, Darwin et Carnot. Newton introduit la mécanique classique. Sans aller dans les détails, cette branche de la physique permet de calculer et de prédire à tout instant « t » la position dans l’espace d’un objet, son accélération, et le temps requis pour qu’il touche le sol. Darwin introduit l’évolutionnisme et la notion de spéciation. Enfin, Carnot introduit la thermodynamique et ses phénomènes irréversibles. La thermodynamique est la science de la transformation des flux d’énergie et des stocks de matière.

La science économique, dans sa tentative de devenir une science prédictive, fut fondée sur le paradigme de la physique mécanique, elle n’a jamais connu de « révolution paradigmique » depuis. Or, tous les phénomènes économiques s’apparentent bien d’avantage à des phénomènes thermodynamiques que mécaniques. L’objectif du processus économique est de transformer un stock de matières premières pour le rendre valorisable au yeux des consommateurs ( valeur évaluée subjectivement par celui-ci). Tous les êtres vivants obéissent aux lois de la thermodynamique. Ils « avalent » de l’énergie (sous forme de nourriture) pour fonctionner  et rejettent des déchets (des excréments) en fin de processus. De même,  l’économie s’apparente à un être vivant, un métabolisme qui transforme de la matière et rejette des déchets dans l’environnement en fin de processus.

Quelles sont les implications révolutionnaires de cette nouvelle conception de l’économie, et en quoi peut-elle nous apporter un éclairage scientifique par rapport au phénomène d’effondrement des sociétés au terme d’un long processus de maturation?

La thermodynamique est une science complexe, mais chacun à déjà entendu l’expression des ses deux lois. La première loi, appelée loi de conservation, indique que « rien ne se crée, rien ne se perd ». En d’autres termes, le stock d’énergie-matière contenu dans l’univers est constant. La seconde loi, née du mémoire du polytechnicien français Sadi Carnot en 1824, nous apprend que « tout se transforme ». Donc, si on combine les deux lois, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

La première loi ne remet pas en cause les principes de la mécanique, mais la seconde loi les complètent. La seconde loi introduit la notion d’entropie, toujours mal comprise et controversée.

Lorsque de l’énergie est convertie en travail mécanique pour faire fonctionner une machine, une partie de cette énergie est dissipée en chaleur. Ce processus est irréversible. La loi de l’entropie est une mesure du désordre physique. Elle nous apprend qu’à chaque transformation physique, le désordre dans le système augmente. Tous les organismes vivants luttent contre le désordre en absorbant de la matière-énergie de basse entropie. Ceci leur permet de lutter contre le désordre mais se fait au prix de l’augmentation du désordre dans le système dans lequel ils évoluent, c’est-à-dire l’univers. Le rendement marginal de cette lutte contre le désordre est décroissant puisqu’un jour chaque être vivant meure. Un homme naît, grandi, vieilli et meure.

La Terre est un système thermodynamique fermé, ce qui signifie qu’elle échange de l’énergie (la lumière solaire) avec l’univers. L’économie peut-être modélisée comme un sous-système du « Système Terre ». En clair, l’économie se développe physiquement dans l’environnent de la Terre, elle est prisonnière du ‘Vaisseau Terre ». Elle est ce qu’on appelle un système thermodynamique ouvert. Il s’agit d’un système qui échange de l’énergie et de la matière avec l’environnent. En clair, les hommes puisent de la matière-énergie dans leur environnement pour la transformer au cœur du processus économique. Une fois le bien usagé, il est rejeté dans l’environnement. Il existe donc bien des échanges de matière-énergie entre l’économie et l’environnement.

A mesure qu’une civilisation croît, elle devient dépendante d’un flux d’énergie de plus en plus important. Une augmentation du flux entropique qui la traverse signifie que davantage de molécules sont en mouvement au cœur du système. Dès lors, comme pour un organisme vivant, sa longévité dépend de l’efficacité avec laquelle elle lutte contre l’augmentation de cette  complexité, contre l’entropie.

La société est obligée d’innover dans tous les domaines pour gérer cette complexité sans quoi elle finit par s’écrouler progressivement sur elle même. Elle a recours à l’innovation technique (technologies), sociales (structures socio-institutionnelles), juridique (nouvelles normes). Si son taux d’innovation est décroissant elle doit consacrer une part toujours plus importante de ces ressources pour gérer sa complexité, et donc elle finit par stagner puis par s’effondrer. Des études sérieuses du physiciens Ayres montrent que le progrès technologique possède un rendement marginal décroissant. Par exemple, nous pensions il y a 20 ans qu’au début du siècle les voitures voleraient, on en est loin.

C’est là un premier élément de réponse à la question posée. Voici un second élément: à mesure qu’une société augmente sa complexité, et donc croît, se développe, elle augmente sa dépendance au flux énergétique qui permet de la « maintenir en vie ». Aujourd’hui, 85% de l’énergie primaire (i.e. découverte à l’état naturel dans la nature, sans transformation de l’homme) qui alimente notre économie, est issue de l’exploitation des fossiles (gaz, charbon, pétrole). Cette énergie est non-renouvelable et rejette massivement du CO2 dans l’atmosphère, ce qui est doublement problématique à long terme.  A court terme, l’économie est confrontée au problème des rendements marginaux décroissants des sources d’énergie exploitée d’une part, et de la technologie dont elle dépend pour assurer l’accès à sa nourriture vitale d’autre part. La prospective énergétique s’apparente au principe de la cueillette des fruits d’un arbre fruitier. On commence par récolter les fruits facilement accessible et puis on doit progressivement utiliser une échelle et faire des acrobatie toujours plus périlleuses pour accéder à l’énergie vitale contenue dans les pommes.

La recherche de pétrole suit les même principe. Depuis 1970, nous découvrons chaque année moins d’énergie que nous en consommons (3 barils consommés pour 1 découvert) alors que la demande agrégée d’énergie de toutes les économies du monde ne cesse de croître. Historiquement, nous sommes passés du bois, au charbon, au pétrole, au gaz et enfin, au nucléaire. Certaines de ses énergies sont plus compétitives que d’autres, ce qui explique pourquoi elles ont pris le devant de la scène. Reste que le pétrole possède toutes caractéristiques d’une énergie « parfaite »: il présente le triple avantage d’être liquide, facilement extractible, et de posséder un rendement thermodynamique intéressant.

Aujourd’hui, le retour net sur l’énergie investie, c’est-à-dire la quantité d’énergie investie pour extraire une quantité standard d’énergie (un baril de pétrole par exemple), ne cesse de diminuer. Ceci signifie que dans le contexte de hausse de la demande induite par l’industrialisation des pays « émergeants » (Chine, Inde, Brésil), le « système monde » doit consacrer une part toujours plus importante de ses ressources pour maintenir le flux entropique qui le traverse.

Si l’offre énergétique plafonne et que la part de richesse consacrée à la découverte, l’extraction, et l’acheminement de cette énergie est supérieure à la progression du taux d’efficacité avec laquelle la matière-énergie est utilisée pour produire des biens et services, l’économie est condamnée à se contracter progressivement.

Cette contraction produit du chômage, chômage qui se traduit par une hausse des prestations sociales et in fine , par un accroissement de l’endettement public. Le problème est qu’une dette est l’anticipation d’un droit sur une production physique future. Un individu s’endette, une société s’endette, un Etat s’endette, car il pense que ses revenus futurs lui permettront de rembourser le capital emprunté avec intérêt. Ceci suppose donc, dans le monde matériel, une croissance de la production physique des biens et services. Si la dette augmente plus vite que la croissance réelle de la production matérielle, elle constitue une véritable pyramide de Ponzi, condamnée a s’écrouler le jour où la production se contracte. Concrètement, ceci doit se traduire par une explosion du système financier (hyperinflation) ou par son implosion (déflation).

Des auteurs jouent les Cassandre, disant que l’économie mondiale a atteint ce point critique de non retour. Leur argument est que nous aurions  atteint le Pic pétrolier (« Peak oil » en anglais) en juin 2008, lorsque le prix du baril a culminé à 147$ le baril. Je ne développerai pas cette théorie dans le cadre de cette contribution mais ce qui est certain c’est que si l’offre d’énergie venait à plafonner, l’économie ne peut que se contracter à moins que le degré d’efficacité avec lequel nous transformons de l’énergie en bien et services (« Progrès thermodynamique » ou intensité énergétique) augmente plus vite que la hausse du prix de l’énergie. De telle sorte, les ressources supplémentaires devant être consacrées à l’extraction de l’énergie sont compensées par une faculté à produire autant (auquel cas l’économie stagne) ou PLUS (auquel cas l’économie peut continuer à croître avec les ressources non consacrées à cette extraction. Dans le cas contraire, je le répète, l’économie ne peut que se contracter progressivement. On peut alors commencer à parler d’effondrement.

Tout porte à croire que nous sommes entré avec la crise de 2007 dans l’ère de l’énergie chère. Il est IMPERATIF que nos sociétés réévaluent leur rapport à l’énergie et amorcent une descente énergétique. Dans cette optique, la relocalisation de la production, la promotion des transports en commun, l’isolation des bâtiments sont des priorités. La taxe carbone est le meilleur moyen de réorienter l’économie et les choix des consommateurs vers la « sobriété énergétique ».

A long terme, Pic pétrolier ou pas, le risque d’effondrement est bien réel car la contrainte climatique s’imposera à nous. L’Agence Internationale de l’Energie nous donne 5 ans pour agir afin de rester dans la zone d’une augmentation maximale de 2°C, considérée comme sûre par les scientifiques (en réalité, ce débat est très compliqué tant l’incertitude est patente). Donc, si nous souhaitons surfer entre les contraintes du Pic pétrolier, d’un effondrement du système financier et du changement climatique (qui n’est, soi dit en passant, que la partie émergée de l’Iceberg), il faut agir MAINTENANT.

Bienvenue dans le meilleur des mondes!

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