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Transition énergétique: les défis qui nous attendent en images

Chers lecteurs,

le Post Carbon Institute, un think tank américain, vient de publier une vidéo sur son site qui résume de façon ludique, objective et concrète, les défis de la transition énergétique:

Surtout, n’hésitez pas à la poster sur votre profile Facebook avec un petit mot pour allécher les badauds. Malheureusement, elle est en anglais, j’espère qu’un internaute la traduira dans le délai le plus bref.

Un Joyeux noël à tous!

Pic pétrolier et transition énergétique : petit manuel optimiste à l’usage du citoyen actif.

Après toutes mes lectures, j’ai eu l’idée de cet article pour exposer, brièvement, les enjeux et les conséquences pratiques du débat sur le Pic pétrolier (Peak Oil)

Avant d’aller plus loin, il me faut préciser trois choses :

  1. je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, mais réaliste. Je décris ce que je lis, et pas ce que je souhaiterais lire ;
  2. Ma méthode est le doute méthodique. Ma démarche s’apparente donc à celle du philosophe, celui qui cherche la Vérité en sachant qu’il ne la trouvera jamais. La grandeur d’un homme est fonction du nombre d’incertitudes qu’il est capable de supporter ;
  3. j’utilise la dialectique couplée à la méthode cartésienne (réductionnisme scientifique) et à la théorie de la complexité (transdisciplinarité). Ceci signifie concrètement que je vois les choses au macroscope et au microscope.

Prophètes de la Terreur, optimistes, réalistes : Comment y voir clair ?

Bon, sans aller plus dans les détails, résumons l’enjeu du débat sur le Pic pétrolier. J’ai lu beaucoup sur le sujet. Du côté des certitudes, voici ce que je peux avancer :

  1. On distingue deux camps. D’un côté, les scientifiques, géologues en particulier, plutôt pessimistes. De l’autre, on distingue les économistes, plutôt optimistes.
  2. La thèse des « Peakistes » (ndlr : les théoriciens du Pic) : nous aurions atteint le Pic en 2007. La hausse du baril de 20$ en 2000 jusque 147$ en juin 2008 a déclenché la crise financière de 2007, bien que les mécanismes de celle-ci fussent déjà en place. En gros, la hausse du baril est la goutte qui aurait fait déborder le vase. Le pétrole est une ressource non substituable et la production conventionnelle a atteint son maximum de production. Dans un contexte de forte croissance de la demande d’énergie (pays émergents), l’inertie du système économique est telle que la hausse des prix provoquée par la déplétion du stock de pétrole conventionnel ne pourra être compensée par un gain d’efficacité technologique, une réorganisation complète de l’appareil de production, et le développement de nouvelles sources de pétrole non conventionnel (sables bitumineux, biocarburants, gas to liquid, …). En somme, les peakistes disent que nous avons atteint les limites de la croissance économique et que, vu l’endettement et la complexité de l’économie mondiale, celle-ci va s’effondrer sur elle-même (rapidement ou progressivement, la question est en suspend). Pour eux, le Pic serait donc le point critique qui provoquerait l’effondrement de la civilisation industrielle.
  3. Les autres : ils pensent que nous entrons en effet dans l’ère de l’énergie chère mais que la théorie de l’effondrement est incorrecte. Ils pensent que le marché, seul (quelques uns), ou moyennant le recours à des instruments de politique économique tels la taxe carbone ou le marché des quotas de CO2 (pour la plupart d’entre eux), parviendra à résoudre le problème de la rareté. Premièrement, ils pensent que le marché va développer de nouvelles sources d’énergie (substitution et progrès technologique). Deuxièmement, ils pensent que la demande va s’ajuster pour éviter une trop forte tension sur les prix. Par exemple, les gens vont faire attention à leur dépense d’énergie, isoler leur maison, se déplacer moins, pour compenser la hausse du coût de l’énergie.

Question : entre  Prophètes de la Terreur et les autres, qui a raison ?

Première observation : les premiers tiennent comptent des arguments des autres, ce qui n’est pas nécessairement réciproque. Ma réponse est que le timing est crucial.

Quatre scénarios :

1. Effondrement brutal

Si la hausse du coût du baril est brutale, il est clair que l’économie va plonger. Les Etats-Unis et l’Europe sont surendettés, ils ne pourront encaisser un choc pétrolier. Dans une économie mondialisée, le risque d’un crash systémique est réel. Aux Etats-Unis, le risque d’effondrement est amplifié  pour plusieurs raisons clés :

–         des inégalités qui peuvent vite devenir insoutenable et dégénérer sur des actes de violence

–         une économie très vulnérable à un choc pétrolier : beaucoup de banlieues, grosses cylindrées, régime carnivore, surconsommation d’énergie, transports en commun peu développés, dette colossale, propension à la surconsommation qui s’est développée en addiction

–         un pouvoir oligarchique (lobby pétrolier et Wall Street)

2. Effondrement progressif

Si la hausse du coût de l’énergie est progressive et qu’on ne diminue pas l’intensité énergétique absolue de l’économie (quantité absolue) pour compenser cette hausse, une part toujours plus importante des ressources de l’économie devra être mobilisée pour produire cette énergie. Si le rythme de reconversion et les gains de productivité ne parviennent pas à compenser la hausse du coût de l’énergie, on assistera à une augmentation progressive du chômage qui débouchera sur une augmentation des prestations sociales, un endettement accru de l’Etat et, in fine, une hausse des taux d’intérêts payés sur la dette menant à l’éclatement du système financier global/ d’une zone monétaire/l’expulsion d’un ou plusieurs Etat(s) hors d’une zone monétaire (dévaluation compétitive) enclenchant des effets domino. Ce petit jeu peut durer longtemps avant que le système n’atteigne un point critique et bascule brutalement en zone chaotique.

3. Transition progressive

Le marché et les pouvoirs publics développent des synergies efficaces pour décarboniser progressivement l’économie. La société engage une course contre le temps et déclare la guerre aux gaspillages énergétiques. Elle comprend progressivement que l’économie est un gros moteur qui transforme de la matière et de l’énergie en biens et services mais que ce moteur est en train de se gripper (rendement thermodynamique décroissant). Toutes les forces de la société sont mobilisées pour investir dans les « négawatts ». Ceci signifie qu’on investi massivement dans les gains d’efficacité énergétiques, ce qui permet de libérer des ressources pour enclencher un cercle de reconversion vertueux et rembourser la dette. Le rythme de reconversion provoque des remous sociaux mais la vision et l’objectif triomphe des résistances au changement et de l’inertie générale qui s’est développée au cœur du système.

4. Transition rapide :

En plus des gains d’efficacité, les gens acceptent de remettre leur confort en question et deviennent des citoyens acteurs plutôt que des consommateurs passifs (sobriété énergétique). Ceci donne une base de légitimité au gouvernement pour agir et essayer d’accélérer la transition, en implémentant des politiques de soutien. La diminution de l’empreinte carbone devient un projet de société, les gens agissent et sont prêt à surmonter collectivement et solidairement les coups durs. La cohésion de la société s’en sort renforcée et on en sort tous par le haut : monde meilleur, plus juste, moins égoïste.

Question : Sur base d’une distribution de probabilité subjective, lequel de ces quatre scénarios est le plus plausible ?  

Les 3e et 4e sont, actuellement, fort improbables, car l’opinion publique est relativement peu sensibilisée à la question énergétique. Peu de gens ont une vision globale des choses, même ceux qui disposent d’une formation scientifique. La question énergétique recouvre bien davantage que les simples aspects techniques. Les aspects économiques, politiques, géopolitiques, sociologiques et anthropologiques de la question ne peuvent être éludés. Le dire n’est pas une forme d’arrogance, simplement la réalité.

Le second scénario est, actuellement, le plus probable. In fine, c’est une version édulcorée du premier scénario. Certains dominos tomberont après d’autres, mais on parle d’un jeu à somme négative.

Reste qu’il est impossible d’anticiper l’avenir. Un exemple devrait permettre de comprendre ceci:

Le prix de l’énergie augmente progressivement suite à quoi une part toujours plus importante de la population laisse sa voiture au garage pour se rendre à son boulot. Cette tendance fait chuter drastiquement la production de voitures. L’industrie automobile se trouve en faillite et la mobilité sur le marché de l’emploi est faible. Les tensions sociales sont telles que les pouvoirs publics doivent sauver une industrie condamnée avec de l’argent qu’ils n’ont pas, ce qui accroît encore un peu plus le fardeau de la dette. Le problème à long terme s’est amplifié.

A l’inverse, on pourrait imaginer que l’industrie automobile prend le pari de gagner la course contre le temps et met tout en œuvre pour créer des voitures moins gourmandes en énergie et compétitives (prix). Ceci libère des ressources pouvant être affectées à la production d’autres biens, ce qui enclenche un feedback positif. Le timing et la question des coûts sont cruciaux.

Autre scénario : la demande de voiture diminue mais la reconversion s’opère progressivement dans d’autres domaines tels l’isolation des bâtiments, les infrastructures de transports en commun, etc. Le taux d’emploi reste stable et l’efficacité de l’économie s’améliore, ce qui permet de libérer de nouvelles ressources pour investir dans la transition et rembourser progressivement la dette.

Question : que faire d’un point de vue individuel ?

  1. Sensibiliser les gens à la question. N’essayez pas de convaincre quelqu’un qui ne veut pas vous entendre, vous perdez votre temps. Essayez de toucher en priorité les gens qui ont du leadership pour provoquer un « effet levier » sur l’opinion.
  2. Optimisez votre contrainte financière en fonction de la hausse du coût de l’énergie : si vous changez vos ampoules par exemple, vous stimulez le marché des ampoules d’une part. D’autre part, votre investissement s’auto-remboursera sur le long terme, ce qui libérera des ressources dans votre portefeuille que vous devez réinvestir pour diminuer un peu plus votre empreinte énergétique. Si vous investissez cet argent sans faire attention (biens importés de chines par exemple), vous amplifiez votre consommation d’énergie et augmentez la fuite de ressources vers un pays extérieur (si on importe plus que ce qu’on exporte notre déficit commercial se creuse et par là-même notre dette). Donc, consommez local (UE), n’achetez pas des ampoules made in China, même si c’est moins cher. A long terme, ceci équivaut à nous torpiller collectivement.
  3. Si vous êtes ambitieux, lancez-vous dans la permaculture. Il s’agit d’une technique qui permet de produire beaucoup de nourriture moyennant peu d’efforts et avec une surface réduite (mais une fois qu’on possède l’expérience). La production de cette nourriture va soulager la hausse du coût de l’énergie, voir vous permettre de dégager des ressources financières pour investir, à un niveau individuel, dans les négawatts. Et, inutile de dire que ces techniques peuvent vous sauver la vie si la situation dégénère. Elles ont permis à Cuba de survivre à une chute de 30% de son approvisionnement pétrolier.
  4. Développez votre résilience. Apprenez à penser autrement, à vous voir comme une partie immergé dans un tout dans lequel tout est interconnecté : vivant, non-vivant, humain, non-humain. Vous pouvez faire déjà énormément de choses au niveau individuel.

Vous commencez à douter ? Vous êtes sur le bon chemin !

Sur la transition, quelques auteurs importants :

Pessimistes :

–         Michaël Ruppert : film « Collapse » sur youtube

–         Richard Heinberg : livre « The end of growth. Adapting to our new economic reality » (août 2011)

–   Dmitry Orlov (fr): voir conférence sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xcoiah_1-6-dimitri-orlov-survivre-a-l-effo_news?ralg=meta2-only&fb_source=message#from=embed-playreloff

–         Piero San Giorgio (fr): livre « Survivre à l’effondrement économique: manuel pratique » (octobre 2011). Voir: site « piero.com ».

–         Dennis Meadows: livre « limits to growth. The 30 year update »

–         Jared Diamond (fr): livre « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie »  (2010)

–         Joseph Tainter: livre « the collapse of complex societies » (1988)

–         Eustace Mullins: livre « les secrets de la réserve fédérale » (2010)

–         Jacques Généreux: livre « La Grande Régression » (2011)

Optimistes :

–      Amaury Lovins: livre « reinventing fire. Bold business solutions for the new energy era » (septembre 2011)

–         Leonardo Maugeri: livre « Beyond the age of oil. The Myths, Realities and Future of fossil fuels and their alternatives » (2010)

Réalistes (physiciens et scientifiques):

–         Jean-Marc Jancovici (fr): « Changer le monde. Tout un programme! » (2011)

–         Robert Ayres: « crossing the energy divide. Moving from fossil fuel dependence to a clean energy future » (2010)

–         R. Kümmel: « the second law of economics. Energy, entropy, and the origins of wealth » (2011)

–         Vaclav Smil: « Energy myths and realities. Bringing SCIENCE to the energy policy debate » (2010)

–         Claude Lorius (fr): « voyage dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes le héro. » (2010)

–         Thomas P. Wallace: « Wealth, energy and human values: the dynamics of decaying civilizations from ancient Greece to America » (2009)

Pour apercevoir une vision positive de l’avenir, un but vers lequel tendre collectivement:

–         Michaël Greer: « the ecotechnic future » (2009)

–         Herman Daly: « Beyond growth. The economics of sustainable development » (1997)

–         Tim Jackson (fr): « prospérité sans croissance. La transition vers uen économie durable » (2010)

STEADY STATE 4 (3) : réformer le système monétaire

Les réformes suggérées dans mon billet précédent sont substantielle mais elles sont insuffisantes pour réussir la transition. En complément de la monnaie nationales, il faudrait créer une monnaie internationale pour le commerce international et des monnaies locales pour renforcer l’économie locale.

A) stabilité des échanges internationaux, réduction des émissions de carbone et monnaie internationale

Actuellement, une monnaie nationale est utilisée comme (principal) intermédiaire des échanges commerciaux internationaux : le dollar. Les Etats-Unis possèdent le pouvoir monétaire car ils ont l’immense privilège de payer leurs importations dans leur monnaie nationale. Même avec un régime de taux de changes fluctuants, on observe que l’Etats-Unis ont accumulé un déficit abyssal, là où la Chine a symétriquement accumulé d’énormes surplus. Ce déséquilibre macro-économique gigantesque alimente une instabilité systémique du système monétaire qui à terme provoquera son effondrement (voir mon article : « pourquoi le système financier mondial va-t-il s’écrouler ? »). Le fond du problème est que les Etats-Unis refinancent leur déficit non pas en se serrant la ceinture (augmentation des taxes ou diminution des dépenses), mais en faisant tourner la planche à billet. Aucun autre pays ne peut se permettre de faire çà sans voir la valeur de sa monnaie s’effondrer (hyperinflation). Pour les Etats-Unis c’est différent car le statut du dollar comme première monnaie internationale garanti un renouveau permanent de la demande de dollars qui lui évite de s’effondrer. Pour éviter des instabilités systémiques si importantes, il faudrait créer une monnaie internationale destinée exclusivement aux échanges internationaux.

La première conférence sur l’économie stationnaire a discuté de l’opportunité de lier la valeur de cette monnaie aux émissions de carbone (on parle d’EBCUs, Energy-Backed Currency Unit). Des quotas carbones définis en fonctions des connaissances scientifiques par rapport aux capacités d’absorptions de la biosphère définiraient l’offre de cette monnaie. Le problème ici serait, on le devine bien, la répartition de ces quotas, mais c’est déjà le cas avec les marchés de CO2. En tout cas, cette monnaie contribuerait à régler une partie substantielle du problème climatique et énergétique. En effet, les transports représentent 30% des émissions de C02. La part du commerce internationale dans ces émissions est importante. En outre, l’utilisation de cette monnaie résoudrait les problèmes de déséquilibres commerciaux.

B) monnaies locales et résilience

Le système actuel a besoin de la croissance pour continuer à exister, dans ce cas il est condamné à l’écroulement dans un contexte postcroissance. Comment dès lors organiser la transition en douceur ? Les monnaies locales sont un instrument qui permet de reconstruire la résilience locale, soit, la capacité d’une communauté locale à résister à un choc systémique exogène. Par exemple : l’écroulement du système financier ou l’hyperinflation, ou encore, un choc pétrolier. Comme son nom l’indique, une monnaie locale est exclusivement destinée à l’usage sur un petit territoire. Ce type de monnaie présente les avantages suivant :

1.      Elles ne sont acceptées que sur un petit territoire. Ainsi, leur utilisation créée un circuit de production local. Les bénéfices de l’activité économique d’un territoire bénéficient en plus grande partie à ce territoire, il y beaucoup moins de fuites vers d’autres territoires qu’avec la monnaie nationale, ce qui permet de revitaliser l’économie locale.

2.      Les monnaies locales créent du lien social et de la confiance en encourageant les circuits économiques courts, soit, les transactions directes entre producteurs et consommateurs.

3.      L’utilisation des ces monnaies réduit les émissions de C02 et donc, l’utilisation d’énergies fossiles, en raccourcissant la taille du circuit économique (distances de transport de marchandises plus courtes).

4.      Dans un contexte d’instabilité systémique du système financier, ces monnaies augmentent la résilience du système économique en fournissant un medium d’échange alternatif à la monnaie nationale.

5.      La vitesse de circulation de ces monnaies et nettement supérieure à celle de la monnaie nationale. Celle-ci peut être augmentée en appliquant un taux d’intérêt négatif à la monnaie locale. Cet intérêt induit une baisse de sa valeur après x temps ce qui représente un incitant fort à faire circuler cet argent dans l’économie.

Les monnaies locales ne sont pas destinées à remplacer la monnaie nationale, elles viennent en complément de celles-ci.

Démocratie et transition soutenable : quatre leviers pour initier le changement.

Saurons-nous anticiper les mesures nécessaires pour initier à temps le changement qui s’impose à nous ? Chacun semble pétrifié face à l’ampleur de la tâche. La peur est mauvaise conseillère et nous fige. Quelle stratégie adopter ?

J’identifie une chaîne de « conscientisation » qui comporte quatre leviers qui doivent être activités dans un ordre chronologique afin d’initier un changement durable.

Premièrement, il nous faut accepter que  le « business as usual » n’est pas une option.

Deuxièmement, il nous faut accepter la nécessité de changer, ce qui exige une disposition à accepter des changements structurels dans nos vies.

Troisièmement, il nous faut accepter que si les problèmes sont connus, que personnes ne peut prétendre connaître avoir toutes les réponses. De nombreux efforts sont encore à fournir dans ce domaine.

Quatrièmement, il ne faut pas prendre cette incertitude comme prétexte pour ne pas commencer à amorcer un changement, individuel et collectif.

Alors seulement un politicien pourra tenir un discours visant à insuffler un véritable changement sans risquer de se tirer une balle dans le pied. Le politique ne précèdera pas l’opinion publique, c’est une erreur que de penser çà. C’est au rôle de chaque citoyen de donner des signes tangibles, au quotidien, de la nécessité de changer. C’est ainsi qu’à terme des politiciens finiront par porter la voix de ces citoyens dans l’arène politique.

Par ailleurs, on pourrait attendre de la presse qu’elle joue un rôle moteur dans la conscientisation des citoyens. En pratique ce n’est pas le cas. Par exemple, je n’ai à ce jour lu aucun article portant sur les enjeux du pic pétrolier dans les médias traditionnels. Idem pour la question de la perte de la biodiversité ou la réforme monétaire. Est-ce dû à la formation des journalistes ?

Au moins en partie. Mais ceci s’explique surtout par la nature du lien entre la presse et ses lecteurs. Alors que le journaliste écrivait jadis à des citoyens pour les informer, le journaliste produit aujourd’hui des articles pour augmenter le « bien-être » du consommateur. L’information est devenue une marchandise comme une autre, le lien commercial entre la presse et ses « clients » est aliénant en ce que « vendre », plutôt qu’informer, conditionne la survie de tout média. Dans ce cas, difficile de ne pas verser dans une relation où la presse se plie au « désir » du client. S’informer réellement nécessite et nécessitera toujours un effort. Le règne de l’instantané fabrique des abrutis en masse, c’est dramatique.

Donc, c’est bien au niveau des consciences et des comportements que chacun doit agir. Le changement ne viendra pas du haut mais du bas. Les réseaux permettent de faire circuler l’information très rapidement. A chacun de faire circuler la BONNE information et de donner l’envie aux autres de s’informer. C’est en faisant l’EFFORT de s’informer correctement qu’on devient citoyen. C’est là un devoir de chacun dans une société démocratique. En effet, à quoi bon donner le droit de vote à quelqu’un qui ne comprend pas pourquoi il vote ? On a les politiciens qu’on mérite.

 

Citoyens, en avant, marchez, marchez !

Le temps du monde fini : le développement soutenable concrètement

A présent que j’ai cadré les enjeux de la « Révolution Verte » (voir articles des deux mois précédents), je peux poser quelques principes qui doivent guider son implémentation concrète :

1)      substituer l’énergie organique renouvelable à l’énergie mécanique non-renouvelable. En d’autres termes, des engins tels que la brosse-à-dent électrique, le « souffleur de feuille mortes », le coupe pain automatique, par exemple, devraient être bannis du marché. L’homme peut très bien effectuer ces tâches lui-même pour un effort marginal ;

2)      Appliquer le principe de subsidiarité au commerce international : seuls peuvent être importés les biens qui ne sont pas produits localement. Concrètement, cela signifie un retour du protectionnisme certes, mais aussi et surtout des savoir-faire locaux. Quoi qu’il arrive, cette transition se fera naturellement lorsque le prix du baril implosera, c’est-dire lorsque son prix reflétera réellement sa rareté ;

3)      Appliquer le principe de subsidiarité au transport. En clair : le vélo en centre-ville, tram et métro pour les distances entre deux points éloignés d’une métropole, bus et trains pour la banlieue. A terme, la voiture doit disparaître ;

4)      Stabiliser la démographie ;

5)      Implémenter l’idée de limite aux capacités de la Biosphère en utilisant l’empreinte écologique pour déterminer un « crédit carbone » par habitant. Ceci implique bien sûr de passer d’une comptabilité monétaire à une comptabilité énergétique. Le marché fera le reste. Par exemple, il passera d’une conception marchande de la valeur à une conception d’usage de la valeur. Par définition, seuls les biens indispensables seront produits en priorité puisque les autres feront exploser inutilement le quota d’empreinte écologique. La croissance quantitative fera place à la croissance qualitative : le paradigme du monde fini se substituant à celui du monde infini, l’expansion du système étant contrainte par une limite supérieure, le système sera forcé de se réorganiser en permanence de l’intérieur pour augmenter son efficacité éco-énergétique. En fait, le rôle du progrès technologique sera encore plus important qu’aujourd’hui ;

6)      Utiliser les énergies fossiles pour financer la transition vers le renouvelable ;

7)      Réorienter l’agriculture mécanique vers la permaculture, seule solution durable permettant d’obtenir des rendements proches de ceux de l’agriculture industrielle.

8)      Évoluer vers une production décentralisée de l’énergie : chaque habitation doit évoluer vers l’autosuffisance. En outre, grâce à une mise en réseau, les surplus des uns doivent pouvoir alimenter les besoins des autres (interconnectivité).

En fait, la mesure 5) suffit à elle seule à réorienter drastiquement notre développement. Les gens sont-ils prêts à accepter ces changements ? Honnêtement, j’en doute. C’est donc dans la douleur que le monde accouchera de la quatrième révolution énergétique.

Société résiliente : L’intriguant cas de Cuba

Un contexte économique difficile

« En 1959, Fidel Castro, a la tête d’une armée, renverse la dictature de Batista. Suite à une détérioration des liens entre Cuba et les États-Unis résultant de nationalisations dans l’île, ces derniers tentent une invasion en 61 puis imposent un embargo — toujours en vigueur — depuis 1962. Cuba se met alors sous la protection de l’empire soviétique, dont il tire un pétrole bon marché en échange de canne à sucre, ainsi que la plupart de ces biens de consommation.

Suite à l’effondrement de l’URSS, Cuba se retrouve sans marché exportateur, sans pétrole, et toujours soumis à un embargo de la part des États-Unis. Va alors s’ensuivre la « période spéciale » , (chute de 35% du PIB) pendant laquelle le pays va se réorganiser dans l’urgence. Il a fallu repenser l’agriculture qui utilisait des tracteurs et des pesticides sur des cultures d’exportation, pour une agriculture vivrière demandant plus de main d’œuvre. Il a fallu réorganiser les transports, en reconvertissant les poids lourds en transports publics, en réhabilitant le covoiturage et la bicyclette, … » (voir : Un pays montre l’exemple sur I+I= salade ? Disponible sur : http://madeinearth.wordpress.com/2009/04/24/un-pays-montre-lexemple/ )-

Des indicateurs de développements similaires à ceux des pays développés

En dépit de ce contexte historique difficile, il ressort du rapport « Prosperity without growth » de Tim Jackson (voir article précédent: le dilemme de la croissance) que Cuba est un pays tout à fait singulier. En règle, les économistes établissent une corrélation positive entre le niveau de richesses d’un pays et ses indicateurs de développement humain (voir figure 8 pour l’espérance de vie, figure 9 pour le taux de mortalité infantile, figure 10 pour le niveau d’éducation). Les figures 8, 9, 10 montrent une courbe aux rendements certes décroissants, mais la relation n’en demeure pas moins établie.

Pourtant, si on observe bien les nuages de points sur ces graphiques, on s’aperçoit que Cuba (le Chili également) déroge à cette impitoyable règle. Par exemple, la mortalité infantile y est de 6 morts pour mille naissances, une statistique identique à celle des Etats-Unis, le pays le plus riche de la planète (figure 9) : Cuba possède des statistiques identiques à celle des pays les plus développés alors que le revenu par habitant des cubains est de l’ordre de 7 fois inférieur à celui des américains !

Cuba, une économie soutenable

Un rapport du World Wildlife Fund (WWF) dressant (voir : WWF. (2006). Living Planet Report. Disponible sur :  http://assets.panda.org/downloads/living_planet_report.pdf ) la carte de la « soutenabilité » des différentes économies nationales du globe indique que seul Cuba posséderait une économie « soutenable » (voir p. 22). Selon l’indicateur utilisé dans ce rapport, une économie est soutenable à la double condition que (1) elle possède des indicateurs de développement humain supérieurs à la  moyenne de tous les pays et (2) que son emprunte écologique par habitant ne dépasse pas la capacité biologique moyenne de la terre par habitant. Certes, cette approche est critiquable et il conviendrait dans l’esprit d’une démarche scientifique rigoureuse d’examiner de près comment la capacité de résilience de la terre (écosystèmes, pollution, etc) est évaluée, mais par rapport à un indicateur comme le PIB, le progrès semble très net. L’important ici est de souligner que seul Cuba remplit cette double condition.

Cuba, une société plus résiliente que la moyenne ?

Le double constat factuel d’un contexte économique difficile, combiné au fait que ses indicateurs de développement humain sont similaires à ceux des pays occidentaux m’amène à poser cette hypothèse : la résilience de la société cubaine est supérieure à la moyenne. Par le terme résilience, j’entends “La capacité d’un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction.”(Walker. Voir : http://villesentransition.net/transition/pages/resilience/quest-ce_que_la_resilience )

Au vu des arguments développés dans cet article et mon article précédent, il y a certainement des leçons à tirer du modèle cubain. Le fait que Cuba ait dû se réorganiser dans un contexte de pénurie du pétrole est un point crucial dans la discussion.

Cuba, un exemple pour le monde ?

Rob Hopkins et l’étude de la résilience des systèmes

Pour ceux que çà intéresse –je consacrerai peut-être un article au sujet –, Rob Hopkins, le fondateur du mouvement pour la Transition, a étudié les facteurs clés qui permettent d’augmenter la résilience d’une société humaine (voir : http://villesentransition.net/transition/pages/resilience/les_trois_ingredients_dun_systeme_resilient ). Inutile de préciser que le cas cubain à inspiré ses recherches. Mais surtout, l’étude des écosystèmes peut nous fournir de précieuses informations à ce sujet.

Et c’est ainsi que la bio-économie est née…

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