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Le voile qui cache la forêt

Le débat médiatique se focalise souvent sur le voile, un symbole. Toutefois, la réflexion doit susciter des interrogations bien au-delà des questions pratiques qu’elle soulève. Pour user d’une expression courante : c’est l’arbre qui cache la forêt.

La question du voile traduit un malaise profond : celui de la viabilité d’une société multiculturelle. Soit, l’idée d’une cohabitation harmonieuse d’êtres humains de cultures, langues, histoires, différentes. En bref, en toile de fond se pose la question d’une société aux identités multiples.

Depuis le début du très actuel débat sur l’insécurité à Bruxelles, on lit dans la presse des politiques asséner des slogans éculés du type « tolérance zéro ». J’observe qu’un autre slogan – tout aussi simpliste – et ayant trait à ce même débat, nous est servi à l’envi. Et ce, sans jamais s’exposer aux feux de la critique dont font l’objet les slogans qualifiés de « populistes ». Je cite : « l’unité dans la diversité » ou encore, « la diversité est une richesse ». Tout un programme.

Pourtant, pour reprendre l’expression de Jules Destrée, « laissez moi vous dire la grande et horrifiante vérité »: l’unité dans la diversité est une idéologie. Il en est et restera ainsi dès lors que nous n’aurons la force d’assumer ceci : elle ne se conçoit que dans un cadre particuliers qui se doit de transcender les particularismes de chacun. Ce cadre, doit être le ferment d’une identité commune et ce afin qu’une multitude de convictions et sensibilités puissent venir s’y greffer.

L’unité dans la diversité suppose donc un ferment commun, une idée qui se conçoit généralement  par la référence à un socle de valeurs communes, acceptées de tous. Le principe de neutralité est une de ces valeurs. La démocratie, l’Etat de droit et les libertés fondamentales en sont d’autres. Je citerai l’égalité homme-femme.

C’est à ce point précis que le débat prend toute sa dimension : il est de notre devoir de nous interroger sur l’universalisme de ces valeurs. Pour être concret, je ne suis pas certains que l’Islam connaisse l’idée d’une séparation des pouvoir religieux et spirituels. Autre exemple: la Chine réfute souvent l’universalisme des droits de l’Homme. Ce pays nous démontre au quotidien que capitalisme ne rime pas avec démocratie. En négociant l’adhésion de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce, les Occidentaux pensaient probablement  « noyauter » le régime communiste de l’intérieur. En ralliant l’Empire du Milieu à l’éthique capitaliste, ils espéraient secrètement l’avènement d’une démocratie chinoise. Jusqu’à présent, la manœuvre est un échec.

Ceci doit nous faire réfléchir, nous, les Occidentaux. Les valeurs dont nous revendiquons l’universalisme sont perçues par d’autres comme relatives. Je l’ai souligné, une collectivité multiculturelle –une famille, une société, un monde– exige la référence à un cadre commun. Or, dès lors que ce cadre n’est pas perçu comme universel de tous, il est nécessairement imposé par une culture.

Le cadre qui régit actuellement les affaires humaines et ce tant à l’échelle microsociologique –notre pays – qu’à l’échelle macrosociologique –le monde –,   est occidental. Il est occidental car l’Occident est aujourd’hui le maître du monde. Par conséquent, il découle davantage d’un rapport de force que d’un universalisme accepté de tous. Le rappeler, c’est s’interdire de faire preuve d’un humanisme candide et béat.

Or, les rapports de force évoluent. La Chine est en train de s’ériger en première puissance mondiale. Ou encore, pour être concret, la religion musulmane deviendra la première religion à Bruxelles dans vingt ans. Face à ces bousculements, les occidentaux évoquent l’émergence d’un monde multipolaire ou encore, ou niveau local,  d’une société multiculturelle. Une idée qui traduit une perte de contrôle de l’Occident sur les affaires du monde.

Car observez l’histoire. Celle-ci est parsemée de guerres, qui ne sont jamais que le point d’orgue d’une lutte d’hégémonie. A un point donné, le numéro deux acquiert suffisamment d’influence pour renverser le numéro un. Il impose alors son propre cadre de référence qui est maintenu dès lors qu’il conserve le contrôle. Qu’est-ce qui permet d’affirmer qu’une nouvelle logique se substituerait soudainement à celle-là ?!

Ainsi, je vous interroge: il y a-t-il une autre possibilité qui s’offre à nous que celle de se battre pour garder le contrôle ? Y a-t-il une autre possibilité qui s’offre à nous que celle d’imposer notre cadre à la collectivité, c’est à dire nos valeurs: la démocratie, la neutralité, l’Etat de droit, l’égalité homme-femme, la liberté d’association, la liberté d’opinion, la propriété individuelle ? Poser la question, c’est y répondre.

Revenons à la question du voile. Il suscite bien des controverses au sein de notre société car nous le percevons comme une violation d’une de nos valeurs: l’égalité homme-femme. Partant de ce point de vue, la seule position cohérente est d’interdire la Burka ou toute autre forme de voile complet, symboles d’une contradiction avec l’égalité homme-femme. En revanche, être cohérent avec ces mêmes valeurs, la liberté de culte pour être précis, exige d’accepter qu’une femme de confession musulmane puisse porter un foulard dans la sphère privée. Enfin, il y subsiste un conflit latent entre deux libertés fondamentales : la liberté de culte et la liberté d’association ou non. Il convient de trancher si le droit du patron de refuser d’engager une personne affichant des signes religieux prime sur celui de l’employé d’afficher ses convictions. A mon sens il appartient à une instance démocratique et donc représentative des sensibilités de la population de trancher la question.

Le principe de neutralité organise quant à lui la sphère publique.

J’irai un pas plus loin : la place de l’Islam suscite bien des débats car celui-ci semble mettre en cause le mode d’organisation de notre société en imbriquant le pouvoir spirituel et temporel.  Ne soyons donc pas naïfs  et ayons la force de dire « oui à l’Islam, mais à un Islam Occidental ».

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