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BHV, quelle mouche a piqué les libéraux flamands ? Décodage.

« On doit trouver une solution pour BHV avant Pâques car sinon il sera impossible d’avancer sur les dossiers socio-économiques d’ici les élections de 2011. Avec la présidence de l’Union qui débute en juin, le communautaire sera remis au frigo durant six mois pour revenir sur la table juste avant les élections fédérales. Mon parti, l’Open Vld, déjà au plus mal dans les sondages, ne peut prendre le risque que les élections se déroulent sur le terrain communautaire,  bien plus propice aux partis nationalistes. D’autre part, on va assister à partir de juin au « grote CD&V show » durant la présidence avec le quatuor Van Rompuy-Leterme-Vanackere-Peeters. Celui-ci, en monopolisant l’espace médiatique en 2011 nous permettra difficilement de tirer notre épingle du jeu. Donc, une solution sur BHV est un préalable absolu pour qu’on puisse avancer sur les vrais sujets, ceux sur lesquels nous somme susceptibles de marquer des points ».

C’est à peu près ce langage que tint Alexander De Croo, président de l’Open Vld, lors de sa visite à Liège le jeudi 4 mars 2010. Ce jeudi 22 avril, M. De Croo joint la parole à l’acte en annonçant que son parti retire son soutient au gouvernement, de ce fait,  précipitant la chute de ce dernier. Préalablement, les libéraux flamands avaient posé un ultimatum. L’éditorialiste F. Van de Woestyne (la Libre) dénonce les jeux politiques et le fait que les Bleus flamands fassent passer l’intérêt du parti avant celui de l’Etat, ce qui est vrai mais pas surprenant en vérité, chaque parti en fait autant. L’Open Vld se fiche pas mal d’être relégué sur les bancs de l’opposition un temps, à l’image du CD&V, il entend s’y refaire une virginité.

Et pourtant, la tactique des libéraux flamands est plus subtile qu’il n’y paraît. Dès lors que la procédure en conflit d’intérêt lancée par la communauté germanophone touche à son terme, ils ont anticipé le refus momentané du Roi d’accepter la démission de Leterme II et entendent mettre ce délai à profit pour mettre BHV à l’agenda de la plénière de jeudi prochain. En effet, on peut lire dans la presse qu’un rapport des services juridiques de la Chambre confirme qu’une réponse du Comité de Concertation n’est pas nécessaire pour que la scission soit mise à l’agenda dès la semaine prochaine.

Après le passage en force du 7 novembre 2007 en commission de l’Intérieur, c’est donc le même scénario d’un vote unilatéral communauté contre communauté, un vote ethnique, osons dire les choses, qui menace de se reproduire jeudi prochain en plénière à la Chambre. Comme je l’ai déjà précisé, avec 86 sièges sur 150, les flamands ont besoin des votes du CD&V pour acter la scission. Un tel vote équivaudrait à une crucifixion du premier ministre Yves Leterme par son parti. Que fera le CD&V ?

Cette question ne se pose pas car les francophones ne permettront pas que ce scénario se reproduise. Ils activeront la procédure de la sonnette d’alarme, une disposition introduite dans notre Constitution (article 54) au profit de la minorité francophone symbolisant le Pactes des Belges, c’est-à-dire le principe de base qui fonde les conditions du vivre ensemble entre flamands et francophones et qui stipule implicitement que la plus grande communauté du pays n’use de sa majorité démographique à la Chambre pour voter des lois. La sonnette d’alarme est une procédure permettant à un groupe linguistique d’interrompre la procédure parlementaire pour provoquer une phase de négociations gouvernementale lorsque ce groupe estime ses droits légitimes gravement lésés par les actes d’une autre communauté. Dans ce cas, le gouvernement dispose d’un mois, un délai très court, pour trouver une solution. Précisons que cette procédure n’a jamais été activée –à  l’exception d’un cas mineure – , tout simplement car elle n’est pas supposée l’être. L’activer, c’est enclencher le processus d’euthanasie de la Belgique, soyons clair.

Les libéraux flamands ont probablement poussé la charrette jusque là. Ils font probablement le raisonnement que la seule façon de trouver une solution pour BHV est de mettre les francophones au pied du mur. En quelque sorte, ils pourraient spéculer sur le fait que les francophones en proie au dilemme de provoquer l’implosion de la Belgique ou de passer sous les fourches caudines flamandes choisissent la seconde option.  Un calcul dangereux.  De toute façon, je reste persuadé qu’il n’y a pas de solution win-win sur ce dossier. Soit une des parties s’écrase, soit c’est le chaos.

Toutefois, des petits malins objecteront que si aucun compromis ne se dégage au terme de la procédure de la sonnette d’alarme que le gouvernement tombera, sans plus. Et bien, cette option confirme la thèse de « l’écrasement ou du chaos », simplement, le processus sera un peu plus long. On peut extrapoler le raisonnement à l’infini, la conclusion reste la même. Sans oublier que les nationalistes risquent entretemps d’obtenir une majorité côté flamand, ce qui provoquerait les choses.

Considérant l’impasse dans laquelle nous sommes, peut-on reprocher aux libéraux flamands de vouloir accélérer le cours des événements ?

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