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Philosophie des rapports de forces

Du Déclin de l’Occident

Ce soir, je suis dans ma chambre, attablé à mon bureau. Il est trop petit pour que mes jambes se glissent dessous mais j’y suis attaché. Vingt ans plus tôt, il s’offrait à mon père comme support de travail.

Je suis pris dans la nébuleuse du temps. Ce matin, j’ai passé mon dernier examen. Un examen que je redoutais tellement que je l’ai ajourné deux années durant. C’est un petit peu l’ultime roc à gravir avant d’atteindre le sommet d’une montagne. Une montagne que j’ai commencé a escalader pas à pas, chaque jour de mon existence, depuis très précisément deux ans et demi.

L’air est connu, c’est un de mes favoris. The Fletcher Memorial Home des mythiques Pink Floyd.

Là-haut, la vue s’offre à moi. Le gouffre de mon existence. Un regard vers le bas. Un regard vers le haut. Je glisse dans une douce torpeur. Un jour, l’homme est seul, face à lui-même. Ce soir, je suis face à moi-même.

Depuis le premier jour, notre existence est aliénée de contraintes. Aller à l’école, obéir à ses parents, étudier, manger, dormir. Bien évidemment, ces contraintes sont nécessaires, elles permettent d’organiser la vie en société. D’ailleurs, l’économiste qui sommeille en moi est tout prêt à reconnaître que leurs bénéfices excèdent leur coût social.

Dans un cadre donné, les rapports humains s’établissent. La plupart d’entre nous ignorent qui définit les contours de ces cadres. Ils sont partout. La famille, les amis, l’école, les mouvements de jeunesse, votre profession.

Certaines personnes trouvent leur bonheur en interagissant dans ces cadres, tels les variables d’un modèle mathématique. D’autres comprennent un jour que ces cadres sont définis par d’autres. Petit à petit, ils cherchent donc à se hisser en dehors afin d’en définir la structure et les paramètres.

De ce point de vue, toutes les guerres sont des guerres d’hégémonie. Elles surviennent lorsque le cadre établis est remis en question. Deux exemples. Commençons par une analyse microsociologique et extrapolons ensuite. Il n’y a pas si longtemps, le mariage était la règle et le divorce l’exception. La femme était incapable juridiquement. Elle ne conduisait et ne travaillait pas. Un rapport de force au sein du couple était établi ; une forme d’équilibre. Dès lors qu’aucun « choc » ne le remettait en question, le couple tenait bon. Aujourd’hui, les femmes travaillent. Elles gagnent (presque) autant que leur homologues masculins. Dès lors, le rapport de force au sein du couple est beaucoup moins stable. Il est évident que d’un point de vue individuel, accéder à l’autonomie financière fut un moyen pour la femme de récupérer une partie de sa souveraineté. Ceci suppose bien sûr une remise en question de l’équilibre, et donc une phase chaotique en attendant qu’un nouveau point d’équilibre se matérialise.

Le raisonnement peu être reproduit à l’infini. Il suppose simplement une dynamique de groupe. La Chine par exemple se contente aujourd’hui d’interagir dans le cadre défini par les Etats-Unis. Un jour, lorsqu’elle aura acquise assez d’influence, elle cherchera à définir les règles du jeu, ce qui passera par une nécessaire remise en question du cadre actuel. L’aspiration à recouvrir une partie de sa souveraineté est à la source de toute ambition. Elle suppose une forme de contrôle sur autrui.

Le constat est donc celui-là : des rapports de forces s’établissent. Lorsqu’un des protagonistes obtient suffisamment de pouvoir, ceux-ci se fixent. Un cadre est défini à l’intérieur duquel les agents interagissent. On pourrait donc arguer que ces rapports sont pacifiant. Au sein du cadre défini, certains agents vont chercher à maximiser leur influence, motivés par une pulsion d’autonomie. A un point particulier, ces agents seront en mesures de remettre l’équilibre qui prévaut. On passe par une phase de chaos, jusqu’à ce qu’un nouvel ordre soit établi.

Ainsi, l’idée typiquement occidentale qui postule l’émergence d’un monde multipolaire est une illusion. Au début du 19ème siècle, les européens représentaient encore 20% de la population. A l’horizon 2050, leur poids démographique sera de 7%. Un homme sur quatre vit en Chine. Pour l’instant, la Chine se conforme aux règles du jeu telles que définies par les Etats-Unis. L’illusion occidentale est de croire qu’elle partagera le monopole de son influence lorsqu’elle sera devenue la première puissance mondiale. La question s’énonce donc en ces termes: assistons-nous à l’émergence d’un monde multipolaire ou à la prise de pouvoir graduelle d’un nouvel acteur hégémonique qui imposera un Nouvel Ordre mondial ?

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