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Peak Oil : quelle(s) politique(s) publique(s) ?

Que nous le voulions ou non, il va falloir, tôt au tard, élaborer une stratégie pour mitiger les effets du Pic. Et là, c’est tout sauf simple.

Tout d’abord se pose la question de l’objectif poursuivi. En effet, le Pic c’est une offre pétrolière qui plafonne pour le monde, quid d’une région en particulier ? Il y aura forcément des gagnants et des perdants. A mon sens, l’objectif c’est : comment augmenter la probabilité d’un soft landing ? Car atterrissage il y aura, ça c’est une certitude. Simplement, comme nous le disais Keynes : « in the long run we are all dead ». Tout est flux, processus, impermanence, la réalité est un continuum. Il nous faut donc décider, ici et maintenant.  

Ensuite se pose la question du choix des instruments. Quel instrument maximise la probabilité d’atteindre le résultat souhaité ? Là aussi le choix n’est pas évident. D’un côté le marché et sa dynamique du prix comme régulateur des décisions économiques. De l’autre les instruments gouvernementaux « command and control » ou  décentralisés.

Le marché peut-il régler le « problème » tout seul?

En théorie « oui ». Une demande excédentaire devrait favoriser une hausse du prix selon la « loi » de l’offre et de la demande. Cette hausse du prix devrait déboucher sur une réallocation des préférences des agents économiques afin d’équilibre l’offre et la demande. En réalité, le problème ici est « un peu » plus complexe. Premièrement, pour qu’il y ait réallocation des préférences il faut qu’il existe un substitut ; ce n’est pas le cas. Ici, on devrait plutôt parler de « destruction » d’une partie de la demande. Ce qui équivaut à dire que des agents économiques sont exclus du marché. En théorie le mécanisme fonctionne toujours mais tout dépend de l’ampleur et de la vitesse du phénomène. Ici, il nous faut introduire la question de la « marge adaptative » disponible. Concrètement, un automobiliste privé de son automobile peut prendre le train, dans beaucoup de cas. Il existe une marge adaptative qui est fonction du taux de saturation des transports alternatifs, d’une part, et de la possibilité d’emprunter ces transports. Dans d’autres cas, c’est tout simplement du capital qui devient obsolète. Il s’ensuit une baisse de productivité qui peut diminuer les ventes et avoir un effet domino sur les clients de l’entreprise. On le voit, le système enclenche des feed-backs positifs qui induisent des effets non-linéaires. Au final on doit s’attendre à ce que l’activité se contracte, avec des destructions d’emplois à la clé. Cette destruction d’emplois augmente le stock de chômeurs. En l’absence de mécanismes de régulation sociale, les salaires doivent en théorie diminuer, ce qui augmente la compétitivité du travail par rapport aux machines. Sur le long terme, et pour autant que le gonflement du stock de chômeurs ne débouche pas sur un chaos social, le facteur travail devient plus compétitif que le capital. A ce moment on assiste à une démécanisation progressive au profit de la demande de travail. Sur le long terme, on doit s’attendre à ce que le chômage se résorbe. L’activité économique se renouvèlera après une longue période. On devrait assister à une récession prolongée avec des phases de reprise (lorsque la hausse des prix de l’énergie a débouché sur une destruction importante de la demande, ce qui a fait fortement chuter le prix du baril, inaugurant par là une reprise).

En pratique c’est une toute autre affaire. Il faudra gérer l’instabilité systémique induite par les chocs à répétition. La grogne sociale a le potentiel de tout faire capoter.

Jusque là ce n’est pas encore (trop) compliqué. Certes, mais c’est sans compter la dynamique non-linéaire qui pourrait opérer au niveau international. En effet, il est parfaitement candide de penser que les marchés vont allouer la rareté lorsque nous entrerons en phase de déplétion. En pratique, cela voudrait dire que seuls les plus riches pourraient continuer à rouler en voiture, de façon indiscriminée en fonction de la région du monde où ils habitent. C’est une possibilité mais elle est beaucoup trop mécanique. En effet, d’autres logiques, politiques, sociales, sont à l’œuvre. Par exemple, un pays comme l’Arabie saoudite connaît un boom démographique. Le régime politique y est très instable, il dépend largement de la manne pétrolière, celle-ci permet de garantir la paix sociale. La croissance démographique de ce pays « cannibalise » une part toujours plus importante de la production. C’est autant de barils qui ne seront pas écoulés sur les marchés internationaux. Par ailleurs, certains pays seraient tentés de préserver l’ordre social chez eux en recourant à la force militaire. En d’autres termes, le déclin de la production introduit une instabilité systémique supplémentaire qui laisse présager des effets non-linéaires. Le bon sens voudrait que des quotas soient alloués à chacun mais on doit s’attendre à ce que les parties prenantes réalisent une analyse coût-bénéfices pour évaluer la pertinence de l’option coopérative vs non-coopérative. Là, on doit s’attendre à ce que le stock d’armes de destruction massive joue comme un puissant incitant à trouver une solution concertée. Ceci nous amène donc à l’hypothèse que les protagonistes se voient octroyer des quotas. Après, il reste encore à voir comment les états décideront d’allouer lesdits quotas. On peut privilégier l’hypothèse des marchés développée ci-dessus mais ce n’est pas certain.

Le marché peut donc régler le problème, encore faut-il gérer l’instabilité systémique induite par les chocs énergétiques. En fait, le marché peut toujours régler le problème à long terme pour la simple raison que le processus d’échange est naturel. Simplement, comme nous le rappelle Keynes : in the long run we are all dead. Ceci nous amène donc à penser que l’Etat jouera un rôle important dans la dynamique en cours. Il reste à savoir lequel !

Ici, je me contente d’envisager le rôle actif que l’Etat pourrait jouer afin de maximiser l’hypothèse d’un soft landing. Premièrement, il y a l’option militaire (je ne pose pas de jugement de valeur, je raisonne logiquement). Celle-ci pourrait déboucher sur un chaos mondial en très peu de temps. Au fond, sécuriser notre approvisionnement de pétrole est déjà ce que les Etats font depuis deux siècles, souvent à notre insu. On peut-être certain que les états-majors ont déjà étudié le problème depuis longtemps et cherchent à l’anticiper. Il ne faut pas se leurrer, c’est là que les décisions se prennent. Simplement, il est possible que cette fois on passe très vite un point critique. Il faudra financer ces guerres, ce qui a un coût. Historiquement de nombreux empires ont buté sur ce problème. Les guerres de ressources cannibalisent une part toujours plus importante du budget de l’Etat. Jusqu’au jour où celui-ci s’effondre sous le poids de sa dette. Analyser la situation des Etats-Unis sous cet angle me semble très pertinent.

Deuxièmement, il y a l’option de mener des politiques publiques visant à s’affranchir de la pétro-dépendance. Un Etat qui ne dispose pas d’une force militaire importante prendrait logiquement ce chemin. De toute façon, la facture pétrolière finirait inévitablement par plomber le solde de sa balance commerciale. Forcé ou non, il devrait revoir sa politique énergétique. Ici on dispose des instruments command & control du type normes d’émission. Ce type d’instruments est très lisible mais rigide et inefficace sur le plan économique ; D’autre part, on dispose des instruments décentralisés avec le marché des quotas et la taxe carbone. Ceux-ci ont la réputation d’être efficaces en théorie, bien que la pratique soit moins convaincante. La taxe carbone, pour sa lisibilité, a ma préférence. Je n’ai pas peur de l’affirmer : toute autre politique (incitative par exemple) est contreproductive par rapport à l’objectif visé. L’enjeu politique n’est pas de dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre mais de leur expliquer ce à quoi l’inaction nous exposerait (un effondrement économique violent). Quel politique est-il capable de dire cela sans terminer sa carrière automatiquement à l’administration communale ? Il doit être possible d’avoir un débat public mature sur la question. Mais la politique c’est beaucoup d’émotions et bien peu de raison. Je ne suis pas convaincu de faire confiance à « l’intelligence des masses ». Peut-être qu’une classe politique soudée sur ces questions, la fameuse « Raison d’Etat », nous permettrais de sortir de l’ornière. On le voit, le risque de dérapage n’est jamais bien loin.

En complément de cela, un Etat peut (et devrait) miser sur des politiques visant à renforcer la résilience du territoire en investissant dans ses monopoles naturels :

–         l’inter-modalité

–         le réseau ferroviaire

–         le parc de centrales

–         la formation

–         l’éducation

Une taxe carbone significative devrait favoriser mécaniquement, au meilleur coût, l’isolation, la production de nourriture organique, la concentration en milieu urbain, la production de produits à basse intensité en carbone.

Donc, si on résume le débat, une taxe carbone et des investissements dans les monopoles naturels sont les instruments à privilégier pour organiser progressivement la transition vers une économie post-pétrole. C’est, à mon avis, au vu de l’incertitude et de l’instabilité systémique mondiale que le Peak Oil va provoquer, la réponse la plus prudente pour maximiser la probabilité d’un soft landing.

C’est ici qu’on bute sur la question de la compétitivité. Il est essentiel que nous conservions notre capacité à vendre nos produits au reste du monde (pour rappel, l’objectif est de maximiser la probabilité d’un soft landing…). En l’absence du levier monétaire (dévaluation), nous avons l’obligation de surveiller nos coûts et de proposer des produits innovants de qualité. Si un Etat décide de se doter d’une taxe carbone alors que les autres ne suivent pas il plombe sa compétitivité. Par conséquent, il me semble improbable d’introduire une taxe carbone sans diminuer en parallèle les charges sociales.

A mon sens il y deux manières de diminuer les charges sociales : tailler dans les « acquis sociaux » ou mener des politiques qui permettront d’alléger le coût de la sécurité sociale. On le voit, introduire un changement n’est possible qu’à la condition d’adopter une approche systémique.

Premièrement, on peut cesser l’acharnement thérapeutique. Il coûte très cher et est inutile. Il est le reflet d’une société qui refuse la vie en niant la mort. Il serait préférable de développer à la place des services d’accompagnement aux mourants. Ensuite, il serait sage de promouvoir l’activité physique. Dans le secteur des médicaments il y a également quantité de médicaments qui ont un effet négligeable. Il serait préférable de promouvoir les médecines alternatives pour régler les problèmes bénins et alléger la facture.

Je pourrais allonger le raisonnement mais je pense avoir démontré l’essentiel : le pic aura un effet systémique. On ne peut amortir ses conséquences sans mener des réformes systémiques de notre modèle éducatif, bancaire, de santé, etc. Nous n’aurons pas besoin d’idéologues à la barre mais de gens réalistes et décidés, capables d’évoluer dans la complexité des crises successives sans chavirer. Métier ingrat, mal payé, et impopulaire.

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