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Pic pétrolier, pic de la dette et hyperinflation: petit résumé

Preuve s’il en est une que Frappes Chirurgicales est à la pointe sur ce sujet, Dan O’ Brian a posté aujourd’hui une vidéo qui explique magistralement les causes et les conséquences du double Pic de la dette et du pétrole. Difficile à mon sens de faire mieux, mais l’information contenue dans la vidéo est extrêmement condensée et exige beaucoup de prérequis en économie. La bonne nouvelle, c’est que vous avez toutes les cartes en main pour comprendre cette vidéo si vous me lisez régulièrement (sic!)…et si vous maitrisez l’accent irlandais. J’attends vos commentaires!

STEADY STATE 4 (1): réformer le système monétaire.

D’où vient l’argent ? Qu’est-ce que l’argent ?

Ce texte est inspiré d’un billet d’Herman Daly sur le journal de son blog : The Daly News (traduction de l’anglais). L’idée ici est de résumer très brièvement l’histoire de la monnaie afin que chacun aie les cartes en mains pour appréhender le débat que je souhaite initier: la réforme du système monétaire. Ce point est probablement le plus technique de tous les billets à paraître sur l’économie stationnaire. Reste que c’est également le plus crucial : il est impératif que les citoyens comprennent le fonctionnement du système monétaire pour appréhender les enjeux de la transition vers une économie soutenable. Commençons par répondre à ces deux questions : A) qu’est-ce que l’argent ? B) d’où vient l’argent ? Après avoir tiré les enseignements qui s’imposent, je pourrai aborder les pistes de réformes en vue d’effectuer la transition vers une économie stationnaire dans mon prochain billet.

A) Qu’est-ce que l’argent ?

L’argent, c’est avant tout une idée. Une idée qui possède trois fonctions :

1.      agir comme intermédiaire des échanges

2.      fournir une unité de compte

3.      représenter un stock de valeur

L’argent tire sa valeur de la confiance qu’ont les gens dans sa capacité à acheter d’autres biens. Par exemple, si vous me donnez un bout de papier contre une télévision, je ne vais l’accepter pour paiement que moyennant le fait que j’ai confiance de pouvoir acheter d’autres biens avec ce bout de papier. Je ne m’attarderai pas sur la façon dont le prix d’un bien, et donc sa valeur d’échange, est fixé. Par contre, observons que pour remplir sa fonction, la valeur de l’argent, c’est-à-dire son pouvoir d’achat réel, doit rester stable. Si ce n’est pas le cas, ses utilisateurs vont perdre confiance dans cette monnaie, ce qui va provoquer l’effondrement de sa valeur. Dans les faits, l’Etat rend obligatoire l’acceptation de sa monnaie comme moyen de paiement, ce qui augmente très fort le « capital confiance » de cette monnaie.

B) D’où vient l’argent ?

Historiquement, la monnaie a évolué en trois phases : (1) la monnaie-marchandise (e.g. l’or) ; (2) la monnaie fiduciaire (e.g. un certificat lié à l’or) ; (3) la monnaie-papier (des certificats non liés à un bien. e.g. les billets) (je n’ai pas retrouvé les termes exacts en français, j’ai fait au mieux):

La monnaie-marchandise

1.      L’or a un véritable coût d’extraction et une valeur propre en tant que bien en plus de sa valeur d’échange en tant que monnaie. Ces deux valeurs tendent à s’égaler. Si l’or en temps que bien vaut plus que l’or en tant que monnaie, alors les pièces d’or seront fondues en lingots et revendues jusqu’à ce que le prix de l’or en tant que bien égale la valeur de l’or en tant que monnaie. L’offre de monnaie i.e. la quantité de monnaie en circulation, va être déterminée par le rythme d’extraction d’or et pas par le gouvernement ou les banques. Ceci peut être vu comme un avantage, mais du côté des désavantages, l’offre de monnaie n’est pas liée à l’activité économique. En outre, choisir un bien comme étalon standard fourni une monnaie commune pour le commerce international.

Sous ce système, les déficits commerciaux d’une Nation étaient réglés en or, et les surplus accumulés en or. Etant donné que l’or était aussi une monnaie nationale, l’offre de monnaie dans les Etats déficitaires diminuait, et inversement pour les Etats bénéficiaires. En conséquence, le niveau des prix diminuait dans les Etats déficitaires, ce qui stimulait les exportations et décourageait les importations. Au contraire, elle augmentait dans les Etats bénéficiaires, ce qui stimulait les importations et décourageait les exportations. Ce mécanisme restaurait l’équilibre de la balance des paiements sur le long terme, les déséquilibres commerciaux se corrigeaient automatiquement, mais moyennant des ajustements pénibles des prix et du taux d’emploi.

La monnaie-fiduciaire

2.      La monnaie fiduciaire en tant qu’étalon standard fonctionnerait de la même façon que l’or-marchandise s’il y avait une relation proportionnelle entre le nombre de billets en circulation et l’or existant (un billet pour un lingot par exemple). Mais avec ce type de monnaie, on a évolué vers le système de réserves fractionnelles toujours en vigueur. Les orfèvres avaient pour habitude d’effectuer des prêts en or aux gens, mais l’or est lourd est difficilement transportable. Pour éviter cet inconvénient, de l’argent fiduciaire fut créé représentant la valeur de l’or prêté par l’orfèvre à l’emprunteur. Dès lors qu’on faisait confiance aux orfèvres, ce document circulerait avec la même valeur que si c’était l’or qu’il représentait. C’est ce qui s’est passé, les gens commencèrent à s’échanger les certificats émis par l’orfèvre comme si c’était l’or qu’ils représentaient. Bientôt, les orfèvres devinrent banquiers. Très vite, ils comprirent que tous les déposants ne retiraient pas le stock d’or dans leur coffre au même moment. C’est ainsi que, attiré par l’appât du gain, ils se mirent à émettre des prêts pour un montant excédant la valeur de l’or contenue dans leurs coffres. Cette pratique fut légalisée pour les besoins de l’expansion du commerce européen. Statistiquement, elle fonctionne dès lors que les déposants ne retirent pas tout leur or à la fois –une panique financière qui mène à la faillite.

Suite à des paniques financières répétées, il fut convenu d’assurer les dépôts des banques par une banque centrale. En cas de rush sur une banque, celle-ci interviendrait comme prêteur en dernier recours  pour éteindre l’incendie. Mais ce mécanisme d’assurance a provoqué un incitant pour les banques à prendre encore plus de risques (hasard moral en économie). Le système de réserves fractionnelles permettait aux banques d’émettre une quantité de monnaie (sous la forme de prêts) bien plus importante que ce qu’elle avait dans ses coffres en or.

La monnaie-papier

3.      Au bout du compte, on a cessé de lier la valeur de l’argent à celle de l’or, et du vulgaire papier fut déclaré « monnaie » par le gouvernement. La monnaie est imprimée par le gouvernement à un coût de production négligeable, ce qui présente un avantage certains par rapport à l’or qui possède un coût d’extraction important. En tant qu’émetteur de la monnaie, le gouvernement fait un profit sur la différence entre la valeur marchande du papier (presque nulle) et sa valeur monétaire (5euros, 10 euros, etc ; en fonction du chiffre marqué sur le papier). Chacun doit renoncer à l’équivalent d’un euro de services ou de biens pour avoir un euro papier, à l’exception de l’émetteur de la monnaie qui ne renonce à presque rien (seulement le coût du papier) pour avoir un euro représentant un pouvoir d’achat réel. Aujourd’hui, le système de réserves fractionnelles est tout à fait dématérialisé : chaque billet ne représente plus une quantité d’un bien réel (historiquement, l’or). En vérité, un billet ne représente rien, si ce n’est une idée.

Il est impératif de comprendre que la quantité de monnaie-papier créée par les banques privées en tant que prêts est largement supérieure à la quantité d’argent créée par les gouvernements. 95% de l’argent en circulation est émis par les banques sous la forme de DETTE. Une partie des revenus sur ce nouvel argent émis sous forme de dette, les intérêts sur le prêt, est reversée aux déposants. Le reste des intérêts va dans la poche des banquiers.

Dans le système monétaire actuel, l’argent est composé de la monnaie (pièces, billets) plus la totalité des dépôts à vue. La monnaie est créée par le gouvernement et celui-ci ne charge aucun intérêt pour ce service. Les dépôts à vue sont créés par les banques « out of nothing » (il existe des plafonds fonction des réserves à la banque centrale) et celle-ci chargent un intérêt pour ce « service ». Par exemple, lorsque vous contractez un emprunt pour acheter une maison, vous n’emprunter pas l’argent de quelqu’un d’autre. En réalité, la banque vous prête de l’argent qui n’existait pas avant, qu’elle créée en inscrivant le prêt à votre nom. Lorsque vous remboursez votre prêt, ceci détruit l’argent (le principal) qu’elle vous a prêté initialement. Cette destruction d’argent sera étalée sur toute la durée de remboursement du prêt.

Pour aborder le débat qui va suivre, il est primordial de comprendre les éléments suivants :

1. Les banques ne créent que le montant du principal lorsqu’elles effectuent un prêt alors que l’emprunteur doit rembourser le principal plus les intérêts. Tous les emprunteurs sont donc en compétition dans le monde réel pour essayer de capter ce montant. Au temps t, il est impossible que tous les emprunteurs remboursent leur prêt en même temps. Certains d’entre eux feraient nécessairement défaut puisque seul le montant global du principal de ces prêts est en circulation. La désynchronisation des remboursements permet au système de ne pas s’écrouler.

2. Les banques ont un incitant à prêter toujours plus car cela fait augmenter les perspectives de gains tirés des intérêts (et les risques liés à un défaut de remboursement)

3. Lorsque le montant cumulé des intérêts sur les prêts contractés par les gouvernements, les particuliers, et les entreprises devient trop important par rapport à la totalité de l’argent en circulation, le risque de défaut de certains emprunteurs devient très important, ce qui pousse les banques à prêter toujours davantage, donc à créer toujours plus d’argent, pour éviter des défauts en cascade. La crise financière de 2009 a été provoquée par ce mécanisme (elle n’est toujours pas finie, le système financier mondial va inévitablement s’écrouler, la question est de savoir quand : voir mon article « Chinamérique, pourquoi le système financier mondial va t’il s’écrouler ? » ).

4. Puisque les banques doivent créer toujours plus d’argent dette pour éviter un écroulement du système tout entier, il faut que l’économie réelle croisse en conséquence, sans quoi l’injection de liquidités croissantes dans le circuit économique provoque de l’inflation (il y a plus d’argent en circulation alors que la production de biens et services reste identique. Dans ce cas, le pouvoir d’achat d’une unité de monnaie diminue. Concrètement, les prix augmentent).

C) Conclusion :

Le système monétaire actuel nécessite la croissance pour se maintenir, sans quoi il s’écroule. Il va s’écrouler, ce n’est qu’une question de temps. Dès lors que le rythme de remboursement des prêts équivaut au rythme d’émission de nouveaux prêts, la masse monétaire reste stable. Si celui-ci est supérieur au rythme d’émission, la masse monétaire se contracte, et inversement. Dans une économie sans croissance du PIB, la masse monétaire se contracte à mesure que les gens remboursent leur dette. Or, sans dette, pas d’argent!

Si vous n’avez pas saisi tout le contenu de ce billet, je vous encourage à regarder l’excellente vidéo « l’argent-dette » de Paul Grignon qui décrit de façon simple et ludique le fonctionnement du système financier : un « must watch » absolu !!!

Par rapport à l’écroulement du système financier, je vous suggère de regarder cette excellente vidéo de  Richard Heinberg: « the End of Growth » . Certains argueront que cette source est trop partisane. A ceux-là, je conseille de taper « american collapse » sur youtube, ils découvriront une bibliothèque variée sur le sujet.

Ces fondations posées, je pourrai aborder dans mon prochain billet la question des réformes monétaires à implémenter pour effectuer la transition vers une économie stationnaire.

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