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Daerden: la faillite de la responsabilité citoyenne?

Michel Daerden, voilà un personnage bien singulier. Difficile en effet de rester insensible à la personnalité de cet homme. Une personnalité qui rassemble autant qu’elle divise. En effet, depuis le début de cette année çà sent le roussi pour le clan Daerden . Pourtant, les faits ne sont pas nouveaux. Avec le dossier à charge anonyme remis à la Justice ce lundi premier mars, la possibilité d’une infraction au code pénal devient réelle. La prison, fusse en sursis, au terme de cette saga ? L’avenir nous le dira.

Disons le tout net : beaucoup veulent le scalp de Michel Daerden. A commencer par la Flandre. Nos voisins du nord ne peuvent se résoudre à confier un portefeuille ministériel d’une importance capitale pour leur avenir à l’homme qui incarne à leurs yeux la malgouvernance wallonne. Ensuite, Michel Daerden devient très embarrassant pour son propre parti. Le PS commence à peine à récupérer de sa gueule de bois de Charleroi que c’est reparti à Liège. Ironie : « L’axe Sambre-Meuse n’est pas mort ».

On serait tenté de pointer la mollesse d’Elio Di Rupio et d’Yves Leterme,  peu prompts à évincer leur ministre. Rappelons toutefois qu’il est délicat d’écarter un homme qui fait 63.580 voix de préférences sur la seule circonscription de Liège (élections régionales du 7 juin 2009). Certes, Michel Daerden est une formidable machine à voix, mais n’oublions pas qu’il a avant tout la confiance d’une part importante de la population liégeoise. Jusqu’à preuve du contraire, même si « tout le monde vote ce compris les cons », nous sommes toujours en démocratie. Ceux qui veulent le plus sa peau sont à chercher au sein de sa propre fédération : le PS liégeois. Le clan Mathot-Marcourt-Demeyer qui incarne le renouveau du PS a les dents longues. Au final, seule la presse est de son côté : Michel Daerden est un monument médiatique à lui tout seul.

A présent, à la Justice de faire son travail. La crédibilité de l’institution judiciaire, (trop) souvent mise en cause ces derniers temps, est en jeu. Tous ont un intérêt dans cette affaire (ce compris le conseil d’éthique de l’institut des réviseurs d’entreprises), seule la Justice peu apporter les garanties d’une nécessaire impartialité.

Au-delà de la possibilité d’un procès et des controverses qu’elle suscite, on doit s’interroger sur le phénomène Daerden. Mon discours sera peut-être jugé partisan, mais je trouve symptomatique que tant de liégeois accordent leur confiance à Michel Daerden. Certes, l’individu est sympathique. Comment ne pas éprouver de l’affection pour ce personnage romanesque ?! De là à cocher son nom dans l’isoloir, il y a un pas que je ne franchirais pas. La politique, c’est 90% d’émotionnel disent certains. Michel Daerden l’a compris comme personne. Il nous le démontre cyniquement à chaque élection. Le problème de fond est que le citoyen exprime de plus en plus souvent un vote émotionnel : « Papa est sympathique, je vote pour Papa ». Le constat est accablant : il illustre une faillite de la responsabilité citoyenne, le mal endémique de la politique belge.

Car la démocratie n’est jamais chose acquise. Il faut constamment veiller à son chevet sans quoi elle se meurt. Bien sûr, tous les électeurs de Michel Daerden n’émettent pas un vote émotionnel. Beaucoup le jugent objectivement compétent, « capable ». Très bien. Personnellement, j’estime qu’un homme public doit être d’une parfaite honnêteté, au-dessus de tout soupçons. Ce n’est pas précisément le cas de Michel Daerden. Même si de nombreux éclairages doivent encore être faits, on sait depuis des années que le fils contrôle le père. Un électeur responsable à une obligation morale de ne pas accorder son vote à un tel homme et ce même dans l’hypothèse ou la situation existerait selon des « accommodements légaux ». Le faire, c’est implicitement cautionner.

La presse n’est pas non plus l’oie blanche dans cette histoire. Nous sommes dans une médiacratie ou l’émotionnel domine. Les politiques l’ont compris et adaptent leur stratégie communicationnelle –indispensable à leur survie– en conséquence. La presse a beau jeu de dénoncer la « real politique » et le côté Bling-Bling de Sarkozy, combien d’articles de presse sur la Rolex du Président ont t-ils été écris? On ne peut pas réguler le marché de l’information, ce serait trop dangereux. L’enjeu est que le citoyen arrive à faire la part des choses, qu’il puisse se détacher de considérations émotives lorsqu’il exprime son vote. Ceci exige un esprit critique. Beaucoup d’élus proposent d’instaurer un cours d’éducation à la citoyenneté pour former l’électeur à exercer sa responsabilité citoyenne (Xavier Baeselen (MR) et André Flahaut (PS) par exemple en ont discuté la semaine passée au Sénat) : un premier pas indispensable.

En conclusion, le cas Daerden illustre qu’il est impératif et urgent de réaffirmer que l’électeur possède des droits mais aussi des devoirs. Ceci suppose de lui donner des outils afin qu’il puisse exercer sa responsabilité citoyenne.

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