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Une sortie au sommet avec les héros de Liège-Bastogne-Liège!

Laissez-moi vous compter un épisode magique de ma vie, comme il en existe peu dans celle d’un homme. Ce vendredi 23 avril 2010, j’avais rendez-vous avec mon meilleur ami sur les routes de la Doyenne, la plus ancienne et probablement plus difficile course cycliste au monde. Traditionnellement, les équipes de coureurs font une reconnaissance du parcours l’avant-veille de la course, nous avions choisi de nous poster de très bonne heure dans la côte de Maquisart, la nouvelle venue de cette 96ème édition. Nous la grimperons par deux fois car semble t-il, les coureurs sans moins matinaux qu’à l’habitude. En vain, nous prolongerons donc avec un coup de pédale souple successivement dans le Mont Theux, un mur situé dans l’infâme grand route de Theux, et la mythique Redoute. A son sommet, nous décidons de marquer une pause afin d’attendre les héros du jour. Après un temps de latence, la Lampre de Damiano Cunego pointe le bout du nez. S’ensuit ensuite un long défilé, avec une mention spéciale pour Joachim Rodriguez qui passe comme une bombe.

A un moment, un peloton composé des coureurs de plusieurs équipes nous fait hésiter. Prendre la roue ou attendre encore un peu que les équipes des ténors arrivent ? Nous choisissons la seconde option, rarement un choix n’aura été aussi heureux. Quelques minutes plus tard, je lance à Renaud, « un Saxo arrive » ! On enfile nos destriers pour aussitôt prendre sa roue, mais le doute s’insinue en nous, « est-ce vraiment un pro », le type à l’allure mais il porte un maillot blanc, alors que celui de cette année est à dominante noire. On coupe notre effort, mais aussitôt, Renaud s’esclaffe : « j’ai le maillot rouge d’Andy dans le rétroviseur ! ». On remet doucement en route, histoire de se faire cueillir par le peloton. Second coup dans le rétroviseur, surprise, Bjarn Riis à vélo est derrière nous ! On se laisse dépasser par les coureurs, emmenés par Andy et on s’aperçoit vite que les Lotto sont là aussi. Direction le Hornay donc, Renaud profite de cette première difficulté pour provoquer Jens Voigt. Celui-ci sur un ton enjoué nous demande dans un anglais teinté de son accent si caractéristique si nous venons du Kazakhstan. Andy lâche un « Alberto », il faut dire que nous sommes tous deux déguisés en Pistolero…

Renaud attaque, les aiguilles de son compteur s’affolent à 28, il remonte même sur les BMC, tout seul…Perso, je choisis de me préserver pour la Roche et monte au train. Regroupement des BMC, Saxo et Lotto en haut du Hornay, calé dans la roue de Philippe,  on amorce la descente de Dolembreux. A un moment, je me trouve enfermé, mais Bjarne Riis se hisse à ma hauteur pour m’inviter à me mettre en queue de peloton. Je prends l’injonction avec sourire, conscient du danger éventuel que je présente pour des coureurs professionnels.

S’amorce bientôt la redoutable côte de la Roche aux Faucons, juge de paix des deux dernières éditions de Liège-Bastogne –Liège. Les coureurs de Saxo, Andy en particulier, ont des fourmis dans les jambes, ce qui provoque un éclatement du peloton. A défaut d’être en pointe, je suis plutôt bien placé lorsqu’on aborde le second pallier. Je souffle, mon voisin, lui, converse tranquillement dans un allemand mélodieux avec un équipier…Arrivé au premier sommet, je ne parviens pas a accrocher la roue des trois Saxo un petit peu à la traîne qui partent comme des fusées dans ce cours répit que nous offre une micro-descente avant la montée finale. Mon compteur ne fonctionne pas, dommage.

Renaud parvient à accrocher une roue et a revenir à ma hauteur, mais je reprends l’avantage dans le faut plat avant le sommet. Là, voyant que les Saxos m’ont pris 200m,  j’en garde un peu sous la pédale et en profite pour récupérer. Cette décision est une nouvelle fois la bonne car j’espère pouvoir refaire mon retard dans la descente de Saint-Nicolas. Pari gagnant ! Riis esquisse un petit sourire en me voyant. C’est ici que la journée, déjà inoubliable, devient mythique. Alors que le stade du Standard est en vue, je me retourne, Alberto Contador et toute son équipe est dans ma roue ! Apparemment, le double vainqueur du tour de France a fait la montée, qu’il ne connaissait pas, à bloc.

J’aborde donc la côte de Saint-Nicolas, seul en compagnie des teams Saxo et Astana, et fait la montée au train avec eux. Les sensations sont bien meilleures que dans la Roche, où les jambes avaient du mal à se remettre dans le rythme après notre longue pause d’attente. Au sommet, je décide de poursuivre jusqu’à l’arrivée à Ans, tant qu’à faire. D’autres cyclos profitent du terrain propice pour se joindre à nous et bientôt nous amorçons la rampe de lancement vers la victoire finale, la côte d’Ans. Je monte au train avec à ma droite Alberto qui discute avec Andy. Ce dernier est décidément d’humeur badine, les deux hommes plaisantent à propos du café qu’ils auraient dû avaler à leur petit déjeuner. C’est de ce moment dont profite Alberto pour me tendre spontanément son bidon, je suis surpris et à la fois comblé de cette marque d’attention d’un si grand champion.

Arrivé au final, je m’en retournerai sur mes pas dans la roue des Astana, sans leur leader, pour une traversée folle et sans concessions aux automobilistes ni aux feux rouges, à travers notre fière Citée Ardente. La tête pleine d’étoiles, je rejoins aussitôt la maison de Renaud pour lui compter mon aventure. Lui, alors qu’il me suivait de près, renonça à lancer la chasse dans la descente de Saint-Nicolas et rentra chez lui via les routes du Sart-Tilman. Une journée exceptionnelle de mon existence s’achève donc. Demain, je cours avec mes amis du Team Leodium, l’équipe que nous avons mise sur pied avec les copains, et du Peloton Profou, des gars d’Embourg qui partagent notre passion, la terrible Classique amateur Philippe Gilbert. Et dimanche, place au petit écran. Phil, on est tous avec toi !

Le cyclisme est un sport merveilleux, théâtre de toutes les passions. Il n’existe nul autre sport où côtoyer ses acteurs en toute simplicité, dans un esprit de communion, de partage et de simplicité  soit possible. Life is passion.

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