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Qui a dit « identité wallonne »?

Rudy Demotte a essayé de relancer le débat sur l’identité wallonne. La presse dénonce les jeux politiques. José Happart à la retraite, le PS serait-il donc tenté de ranimer le démon régionaliste ?

La dernière crise institutionnelle ne s’est pas vraiment traduite par une refonte profonde de nos institutions, mais constatons tout de même une évolution dans le jargon politique. Du titre pompeux mais évocateur de « communauté française de Belgique », on passe à l’appellation  –à défaut de Wallobrux –  « d’espace Wallonie-Bruxelles ». La sémantique à toute son importance, on reconnaît ici une collaboration renforcée entre deux régions. D’ailleurs, les ministres-président à la communauté française et la région wallonne font une seule et même personne, une première avancée. Monsieur Demotte  a été bien malhabile en parlant « d’identité wallonne », ce faisant il opère une distinction nette entre bruxellois et wallons et réanime les veilles querelles entre communautaristes et régionalistes. « Si l’enseignement et la culture n’étaient pas des matières communautaires, nous n’en serions pas là » tance M. Collignon (PS). Le refrain est connu. Pourtant, je pense que sur le fond, M. Demotte veut dire qu’il  faut un projet d’avenir mobilisateur  aux wallons en tout cas, au Bruxellois sûrement et aux deux, probablement.

Communautaristes, régionalistes. wallon, bruxellois. On se plante de débat. Je me souviens d’une interview avec M. Herman, politologue (Sciences Po) et professeur à HEC-Ulg. Nous avions eu une discussion sur l’identité wallonne. Il eu alors (à peu près) ces mots : « la Flandre est nationaliste, la Wallonie rationaliste. Nous ne pouvons pas compter sur un projet culturel, communautariste, comme l’a fait la Flandre pour mobiliser ses forces vives. Si nous devons nous rassembler, ce sera autour d’un projet économique. Notre identité culturelle est française, l’identité wallonne est une fiction. Tenez, par exemple, nos meilleurs artistes sont de tout temps montés à Paris ». Je ne pourrais l’exprimer mieux. La Flandre n’est pas la Wallonie. L’identité régionale wallonne n’existe pas. Notre identité culturelle est française, notre identité politique, belge. Par ailleurs, vouloir affirmer une identité wallonne serait une erreur stratégique, elle peut-être un facteur de division entre wallons et bruxellois. Ainsi, pourquoi ne pas tout simplement revendiquer ce que nous sommes, wallons et bruxellois : des belges de culture française.

On se souviendra de deux coups de semonce dans notre histoire. Lorsque Charles Rogier tonnait que « la Belgique sera latine ou ne sera pas » (1834 ?) et lorsque Jules Destrée s’enflammait dans sa fameuse Lettre au Roi (1912) en ayant ces mots : « Et maintenant que me voilà introduit auprès de Vous, grâce à cette sorte de confession, laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : « Il n’y a pas de Belges, mais des Wallons et des Flamands. » On le voit, le débat n’est pas nouveau. Pourtant, ce pays, c’est le nôtre. La Belgique a toujours été considérée comme une nation francophone. La Flandre s’est construite par opposition à celle-ci, ce qui explique en grande partie ce rapport ambigu qu’entretiennent les flamands avec leur identité belge. D’ailleurs, j’observe que ce sont les hésitations de la Flandre qui, elle, possède un vrai projet communautaire (« oui », l’identité flamande existe) qui nous font douter de notre propre identité et provoque notre envie d’affirmer une identité régionale wallonne, un fantasme.  De là à dire que nous, francophones,  pouvons nous revendiquer belge sans la Flandre il y a un pas, que je franchirai. Nous devons nous sentir libre de revendiquer notre identité belge. Avec ou sans la Flandre.

Toutefois, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis. Si l’identité wallonne n’existe pas, l’attachement du belge à sa ville en revanche est très profond. Certes, en tant que liégeois, l’histoire est de mon côté (10 siècles et demi d’indépendance), mais je pense qu’on peut raisonnablement affirmer que les identités locales sont très fortes. Reste que cette remarque ne change rien au fond de la discussion, un marseillais possède aussi une identité locale forte (1). Les bruxellois arguerons que Bruxelles possède des identités multiples, que c’est une ville multiculturelle  (à défaut d’être interculturelle…), etc. Je leur répondrai ceci : certes, comme c’est le cas pour d’autres grandes villes comme New-York, Chicago et Marseille. Les identités sont multiples, bien sûr, et engager un débat sur le sujet comme le font nos voisins français est délicat et dangereux. On n’est jamais loin des caricatures et des dérapages xénophobes.

Cela signifie t-il que Rudy Demotte a tort de lancer le débat ? Non, que du contraire. Pourquoi ? Car les wallons sont un peuple amnésique. L’histoire l’explique, on pourrait consacrer une encyclique au sujet. Comme l’a dit Nietzsche, l’avenir appartient au peuple qui à la mémoire la plus longue. Celui qui ne sait pas d’où il vient, ne sait pas où il va.

So again, I am asking you : where are we going?

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