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Justice et insécurité à Bruxelles : réformer le modèle bruxellois.

Le sujet de l’insécurité dans la capitale est omniprésent dans les médias, il faisait le gros titre du Vif de la semaine du 12 février. Les slogans qualifiés de populistes du type « tolérance zéro » sont partout ; le débat sur la fusion des six arrondissements de police  vire à l’empoignade communautaire ; les juges crient au manque de moyens, le sentiment d’impunité n’a jamais été aussi grand ; la note de réforme de l’application des peines du Ministre De Clerck (CD&V) est sous le feu de la critique. Bref, l’institution judiciaire est en crise.

Ce mercredi 10 mars, Armand De Decker (MR), président du Sénat, faisait une sortie dans la Libre. Il y dénonçait la montée de la violence à Bruxelles et le climat d’impunité qui règne et proposait d’encadrer les jeunes délinquants par des militaires. Cette intervention musclée sur la justice et la sécurité à Bruxelles intervint après un assassinat violent  à Uccle. Réactions choquée de tous les partis francophones, y compris au MR.

Je me rappelle d’une statistique dans un article de la Libre qui doit marquer les esprits au fer rouge (malheur, j’ai perdu la référence du dit l’article). Il y aurait actuellement plus de 100.000 demandeurs d’emplois à Bruxelles dont 60.000 n’ont pas leur diplôme du secondaire. Les statistiques d’Actiris du mois de février indiquaient quelques 6000 offres d’emploi. D’où la conclusion de l’auteur de l’article : la racine de la crise sécuritaire à Bruxelles est l’insécurité socio-économique. Celle-ci dégénère en violence urbaine. Dans ce cas, comme le dénonce Michaël Dantinne, criminologue et pénologue (Ulg) dans un article du Vif du 12 février, vouloir placer la charge du problème sur l’individu est très confortable pour l’Etat.

En effet, l’échec est collectif. Sans vouloir verser dans la polémique ou les caricatures xénophobes,  les chances sont grandes –je ne dispose pas des chiffres – pour que la population des sans emplois soit en majorité composée d’immigrés. Ce postulat demande confirmation mais observons néanoins qu’il implique ce constat : notre modèle d’intégration est un échec. A ce sujet, je me rappelle d’un édito de la Libre : « non, Bruxelles n’est pas le nouveau Chicago sur Seine ». Et pourtant, lorsqu’on se balade rue de la Loi, le cœur de nos institutions démocratiques, en direction du Jardin Botanique, le contraste une fois dépassé celui-ci est saisissant. J’avoue avoir été choqué. Comment cela est-il possible à  un kilomètre de distance? Vous passez d’un quartier chic, propre, aseptisé, au ghetto en un clin d’œil. Osons dire les choses. Le sentiment est plutôt bizarre pour un liégeois, la Cité Ardente a une réputation sulfureuse sur ce plan.

Le politique n’a une fois de plus pas anticipé le problème. Comment alors ne pas avaliser le constat flamand que Bruxelles est mal gérée ? Ce serait trop facile, les flamands dénoncent une réalité rendue possible par un jeu institutionnel impraticable qu’ils imposent. En effet, comment ne pas dénoncer l’hypocrisie du jeu institutionnel bruxellois lorsqu’on sait que le poste de gouverneur de Bruxelles, qui possède les pouvoirs de coordination en matière de police, est vide depuis le 1er janvier 2009 et qu’il  faut une loi à majorité spéciale, recueillant la majorité dans les deux groupes linguistiques, pour transférer ces compétences vers la région (1) ?

Le modèle institutionnel bruxellois me semble définitivement avoir atteint ses limites. Il est temps de le réformer.

(1) le Vif, 12 février 2010, p.26.

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