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Du Bonheur de la Richesse

La littérature économique sur le bonheur fait l’objet de recherches intensives. Bien sûr, le lien de corrélation entre le niveau de richesse –une donnée objective – et le bonheur – une donnée subjective – y occupe une place centrale.

La science économique postule que l’utilité marginale de la richesse est positive mais décroissante : l’utilité d’un euro supplémentaire pour un pauvre est supérieure à celle d’un euro supplémentaire pour un riche. Rien n’est plus faux. Théoriquement, cette affirmation a du sens mais elle ne se vérifie pas empiriquement. On observe que les besoins d’un être humains évoluent en fonction de sa richesse. Par exemple, Johnny Halliday ne conçoit pas de passer une nuit à un hôtel Ibis. Un milliardaire ne vole pas avec Ryanair mais en jet privé. Dans ce cas, l’utilité marginale d’une unité de richesse est constante et ce, quel que soit le niveau de richesse de l’individu.

Une première constatation donc : s’il existe un lien de corrélation entre bonheur et richesse, celui-ci ne découle pas du niveau de richesse absolu. Dès lors que les besoins augmentent en proportion de la richesse, le niveau de bonheur par rapport au niveau de richesse doit être constant.

N’y a-t-il donc aucun lien de corrélation entre richesse et bonheur ?

Des études accréditent l’hypothèse que le bonheur lié à la richesse est une notion relative. Un scientifique a fait cette expérience : il a interrogé un groupe de personnes leur demandant individuellement si elles préféraient recevoir un million, les autres ne recevant que le quart de cette somme, ou si elles préféraient que chacun reçoive deux millions.

La science économique postule qu’un agent rationnel choisirait la seconde option car deux millions excèdent un million en terme absolu. Pourtant, la majorité des gens préféraient la seconde option. Un résultat « somme toute » logique.

Cette étude suggère que l’être humain est plus heureux que son voisin dès lors qu’il est relativement plus riche que lui, un constat qui pose un fameux dilemme car il postule que le bonheur des uns suppose la pauvreté relative des autres. En clair : les pauvres seraient nécessaires au bonheur des riches. Ah la veule nature humaine ! Pourtant, une autre expérience intéressante met en exergue la nécessité d’une Justice Sociale. Laissez-moi la formuler sous la forme d’une question afin que vous puissiez vous interroger sur votre propre réaction. On propose à une de vos connaissances de lui donner 1000 euros. Celle-ci doit décider librement d’allouer la somme entre elle et vous. L’astuce est que vous possédez le dernier mot : le choix d’accepter la répartition proposée ou de la refuser auquel cas personne ne reçoit d’argent. Imaginez que votre ami vous donne 200 euros et se réserve le solde. Que faites-vous ?

On constate que les gens optent généralement en faveur du rejet de cette proposition. Ce faisant, ils préfèrent saborder le navire –sur lequel ils sont eux-mêmes embarqué –  plutôt que d’accepter une répartition jugée inégale ! Or, un agent rationnel devrait préférer recevoir 200 euros à zéro euro. Ceci prouve que des considérations d’équité doivent intervenir dans la répartition des richesses : une personne préfère généralement refuser une répartition des richesses qui pourtant l’enrichirait car celle-ci est jugée inéquitable. Dans le cadre de cette expérience, une répartition jugée équitable est de  l’ordre de 40/60 (pourcents).

Il ressort de cette analyse qu’une contradiction flagrante apparaît entre l’objectif individuel de maximisation relative de la richesse et l’objectif social d’une juste répartition. Comment les réconcilier ?

Résoudre cette contradiction suppose de sortir du paradigme de l’affirmation de soi par les autres; d’une conception relative du Bonheur. En suivant une telle logique, le risque auquel s’exposent bien d’entre nous est de chercher le bonheur dans la reconnaissance sociale. Pourtant, l’illusion sera toujours temporaire: il existera toujours un voisin possédant une plus grosse voiture, maison, davantage d’amis, une carrière professionnelle plus achevée, etc…le désir et l’ambition ne connaissent pas de limites. Oublions donc cette notion du Bonheur que véhicule notre société.

La vie s’apparente à un graphique de la croissance macroéconomique marqué par des phases de croissance et de décroissance –des hauts et des bas –, les hauts supposant l’existence de bas. De ce point de vue, le Bonheur peut difficilement s’envisager comme un état permanent et donc ne peut être un objectif en soi.  Au lieu de parler de « Bonheur », qui est à mon sens un cocktail de sentiments que chacun peut éprouver en des instants forts de sa vie, nous devrions parler de « Dignité humaine ». Une notion qui recouvre le fait d’avoir un toit, à manger, des vêtements, un travail. Celle-ci au contraire du bonheur est objectivement quantifiable. La dignité pour tous peut et doit être un objectif. Dans cette perspective, on doit se demander si l’humanité progresse. On peut parler d’un bilan mitigé: d’un côté des conditions de travail en rien comparables à celles du 19ème siècle, de l’autre des communes bruxelloises accusant un taux de chômage de 50% des jeunes.

La dignité pour tous, tout un programme.

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