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Activation des chômeurs: Diminuer le temps de travail augmente t-il le taux d’emploi?

La question de la réduction du temps de travail est présente dans les médias depuis les dernières présidentielles françaises et le débat sur les 35 heures. La diminution du temps de travail est souvent évoquée comme un moyen pour réduire le taux de chômage. Fausse idée ?

En théorie, il est correct de dire qu’une diminution du temps de travail en réduisant le nombres d’heures de travail prestées dans l’économie va inviter les entreprises à engager davantage de travailleurs.

Pourtant, lorsqu’on travaille avec des modèles en sciences économiques, il faut être conscient des hypothèses qu’on pose et de leur niveau d’adéquation à la réalité. Ici, autant dire qu’on nage en plein fantasme. Pourquoi ? L’idée d’une augmentation du taux d’emploi par la réduction du temps de travail repose sur l’hypothèse que les travailleurs sont parfaitement substituables (ou à tout le moins dans une large mesure). Rien n’est plus faux.

Dans la réalité, il existe des cloisonnements entre les différents secteurs du marché de l’emploi. Pour être clair, postuler qu’en réduisant le temps de travail d’un ingénieur l’entreprise va engager un chômeur est une aberration. En fait, implémenter une politique de réduction du temps de travail dans ces conditions ne peut qu’avoir des effets pervers.

Si la demande ne chute pas, la production doit suivre. Or, si on diminue le nombre d’heures prestées, le seul paramètre sur lequel l’entreprise peut jouer pour garder la production constante est l’augmentation de la productivité des travailleurs. Faire plus en moins de temps donc. On arrive  à un paradoxe : alors que le but visé était de laisser souffler les travailleurs, on les fait trimer un peu plus. La conclusion qui s’impose est simple : il y a inadéquation entre les moyens employés et les objectifs visés.

Pourtant, le débat sur la réduction du temps de travail est important : il procède d’un nouveau choix collectif qui vise à réallouer les préférences de la société entre le travail et le temps libre. En d’autres termes, la société actuelle semble valoriser davantage une heure de temps libre supplémentaire qu’une heure de travail supplémentaire. Dans ce cas, il est économiquement efficient de procéder à un rééquilibrage en faveur du temps libre.

La question à présent est de savoir quels sont les moyens pertinents et efficaces pour parvenir à cette réallocation. La réponse est loin d’être simple mais il est clair que le problème se situe au niveau de la formation. Il y a aujourd’hui une inadéquation entre la demande et l’offre sur le marché de l’emploi. Soit, il y a un décalage entre les besoins des entreprises et la formation des travailleurs.

On forme par exemple beaucoup trop peu d’ingénieurs alors que d’autres filières sont des usines à chômage (sans les nommer, mais osons dire la vérité). Le marché est supposé pouvoir réguler automatiquement ces déséquilibres mais on observe que c’est loin d’être le cas. Des filières continuent à connaître une recrudescence du nombre d’étudiant alors qu’on sait depuis le début que les débouchés sont rares voir inexistant. « On ne choisit pas ses études en fonction du marché » dirons les intéressés.

C’est vrai, mais là encore, ceux qui me lisent vont me trouver sévère. En tant que libéral, je ne peux bien sûr pas accepter qu’une filière d’étude soit imposée à quelqu’un. Chacun doit avoir la liberté de choix, y compris celle de ne rien entreprendre. Le raisonnement ne s’arrête pas là, ce serait trop facile. Tout choix doit se faire en connaissance de cause et a donc une contrepartie : la responsabilité.

En clair, celui qui s’engage dans une filière ultra-bouchée doit (1) en être informé et (2) en assumer les conséquences. C’est trop facile de stigmatiser les gens qui font des études de bons soldats (le commerce par exemple) et de se vautrer dans le chômage au frais de ces mêmes personnes cinq ans après (cette phrase à des accents très populiste, j’en conviens)!

Et j’en viens à la question qui fâche, celle bien sûr des allocations de chômage. Jusqu’où la solidarité doit-elle jouer ?

« La Belgique est le seul pays à garantir le chômage à vie » assènent MM. Modrikamen et Aernoudt (PP). Certes, mais notons que les montants alloués sont très dégressifs. Supprimer l’allocation de chômage à vie n’est pas une solution en soi. Couper les vivres à quelqu’un, c’est l’inviter à verser dans l’illégal pour assurer sa subsistance : il faut toujours penser aux externalités lorsqu’on implémente une politique. Non, ce qu’il faut, c’est conditionner l’allocation de chômage (de longue durée) à l’obligation de se former dans des secteurs en pénuries d’emploi. Sur ce point, je rejoins la position d’Alexander De Croo, président du Vld.

C’est un droit fondamental de décider de ne pas travailler. Eviter le travail forcé donc. Le système doit être basé sur la volonté personnelle de l’individu et non sur la coercition. Pourtant, notons que si quelqu’un refuse de se former, la société a le droit de se désolidariser de cette personne. J’ose toutefois croire que ces individus là sont marginaux. J’ose croire que chaque être humain aspire à la Dignité : un toit et un travail décent.

Ainsi, un chômeur devrait avoir le choix entre plusieurs formations. Ca paraît évident. La question suivante est de savoir si un chômeur formé pourrait refuser une offre d’emploi répondant à ses (nouvelles) qualifications. Là encore, je dirais qu’il faut un certain degré de souplesse. Donner la possibilité de deux refus par exemple est à envisager.

Il faut pousser le débat encore un peu plus loin. Pourquoi un chômeur se voyant proposer un job refuserait-il ? Un agent rationnel ne le ferait que s’il a un incentif à rester au chômage. Cet incentif, c’est clairement le salaire. Si la différence entre le salaire du job proposé et l’allocation de chômage est infime, un agent rationnel à donc un incentif fort à rester au chômage. On le voit donc très clairement, la formation est une condition nécessaire à l’implémentation d’une politique de réduction du temps de travail mais pas  suffisante. Elle exige en plus d’éliminer les barrières à l’entrée sur le marché du travail, ce qui nécessite une revalorisation des bas salaires.

La boucle semble bouclée mais ce n’est pas le cas. Les mesures énoncées visent davantage à assurer le plein emploi qu’à réduire le temps de travail.  Le débat sur la réduction du temps de travail exige une remise en question bien plus profonde. Il nous invite à apporter une réponse positive à cette question : sommes-nous prêts à travailler moins pour gagner moins ?

Même dans le cas d’une réponse positive, les choses demeureraient compliquées. Tout d’abord, il faudrait que cette réduction soit uniforme dans toutes les tranches de la société afin d’éviter une redistribution des richesses qui pourrait provoquer des tensions sociales. Ensuite, la croissance démographique exige qu’on crée des emplois, ce qui suppose de la croissance.

Un constat donc :  on n’est jamais très loin du débat sur la décroissance…

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