les idées qui font des petits!

Je viens encore de lire une salve de constats très pessimistes sur la crise écologique à laquelle l’humanité fait face. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est que les scientifiques commencent à dire publiquement ce qu’ils pensent tout bas: à savoir que « the earth is f*****…et nous avec. (cf. ce magnifique article de Naomi Klein: http://www.newstatesman.com/2013/10/science-says-revolt ).

J’avoue que je suis énervé car, passionné depuis toujours par la politique, et m’étant écarté par dépits de l’action publique, je fais un double constat. Premièrement, le fait que les problèmes sont connus…mais aussi des solutions directement opérationnelles. Deuxièmement, le fait que le système économique actuel est incapable de tendre vers ces solutions.

Et donc, nous voilà en proie avec cette vieille question : quel rôle pour la démocratie face au marché? Et donc, quel rôle pour l’Etat? Je pose ce constat, assez péremptoire, que le modèle actuel nie tout rôle actif à la démocratie. A mon sens, la démocratie n’est plus qu’une illusion, il n’y a plus de démocratie car il n’y a plus de capacité collective à décider des grandes orientations sociétales. Car c’est cela la démocratie, right?

L’Etat joue un rôle à la périphérie, il lui est nié toute capacité d’action en vue d’atteindre des objectifs précis. Je citais l’exemple concret de l’isolation du parc de logements, dans un état de délabrement total. Nous avons un stock de chômeurs, un secteur responsable pour 40% de la facture de mazout, une création potentielle d’emplois peu qualifiés…qu’attend-on pour à la fois créer de l’emploi, rendre notre économie plus résiliente face à des chocs pétroliers, diminuer notre déficit de la balance commerciale, créer de l’emploi, diminuer nos émissions de Co2 ?

Alors c’est là qu’émergent les questions. Fondamentalement, l’Etat peut-il décider de mener une politique d’isolation massive? Cela ne serait-il pas faire de la concurrence au sacro-saint marché? Et puis, quid d’imposer aux gens d’isoler leur logement?

Fondamentalement, se pose la question de la volonté collective et de sa légitimité. Comment passe t’on de l’individuel au collectif? On le sait, le marché nous dit que l’intérêt collectif est la somme des intérêts individuels. Autant dire directement que le collectif n’existe pas, il n’existe que des individus, l’individu prime sur la collectivité dans cette optique.

Or, la démocratie procède d’une logique foncièrement antinomique à celle du marché. La démocratie c’est la dictature de la majorité. Ou plutôt l’institutionnalisation pacifique d’un rapport de force. Le  postulat implicite de la démocratie c’est que l’intérêt collectif ( ou « général ») ne se résumerait pas à la somme des intérêts individuels. La démocratie, c’est la croyance en la capacité collective à transformer un programme politique dans le réel, right?

Dès lors, si, politicien, je me fais élire pour mettre en place une politique d’isolation massive des logements je dois pouvoir le faire concrètement, çàd traduire mon programme dans le réel, right? Or, en disant cela, je me suis fais traiter de communiste! On ma suggéré qu’on commencerait par isoler les logements, et puis autre chose, et qu’on finirait comme en 40.

Très bien, mais dans ce cas, si on est prié de ne toucher à rien, quel est le rôle du politique, si ce n’est d’en être réduit au rôle de simple figurant, de théâtre fantasque?

On peut postuler que le politique fasse émerger une volonté collective que le marché devrait réaliser. Tout cela ne tient pas debout…

Et donc, j’en reviens à ma question de base: quel rôle pour la démocratie aujourd’hui? Et quelle légitimité à agir (sachant qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs…) ? Car là, j’ai cette vive impression que c’est une institution qu’on conserve comme paravent pour donner l’illusion que chacun participe à la détermination des grandes orientations sociétales. Panem et circenses.

Si, par exemple, un politicien élu souhaite que les banques aient 100% de réserves, mesure qu’il a ardemment défendue dans son programme, on se doute bien que la mise en place concrète de cette mesure ne se ferait pas sans casser des oeufs. Concrètement, il y aurait des restructurations dans le secteur bancaire. J’ai argué que cette conséquence serait légitime, car reflet de la volonté démocratique, réaction assez indignée…

J’ai poussé la caricature plus loin en disant que si un politicien était élu sur la base du programme « interdiction de vendre Coca-cola sur le territoire national », qu’il devait légitimement pouvoir mettre en œuvre cette mesure. Indignation! C’est tout juste si je ne me suis pas fais traiter d’Hitler.

Je ne sais pas si le lecteur situe bien le malaise, le nœud du problème. Comment articuler collectif et individuel, d’une part, et répartir les rôles entre la démocratie et le marché, d’autre part. Mon constat étant qu’à l’heure actuelle, il n’y aurait plus de démocratie, au sens de la capacité d’un peuple à décider des grandes orientations collectives qu’il souhaite prendre pour l’avenir (mais je peux me tromper sur le sens à donner à ce terme…) ET de traduire celles-ci, concrètement, dans le réel.

Pour moi, tout est politique, absolument tout. On doit pouvoir discuter de tout. Je constate que notre survie collective est en jeu et que notre modèle actuel est incapable d’évoluer dans la bonne direction. Sachant que par « bonne direction » je postule l’existence d’une direction qui serait meilleure qu’une autre par rapport à des objectifs…politiques ! La priorité politique, selon moi, c’est de relever le défi climato-énergétique. Pourquoi ? Car il en va de notre survie collective. Si nous sommes morts, inutile de penser à danser. Or, les marchés sont incapables d’avancer spontanément vers cet objectif dans les temps requis.

On peut aussi décider que l’objectif en question ne peut être atteint, et que le statu quo lui est préférable. Très bien, mais décidons, collectivement. De mon point de vue, seule la décision démocratique porte la marque de la légitimité. Le marché n’est pas légitime, celui-ci doit être subordonné à la volonté démocratique. Je constate que cette position est très loin de faire consensus.

Comme dirait Méluche: « Nous on peut! »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :