les idées qui font des petits!

Cet article est une ébauche, il pose davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Le raisonnement est strictement qualitatif, ce qui reflète une volonté de l’auteur de dégager des pistes de réflexion qualitatives. Les commentaires sont les bienvenus. Précision utile: je ne me place pas sur le terrain idéologique (i.e. « le capitalisme est-il bon ou mauvais? »), je cherche à comprendre les choses.

Le capitalisme est un modèle économique qui repose sur l’accumulation. Sa finalité est le profit. Selon la théorie orthodoxe, le capitaliste est propriétaire des moyens de productions, le travail et le capital. Il verse un salaire au travailleur en contrepartie du travail de celui-ci. Le capitaliste engrange les profits car il supporte le risque inhérent à l’exercice d’une activité économique.

Dans ce modèle, le travail, et donc le travailleur, représente un coût qu’il convient de minimiser pour maximiser le profit. Sur un marché concurrentiel, le capitalisme a donc un incitant à exploiter le travail au maximum du possible pour en retirer un avantage concurrentiel. A salaires identiques, si la productivité des travailleurs de l’entreprise A est supérieure à celle de l’entreprise B, l’entreprise A peut vendre une même quantité que B moins cher ou une plus grande quantité au même coût. L’argument est systémique, il est ancré dans la dynamique du système.

Tout ceci ne nous renseigne pas sur la question de base qui est de savoir si le capitalisme peut survivre à la crise actuelle. En fait, pour poser les jalons d’une réponse à cette question, il nous faut nous demander si l’accumulation infinie de profit est inhérente au capitalisme et, si c’est le cas, si cette accumulation possède des limites. Dans le cas d’une réponse positive, le capitalisme possède en lui les germes de son autodestruction.

L’accumulation infinie est-elle le moteur du capitalisme ?

Il nous faut trouver un argument systémique pour répondre par l’affirmative.

Théoriquement, il est possible d’exercer une activité rentable sans chercher à augmenter les profits continuellement. Ceci implique que le coût des facteurs de production reste constant. Autrement dit, la stagnation des salaires. Ce raisonnement s’applique a une entreprise seule sur un marché mais la réalité est plus complexe puisqu’une entreprise est rarement en situation monopolistique. En situation concurrentielle, un état dynamique, les règles du jeu débouchent-elle sur l’enclenchement d’une logique du toujours plus (boucle de rétroaction positive) ?

Imaginons que mon voisin possède la même structure de coût que moi. Je vends plus que lui mais nous sommes tous les deux rentable et gagnons suffisamment notre vie. Dans ce cas, pas de problème, personne n’a un incitant à modifier sa structure de coût. Le problème arrive lorsqu’un des joueurs sur le marché cherche à « manger » des parts de marché à ses concurrents (en jouant sur les prix et donc en maximisant sa structure de coût) ou à faire croître la demande (en maximisant la quantité vendue) pour accumuler plus de profit. La première solution détruit de l’emploi, ce qui débouche sur une instabilité systémique, la seconde créée de l’emploi.

La question centrale est donc de savoir si la croissance est dans la dynamique du capitalisme?

A mon avis, il est naturel de chercher à croître dès lors que c’est possible. Il me semble assez logique pour un entrepreneur d’investir pour chercher à augmenter les profits de son entreprise. L’investissement, le moteur d’accumulation du capitalisme, exige de la croissance puisque la valeur actualisée nette de celui-ci doit être positive pour être économiquement rentable. Il en résulte que la croissance est à mon avis une condition nécessaire du capitalisme.

La question qui découle de cette conclusion est donc de savoir si la croissance infinie est possible ?

A mon avis « non ». La raison n’est pas économique, elle est thermodynamique. Pour croître, il faut de l’énergie. Donc, qui dit plus de croissance, dit une demande accrue en énergie. Or, l’énergie n’est pas illimitée. Au contraire, l’énergie est le facteur de production le plus rare. Sans énergie, on ne peut rien produire. L’économie, c’est un moteur qui dissipe de l’énergie en chaleur et en travail. Plus la cylindrée est grosse plus il faut de carburant pour faire tourner le moteur.

Je l’ai déjà écrit en longueur dans mes billets précédents : le Mythe de la croissance infinie s’est bâti sur la découverte d’un subside énergétique fini et non renouvelable découvert dans la lithosphère à l’aube de la Révolution industrielle. Or, avec le Pic pétrolier, l’ère de l’opulence énergétique touche à sa fin. L’économie a pu évoluer depuis 250 ans en dehors de toute contrainte thermodynamique, mais cette situation touche à sa fin.

Si le coût de production du surplus énergétique augmente plus vite que l’amélioration du taux d’efficacité avec lequel l’économie dissipe de l’énergie, la croissance ne peut que s’arrêter. Or, si la croissance s’arrête, la rentabilité du capital chute. On entre alors dans une situation win-loose dans laquelle les entreprises doivent se livrer une concurrence farouche pour restaurer leur marge. Dans cette compétition, le travail est une des variables d’ajustement. Il faut être compétitif, produire plus au même coût ou abaisser les salaires. Bref, avoir une structure de coût plus intéressante que celle de son voisin.

D’une part, cette guerre ouverte du tous contre tous ne peut que déboucher sur une augmentation du chômage, ce qui nourri l’instabilité systémique. D’autre part, il faut compenser la baisse des salaires des travailleurs par une augmentation de l’endettement privé afin d’éviter une crise de surproduction. Jusqu’au jour ou cette dette privée devient insoutenable, l’ultime artefact du système est alors de socialiser les dettes.

Le serpent se mord la queue, il génère une dette qui ne peut être remboursée que par la croissance alors que l’origine de cette dette est justement l’impossibilité de croître davantage, impossibilité découlant de la contrainte thermodynamique.

N’en sommes nous pas là ?

Si tel est bien le cas, nous assistons en direct à la fin du capitalisme. La première phase serait marquée par la question du remboursement de la dette. Confrontés au spectre d’une déflation les gouvernements n’auraient d’autre choix que de faire tourner la planche à billets. Dans un second temps, lorsque le surplus énergétique se contractera (lorsque nous entrerons une phase de déplétion), la contrainte thermodynamique deviendrait le facteur dominant puisqu’il nous serait alors impossible de « nourrir » toutes nos machines, notre capital productif. Ce serait alors la dépression permanente, le marché gère très bien la rareté mais il gère très mal l’abondance (surcapacité).

Aurions-nous pu anticiper cette contradiction ?

Par exemple, si les économistes avaient reconnu l’importance de l’énergie comme facteur de production, n’aurions-nous pas pu éviter que la contrainte thermodynamique génère une limite sociale (matérialisée par l’apparition d’une dette) insurmontable ?

Si nous avions taxé l’énergie plutôt que le travail, nous aurions pu éviter l’apparition du chômage puisque le travail serait progressivement redevenu plus compétitif que la machine. L’obligation de croître générée par le cycle d’investissement aurait pu être éliminée puisque l’accumulation de capital productif aurait été naturellement stoppée.

Conclusion, le pêché originel des économistes n’est-il pas d’avoir fondé leur théorie sur le paradigme d’une énergie illimitée dans un monde fini ?

De toute fàçon, la variable déterminante est le surplus énergétique à mon avis. Si celui-ci se contracte, c’est l’effondrement. L’Homme se serait-il condamné depuis le début en essayant de défier les Lois de la physique? Si tel est bien le cas, reconnaissons que nous avons vécu de belles années folles! No regret.

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Commentaires sur: "Le capitalisme peut-il survivre à la crise actuelle?" (1)

  1. MisterX a dit:

    La définition retenue de « capitalisme » détermine profondément la validité de la critique de ce système économique. Selon Wikipedia, “Capitalism is an economic system that is based on private ownership of the means of production and the creation of goods or services for profit.”

    Je me baserai sur cette définition pour la suite de ma réflexion.
    Il existe de nombreuses critiques du « capitalisme » en ce sens.

    De l’avis de beaucoup, le meilleur auteur qui ait théorisé la génétique autodestructrice du capitalisme, c’est Karl Marx (dans « Le capital »). Cet ouvrage à la lecture ardue n’a rien perdu de sa pertinence et reste très cité encore aujourd’hui.

    Un autre auteur intéressant, encore un Karl : c’est Polanyi, dans « La grande transformation », qui décrit le passage du féodalisme aux balbutiements de l’économie de marché et du capitalisme, au XVème siècle, en Angleterre. Lui aussi délivre le message que le capitalisme contient en lui même les germes de sa destruction, car il tend à ravager la société et la nature.
    Enfin, d’autres auteurs plus récents et plus proches, tel Paul Jorion, prédisent carrément la fin prochaine du capitalisme (dans « Le capitalisme à l’agonie »).

    Le problème des mots comme « capitalisme », c’est que ce sont des mots valises, des macro-concepts très difficiles à cerner pour la réflexion logique. On peut assez aisément écrire un tas de textes sur le « capitalisme » sans le définir, et de la sorte ne laisser à personne la faculté de les contredire. Et il se peut que chaque auteur ait raison dans le cadre de « sa » définition implicite…

    Sans me prononcer complètement, je suis plus à l’aise avec des affirmations partielles telles que :

    – L’énergie est l’un des quelques déterminants majeurs du fonctionnement de toute économie, à n’importe quelle époque.
    – La taille de l’économie réelle a une borne supérieure absolue liée aux contraintes thermodynamiques et biosphériques, et une borne supérieure relative liée à la technologie et à l’organisation économique employée.
    – Si la dynamique intrinsèque du « capitalisme standard » (c’est-à-dire l’acception la plus généralisée du « capitalisme »), c’est la croissance de la taille de l’économie réelle, alors il est en effet voué à plafonner au mieux, voire à disparaître si l’on considère les effets de seuil, car il détruira ses fondations thermodynamiques et naturelles tôt ou tard.
    – Dans le terme « capitalisme », ce qui me semble le plus spécifique et significatif c’est : la « propriété privée » des moyens de production et le « profit ». S’il y a une tendance auto-suicidaire dans le capitalisme, c’est de là qu’elle vient. Je refuse de croire en effet que la simple « mise en commun » de moyens humains, techniques, matériels et financiers à des fins de production de biens et services, avec un technologie et une organisation rationnelle, implique nécessairement une instabilité fondamentale et le franchissement à terme de limites critiques. Je pense qu’on peut imaginer un système économique moderne en « steady state » perpétuel, avec des entreprises, des travailleurs et des biens et services qui évoluent en douceur, le tout dans un espace délimité par le pouvoir politique démocratique, en fonction des contraintes de la biosphère. Dans ce système, il est tout à fait possible d’imaginer des mécanismes qui limitent la tendance de certaines entreprises et individus à franchir les lignes rouges.
    – La nécessité du profit, si elle existe vraiment autrement que comme une excuse pour fonder la domination d’une classe sociale (hypothèse sociologique intéressante), résulte de certains mécanismes, de certaines conventions humaines actuelles et pas d’une « évidence économique inévitable » selon moi. Thermodynamiquement, la physique n’impose pas le besoin d’un « profit », d’une « croissance » ou d’un « surplus externalisé » pour qu’une activité perdure en état stationnaire. Au sens strict, le seul surplus thermodynamiquement « nécessaire » est celui qui garanti le maintien de la structure dissipative. Si donc nos conventions induisent les entreprises à outrepasser les limites, nous pouvons trouver d’autres règles. On pourrait imaginer une société où le profit privatisé n’existe pas. Il faut au minimum maintenir un surplus énergétique et donc économique minimal pour qu’un système maintienne sa structure, en plus de produire un output utile : c’est-à-dire autoriser l’investissement dans l’outil de production, ne serait-ce que pour le maintenir en état de fonctionnement face à la dégradation entropique. Mais si on borne de manière macroscopique la taille du système économique, le profit individuel, qui dépasserait le simple « droit de tirage sur les ressources produites pour assurer sa survie et son bien-être » (salaire ou autre), devient un facteur de déséquilibre selon moi.
    – La propriété individuelle est également une convention sociale, que la physique n’impose nullement. Elle peut certainement se justifier moralement à petite échelle (« mes » vêtements, outils personnels, objets familiers, …) mais perd beaucoup de son évidence à grande échelle et quand on intègre les contraintes environnementales (« mes » voitures, maisons, actions financières, terrains, usines, employés, serviteurs, …). Au-delà d’un certain seuil raisonnable d’accès à ses objets familiers, la « possession » devient plus une convention qu’une évidence nécessaire. Convention que doit obligatoirement remettre en cause les contraintes biophysiques, si son maintient conduit l’Humanité dans le mur.
    – Je suis convaincu donc que les limites biophysiques de la planète ont des implications directes sur l’économie politique. En particulier, ces limites imposent moralement une redistribution fondamentale des richesses, et un plafonnement de la consommation individuelle maximale juridiquement autorisée. Et donc de façon plausible une limitation ou une suppression, entre autres : de la propriété privée dépassant un certain seuil, de la richesse individuelle sans limite, du profit individuel, etc.

    Je ne pense pas être un communiste ou un marxiste (si ces mots sont péjoratifs), mais je pense que ces conclusions sont issues simplement de déductions logiques à partir, notamment, de résultats scientifiques connus sur l’état de la biosphère (voir les articles parus dans Nature ou ailleurs).
    Je rejoins complètement l’auteur sur la notion de péché originel des économistes, qui ont « omis » les variables « énergie », « matière » et « société ». Selon Edgar Morin, une connaissance qui s’éloigne de la « rationnalité » pour devenir « rationnalisante », c’est-à-dire ériger en évidence scientifique ce qui n’est qu’un dogme, au moyen d’un discours ayant l’apparence de la logique, elle devient alors plus une religion qu’une science.

    Taxer l’énergie me semble une des solutions « systémiques » les plus intéressantes pour faciliter une transition en douceur. Un prix ou une taxe, c’est une information qu’on envoie aux acteurs économiques… Même s’ils sont actuellement informés par la hausse des prix du pétrole, cela reste encore insuffisamment sévère pour engendrer une réelle rupture de conscience, indispensable à une transition structurelle à grande échelle.

    Aurait-on pu empêcher le capitalisme de s’effondrer si on avait intégré les variables « énergie » et « matière » dès le début. Peut-être que oui, puisqu’elles signalent les limites thermodynamiques non prises en compte par la gouvernance économique. Mais la question reflète la rationalité limitée de l’Homme : tant qu’il ne s’est pas piqué dans les orties, il ne les remarque pas et ne les évite pas. Un ami à moi dirait que « tout s’est produit comme cela devait se produire ». On ne peut pas prendre en compte quelque chose qu’on n’a jamais connu. Il était peut-être nécessaire pour l’Humanité de s’approcher des limites, pour en découvrir l’existence.

    Est-ce que l’Humanité a vécu « ses plus belles années » avec la consommation « instantanée » de millions d’années de réserves d’énergie solaire accumulée sous forme fossile ? Bof, franchement, ce fut sale, bruyant, violent et stressant. Un peu de silence, de nature, d’effort musculaire au grand air, au son des oiseaux et au parfum des plantes, nous ferait à tous le plus grand bien. Ce serait plus proche de notre « zone de confort évolutive » en tout cas.

    Donc « no regret » effectivement ! Ce n’est pas la fin « du » monde, mais la fin « d’un » monde. Et honnêtement, le potentiel pour se retrouver dans un monde « meilleur » au niveau qualité de vie et bien-être est gigantesque. Il faut pousser le balancier de l’histoire dans cette direction.
    Un exemple d’acquis contre-intuitif en matière de qualité de vie. On sait aujourd’hui que 95% des progrès modernes de la santé sont dus à 5% d’actions aussi ridicules et peu coûteuses a priori que : de l’eau saine, se laver les mains, respecter certaines règles de conservation des aliments, faire un peu d’exercice, etc…. On sait aussi que certaines technologies détruisent la santé à un certain seuil d’adoption : voiture, sédentarité devant la TV, stress face aux TIC, pollution due aux matériaux synthétiques…
    Il n’est donc pas du tout obligatoire qu’une baisse forcée de notre consommation énergétique s’accompagne nécessairement d’une baisse « significative » de notre niveau de vie et de notre bien-être. Bien qu’il puisse être quantitativement moins « exubérant », notre mode de vie pourrait bien-être « qualitativement » beaucoup plus épanouissant.

    Alors le scanner et les rayons X qui bouffent des tonnes d’énergie (le 95% d’énergie et de matière qui provoque moins de 5% des bienfaits humains) pour faire vivre un type de 75 ans, 3 ans de cancer en plus… est-ce vraiment indispensable ?

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