les idées qui font des petits!

Une question me taraude l’esprit : comment faire pour que la question énergétique, dans toute sa dimension sociétale, soit ouvertement abordée par nos dirigeants politiques ?

Croire que nous dirigeants sont ignorants de l’enjeu n’est pas très sage (bien qu’Angela Merkel soit la seule responsable de haut niveau qui possède une formation scientifique, mais ceci n’empêche pas cela). La réponse est ailleurs, elle est nécessairement systémique.

Un dirigeant politique peut être, dans le tréfonds de son âme, un barreur de haute mer, ce n’est pas pour autant qu’il prendra les devants de l’opinion publique avant la tempête. Toute action politique en démocratie se fonde sur une légitimité à agir dans un sens. En d’autres termes, si le citoyen ne revendique pas, activement, que la question soit portée à l’agenda politique, il ne faut pas s’attendre à ce que le politique bouge.

Or, justement, le citoyen lambda, me semble t-il, a la réflexivité nécessaire pour comprendre que sa facture énergétique a augmenté de 30% en 3 ans. Il a également la réflexivité pour comprendre que lorsqu’il fait le plein d’essence, çà fait beaucoup plus mal au portefeuille qu’il y a 5 ans. Nul besoin d’avoir étudié la géopolitique de l’énergie et la question du Pic pétrolier en profondeur pour demander que la question énergétique soit portée à l’agenda politique, elle touche chacun dans son quotidien là où ça fait le plus mal.

Le problème se situe à un autre niveau, il se situe au niveau de l’horizon temporel dans lequel se place la démocratie. Chacun sait que la question énergétique est structurelle, elle implique des changements fondamentaux à long terme dans toutes les sphères de notre vie. Or, systématiquement, ce mot n’est pas choisi au hasard, la démocratie encourage des solutions de court terme. C’est dans la dynamique du système. Le politicien qui annonce une réduction des accises sur l’essence a beaucoup plus de chances de se maintenir au pouvoir, et donc de pouvoir agir (pour prendre des décisions il faut être élu), que celui qui annonce une taxation accrue afin d’augmenter la marge adaptive de la société face aux chocs énergétiques qui arrivent (en utilisant ces fonds pour développer un réseau de transport en commun performant, par exemple).

En politique, il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt. Le fait que le politique ait un incitant très fort à dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre est très problématique lorsque le discours vise à perpétuer des habitudes et des routines devenues maladaptives.  En d’autres termes, la démocratie est dans l’incapacité structurelle de développer une vision prospective. Or, on sait qu’une fois dans le mur il est trop tard pour agir structurellement. Sociétalement, nous n’avons plus la marge adaptive nécessaire. Par exemple, la question sociale prend le pas sur l’enjeu structurel (les plus démunis ne peuvent plus payer leur facture énergétique, il faut donc détourner des ressources pour amortir le choc, à court terme). Au plus en agi à court terme au plus on amplifie le risque d’un crash systémique brutal, l’enjeu n’est pas trivial.

Certains argueront qu’il en est peut-être mieux ainsi, qu’il ne faut pas réguler ce qui ne peut-être régulé, une forme de darwinisme social. C’est un point de vue cohérent, mais qui sera difficile à assumer une fois dans le vif du sujet car un crash systémique n’épargne personne. L’incertitude est maximale et empêche toute mesure adaptive à l’exclusion, pour les plus riches, du choix de la forme la plus extrême de survivalisme.

Peut-on échapper à cette impasse institutionnelle ? A mon avis oui, mais cela requiert une double condition assez restrictive : la convergence des points de vues entre un parti politique conscient des enjeux et un mouvement citoyen bénéficiant d’une masse critique suffisante pour briser l’omerta résultant de la dynamique du système institutionnel.

Des cas de revirements sociétaux brutaux, collectifs et positifs existent dans l’Histoire. Je pense au cas de Cuba qui a dû se réorganiser très vite suite à un embargo pétrolier. C’est toujours un petit groupe de pionniers qui est à l’origine de ces revirements. Le mouvement des villes en transition participe à cette démarche, son potentiel de contribution au changement citoyen ne doit pas être sous-estimé. Le mouvement des villes en transition insuffle un esprit positif, créatif et citoyen face à des problèmes qui a priori semblent insurmontables individuellement. Il évite le réflexe du repli identitaire et de la peur qui ressurgi à chaque fois que l’Histoire humaine entre dans une nouvelle phase chaotique. Ce mouvement a le potentiel de créer un pont entre les citoyens et les gouvernants et de minimiser le temps de réaction du système démocratique face à la menace énergétique.

Il suffit de se pencher sur la période précédent les deux guerres mondiales pour comprendre que l’histoire peut basculer très vite, dans le bon ou le mauvais sens. L’enjeu n’est rien de moins que la préservation de nos libertés individuelles et de notre dignité d’être humain. La tradition démocratique en Europe est très forte, la mémoire collective des atrocités du siècle précédent est importante, ceci est positif, mais insuffisant. En effet, combien d’allemands avaient t-ils des visées nazies avant que l’Allemagne ne bascule ? Lorsque qu’on s’intéresse à la période précédent la consécration d’Hitler, on s’aperçoit que l’élite allemande était à mille lieux d’avoir un esprit prospectif sur l’évolution de la situation. Les élites ne se préoccupaient pas de la montée des inégalités et du chômage car celle-ci ne les touchait pas.

Le problème est systémique. Lorsque le système passe un point critique, le pic pétrolier en sera un, c’est une certitude, un phénomène d’emballement irréversible du système se produit, il est obligé de se transformer. Une fois que la machine est lancée, un individu seul doit se rallier au cours des événements, s’effacer (je pense aux savants et aux juifs qui ont fui l’Allemagne nazie), ou rentrer dans le rang. Il serait très intéressant de faire une étude sur les ilots de résistance de l’Allemagne nazie, mais on sait qu’ils n’auraient pas pu briser la dynamique en place. Seul un choc exogène ou l’auto-suicide du régime pouvait mener au changement structurel, ce qui a bien été le cas, l’histoire nous le confirme.

Si vous me lisez, vous devez comprendre qu’il est temps d’adopter une attitude prospective si on veut se donner une chance de basculer du côté d’un changement sociétal positif. L’inertie du système est gigantesque, son temps de réaction est donc très important, il n’y a pas une minute à perdre. Nous avons sûrement quelques semaines pour élever les consciences, peut-être quelques années, sûrement pas une décennie.

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