les idées qui font des petits!

Bon allez, je vous l’avoue, j’ai trouvé un filon en or 😉

On peut, une fois de plus, interpréter cette évolution sociologique dans une perspective évolutionniste. Il existe un lien entre la croissance de l’utilisation d’énergie par une société et son évolution  vers des valeurs matérialistes et individualistes (valeurs Yang dans la philosophie taôiste) plutôt qu’altruistes (valeurs Yin dans la philosophie taôiste).

Les sociétés humaines dites « primitives », ne connaissaient pas les motifs d’accumulation, de profit et de propriété privée. Dans ces sociétés, la terre et la nourriture qu’elle permet de produire était un bien commun. Ce n’est qu’avec le mouvement dit des « enclosures » et le développement du commerce que le moteur du capitalisme, le profit, et son corollaire, l’exploitation privée des moyens de production, prit son essor.

Comme le précise Wikipedia :

« Le mouvement des enclosures fait référence aux changements qui, dès le XIIe siècle mais surtout à partir de la fin du XVIe et au XVIIe siècle ont transformé, dans certaines régions de l’Angleterre, une agriculture traditionnelle dans le cadre d’un système de coopération et de communauté d’administration des terres (généralement champs de superficie importante, sans limitation physique) en système de propriété privée des terres (chaque champ étant séparé du champ voisin par une barrière, voire bocage). Les enclosures marquent la fin des droits d’usage, en particulier des communaux, dont bon nombre de paysans dépendaient. »

Comme le précise Thomas P. Wallace dans son ouvrage « Wealth, Energy and Human values » (2009), dans les sociétés primitives, la propriété des terres est communes car ses individus partagent une peur commune de la faim, de Dieu ou d’une mort violente. Quelque part, les individus sont soudés dans la précarité matérielle. La solidarité entre les individus est une assurance individuelle contre la précarité matérielle. Chaque individu possède un incitant rationnel, pour maximiser ses chances de survie, à partager la nourriture avec les autres. Dans ces sociétés, la coopération et l’altruisme sont ce que les économistes de la théorie des jeux appellent une « stratégie dominante ».

Pour croître, il faut qu’une société produise un surplus alimentaire, ce qui lui permet de libérer des forces de production qu’elle peut progressivement affecter à d’autres activités. A mesure que la société parvient à dégager un surplus de nourriture permettant de nourrir davantage d’individus et de les affecter à la production d’autres tâches, le degré de fragmentation de la production en tâches plus spécialisées augmente, ce qui a un effet levier sur la productivité et enclenche un cycle d’expansion vertueux de l’économie.

On sait que la construction de la personnalité est fonction d’une relation dialectique entre société et individu. L’individu approfondi son Moi au contact de l’altérité (voir mon article : « émergence d’une conscience biosphérique et dilemme moral »). Dans les sociétés primitives, le Moi des individus est peu développé. La conscience qu’on les individus de leur unicité est limitée car tout simplement les personnalités des individus composant la communauté sont peu développées. Ceci s’explique par le fait que la diversité des tâches effectuées dans la communauté est relativement limitée. La chasse, la pêche, et la cueillette occupent la majeure partie du temps des individus. Leur personnalité  ne diverge qu’en fonction de la plus grande diversité des situations qu’ils ont respectivement affronté en effectuant ces tâches.

La spécialisation progressive de la production produit une expérience de vie toujours plus variée. Au travers du processus de spécialisation, l’expérience de vie de chaque individu devient peu à peu unique. Vu que l’interaction d’un individu avec l’altérité renforce son Moi, le caractère unique de sa personnalité, on assiste à une montée progressive de l’individualisme à mesure que la société gagne en spécialisation.

Le revers de la médaille de ce processus et qu’à mesure que la prospérité matérielle augmente, les individus se sentent en sécurité, indépendamment des autres. Le système de valeur de la société  bascule peu à peu vers l’égoïsme, l’hédonisme et la pulsion d’accumulation en même temps que la société perd en cohésion. Mais surtout, la dépendance d’une société au flux entropique qui lui permet de croître s’accroît ainsi que l’entropie qui se caractérise par une augmentation de la complexité de cette société (voir article précédent). Cette augmentation du flux entropique est synonyme d’une accumulation de déchets et de pollutions dans l’environnement. Progressivement, cette pollution détruit la base qui permet à une civilisation de prospérer (acidification des océans, pluies acides, réchauffement climatique, érosion des sols, …). Au travers de ce processus, vu que l’économie et l’environnement sont deux systèmes interdépendants, une civilisation crée progressivement les conditions de son effondrement.

La conclusion est quadruple :

–          une baisse du flux entropique diminue le potentiel de spécialisation des tâches ce qui ramène la société vers des valeurs moins individualistes et matérialistes, et inversement ;

–          dans une société caractérisée par une croissance de son flux entropique, un individu maximise ses chances de survie  individuelle en se spécialisant un maximum, et inversement;

–          une civilisation en situation d’ « overshooting » est condamnée à s’effondrer sur elle-même ;

–          nos sociétés modernes appuient leur développement sur des ressources stock non renouvelables, il y a des conséquences à en tirer…

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Commentaires sur: "Pourquoi notre société évolue t-elle vers des valeurs matérialistes et individualistes?" (1)

  1. Cédric Chevalier a dit:

    Intéressant 🙂

    Je ne sais pas si la notion de propriété individuelle était vraiment inexistante il y a très longtemps. Même les chasseurs cueilleurs possédaient des vêtements, des objets, des armes, une hutte rien qu’à eux… Maintenant, sans doute que ces chasseurs-cueilleurs, au sein de leur tribu, n’avaient pas de « titre de propriété » sur des aires particulières (le mot « terrain » est déjà une manière de formaliser la notion de propriété, plus récente), et ne « possédaient » pas non plus des milliers d’objets, des comptes de droit de consommer virtuellement stockée (nos comptes en banque), etc.
    Sans doute également avaient-ils plus conscience « d’emprunter » ces biens à la Mère Nature, plutôt qu’en être « propriétaires uniques ».

    J’ai tendance en effet à croire que tout ce qui nous caractérise existait déjà en germe au débuts de l’homo sapiens sapiens, comme d’ailleurs Jared Diamond estime que tout ce qui caractérise l’homo sapiens sapiens existait déjà sous forme de prototype chez d’autres espèces (outils, vision, station debout, …).

    Nos ressorts fondamentaux, biologiques, l’alchimie de notre cerveau n’ont sans doute pas fondamentalement changés depuis quelques dizaines de milliers d’années.

    Comme tu le dis, la stratégie gagnante en fonction de l’époque peut être l’altruisme ou l’égoïsme.

    Et je suis convaincu que les valeurs, normes, règles sociales et culturelles d’une époque déterminent grandement l’expression finale, autorisée des caractéristiques intrinsèque de l’homo sapiens sapiens. Une époque favorisera l’égoïsme, une autre l’altruisme, une autre encore le respect de la nature et une dernière la prise de risque excessive. Mais toute cette palette de comportements fait bien partie de la boîte à outil de l’humain.

    Aujourd’hui, il est sans doute indispensable que nos normes socio-culturelles soient métamorphosées de façon massive pour que nos comportements se réadapte à notre nouvelle situation (Anthropocène). La méta-structure socio-culturelle est en ce sens un mécanisme d’adaptation évolutif au changement de milieu, typiquement humain.

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