les idées qui font des petits!

après lecture, il apparaîtra peut être au lecteur que ce texte doit s’insérer dans une contribution plus large…;)

Le Bonheur est-il la vertu des simples et des ignorants ou au contraire une condition intérieure à soi? En d’autres termes, le Bonheur dépend-il de facteurs internes ou externes?

Il s’agit là d’une fausse opposition. L’être ne peut être en osmose avec lui-même indépendamment du monde, de l’Autre. Et inversement, le Moi ne peu s’épanouir pleinement dans la fusion avec l’Autre. D’un côté c’est le repli, de l’autre, l’étouffement.

Etre heureux c’est donc s’épanouir dans la relation dialectique entre être avec soi et être avec les autres. Les deux ne sont pas antinomiques mais complémentaires. L’individu pleinement autonome, tel un atome  dissocié est un mythe. L’être humain se construit par et dans la relation avec autrui, ce qui suppose une nécessaire interdépendance, un va-va-et-vient permanent.

Par exemple, les découvertes les plus récentes en sciences humaines nous enseignent que l’individu nait dans l’hétéronomie la plus complète. Il possède certes un patrimoine génétique propre qui potentiellement le prédispose à certaines choses, mais rien n’est écrit à l’avance. C’est au travers de l’interaction entre le biologique et le culturel, entre le patrimoine génétique de l’individu et la société, que l’individu va se construire. Plus précisément, c’est au contact de l’altérité, de la diversité, d’autrui, qu’il va pouvoir construire et approfondir son moi.

Ceci signifie que les individualités les plus marquées résultent d’une confrontation relativement plus importante avec la diversité. En d’autres termes, un individu aura une personnalité d’autant plus marquée, un moi d’autant plus approfondi, qu’il côtoie dans sa vie des cercles sociaux différents. Dans chacun de ces cercles, il sera différent, et ne pourra être confondu dans un tout inclusif.

L’hypersociété et la Dissociété, comme l’écrit Jacques Généreux, sont les deux formes extrêmes de conceptions de la société proprement inhumaines. L’hypersociété caractérise la structure sociale qui tend à confondre les individus dans un Tout globalisant. L’expérience nazie est le meilleur exemple des ravages de ce modèle inhumain, qui cherche à confondre chaque Moi dans un Tout étouffant. La Dissociété reflète quand à elle le fantasme d’individus déliés entre eux, des atomes parfaitement autonomes et indépendants. Ce mythe de l’individu pleinement indépendant est hérité d’une conception des Lumières qui visait à promouvoir l’émancipation des individus par rapport aux normes traditionnelles aliénantes et à l’obscurantisme religieux.

A l’époque, la fin, c’est-à-dire, l’émancipation des individus, justifiait les moyens. D’autre part, les connaissances anthropologiques de la nature humaine héritées des progrès de la Science étaient loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui. Aristote disait que l’homme est un individu profondément social. Freud soutiendra, bien plus tard, le contraire en disant que l’être humain, profondément égoïste, cherche à dominer son environnement afin d’étancher sa soif de plaisir (pulsion libidinale).

En vérité, ces deux conceptions opposées sur « la nature de la nature humaine » se trompent de débat. L’être humain n’est ni bon, ni mauvais, ni social, ni égoïste. En réalité, il est tout à la fois puisque l’individu se construit à travers une relation dialectique : être avec soi et être avec les autres.

La théorie économique, profondément libérale, sur laquelle repose l’idéologie d’une superstructure sociale d’un « marché » pur et parfait repose sur un postulat anthropologiquement faux d’un individu autonome, pleinement dissocié de ses semblables ; la fiction d’une société « marchéiste » repose sur le postulat anthropologique faux selon lequel les individus sont autonomes et agissent dans leur intérêt égoïste.

Or, les institutions façonnent les individus. Ce postulat se révélant à l’épreuve scientifique rigoureusement faux, un tel modèle de société s’avère être une véritable machine à dissocier les individus et est inhumain.

Si on s’intéresse à la tendance, au mouvement, dans lequel les sociétés occidentales, à des degrés divers, sont aspirées, il est clair que l’idéologie qui la domine est le fantasme d’une société de marché pur, dans laquelle toutes les relations entre des individus, pleinement autonomes et indépendant, dissociés, seraient déterminées par des relations de marché. Un telle société en période de crise est condamnée a exacerber les rivalités et les inégalités. Une perspective qui ravirait Spencer et Darwin, quoique le second fût parfois mal interprété.

A mesure que cette société s’enfonce dans la crise, elle déconstruit sa cohésion sociale, ce qui constitue le ferment propice d’une Révolution, phénomène sociologique qu’on peut comparer à l’effet dit « de seuil » pour les écosystèmes. Lorsque ceux-ci sont soumis à un choc externe trop intense, ils s’écroulent brusquement lorsqu’un point critique est franchi. De même, une société constituant une véritable machine à dissocier les individus, ne peut qu’exacerber les inégalités en période de crise, jusqu’au point où celles-ci deviennent insoutenable. On assiste alors, de fait, à « l’atomisation » de la société, phénomène par lequel une tendance poussée à l’extrême fini par s’autodétruire, éventuellement dans un renversement dialectique (ainsi, le néolibéralisme a historiquement débouché sur la crise de 29 qui a débouchée sur la Grande guerre et le totalitarisme ; la Dissociété a basculé dans l’Hypersociété dans un temps très court).

La faculté d’empathie ultime, ce que certains auteurs appellent la « conscience biosphérique » (Jérémy Rifkin par exemple), place l’individu conscient devant un dilemme moral. La conscience biosphérique est la forme spatio-temporelle la plus étendue de la relation à l’Autre qu’un être humain n’ait jamais pu développer. Jamais dans l’Histoire humaine les hommes n’ont pu se penser aussi intensément comme une infime partie d’un tout dans lequel chaque élément est en interconnexion. Par exemple, les citoyens des pays riches ont pu « vivre » les catastrophes du 11 septembre, l’explosion de Fukushima, le Tsunami, Haïti. Ceux parmi eux qui refusent de se protéger en organisant un repli dans de fausses certitudes bétonnées, ont la conscience d’un monde dans lequel 20% des humains accaparent 85% des ressources naturelles. Aujourd’hui, l’Autre est l’humanité toute entière.

Internet et la mondialisation sont les principaux responsables de cette révolution des consciences. Le prix à payer pour cette extension des facultés empathique est une société surconsommatrice d’une énergie dont la face cachée est un potentiel de transformation de la Terre, de cet Autre, qui le menace de destruction, et donc nous menace puisque nous avons une relation de réciprocité avec lui.

De ce raisonnement découle que, paradoxalement, notre salut, un mieux pour tous, ne peut-être que collectif. La lutte contre le réchauffement climatique, pour n’évoquer que la partie de l’iceberg émergée dans l’opinion publique, implique une responsabilité morale des riches, de tous les riches, y compris des pays « émergeant », envers les plus pauvres. Car le problème climatique est global. Les actes de consommation de chacun ont un impact sur tous. Aucun outil économique (je ne discuterai pas cette affirmation dans le cadre de cette contribution) ne peut résoudre le problème climatique, il place les individus pleinement conscients face à un dilemme moral.

Lorsqu’on prend conscience de cela et qu’on est pleinement conscient des risques qui menacent la civilisation, on est en droit d’être sceptique par rapport à nos chances de trouver une solution collective aux problèmes environnementaux. Dès lors, on comprend le potentiel révolutionnaire que comporte le dilemme environnemental (pour en être convaincu voir article : « Le dilemme de la croissance »). Car un individu pleinement conscient, isolé face à ses choix, sera bien tenté de ne pas jouer la carte de la coopération qui profiterait ultimement au plus grand nombre, mais celle de la compétition. Il préfèrera sauver les meubles avant que le bateau ne coule, en tirant profit de l’avantage compétitif que lui donne son savoir. De par ce choix, il fera définitivement couler le bateau.

Par conséquent, il est pertinent de se demander si nous n’assistons pas aujourd’hui à la faillite morale collective des élites (au sens large, cette définition doit s’entendre comme tout individu ayant développé une conscience biosphérique). A moins qu’une infime partie de la riche humanité ne soit consciente des dangers qui nous guettent, chose dont je doute vu que cela fait bientôt 40 ans que tous les scientifiques nous mettent en garde…

Les plus faibles subiront la crise, ils seront de plus en plus nombreux. Dans un monde fini, assistons-nous aux prémisses d’une guerre planétaire des riches contre les pauvres qui ne peut que s’exacerber avec le temps ?

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Commentaires sur: "Emergence d’une conscience biosphérique et dilemme moral" (1)

  1. Trois choses:

    – Je pense qu’on peut obtenir une conscience biosphérique (internet notamment) et une faible consommation d’énergie en même temps. La consommation d’énergie gigantesque que nous connaissons n’est pas indispensable à cette infrastructure communicationnelle globale.

    – Je pense que l’élite (personnes qui disposent d’un pouvoir important sur les autres et sur les choses : politiciens, financiers, rentiers, journalistes, artistes, … comme une définition différente de ton élite biosphérique) se divise grosso modo en 3 groupes : les conscients actifs (ils agissent pour le bien de l’Humanité), les inconscients inactifs (ils ne comprendront jamais ces enjeux), les conscients cyniques (ils savent mais n’agiront pas et s’évaderont dès que possible).

    Si nous voulons le changement, nous devons permettre à l’élite consciente de remporter la bataille du pouvoir.

    – J’adhère totalement à ta vision des causes de l’individuation des caractères : une page génétique blanche de format et de qualité parfois différente, mais surtout, une écriture familiale et sociale, des encres différentes, qui peuvent donner du Shakespeare ou un ramassis d’insanités.

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