les idées qui font des petits!

Je passe de longues heures au cœur de l’actualité politique et économique, faisons le point. La tourmente de la crise financière se fait chaque jour un peu plus oppressante. Et lorsqu’on aborde la question sous l’angle des solutions à long terme, difficile de rester optimiste. Je dispose de peu de temps donc j’irai droit au but.

La Grèce va mal, très mal, la restructuration ou le défaut sont inéluctables. Des financiers pensent que l’Europe pourrait la laisser tomber, « pour faire un exemple ». Le rachat par la BCE de titres pourris dont les banques regorgent initie peut-être la manœuvre. D’autres parlent d’ « eurobonds » comme d’une fin inéluctable, ou encore de transferts fiscaux massifs intra-européens, ce qui passe par une recapitalisation du fond de stabilité afin d’assurer une solidarité européenne qui aujourd’hui fait  défaut.

Et de fait, les économistes ont dès la création de l’Union monétaire mis en garde du fait que celle-ci étant une zone hétérogène (mobilité du travail faible), qu’elle serait  exposée à des chocs asymétriques préludes à son éclatement. La prétendue autodiscipline du Pacte de compétitivité, mécanisme inachevé supposé suffisant pour permettre une convergence des économies européennes, a failli. A présent, il nous faudrait passer à la vitesse supérieure, et créer une solidarité inconditionnelle entre les Etats, ce qui suggère un fédéralisme budgétaire, et donc, la mise sous tutelle européenne des finances publiques des Etats. La mutualisation des dettes est probablement inévitable si on souhaite éviter l’éclatement de la zone euro. En même temps, celle-ci signifierait un pas supplémentaire vers  l’intégration sans précédent. Les difficultés politiques sont nombreuses, l’adhésion de l’Allemagne à cette idée sera difficile bien qu’on puisse supposer que « les allemands finiront par faire ce qu’on attend d’eux ».

Reste qu’une intégration plus poussée vers un fédéralisme budgétaire ne serait probablement que le début de la sortie de crise. En effet, « mutualisation » des dettes ne signifie en rien « disparition ». L’endettement des Etats européen est colossal et, bien qu’une mutualisation des dettes permettrait d’apaiser les marchés en faisant baisser les taux, rien n’indique que ce niveau d’endettement soit soutenable. Dans un contexte de croissance morose, le pire est à craindre, et l’austérité ne ferait que renforcer la spirale « dépressioniste ».

L’impasse est de taille, il reste une option, en théorie contraire à l’esprit du traité européen, mais qui se vérifie déjà en pratique : la planche à billet. La BCE pourrait inonder le marché de liquidités pour faire fondre la dette en produisant de l’inflation et relancer la croissance via la consommation. Dans les faits, on constate que l’expansion de la masse monétaire via la courroie de transmission qu’est le crédit ne fonctionne pas car les ménages épargnent massivement au lieu de consommer ; la fameuse trappe de liquidités évoquée par Keynes. En fait, on pourrait arguer que ce comportement est rationnel, les agents économiques anticipent une hausse future des taxes pour payer la charge de la dette souveraine, conformément aux prévisions de Ricardo.

A ce sujet, pensons que l’argent épargné sur les comptes d’épargne n’est pas en sécurité car si le marché interbancaire se grippe une nouvelle fois, ce qui est en passe de se réaliser, ce nouveau « credit crunch » venant confirmer le spectre du « double dip » provoquera des faillites en cascade des banques. Dans ce cas, les épargnants perdront leur épargne, le niveau de garantie théorique de 100 000 euros de l’Etat belge ne pouvant être honoré par celui-ci, également insolvable.

Donc, le spectre d’une apocalypse est bien réel. La situation grecque peut mettre le feu aux poudres mais les situations italiennes, espagnoles, portugaises, ne sont pas beaucoup plus rassurantes. Oui, c’est grave docteur !

Qu’elle alternative subsiste t-il ?

Une d’entre elle est évidente est conduirait nécessairement à un appauvrissement massif de tous (bien que permettant d’éviter le pire) : une restructuration simultanée et coordonnée des dettes souveraines.

Je pensais à une autre solution, très keynésienne : la relance via l’investissement public. Problème : les Etats sont massivement endettés. Dans ce cas, il faudrait réformer le traité européen pour rendre le pouvoir de création monétaire aux Etats, leur donner la possibilité de se financer directement et gratuitement à la BCE. Cet argent servirait uniquement à lancer de grands chantiers d’investissements en vue d’une transition vers une économie soutenable : modernisation du réseau de transports publics, investissements massifs dans les énergies renouvelables, isolation des bâtiments, etc. Idéalement, ces investissements devraient être planifiés de façon démocratique et décentralisée et faire l’objet de marchés publics. Le risque inflationniste serait sous strict contrôle de la BCE : l’argent créé représenterait la valeur des infrastructures et permettrait, sous la forme d’un retour via la taxation, d’amortir la dette souveraine. Cette idée est belle en théorie mais en pratique on assisterait probablement à une hausse vertigineuse du coût des matières premières conduisant à un emballement de l’inflation. Lorsque ce n’est pas l’économie financière qui pose problème, c’est l’économie réelle.

J’ai bien peur que la Seconde Grande Dépression ne s’annonce, conséquence d’un financement de la croissance à crédit depuis (20 ?) ans. La bonne nouvelle c’est que nous serons peut-être amené à nous poser la question de la viabilité (et la finalité) d’un modèle de développement basé sur une croissance infinie…vu les termes du débat public actuel, le chemin est encore éminemment long.

J’aurais tant à écrire, mais, malheureusement, le temps me manque.

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