les idées qui font des petits!

Afin d’éviter tout écueil idéologique, commençons par préciser ceci : l’économie stationnaire, ce n’est pas le communisme. Est-ce toujours le capitalisme ? La réponse à cette question est un peu floue. Robert Solow, LE théoricien de la croissance a dit « qu’il n’y a pas de raison de penser que le capitalisme ne puisse survivre sans croissance ». Je n’en suis pour ma part pas certain, c’est un sujet certes passionnant, mais ce n’est pas sous cet angle que j’aborderai le débat. Ce qui est certains ici, c’est que le débat porte sur l’opportunité et la faisabilité d’évoluer vers une société « postcroissance ». Précisions indispensable, la notion de « croissance » répond à sa définition normative actuelle, soit, à une augmentation du PIB.

Ici aussi, il nous faut éviter d’emblée un second écueil. A savoir, l’idée que l’économie stationnaire est synonyme de stagnation, à défaut de régression. Non, ce modèle est véritablement « post »-moderne, en ce qu’il réinvente le temps. Jusqu’au début de l’ère du Progrès, l’humanité a vécu dans un temps circulaire dans lequel l’ordre établit se perpétuait au rythme des saisons. Avec les premières découvertes de la Science naît peut à peu l’idée que l’avenir sera meilleur qu’aujourd’hui. Les sociétés dites « modernes », inventent le temps linéaires, dans lequel l’ordre établit est perpétuellement remis en question au nom d’une avancée vers un horizon meilleur. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que cet horizon semble s’éloigner toujours un peu plus à mesure que nous pensons nous en rapprocher, la crise que notre société connaît est avant tout celle du sens.

Au vu du contexte social et de l’urgence environnementale, l’enjeu aujourd’hui est, selon ma perception, un changement de paradigme qui implique avant tout de réinventer notre rapport au temps. Je suis intimement convaincu que le modèle à inventer est celui d’un temps qui se régénère. Les deux flèches circulaires du logo « recyclage » sur de nombreux emballages (qui n’en est pas tout à fait un, mais soit, passons) illustrent cette idée. C’est sur ce changement paradigmique fondamental que repose l’économie stationnaire.

La meilleure façon d’intégrer ce modèle est de comprendre que c’est un concept biomimétique : il vise à reproduire un schéma qu’on retrouve dans la nature. Ce modèle, c’est celui d’un écosystème dont on dit que c’est un système complexe dynamique. Complexe, car il est composé d’une multitude d’espèces, et dynamique, car ces espèces sont en interaction permanente. Un bon exemple est une forêt. Implicitement, l’hypothèse de base est que ce type d’équilibre est pérenne, probablement que des travaux mathématiques à ce propos existent (ou sont en cours).

Bien, ces précisions acquises, commençons par donner une définition de l’économie stationnaire. Le site du CASSE (Centre for the Advancement of the Steady State Economy ), le think tank à la pointe dans ce domaine (US), en donne la définition suivante dans son rapport « Enough Is Enough : ideas for a sustainable economy in a world of finite ressources » : « l’économie stationnaire est une alternative positive à la poursuite de la croissance infinie. C’est une économie qui a pour but de maintenir un niveau stable de consommation de ressources ainsi qu’une population stable. C’est un modèle dans lequel la consommation et l’utilisation d’énergie sont réduites dans des proportions compatibles avec les limites écologiques, et où le but de maximisation de l’output économique est remplacé par le but de maximisation de la qualité de vie » (traduction de l’anglais).

Une économie stationnaire possède quatre caractéristiques clés : (1) une taille soutenable ; (2) la justice sociale ; (3) l’allocation efficace des ressources ; (4) une haute qualité de vie. La taille soutenable signifie que l’activité économique s’insère dans les limites de la biosphère. La justice sociale signifie que chacun possède des opportunités équivalentes de s’accomplir et que les différences salariales entre les individus sont plafonnées. L’allocation efficace signifie que le marché est utilisé de façon adéquate pour allouer des ressources rares mais également que les limites du marché sont reconnues. La bonne qualité de vie signifie que la croissance comme objectif prioritaire est reléguée à l’arrière plan pour laisser la place au temps libre, à l’activité sociale, la vie en communauté, la stabilité de l’emploi, etc.

Le rapport identifie 10 axes de réforme prioritaires pour effectuer la transition :

  1. limiter l’utilisation des ressources et la production de déchets
  2. stabiliser la population
  3. limiter les inégalités
  4. réformer le système monétaire
  5. changer la façon dont nous mesurons le Progrès
  6. atteindre le plein emploi
  7. repenser l’économie marchande et les modes de production
  8. augmenter la coopération internationale
  9. changer les comportements de consommation
  10. susciter et stimuler le débat démocratique

Je propose de faire un billet individuel pour chacun de ces axes. Le débat devient passionnant lorsqu’on identifie les questions et les zones d’ombres, nombreuses, qui demeurent. C’est bien entendu la discussion de celles-ci qui me pousse à écrire.

Et pour les gourmands, voici une vidéo de Dan O’Neill (CASSE) – What Is a Steady State Economy? –  très à propos:

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