les idées qui font des petits!

Le capitalisme, est-ce la fin de l’Histoire ? On se souvient tous du célèbre « TINA », there is no alternative, de Margaret Thatcher. Le but de ce billet est d’introduire un paradigme émergeant qui représente, à mon sens, l’alternative macroéconomique la plus prometteuse pour réaliser l’objectif de « soutenabilité » de notre modèle économique : l’économie stationnaire ou « Steady State Economy» en anglais. A présent, l’objectif de Frappes Chirurgicales sera de communiquer sur ce sujet et d’engager une réflexion sur les « zones d’ombres » et les défis que suscite cette nouvelle approche.

Avant d’en donner une définition précise et d’en déterminer les contours précis, je rappelle les défis de notre siècle. Ensuite, je tire de ce contexte la critique qui justifie la recherche d’un paradigme alternatif. Enfin, dans une contribution à paraître, je donne une définition claire de l’économie stationnaire et j’énonce les domaines dans lesquels des changements devront être opérés pour réaliser la transition en vue de réaliser l’objectif de « soutenabilité ». Je détaillerai dans des billets ultérieurs pour chacun des ces domaines les changements concrets (« policies ») à implémenter.

Des défis gigantesques :

A l’aube du XXIe siècle, nous faisons face à une quintuple urgence :

1) l’urgence environnementale : Le rapport annuel 2010 « planète vivante » du World Wildlife Fund (WWF) démontre que la « fièvre du développement » produit des dégâts irréversibles sur l’environnement : notre empreinte écologique dépasse la capacité bioproductive annuelle de la terre de 30%. L’ONU tire également la sonnette d’alarme : le rythme d’extinction actuel des espèces est 1000 fois plus élevé que celui de la tendance historique. Le rapport Suhkdev (2010), qualifié de rapport « Stern bis » chiffre le coût annuel de la perte de la biodiversité entre 1350 et 3100 milliards.

2) l’urgence énergétique : Le rapport officiel de l’Agence Mondiale de l’Energie (2010) reconnaît pour la première fois que la production de pétrole conventionnel a atteint son pic de production en 2005, ce qui signifie que 50% du stock a été consommé et suggère l’imminence d’une crise pétrolière dans l’hypothèse où nous ne parviendrions pas à modérer notre demande énergétique et à compenser la déplétion du stock conventionnel par l’exploitation de sources alternatives.

3) la crise de l’argent-dette. Les pays occidentaux sont surendettés, la politique expansionniste de la Fed a provoqué la plus importante crise financière depuis la Grande Dépression (1929). Des déséquilibres macroéconomiques gigantesques alimentent une instabilité systémique du système monétaire. En 2010, la dette publique américaine a atteint 11 trillions de dollars, soit 54% du PIB et 674% des revenus fiscaux (Attali, 2010). La Grèce, dont une large partie des emprunts doivent bientôt être refinancés,  menace de faire défaut sur ses bons d’Etats.  Des pays, l’Espagne et le Portugal par exemple, font face à un endettement privé inquiétant (200% du PIB).

4) l’urgence sociale. Les disparités socio-économiques intra- et inter-pays sont très fortes. Au niveau global, 20% de la  population mondiale accapare 80% des ressources, 1/5 de la population vit avec 2% des richesses ; 2 milliards d’êtres humains vivent avec moins de 2 dollars par jour. En Belgique, 20% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Ce taux monte à 25% chez les pensionnés.

5) l’urgence démographique. Du début de la Révolution industrielle à aujourd’hui, la population mondiale a augmenté de 300 millions à 6,6 milliards d’humains. A l’horizon 2050, les démographes de l’ONU annoncent une population mondiale de 9 milliards. La question de l’alimentation est une véritable bombe atomique. Chez nous, le problème est davantage le vieillissement démographique : à l’horizon 2060, 2 actifs contribueront pour un pensionné, aujourd’hui ce ratio est de 4 pour 1.  Notre sécurité sociale est virtuellement en faillite.

La croissance : le problème.

L’économie est un sous système de l’environnement, c’est un système thermodynamique ouvert qui échange de la matière et de l’énergie avec l’environnement. Tel un être humain, c’est un métabolisme qui se « nourrit » d’énergie et de matière et qui rejette des déchets en fin de processus. Intuitivement, la logique voudrait que plus la taille de l’économie augmente –le PIB est le meilleur étalon de celle-ci – plus son impact environnemental s’accroit.

La justification favorite des économistes orthodoxes pour prôner toujours plus de croissance repose sur l’hypothèse selon laquelle d’une part celle-ci va se dématérialiser à travers la part grandissante de services dans notre économie et d’autres part, selon laquelle la croissance du PIB va se « découpler » de son impact environnmental. Tim Jackson démontre dans son rapport « Prosperity without Growth » (2009) que l’hypothèse d’un découplage de la croissance du PIB et son impact absolu sur l’environnement est un leurre. A ce jour, la « croissance Verte » est un mythe : depuis 1990, date de signature du Protocole de Kyoto, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 40%. D’une part, les gains d’efficacité induits par les développements technologiques sont réinvestis dans la croissance du PIB: si nos moteurs consomment moins, nous roulons plus loin ou plus vite ou alors, nous réinvestissons les gains dans d’autres produits (importés de Chine…). On appelle ce phénomène l’effet « rebond » (rebound effect). D’autre part, la croissance démographique fait plus que compenser négativement le solde de ces gains.

Dès lors, dans un monde fini, c’est-à-dire aux ressources limitées, l’économie ne peut croître indéfiniment. Au travers de la majeure partie de l’histoire humaine, la taille de l’économie était raisonnable par rapport à celle de la Biosphère. Depuis la Révolution industrielle, la situation a évolué : entre 1900 et 2005 la taille de l’économie a été multipliée par le facteur 24. L’humanité utilise aujourd’hui 11 fois plus d’énergie qu’il y a un siècle et 8 fois plus de matière (Victor, 2008). A présent,  l’humanité est devenue la première force géologique de la planète, capable d’interférer sur les cycles naturels. Nous sommes entrés dans l’ère de « l’anthropocène ». L’urgence environnementale et sociale semble indiquer qu’à présent le coût de la croissance est inférieur à ses bénéfices.

La théorie sur l’économie stationnaire (« steady state economics ») s’inscrit dans la mouvance d’un courant scientifique qui prend sa source dans les travaux de Georgescu-Roegen (1971) et le rapport du Club de Rome (1972) qui posèrent pour la première fois la question de l’existence d’une limite à la croissance matérielle (1). A l’heure où l’Union européenne fait la promotion du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC), ou les mots « compétitivité » et « croissance » sont sur toutes les bouches des gardiens de l’orthodoxie budgétaire, cette question n’a jamais été autant d’actualité. Ce sujet, tabou aujourd’hui, doit être débattu dans l’espace démocratique. C’est l’objectif de ce blog, donc, n’hésitez pas à engager le débat en postant un commentaire !

Mon prochain article s’attachera à donner une définition claire de l’économie stationnaire et à répertorier les domaines concrets dans lesquels la transition vers cette alternative systémique invite à des changements profonds.

(1) Alors que le premier proposait une lecture du processus économique à la lumière des lois de la thermodynamique et de l’évolutionnisme au travers d’un raisonnement qualitatif, le second usait d’un modèle macroéconomique de l’économie planétaire ayant pour particularité d’intégrer la croissance démographique comme paramètre endogène ainsi que les acquis de la modélisation dynamique (feedback loops positifs et négatifs) ; une approche quantitative.

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Commentaires sur: "TIA: « There Is An Alternative »!" (1)

  1. 1. Si le capitalisme se définit pat le respect du droit de propriété et le respect du contrat, alors, il n’y a pas d’alternative. Sinon, on plonge dans la barbarie et dans le totalitarisme.

    2. Les théories économiques des réchauffistes ignorent les lois de l’économie. Cela les disqualifie. Leurs thèses scientifiques ne sont pas prouvées. Elles sont probablement fausses.

    3. L’économie n’est pas un système. L’environnement non plus. Une ressource est économique. Il n’existe pas de « ressources provenant de la nature ». Il n’existe pas de « ressources naturelles ». Il existe seulement des choses naturelles. Toute ressource provient de l’homme.

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