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Ecotransition: petite réflexion sur la notion de LIMITE

Imaginez deux vaisseaux dans l’espace qui poursuivent infiniment leur trajectoire vers un horizon qui s’évade à mesure qu’ils s’en rapprochent. Dans cette course effrénée contre la fuite infinie du temps, peine perdue, le point de référence pour juger qui est « le vainqueur » à l’instant t n’est pas la distance absolue qui les séparent, puisque cette distance ne peut être mesurée, mais bien leur position relative. Or, pour que l’avantage de l’un sur l’autre se maintienne, il faut que le rythme de croisière du premier excède celui du second. Donc, les deux vaisseaux sont engagés dans une compétition sans fin. Si l’un accélère le rythme de croisière, l’autre est obligé d’accélérer dans une même proportion sous peine de voir sa positive relative dégradée.

Quid à présent si on impose un espace solaire définissant un périmètre à l’intérieur duquel les vaisseaux sont forcés de naviguer ? Vont-ils se lancer dans une course effrénée sans fin, une fuite en avant perpétuelle, pour espérer se différencier ? Non. Le rapport des vaisseaux au temps sera très différent. Ils navigueront d’un point à un autre du territoire circonscrit, voyager ne sera pas une fin en soit mais un moyen. Ceci ne signifie pas pour autant qu’ils ne chercheront pas à optimiser les gains de temps pour chaque trajet en développant un nouvel arsenal technologique. La course contre le temps ne sera plus une fin en soi, mais un moyen.

Dans ce premier modèle, le temps est linéaire et infini. Ce rapport au temps débouche sur une mise en compétition sans fin des acteurs, une course infinie contre le temps qui par avance ne peut être gagnée. Dans ce second modèle, le temps est circulaire, mais il se recycle en permanence et se régénère. Ce rapport au temps débouche sur une mise en coopération des acteurs visant à maximiser l’utilisation des ressources dans un espace circonscrit.

Bien, à présent, posons-nous cette question : qu’est-ce qui par essence différencie ces deux modèles ?

La réponse est la présence ou non d’une limite caractérisant le cadre temporel dans lequel les acteurs évoluent, cadre qui à son tour va conditionner les interactions entre ceux-ci. Le premier modèle est caractérisé par une absence de limite et induit donc un rapport infini au temps. Le second modèle se caractérise par l’existence d’une limite définissant un cadre et induit un rapport fini au temps. Cette différence débouche sur deux modes d’organisations différents : la compétition sans fin dans le premier modèle, la coopération comme moyen dans le second.

Dans notre société, la réalité sous-jacente du monde du travail, c’est une compétition des agents économiques dans laquelle chacun d’eux cherche à « capter » une part de la masse monétaire à son profit. Cette compétition débouche inévitablement sur une mise à l’écart de certains travailleurs, concrètement, sur du chômage. Car, comme le disait Keynes, c’est la rareté monétaire qui crée le chômage. Dans ce type de modèle, peine perdue de mener des politiques de réduction du temps de travail dans l’objectif de réduire massivement le chômage, il y aura toujours des laissés-pour-compte, c’est là un paramètre structurel du système. Pourquoi ? Parce que la compétition détermine les rapports entre les agents interagissant dans le cadre, soit, l’économie, définit par ce modèle ; la compétition conditionne la survie de chaque agent.

Quid à présent d’une économie dont la taille serait clairement limitée ? Dans cette économie, la croissance du PIB est nulle. Quel est dès lors le mécanisme qui va répartir l’emploi ? La compétition ?! Testons cette hypothèse. Dans une économie au PIB fixe, la masse monétaire est également fixe. Si tous les agents sont mis en compétition pour maximiser leur part de cette masse monétaire, certains agents vont au bout du compte détenir tout l’argent en circulation. Ce modus operandi n’est dès lors pas souhaitable. Un mécanisme bien plus souhaitable est le partage du travail. Chacun contribue dans une juste proportion à un effort commun et est rémunéré en conséquence pour ce service rendu à la collectivité. Ce modèle, pour être acceptable socialement, doit minimiser les écarts salariaux.

Dans ce second modèle, on le voit, le rapport au travail est très différent. Il s’agit de rendre un service à la collectivité, de contribuer à la prospérité de chacun, le travail est un moyen et non une fin. Une fois ce service rendu à la collectivité, on peut se consacrer à d’autres activités que celles relevant de la sphère marchande : la dimension matérielle de l’homme est ramenée à sa juste mesure, ce qui permet à celui-ci de s’épanouir dans d’autres dimensions.

A présent, posons-nous cette question : pourquoi devrions-nous évoluer vers ce second modèle ? La réponse tient en deux éléments. Premièrement, parce que l’activité économique, la taille de l’économie, doit être maintenue dans des limites biophysiques pour s’intégrer harmonieusement dans la Biosphère. Deuxièmement, parce qu’il rétablit un homme pluridimensionnel. En un mot, ce modèle permet à l’environnement et à l’économie de fonctionner en symbiose tout en augmentant le potentiel de prospérité d’une société.

Ouvrir cette réflexion passe par une redéfinition de la prospérité, ce qui, bien sûr, doit nous inviter en priorité à repenser notre rapport à l’argent et donc, à tout le moins indirectement, au travail.

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Commentaires sur: "Pour changer notre rapport au travail, il faut changer notre rapport au temps" (3)

  1. Alek a dit:

    Tu finis par tourner en rond vers cette solution ultime que l’on connait tous, mais pas encore le moyen d’y arriver.

    Mais il n’empêche que je trouve quand même ton raisonnement par rapport au temps, un peu limité avec cette image de l’aéronef. Déjà que tu ne parles pas de l’objectif et des moyens des deux mini-paradigmes, ce qui fausse un peu la teneur sémentique du deuxième model je trouve.

    En tout cas, on en revient au constat sempiternel, puisqu’on ne peut pas faire dans la demi-mesure et qu’il faut changer tout le paradigme, comment y arriver? Comment changer le système dans sa globalité?

    • suis d’accord avec toi, mais je ne prêche pas encore à des convaincus…;) On a le diagnostic, on est d’accord. On a une alternative, on est d’accord. A présent, comment organiser la transition. En fait, la aussi on a les solutions. Simplement, les mettre en oeuvre passe par une révolution vu qu’elle remettent en cause le pouvoir des puissants. En gros, il suffirait d’imposer une limite supérieure à la taille de l’économie. Le moyen le plus simple pour y parvenir est d’avoir une croissance nulle de la masse monétaire. Pour cela, il faut augmenter graduellement, jusqu’à 100%, les réserves des banques.Franchement, ce n’est pas pour demain. Les citoyens, ni les politiques d’ailleurs, ne comprennent rien au phénomène monétaire. D’autre part, le lobby bancaire est ultra-puissant.

      D’où ma théorie du choc: il faudra attendre le Pic pétrolier ou le transfert complet des capacités de production des Etat-Unis vers la Chine pour que le système monétaire international s’écroule. Dès lors, toutes les banques seront ruinées (ainsi que les citoyens. Alors seulement, nous pourrons construire un autre modèle, durable. Je pensais à en faire un livre, les choses deviennent claires dans ma tête.

      En attendant, les petits malins auront appris à cultiver leur potager, à s’intégrer dans un tissu social local dense, à utiliser des monnaies complémentaires (la valeur de ces monnaies restera stable face au choc systémique qui se prépare) et à vivre avec un minimum de pétrole.

      • et j’oubliais une chose capitale: les Etats-unis sont forcés de faire croître leur dette pour la financer, sans quoi il feront défaut sur celle-ci et le système financier mondial s’écroulera.Donc, quand bien même il le souhaiteraient, il ne pourraient pas stabiliser la masse monétaire, la charge d’intérêts sur la dette américaine devient insoutenable. Un jour les USA feront défaut, ou alors les pays extérieurs arrêteront d’avoir confiance dans la valeur du dollar. Ou encore, une fois toutes les capacités de production transférées vers la Chine, celle-ci déclarera qu’elle prend le pouvoir monétaire. Dans tous les cas, le système monétaire international va s’écrouler.

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