les idées qui font des petits!

Les transports représentent 30% de la consommation mondiale d’énergie (1), c’est pourquoi j’ai développé dans mon article précédent (2) l’idée d’appliquer le principe de subsidiarité aux échanges internationaux afin de maximiser la résilience (3) de l’économie locale en prévision du Pic du pétrole (4) et de diminuer notre empreinte carbone. Ces deux objectifs sont concomitants.

Le mouvement des villes en transition initié par Rob Hopkins en 2005 a mis au point une mesure très simple pour implémenter ce principe en usant d’une approche « bottom up », c’est-à-dire prenant ses racines dans des initiatives citoyennes : la création de monnaies locales. L’idée est simple, des acteurs du tissu économique local, commerçants, artisans et agriculteurs à ce stade, décident spontanément d’accepter d’être payé en monnaie locale. Le processus repose donc entièrement sur une base volontaire, il n’existe aucune obligation légale d’accepter le paiement. Le caractère « local » de cette monnaie implique qu’elle ne peut être investie que dans la consommation de biens produits dans le terroir, par conséquent, elle permet de fermer le circuit économique. Il convient de préciser que les monnaies locales n’ont pas vocation à se substituer aux devises nationales. En fait, elles les complètent car ces dernières permettent d’acheter les biens sur les marchés nationaux qui ne peuvent être produits localement.

Mais pourquoi arrêter la réflexion en si bon chemin. En économie politique on parle souvent de « multi-level governance » pour illustrer l’idée que plusieurs niveaux de décision s’imbriquent les un dans les autres. Dans le monde globalisé qui est le nôtre, on peut dire que le pouvoir est composé de trois « strates » : le niveau local, national, et supranational. Dès lors, pourquoi ne pas évoluer à long terme vers un système monétaire épousant les contours géographiques de ces trois niveaux ? En clair : une monnaie internationale, une monnaie par nation, une monnaie par région.

Cette approche présenterait le double avantage d’être ancrée dans la réalité biophysique de l’activité économique et de redonner à la monnaie sa fonction primaire, à savoir, faciliter les échanges commerciaux en dématérialisant le paiement. Aujourd’hui, la sphère financière est déconnectée de l’économie réelle. La monnaie est devenue un bien comme un autre qui se vend, se prête, s’échange, elle est détournée de sa vocation primaire. Par exemple, comment est-il possible que la Chine possède des réserves colossales de dollars, réserves qui lui permettent de manipuler les cours ? Faut-il le préciser, les déséquilibres macroéconomiques actuels entre les Etats-Unis et la Chine découlent de cette situation. Dans un système monétaire à monnaies multiples, les biens locaux consommés localement seraient payés en monnaie locale, les biens nationaux, c’est-à-dire importés d’une autre région, payés en monnaie nationale, les biens internationaux, soit produits en dehors du territoire national, payés en encaisses internationales.

La question à présent est de savoir comment le taux de change entre ces monnaies serait fixé. En outre, il faudrait réexaminer les principes de libre-circulation des capitaux pour savoir s’il serait possible pour un citoyen d’une région x de détenir des encaisses libellés dans la monnaie locale de la région y. Idem pour les citoyens de deux nations différentes. A priori non, puisque l’idée est de limiter l’usage de la monnaie à l’achat de biens produits sur un territoire donné. Un citoyen vivant à Anvers par exemple n’aurait aucun incitant à détenir des Liégeois par exemple, hypothétique monnaie de la Principauté de Liège, puisqu’il ne pourrait pas acheter de biens à Anvers avec cette monnaie. Toutefois, la détention d’une monnaie étrangère pour motifs de spéculation pourrait subsister, elle dépend de l’ajustement des taux de change. En outre, force est de reconnaître que ce système indurait de nombreuses complications pour ce qui concerne les possibilités de conversion. Je pense notamment à la personne qui voyage. Donc, la réflexion doit être affinée, le phénomène monétaire est difficile à comprendre mais le débat est lancé!

En attendant, je vous propose de regarder cette vidéo à propos des initiatives de transition. On y parle notamment des monnaies locales qui sont actuellement expérimentées : http://vimeo.com/16000409 (copier/coller le lien dans la barre d’URLs, désolé je n’arrive pas à insérer la vidéo dans l’article).

 

(1)   Voir Encyclopédie du développement durable sur :  http://encyclopedie-dd.org/les-consommations-d-energie-dans

(2)   Voir : « Le temps du monde fini : le développement durable concrètement » ;

(3)   A propos de ce concept, voir mon article : « opérationnaliser les acquis de la révolution bioéconomique : le biomimétisme » ;

(4)   Voir mon article : « La fin du pétrole » et « Pic pétrolier et ère postindustrielle : comment le monde industrialisé est entré en décroissance ».

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Commentaires sur: "Transition éco-énergétique : monnaie locale et système monétaire à monnaies multiples" (5)

  1. Ca fait depuis longtemps que je sensibilise les gens aux SELs et monnaies locales, on en a quelques uns à Liège, tu peux déjà voir le plus actif SELidje.

    Pour le problème de change, il n’existe pas en fait, puisque si quelqu’un veut spéculer sur cela, il sera obliger d’acheter local en ne l’étant pas, ca leur fait des « exportations » et aidera tout autant la localité.

    Mais bien sur c’est un peu plus compliqué, mais c’est par contre une alternative qui mériterait d’être développée à l’exponentielle (même si on a du mal à les développer en terme de confiances)

  2. – En quoi la liberté de circulation des capitaux est-elle susceptible de poser problème à une limitation géographique de l’usage de ce genre de monnaies complémentaires ? (j’avais piscine pendant mes cours de droit européen ^^)

    – Monnaie fondante ou pas ?

    – Lien avec la valeur horaire ou pas ? (// « time dollar »)

  3. Les monnaies locales sont interdits par la loi. Il existe une tolérance limitée pour les monnaies locales. Les limitations de la loi font que ces monnaies locales sont médiocres.

    Une abrogation de l’interdiction de la création monétaire serait une mesure politique utile.

    • Alek a dit:

      Interdit par la loi? Mais qu’es ce qui les limite puisqu’elles existent quand même? Es-ce juste une tolérance?

  4. d’une part, une monnaie locale viole le monopople monétaire étatique.
    D’autre part, la monnaie locale est le prétexte facile pour éviter de payer la TVA sur les ventes ou de payer l’urssaf sur la vente de services.

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