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La décroissance, c’est quoi ?

Que signifie le mot un peu fourre-tout de « décroissance »  qui est presque sur toutes les lèvres des intellectuels engagés et qui semble actuellement condenser toutes les critiques du modèle dominant, j’ai nommé : la mondialisation capitaliste néolibérale.

En fait, il n’existe pas actuellement de théorie de la décroissance comme il existe une théorie économique de la croissance. La décroissance, c’est un mot choc pour signifier une opposition au dogme de la croissance, à la religion du toujours plus et donc à un système productiviste abscons qui assimile la croissance matérielle des biens (le PIB) au bonheur. Comme l’indique avec beaucoup de justesse Serge Latouche, on devrait plutôt parler d’ « a-croissance », comme on peut parler d’a-théisme.

Le problème du mouvement décroissant sera selon l’opinion de certains qu’il manque cruellement d’une base conceptuelle solide ou encore qu’il fédère un panel hétéroclite de mouvements hétérodoxes qui de prime abord peut sembler manquer de cohésion. Ainsi, on peut notamment retrouver des libertaires, des néomarxistes, des écologistes radicaux, des éco-énergétistes parmi les groupuscules « activistes » qui portent leur message à contre-courant sous la bannière de la décroissance.

Quels fondements conceptuels ?

Malgré cette unité toute relative dans la diversité, il existe une base conceptuelle très solide, rationnelle et scientifique, qui pose les jalons d’un nouveau paradigme, un nouveau rail pour la pensée, et rencontre les critiques des décroissants : la bioéconomie. L’objectif de cet article est d’exposer les bases conceptuelles de cette approche, de démontrer leur solidité et surtout, leur pertinence par rapport aux faits.

L’économiste-mathématicien américano-roumain Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) est le père de la bioéconomie. Cette discipline émergente vise à « abattre le mur de Berlin » érigé entre les sciences de la nature  et les sciences de l’homme. Plus qu’interdisciplinaire, la bioéconomie est fondamentalement transdisciplinaire et holistique, ce qui signifie d’une part qu’elle se réalise au-delà des acquis des disciplines auxquelles elle emprunte les concepts –l’écologie, la physique, l’économie, l’anthropologie, principalement –  et d’autre part qu’elle envisage « le système terre » dans sa globalité.

L’essence de la bioéconomie est d’intégrer les acquis de la révolution thermodynamique initiée par le physicien et ingénieur Sadi Carnot (1796-1832) ainsi que de la théorie évolutionniste de Darwin (1809-1882) pour dépasser le paradigme mécaniste newtonien qui est toujours le cadre de référence actuel de la science économique.

C’est aux travaux  de Georgescu-Roegen que remonte la base conceptuelle de la décroissance puisque c’est lui qui mis en exergue la contradiction existant entre une croissance infinie des ressources matérielles sur une planète finie i.e. aux ressources limitées. C’est pourquoi il prophétisa : « demain, la décroissance ». La question est de savoir pourquoi Georgescu-Roegen fit cette prédiction, ce qui revient à intégrer sa pensée afin d’objectiver le concept de décroissance.

Partant du constat que les économistes néoclassiques ont oublié l’origine même de la rareté en omettant, au contraire des classiques, de tenir compte de la Terre comme facteur de production, le nouveau paradigme bioéconomique vise à réintroduire le couple énergie-matière i.e la réalité biophysique du processus économique, au centre des préoccupations de la science économique. Nicholas Georgescu-Roegen expose dans son ouvrage très savant « The Entropy Law and the Economic Process » (1971), la pierre angulaire de son œuvre, les deux concepts clés de sa pensée dissidente :

1)            « Le processus économique n’est qu’une extension de l’évolution biologique et, par conséquent, les problèmes les plus importants de l’économie doivent être envisagés sous cet angle »;

2)            « la thermodynamique et la biologie sont les flambeaux indispensables pour éclairer le processus économique (…) la thermodynamique parce qu’elle nous démontre que les ressources naturelles s’épuisent irrévocablement, la biologie parce qu’elle nous révèle la vraie nature du processus économique ».

La conception évolutionniste du processus économique

Georgescu-Roegen assimile le progrès technique, la spécificité de l’homme, du moins par sa complexité, à une extension des membres du corps humain et donc à une mutation génétique. Dans sa conception, ces mutations sont à l’origine des inégalités sociales, l’analogie avec le processus de spéciation des espèces est évidente.

Ensuite, il développe l’idée que la complexification du progrès technique utilisé par l’homme est directement corrélée à la croissance –ce terme n’est pas choisi par hasard – de son potentiel d’exploitation d’énergie exosomatique, c’est-à-dire situé en dehors de son corps. Partant de ce constat, un concept central de sa pensée est que chaque découverte d’une source importante d’énergie exosomatique s’est traduite par une révolution. Il identifie trois révolutions énergétiques dans l’histoire humaine :

–          La découverte du feu

–          La découverte de l’agriculture

–          La découverte des énergies fossiles

Le feu :

La première révolution énergétique fut amorcée par la découverte du feu. Elle s’est accompagnée de transformations socio-économiques importantes : cuisson de la viande, résistance accrue aux variations de température, potentiel de défense contre l’ennemi –les autres animaux – plus élevé, notamment. Durant cette période, l’homme adopte le mode de vie nomade du chasseur-cueilleur et son exploitation d’énergie exosomatique reste faible. On estime qu’il utilisait l’équivalent d’un Equivalent d’Energie Humain (EEH), une mesure de l’apport énergétique moyen (nourriture) nécessaire pour faire fonctionner le métabolisme humain. Ce mode de vie nomade est rude, la croissance démographique de notre espèce reste stable durant cette période (99pc de notre histoire). Il est probable que le savoir du feu était jalousement gardé et que celui qui en détenait les clés occupait une position centrale dans la structure socio-institutionnelle de sa tribu.

L’agriculture

La seconde révolution est la découverte de l’agriculture. L’homme devient capable d’augmenter nettement son exploitation d’énergie exosomatique en « domestiquant » une partie de la nature. On estime qu’il exploite en moyenne jusqu’à 4 EEH se qui se traduit par une multiplication de la population humaine par le facteur 200. Néanmoins, cette hausse n’est pas immédiate car la révolution agricole s’accompagne d’une sédentarisation qui provoque des dysfonctionnements favorables à l’émergence de maladies.

En effet, puisqu’une plus grande population habite un territoire donné, l’empreinte écologique sur ce territoire devient trop importante : l’environnement local est incapable d’assimiler les déchets produits par cette communauté et se dégrade, les problèmes sanitaires sont nombreux ce qui provoque des maladies qui vont se propager facilement du fait de la proximité des habitants d’une même population. C’est pourquoi l’homme innove pour effectuer la transition vers une sédentarisation viable et survivre – dans la perspective biologique, le but d’une espèce est sa survie –.

Les égouts et le contrôle du circuit d’approvisionnement de l’eau sont les deux innovations qui, bien plus que les progrès de la médecine, ont contribué à éradiquer la maladie en améliorant substantiellement les conditions sanitaires, ce qui s’est traduit –comme déjà précisé – par une croissance démographique. Enfin, il convient de noter que l’agriculture est intensive en travail, soit en énergie organique, car les outils techniques pour l’exploitation des terres agricoles sont rudimentaires.  L’économie s’appuyant essentiellement sur l’exploitation de terres, toute la hiérarchie sociale est définie à partie de cette grille d’analyse : le seigneur, celui qui s’est hissé au sommet de la pyramide sociale, est celui qui possède des terres, c’est le régime féodal.

Les énergies fossiles

Enfin, la troisième révolution est amorcée au début du 19ème siècle, lorsque l’homme découvre une nouvelle source d’énergie exosomatique dans la lithosphère i.e. sous la couche terrestre: le charbon. Plus tard, il découvre le pétrole qui présente le triple avantage d’avoir un rendement énergétique supérieur, d’être liquide et facilement extractible (du moins pour ce qui concerne les premiers forages).

La révolution industrielle est en marche, la machine à vapeur apparaît, puis l’industrie prend peu à peu des proportions gigantesques. La domestication de ces nouvelles sources d’énergie que sont les hydrocarbures provoque des bouleversements socio-économiques gigantesques : le taylorisme et le fordisme apparaissent, c’est le début du capitalisme et des luttes ouvrières pour l’émancipation sociale. Une nouvelle fois, tout le système socio-institutionnel est modulé par la découverte de la nouvelle source d’énergie que sont les hydrocarbures. Cette fois, le seigneur, le capitaliste, est celui qui possède les machines alimentées par cette forme d’énergie.

Assez paradoxalement, la révolution industrielle s’accompagne d’une croissance démographique exponentielle : début 1800 on estime la population humaine à 300 millions d’habitants, nous sommes aujourd’hui plus de 6,5 milliards. On peut parler d’un paradoxe car les sociétés industrielles, au contraire des sociétés rurales, appuient principalement leur développement sur l’exploitation d’énergie mécanique (machine) par opposition à organique (homme) : elles sont beaucoup plus intensives en capital qu’en travail.

Le concept de « croissance économique » coïncide avec la révolution industrielle. Sa mesure est le Produit Intérieur Brut (PIB), un agrégat de la valeur dégagée par les activités économiques. Ici, il convient de préciser –détail fondamental–, que le PIB assimile la valeur d’un bien à sa valeur marchande i.e. sa valeur d’échange par opposition à sa valeur d’usage. Enfin, dernière précision, l’économie en tant que discipline remonte à Adam Smith (1723-1790) et son ouvrage « La richesse des nations » dont la première édition date de 1776, donc de la fin du XIIIe siècle qui coïncide avec le début de la révolution industrielle.

La thermodynamique

La seconde originalité de la pensée de Georgescu-Roegen, de loin son aspect le plus gênant, est d’intégrer la seconde loi de la thermodynamique, le principe d’entropie, à sa réflexion. Pour rappel, la première loi de la thermodynamique commande que « rien ne se perd, rien ne se crée. D’un point de vue physique, la matière contenue dans l’univers est constante. Par conséquent, toute idée que le processus économique serait capable de créer des biens ou d’en détruire n’est pas tout à fait exacte. La seconde loi, le principe d’entropie, à propos duquel Einstein disait que c’est la plus importante des lois de la physique, complète le célèbre adage de la première loi par « tout se transforme ». Le principe d’entropie signifie dans son essence que bien que la quantité de matière dans l’univers soit constante, toute transformation de celle-ci s’accompagne d’un changement qualitatif .En terme physique, la transformation de la matière diminue l’énergie disponible de celle-ci i.e augmente son entropie. L’entropie est vue comme une mesure du désordre et comporte une dimension métaphysique puisque, d’après les physiciens, l’univers évolue de l’ordre vers le désordre.

L’intérêt de la pensée de Georgescu-Roegen est d’entrevoir la réalité physique du processus économique à travers le prisme des principes de la thermodynamique. Sa conclusion est hautement dérangeante : le processus économique en transformant un stock de matière première de basse entropie en un stock de matière d’une entropie plus élevée ne fait que produire des déchets au sens physique du terme. En fait, il dénonce le phénomène d’accélération de l’anthropisation de l’univers, c’est-à-dire de sa dégradation, par le processus économique. Un phénomène, selon lui, irréversible, c’est pourquoi je considère sa pensée comme révolutionnaire car il invente, après Rousseau et le temps linéaire, le temps irréversible.

Un exemple sera plus parlant.  Examinons le processus économique de fabrication d’une voiture sous l’angle physique : la matière première, un stock de basse entropie nécessaire à sa fabrication, est extraite de la terre. Ensuite, une combinaison de travail (humain) et de capital technique (machine) va transformer cette matière pour faire prendre corps à la voiture. D’un point de vue physique, de l’énergie est injectée à la matière pour l’ordonner, c’est-à-dire diminuer son entropie. D’ailleurs, si on regarde une voiture neuve, elle semble être un système parfaitement ordonné, du moins beaucoup plus que la matière première utilisée dans sa fabrication ; tel est le cas. Pourtant, au fil du temps, on observe que la matière se dégrade. Concrètement, elle rouille. D’un point de vue physique, son entropie augmente, jusqu’à ce que le bien ne soit plus utilisé et soit rejeté dans l’environnement. Au terme du processus, l’entropie de la matière a donc augmenté.

Le problème bioéconomique :

La question à présent est de savoir quels enseignements on doit tirer de ce corpus théorique et ce en quoi ils rejoignent les arguments dominants portés par les « objecteurs de croissance » ou « décroissants », c’est selon.

Premièrement, la terre est un système thermodynamique fermé par opposition à ouvert, ce qui signifie qu’elle n’échange que de l’énergie et pas de la matière avec l’univers dont elle est un sous-système. Concrètement, cette énergie provient du soleil. On pourrait objecter que des météorites parviennent parfois à percer la croûte terrestre, ce qui représente un échange de matière avec l’univers, mais ce phénomène est très marginal, un météore perce rarement la stratosphère. Ce constat induit que le stock de matière première est limité.

Ensuite, si on combine cet acquis au fait que le processus de dégradation de la matière est irréversible, on aboutit au constat que notre système économique productiviste est anti-économique. En réalité, comme le souligne Georgescu-Roegen, « il n’est point de principe plus économique que le principe d’entropie » puisque celui-ci est l’origine de la rareté. En effet, si le développement économique était réversible, nous pourrions une fois un stock de matière première épuisé, reconvertir les déchets rejetés dans l’environnement produits à la base de cette matière pour recomposer le stock de basse entropie initial. Est-ce possible ?

En fait, je précise m’engager sur base de supputations qui me sont propres, je pense que oui. La vie lutte en permanence contre l’entropie en absorbant de l’énergie externe (nourriture), donc pourquoi ne pas faire de même pour la matière ? En clair, on peut bombarder du fer rouillé pour lui rendre son aspect initial me semble-t-il. Toutefois, ceci se fait au prix d’une anthropisation croissante du système tout entier. A moins que, à moins que, et c’est ici que j’entrevois une porte de sortie pour dépasser le cul de sac dans lequel la pensée de Georgescu-Roegen semble nous renvoyer (une fois tout le stock de matière dégradé notre espèce connaîtra sa fin), nous ne soyons capable d’exploiter une forme d’énergie inépuisable : l’énergie solaire ou la fusion nucléaire. Georgescu-Roegen envisage ces deux possibilités. Il note que les obstacles techniques à la fusion sont immenses et que nous sommes encore loin d’une percée technologique dans ce domaine (si percée il doit y avoir un jour). J’ai peu d’information à ce sujet, mais je sais que des mini-expériences de fusion ont déjà été réalisées en laboratoire. L’énergie solaire se caractérise quant à elle par son apport permanent, infini à l’échelle humaine, mais limité, c’est un flux.

Le sujet mérite réflexion, c’est un euphémisme, toujours est-il que la pensée de Georgescu-Roegen oriente vers le constat qu’une économie réellement efficiente cherche à minimiser l’input de matières premières car en accélérant le rythme d’extraction de celles-ci on détruit un nombre de vies humaines à venir. La dimension d’équité intergénérationnelle présente dans le rapport Brundtland (1987) qui donne pour définition du développement durable « un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » est au cœur de la pensée bioéconomique de cet économiste.

Enfin, et c’est probablement sur ce point que la bioéconomie rejoint le plus l’argumentation des décroissants, tout le développement de nos sociétés industrielles est subordonné à l’exploitation de ressources fossiles non-renouvelables. Or, une fois ces ressources épuisées, notre capacité à exploiter de l’énergie exosomatique va décliner et par conséquent notre économie décroître. A préciser que Georgescu-Roegen a quantifié l’énergie disponible à partir des autres sources (renouvelables) que les sources fossiles (non-renouvelables). D’après lui, et ce n’est pas le seul à émettre ce constat, il nous sera impossible d’exploiter la quantité d’énergie exosomatique que nous fournissent actuellement les énergies fossiles en ayant recours aux sources d’énergies renouvelables. Ou exprimé en d’autres termes : le renouvelable ne pourra se substituer dans les mêmes proportions au non-renouvelable.

Halte à la croissance ?

A partir de ces éléments, on peut comprendre de façon assez précise les contours du discours des décroissants. Mais surtout, on peut donner une explication bioéconomique de l’origine du « dogme de la croissance ». Ce qui caractérise les hydrocarbures en tant que source d’énergie c’est qu’ils forment un stock. A contrario, les énergies renouvelables (élioen, biomasse,solaire, marées) forment un flux. Or, de ces propriétés physiques différentes découle que leur possibilité d’exploitation varie : un stock peut entièrement être consommé au temps t si son propriétaire le désir. Pour prendre une image, le stock de ressources fossiles s’apparente à un montant sur un compte en banque dont les propriétaires décident de disposer en fonction de leurs préférences. De ce point de vue, on comprend pourquoi des enjeux d’équité-inter temporelle se posent dans l’exploitation des ressources se matérialisant sous la forme d’un stock non-renouvelable : les décisions de la génération présente vont influer sur le patrimoine de la génération suivante qui du fait de la contrainte du temps n’est pas associée au processus de décision. Au contraire, ce problème ne se pose pas avec les énergies renouvelables puisque leur exploitation au temps t est limitée par un plafond.

Depuis le début de la révolution industrielle, notre exploitation d’énergie exosomatique a augmenté de façon exponentielle, ce qui s’est traduit par une forte hausse de la croissance démographique et par une croissance du PIB exponentielle (la taille des économies des pays industriels a été démultipliée).La conclusion qui découle de ces observations  est assez simple : cette croissance exponentielle découle des propriétés physique de la source d’énergie exploitée. En l’occurrence, un stock.

En fait, l’économie industrielle suit le cycle d’une courbe de Gauss, ou d’une courbe en cloche, c’est selon. Dès lors que vous ne touchez pas le plafond, le maximum, l’économie peut continuer à grandir. Au moment t elle touche le plafond et stagne et puis commence à se contracter à mesure que le stock d’énergie exploité entre en phase de déplétion. Ce raisonnement, – que je viens d’extrapoler à l’économie globale – nous le devons au géologue Marion King Hubbert qui modélisa et prédit avec une exactitude impitoyable le pic du stock de ressource pétrolière aux Etats-Unis (en 1970), soit le point sur l’axe du temps où la production, l’offre pétrolière des Etats-Unis, atteignit son maximum.

Donc, pour répondre à la question, la croissance infinie, dans son acceptation normative actuelle, est un mythe alimenté par la pensée occidentale depuis le début de la révolution industrielle et l’ère du Progrès, une pensée biaisée par l’illusion, car temporaire, de l’exploitation exponentielle d’un stock d’énergie fini. Dans sa quête de l’infini, la pensée occidentale dominante des trois derniers siècles a omis d’intégrer les caractéristiques physiques des sources d’énergies exosomatiques à partir desquelles les sociétés industrielles se sont développées : des  stocks non renouvelables. C’est très clair, la croissance, dans son acceptation normative actuelle, c’est-à-dire se traduisant par sa dimension quantitative, le règne du toujours plus, connaîtra sa fin à partir du moment où le stock agrégé des énergies fossiles mondial entrera en phase de déplétion.

Utiliser l’acquis bioéconomique pour modéliser l’avenir

Les prévisions les plus pessimistes des géologues pour le pic d’Hubbert de la production mondiale i.e. le fameux Pic Pétrolier, se situent aux alentours de 2010. Par conséquent, la révolution bioéconomique est en marche. Loin d’être une utopie, elle est une réalité physique. En vérité, nous sommes sur l’axe de l’histoire humaine à la veille de la quatrième révolution énergétique. Tout l’enjeu de la transition écologique est de passer de l’exploitation d’une énergie exosomatique « stock » à une énergie « flux ». Cette révolution ne pourra s’amorcer avec succès qu’à la condition que nous reformations notre mode de pensée pour y intégrer les notions de limite et de renouvelable, c’est-à-dire les deux caractéristiques physiques des sources d’énergie exosomatique sur laquelle nous devons appuyer notre développement futur.

Quelques interrogations clés par rapport aux conditions de cette transition se posent :

1)      La croissance démographique exponentielle que l’espèce humaine connaît depuis la révolution industrielle va-t-elle s’arrêter ?

Etant donné que nous ne pourrons exploiter autant d’énergie qu’auparavant et partant du constat factuel qu’il existe une corrélation très forte entre croissance démographique et croissance de l’exploitation d’énergie exosomatique, je suis enclin à penser que la démographie va baisser. En d’autres termes, je suis persuadé du fait que l’exploitation des ressources fossiles a permis à l’espèce humaine de maintenir une croissance démographique artificielle. Ou, pour utiliser la terminologie des écologistes, les ressources fossiles nous permettent d’excéder la capacité de charge (« carrying capacity ») de notre environnement. Ceci est dans l’absolu une bonne nouvelle puisque la croissance démographique pressurise les écosystèmes. Par conséquent, je pense que notre empreinte écologique va diminuer ce qui aura un effet positif sur notre déficit écologique actuel.

Là où je suis beaucoup moins optimiste, c’est quant aux conditions dans lesquelles cette décroissance démographique va s’opérer. Le risque d’une dérive totalitariste néofasciste est réel. Un seul choix s’offre à nous : soit nous régulons le problème par consensus démocratique, soit nous laissons la nature s’auto-réguler. Le premier cas revient à implémenter des politiques de natalité restrictives. L’observateur attentif ne manquera pas d’observer que la voie politique présente de nombreux obstacles puisque les données du problème sont asymétriques : les économies de l’hémisphère nord sont hyperdépendantes des énergies fossiles et possèdent une croissance démographique faible, là où celles du sud sont moins dépendantes de ce type d’énergie –une forme de résilience – mais possèdent une croissance démographique exponentielle. La voie naturelle, la loi du plus fort, est quant à elle à déconseiller. L’humanité fait face à un impératif moral de trouver une solution par le haut dont il est temps que l’Onu prenne la mesure.

2)      La raréfaction des énergies fossiles va-t-elle déclencher des guerres ?

Le risque est réel, des tensions géopolitiques apparaissent déjà en mer caspienne, au pôle nord, au moyen-orient, les trois zones concentrant la majorité des gisements. Je n’ai jamais pu m’expliquer la guerre d’Irak, la guerre la plus chère de l’histoire, car c’était une hérésie bioéconomique : le coût énergétique de cette guerre est supérieur à ses bénéfices, si les Etat-Unis avaient investis cette argent dans le renouvelable ils auraient aujourd’hui diminué très fort leur dépendance à l’égard des énergies fossiles.

3)      La croissance va-t-elle s’arrêter, allons- nous assister à un retour de l’histoire et nous en retourner à l’époque des cavernes ?

Tout dépend de ce qu’on entend par « croissance ». Si c’est l’augmentation exponentielle de la production de biens matériels, la réponse est « oui ». Par contre, si on suit l’intuition de Joseph Schumpeter (1883-1950), le maître à penser de Georgescu-Roegen durant son passage à Harvard, selon laquelle « la croissance c’est produire plus, le développement c’est produire mieux », la réponse est « non ». Je suis persuadé que la croissance va évoluer dans son aspect normatif d’une perspective quantitative à qualitative. Le progrès technique continuera à jouer un rôle central dans l’amélioration de l’efficacité énergétique. Mon intuition est que la limite imposée par notre exploitation d’énergie exosomatique poussera le système à se réorganiser de l’intérieur pour améliorer sans cesse son efficacité. Plus que jamais, je suis persuadé qu’une croissance qualitative suppose une réhabilitation du pouvoir politique aujourd’hui inféodé à la sphère économique.

Autre point non moins important : toute l’économie des écosystèmes est basée sur les producteurs primaires que sont les plantes. Celles-ci transforment l’énergie solaire, un flux, via la photosynthèse, en tissu organiques. L’énergie stockée dans ces tissus sera ensuite la source d’énergie des herbivores qui eux même seront la source d’énergie des carnivores. L’homme a beaucoup à apprendre du mode de fonctionnement des écosystèmes, ils possèdent les clés d’un développement soutenable, c’est-à-dire s’arc boutant sur l’exploitation d’énergie -flux renouvelable, une idée que j’ai développé dans mon article sur le biomimétisme (voir : Implémenter les acquis de la révolution bioéconomique : le biomimétisme).

4)      Le chômage va-t-il augmenter ? Quid de la dette ?

J’ai gardé ce point pour la fin car il représente, d’après ma propre perception, un double obstacle important pour amorcer la transition écologique, surtout pour les politiques. Premièrement, le chômage est LE problème endémique de nos sociétés, un phénomène qui peut toucher chacun, sans prévenir, et qui hypothèque le droit à la dignité humaine de beaucoup d’êtres humains. La croissance économique en tant qu’objectif prioritaire de la politique économique est vue comme le seul outil pour stimuler la création d’emploi et diminuer le chômage, ce qui alimente cette obsession pour la croissance.

Ensuite, autre obstacle de taille, les Etats industrialisés sont plus endettées que jamais, leur finances publiques sont sorties exsangues de la crise financière. Or, le seul moyen pour l’Etat de ne pas faire défaut est d’augmenter les taxes, ce qui risque de plomber la croissance et donc un peu plus ses recettes, ou de profiter d’une hausse des recettes fiscales induites par une hypothétique relance économique. Je dis « hypothétique » car à mon sens le Pic pétrolier est proche, l’économie risque de stagner pour encore quelques années (cf. Japon). Je suis enclin à penser que des Etats vont faire défaut, ce ne serait pas une première historique (à ce sujet, lire J. Attali. Tous ruinés dans 10 ans ? ). En outre, les politiques d’austérité imposées un peu partout en Europe peuvent potentiellement achever de plomber la reprise.

Idéalement il faudrait amorcer la transition vers le renouvelable en implémentant une politique de relance néokeynésienne investissant massivement dans le renouvelable, une sorte de « Green Deal », mais j’ai l’impression que le taux d’endettement actuel des pays industrialisés a dépassé des sommets, ce qui hypothèque la possibilité de ce type de politiques. Il faut que je réfléchisse davantage au problème de la dette mais j’avoue devoir confesser cette désagréable impression que  les économies des prétendus maîtres du monde (USA, Japon, France, Grande-Bretagne) sont dans un cul de sac. Pendant ce temps la Chine monte en puissance et affiche une santé financière outrancière.

Néanmoins, concernant le chômage, je peux mettre en avant un élément bioéconomique : l’ère industrielle se caractérise par une exploitation d’énergie mécanique croissante, si demain nous devons produire avec de l’énergie organique ce que nous produisions hier avec des machines, je pense en premier lieu à l’agriculture, beaucoup de gens seront réaffectés à la production agricole.

On le voit, sur les deux points stratégiques que sont la dette et le chômage, il reste encore beaucoup à faire. Les décroissants doivent s’atteler à ces deux vastes chantiers s’ils veulent avoir la moindre chance de faire perfuser leur message dans la sphère politique, de faire preuve de réalisme politique. Je vais essayer humblement de m’y atteler.

Conclusion : la décroissance, avons-nous le choix ?

Les plus perspicaces auront remarqué que la problématique climatique, la perte de la biodiversité, l’acidification des océans et des nappes phréatiques sont des enjeux peu présents au cœur de ma réflexion. Disons que, loin d’être des problèmes périphériques, ils constituent des signaux visibles de la nature que le scénario « business as usual » nous mène droit dans le mur. Dans mon optique, le Pic pétrolier doit être l’élément déclencheur d’une profonde remise en question de notre mode de vie. Au plus nous retarderons la transition écoénergétique, au plus l’addition en terme de drames humains sera salée. Toutefois, dans les faits, la décroissance est beaucoup moins une question de choix qu’une réalité qui graduellement va s’imposer (s’impose déjà ?) à nous.

Si la décroissance possède des bases conceptuelles solides, l’objet de cet article est de le démontrer, l’objectif de dépasser la critique qu’elle propose pour créer un nouveau modèle économique soutenable, réaliste, révèle un large chantier, inachevé, pour la pensée postmoderne. J’espère vous avoir convaincu de l’étendue est de la pertinence de cette réflexion, ancrée plus que jamais dans la réalité des faits.

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Commentaires sur: "Transition éco-énergétique : en route vers le monde postindustriel" (6)

  1. AdrienD a dit:

    J’aime commenter tes articles  Voici quelques points, dans l’ordre du texte

    1)« Les énergies fossiles, troisième révolution énergétique »

    Le capitalisme et la « classe capitaliste » apparaissent bien avant les énergies fossiles, au cours du Moyen-Age. C’est une évolution sociale de longue durée qui aboutit à une prise de pouvoir quasi complète aux environs de 1800. Comme, à ce moment, la révolution des énergies fossiles n’a pas encore fait sentir ses effets, il est assez évident que le pouvoir de l’évolution sociale capitaliste ne repose pas (que) sur ces énergies fossiles et qu’il est donc un peu trop raccourci de décrire le « seigneur capitaliste » comme quelqu’un qui possèdent des machines à la place du seigneur terrien de la révolution agricole. Ce raccourci a une importance, car il a tendance à minimiser le fait que le capitalisme prend largement compte des ressources limitées.
    Également dans ce point, tu parles de croissance démographique exponentielle liée à la croissance économique. Il me semble évident au contraire que la croissance économique n’implique une croissance démographique que dans un premier stade, lorsque les populations ont encore l’habitude d’avoir de nombreux enfants et lorsque l’économie vient de commencer à permettre que tous ces enfants survivent d’un point de vue nourriture et santé. Or l’évolution des pays occidentaux montrent que (même dans des années de plus grande croissance connues dans le passé) la croissance démographique ne suit plus la croissance économique.

    2)« La thermodynamique »

    L’entropie implique en effet que l’ordre de l’univers entier décroît que par conséquent le désordre croît. Il faut toutefois prendre garde à manipuler le concept selon ce qu’il veut dire.
    Pour reprendre ton exemple, la fabrication d’une voiture fait effectivement croître le désordre de l’univers. Mais attention, il ne fait pas forcément croître le désordre dans le sous-système « matières premières qui deviennent une voiture ». En effet, la voiture est peut-être (et je reviens sur ce peut-être par-après) un système plus ordonné que la matière première initiale. Seulement, de l’énergie a été utilisée pour passé de la MP à la voiture. Et la production de cette énergie a elle certainement causé une augmentation du désordre dans l’univers dans son ensemble, mais pas forcément dans le sous-système « voiture ».
    Mais au-delà de cet exemple, qu’est-ce que c’est que « l’ordre » en thermodynamique ? C’est pourquoi j’ai dit que la voiture était « peut-être » plus ordonnée que la matière première initiale. Personnellement, je n’en connais pas assez en thermodynamique pour savoir laquelle des deux est la plus ordonnée. Car « l’ordre » thermodynamique n’a rien à voir avec l’utilité de l’humain.
    Pour moi, la meilleur façon de comprendre l’ordre thermodynamique est dans l’exemple suivent : la glace est considérée comme plus « ordonnée » thermodynamiquement que l’eau. Mais quand on parle de vie et d’humains, l’eau est certainement bien plus utile que la glace. Ce qui tend à montrer que la vie, les humains et l’économie ont besoin d’ordre et de désordre thermodynamique pour fonctionner. Qu’une action humaine quelconque augmente le désordre de l’univers ne causera donc pas en tant que telle notre perte à tous. Bien entendu, si tout est dans un parfait désordre thermodynamique, la vie n’est plus possible. Mais avant d’arriver à cela (grosso modo si je ne me trompe pas ce serait un nuage de gaz réparti dans l’espace), l’univers aura peut-être bien connu le « Big Crunch » dans 15 milliards d’années, et nos sauts de puce d’humains mettront très longtemps avant d’y changer quelque chose.

    3)« Bioéconomie » et « Halte à la croissance »

    Je pense que tu es un peu rapide pour expédier ad patres le fait que dans le futur nous puissions produire autant d’énergie qu’aujourd’hui.
    Le Pic pétrolier est très fortement discuté et en général placé entre aujourd’hui (voir hier) jusqu’à dans 100 ans. Les estimations les plus pessimistes viennent souvent de personnes qui pensaient du mal du pétrole avant d’étudier quand il n’y en aurait plus, les plus optimistes venant souvent des sociétés pétrolières qui n’ont pas trop envie d’annoncer à leurs actionnaires que leur activité aura une fin.
    Le Pic du charbon est nettement plus lointain, étant donné que les réserves en contenu énergétique sont supérieures. Et à la limite on peut même liquéfier le charbon pour en faire du pétrole. Le Pic du nucléaire à fission est quand à lui à peu près au-delà de tout horizon prédictible.
    Or, le développement de l’éolien ou de solaire, de la géothermie ou de la fusion nucléaire ont le potentiel pour devenir des énergies de remplacement suffisante, même si toutes rencontrent pour le moment des problèmes techniques. Parlant de thermodynamique, il est amusant de penser que l’éolien et le solaire sont une manière d’externaliser notre entropie depuis la terre vers le soleil donc le reste de l’univers, tandis que la géothermie et la fusion sont possibles jusqu’à ce notre planète soit devenu un gros nuage de gaz indistinct.
    Utiliser maintenant les énergies non-renouvelables se justifie et n’est pas un tort envers les générations futures. Sans ce « stock » fini, il nous serait impossible de faire les investissements énergétiques nécessaire à développer les types d’énergies qui assureront aux générations futures un niveau de vie supérieur (ou au minimum comparable). Et d’ailleurs on passera peut-être d’abord par d’autres énergies non-renouvelables avant d’arriver aux solutions « renouvelables ». Bien entendu, il s’agit tout de même de limiter l’impact (pollution et autres) de l’utilisation des ces énergies non-renouvelables, mais ceci est un autre débat.
    En d’autres mots, il est incontestable que la terre soit un milieu avec des limites. Mais toute la question est de savoir où sont ces limites. Et, actuellement, dire que nous avons atteint ou que nous sommes proches de ces limites relève de l’incantatoire. Les changements climatiques dus aux gaz à effet de serre par exemple sont montrent seulement que nous avons atteint, dans un des sous-systèmes terrestres, un stade où notre activité a un impact, sans que nous ayons pour autant atteint la limite de ce sous-système (qui n’est donc même pas le système terre dans son ensemble). En effet, les changements climatiques sont récurrents et notre impact consiste à avoir causé un nouveau changement accéléré. Je ne veux pas dire par là qu’il ne faille pas se préoccuper de cet impact ou que les conséquences ne risqueraient pas d’en être désagréables mais, pour rappel, je voulais simplement montrer que nous étions encore loin des « limites ».

    4)Question « La croissance va-t-elle s’arrêter ?»

    Il y a une idée sous-jacente intéressante au « croissance=plus, développement=mieux ». La croissance du PIB, l’analyse par la monétisation a certes bien des faiblesses. Mais il y a néanmoins énormément d’information dans le prix d’un bien. Pour faire un parallèle, en statistique, le scientifique essaie en général de résumer un nuage de points (donc d’informations fondamentalement différentes) par quelques axes. Le premier axe est celui qui contient le plus d’information mais, pour des problèmes complexes sociaux et/ou économiques, le scientifique sera déjà très content si ce premier axe rassemble 50% de l’information disponible. Le deuxième axe sera peut-être à 20%, le troisième à 15%, le quatrième à 2% et le reste de l’information sera réparti sur autant d’axes insignifiants qu’il y a de points dans le nuage. L’argent, c’est le « premier axe » qui s’est imposé au cours d’un processus évolutif pour gérer l’allocation des ressources.
    Pour faire du développement plutôt que de la croissance, il faut trouver d’autres indicateurs. Il y a un certain nombre de candidats mais la plupart sinon tous sont proportionnellement autant attaqués que l’argent (par proportionnellement, je veux dire que, l’argent étant très connu, il a dans l’absolu plus de détracteurs et que les autres indicateurs sont moins connus mais ont une proportion comparable de détracteurs). De plus, ces candidats peuvent s’imposer sur l’argent mais, hélas pour nous pauvres philosophes de salon, leur nouveau pouvoir a bien plus de chance d’être bénéfique s’ils s’imposent au travers un processus évolutif social (car l’exemple du communisme et de la première révolution française ont bien montré que l’imposition « du jour au lendemain » aboutit souvent (toujours ?) à l’échec).
    Je finirai par te citer (ce qui est par définition injuste et hors de son contexte, mais tant pis) : « L’homme a beaucoup à apprendre du mode de fonctionnement des écosystèmes, ils possèdent les clés d’un développement soutenable ». Je dis non ! Les écosystèmes évoluent par l’inertie. Pour les humains cela veut dire continuer la pollution à fond et tout se régulera quand les conséquences auront éliminé une bonne partie de l’humanité et de son développement. Son évolution, l’homme la doit à sa réflexion, qui est aussi un processus évolutif mais qui diffère d’un écosystème car il peut y avoir lutte contre l’inertie.

    5)Question « Le chômage va-t-il augmenter? »

    Juste rapidement à ce sujet : à partir du moment où l’on ne prend plus en compte la croissance et l’argent, quelle importance y a-t-il à avoir du chômage ou une dette ? Bien sûr cela reste un problème à court terme tant qu’il n’y a pas de nouveaux indicateurs en place, mais comme ton article travaille principalement à moyen/long terme, je ne pense pas que le chômage et la dette soient des problèmes relevant.

  2. aaah, un peu de contradiction!

    Dans l’ordre des remarques/objections que tu soulèves:

    1) Je ne conteste pas le fait que le capitalisme commence dès le régime féodal. Dans ma vision, le capitaliste du régime féodal est celui qui possède les terres. Celui de la révolution industrielle possède les machines. Il y a un problème de sémantique dans l’article, tu as raison.

    2) D’un point de vue thermodynamique, la voiture est plus ordonnée que la matière première initiale. Ce qui est important ici, c’est que le processus économique transforme un stock de basse entropie en un stock de plus haute entropie et que ce processus est irréversible, à moins que, comme je le suppute, mais il faudrait confirmation d’un expert, qu’on ne dispose d’une source d’énergie infinie pour inverser le processus « d’entropisation » de la matière. Exemple: glace-eau-vapeur –> vapeur-eau-glace = grosse dépense énergétique! C’est complexe, il faut que je relise Georgescu-Roegen (pas de la tarte)

    3)heu, le Pic pétrolier est le plus souvent situé entre 2010-2015 donc là, franchement pas d’accord.Pic pétrolier ne signifie pas fin du pétrole, loin de là!; Le non-renouvelable doit financer la transition vers le renouvelable, c’est très clair. ; le stock de charbon est important mais le rendement énergétique entre ses diverses formes est très variable. Problème: le charbon est émet presque 30% de co2 en plus que pétrole…des technologies de captage du CO2 à la source et d’enfouissement ds la terre commencent à être au point ms elles ont un coût prohibitif. Le danger est d’investir massivement ds ces technologies au risque de ne plus avoir les moyens de financer la transition vers le renouvelable.
    Par rapport à ton assertion sur les écosystèmes, je t’enjoins d’ouvrir un manuel d’écologie pr te persuader la pertinence de mon propos, je te soupçonne d’être peu informé quant au fonctionnement des écosystèmes…(héhé, là je te chatouille un peu, à chacun sa réthorique;)
    4) « Pour faire du développement au lieu de l’argent il faut trouver d’autres indicateurs ». J’aime beaucoup cette intuition que je suis enclin à partager. Je suis convaincu que l’écologie est un paradigme émergent en compétition avec le paradigme actuel. L’un utilise l’empreinte écologique comme indicateur, l’autre le PIB. De là à dire que l’empreinte écologique doit se substituer au PIB!?…
    5) « The big question ». J’ai la même intuition, mais alors se pose la question de la transition de l’ancien au nouveau système, un vaste chantier pour la pensée…là, c’est un peu le vide conceptuel

  3. AdrienD a dit:

    Mmh je ne suis pas trop pour les réponses aux réponses des réponses etc. mais je ne résiste pas à cause de la thermodynamque 🙂

    2)thermodynamique: le processus économique fait en effet augmenter le désordre mais, en fait, tout fait augmenter le désordre, même s’il n’y avait pas de vie sur terre le désordre augmenterait. Le processus économique crée de l’ordre et du désordre (plus de désordre que d’ordre). Mais la différence est dans l’utilité créée (utilité au sens large, pour l’homme ou pour l’écosystème). C’est pour ça qu’il est très possible qu’une voiture soit plus « désordonnée » que la matière première dont elle vient. Cela dépend des formes chimiques qu’on fait adopter aux matériaux. Mais la voiture est sûrement plus utile à l’humain que le tas de matières premières.
    On peut augmenter l’ordre total d’un sous-système (la Terre par exemple) en créant le désordre ailleurs (Mars par exemple). Mais attention: l’ordre parfait pour la terre, c’est une boule de glace congelée à
    -273°C. Pas exactement ce qu’on cherche non?
    Il n’existe pas de source d’énergie infinie. Par contre, il existe des sources d’énergie infinie si on les rapporte aux niveaux de l’humanité, qui sont relativement bas à l’échelle de l’univers.
    Pour moi, cette référence à la thermodynamique crée surtout la confusion en donnant l’impression de justifier une « a-croissance » alors que, croissance ou pas, le désordre augmentera dans l’univers.

    3)Concernant le Pic Pétrolier, il est certain qu’on a pour le moment atteint un plateau de production qui durera un certain temps. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus de croissance de la production pétrolière dans le futur.
    Quant aux écosystèmes, il me faudrait plus de détails sur ce que tu entendais par ta phrase sibylline alors 🙂

  4. Olivier M a dit:

    Excellent article ! Il est temps que je me remette à lire quelques bouquins

  5. […] en sciences exactes : la thermodynamique et l’évolutionnisme (voir mon article:  « Transition eco-énergétique: en route vers le monde postindustriel« ). Je me suis déjà longtemps étendu sur le sujet (voir mes articles: […]

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