les idées qui font des petits!

Matthieu Pigasse n’est pas à une contradiction près. Il est à la fois banquier et actionnaire du journal le Monde qu’il vient de racheter aux côtés de Pierre Bergé et Xavier Niel. Dans l’entretien du Vif de cette semaine (22 au 28 octobre 2010), il déclare que « la richesse d’un individu, c’est sa diversité, y compris ses paradoxes ou ses contradictions » et ajoute : «  J’ai une détestation des cases, des rangements tout faits, des étiquettes. Je suis banquier, je l’assume et j’aime ce que je fais. Je suis aussi dans la presse pour des raisons que j’ai évoquées. L’un et l’autre se nourrissent d’une certaine façon ». Du petit lait.

Il n’est rien de plus ennuyant que les gens monolithiques, ceux qui de la tour d’ivoire de leur identité bétonnée se permettent de juger. Ils ne vont surprendront pas, enfermés dans la normalité dictées par les groupes homogènes auxquelles ils appartiennent, ils feront toujours la distinction entre le « nous » et le « toi ».

« Chaque personne à quelque chose à t’apprendre », cette conviction intime qui fut léguée à chacun des disciples de la Vérité sur cette terre par Socrate, une philosophie de vie, expose ses individus. Constamment pris entre le marteau, le regard des autres qui lui ont déjà apposé quelques étiquettes, et la soif de rencontres hétéroclites, l’enclume, ces individus sont condamnés a louvoyer entre leurs contradictions ou a compartimenter soigneusement  leur vie. En fait, seule la solitude semble s’accommoder de leurs identités multiples.

Et c’est là que j’en viens à la théorie des clusters. Je dis souvent : « les gens, cessez de « clusteriser » ». Cessez un peu de faire dans le consanguin, à force de trop traîner exclusivement avec des gens qui partagent  cette matrice d’identité commune, vous allez perdre toute singularité, toute faculté à surprendre, à vous exposer, à risquer l’ouverture à l’autre et ses différences qui, forcément, vous changeront irrévocablement. La peur, la peur d’être seul, voilà ce qui gouverne ce monde et pousse les gens à clusteriser,  à s’assembler en « grappes » d’individus qui se ressemblent.

Et pendant ce temps, l’individu aux identités multiples souffre, car ses contradictions exacerbent ses sens. Lui clusterise aussi, mais dans des cercles hétéroclites. Rien ne le fait davantage souffrir que lorsqu’on essaye de l’assimiler à un de ces groupes, de le réduire à une de ses identités, une étiquette. C’est ce qui fait de lui un loup égaré parmi les brebis ou un mouton noir dans le troupeau, selon sa façon de jongler avec son panel de sensibilités. Un insoumis, condamné à une forme de solitude qui n’a de prix que son unicité. Peut-être est-ce là la définition du libertaire.

La liberté prélève un lourd tribu : ne jugez pas et vous serez jugé. Ce sacrifice vaut bien la faculté à s’émerveiller, à préserver l’enfant qui grandi en soi.

« Il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte » (Jacques Brel). *

 

 

*spéciale dédicace à un ami, il se reconnaîtra.

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